L’amour chaud, tiède, réchauffé, refroidi…

Il y a tant de manières, tant d’étapes, tant de cartes du cœur pour aimer. Beaucoup sont bonnes, beaucoup sont mensongères ou illusoires.

I am sailing...

I am sailing…

Il y a le désir que l’on habille de quelques sentiments pour se donner bonne conscience, et qui se déshabille bien vite pour ensuite souvent se fatiguer. Il y a l’envie de se caser que l’on pare de toutes les guirlandes d’usage. L’intérêt pour un certain argent, un certain milieu, un certain talent à l’ombre duquel on veut vivre et avoir sa part de lumière. La hâte anxieuse à cause d’un enfant à venir et qui ne laisse plus le temps de réfléchir. Le besoin de se normaliser aux yeux du monde. La fuite d’une adolescence au scenario douloureux.

Ou l’amour que l’on nourrit pas à pas sur les bancs d’école, le palier d’un immeuble, ou sur les chaises d’un café de village, de samedi en samedi, joyeusement comme en prenant un chemin évident et sûr. Année par année on construit l’édifice, achetant des murs, ayant des enfants, abattant les obstacles des décès, soucis de carrière et d’argent, les conflits.

Et puis certains cessent, on ne sait quand ou vraiment comment, d’être un couple. S’ils l’ont jamais été. L’amour nous deux n’alimente plus la maison. Le tissu des habitudes et de l’acquis tient, tout seul, l’édifice d’une seule pièce désormais bien fragile. Ne reste que l’amour pour ce qu’on a accumulé et fait et les attentions d’usage qui correspondent au rituel pour que, surtout, rien ne change en apparences, lesquelles demeurent rassurantes… la preuve : on ne se dispute (même) plus. Un des conjoints reste content. Le tiède. L’autre … se contente et meurt heure après heure. Et se rassure en se disant que c’est sans doute ainsi pour tout le monde.

Et puis l’amour qui frappe et laisse pour morts. Morts à la mornitude, nés à un grand bonheur. Qui donne la vie comme un geyser et peut la reprendre comme la foudre si on le trahit. L’amour complet qui ne vous laisse pas choisir mais vous choisit. Un amour qu’on ne construit pas mais dans lequel on entre comme dans un temple tout érigé, clé sur porte. Celui-là n’est pas raisonnable ou explicable ou prévisible. Il demande la confiance aveugle et tout l’élan du cœur.

Malheur aux tièdes, siffle-t-il.

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33 réflexions sur “L’amour chaud, tiède, réchauffé, refroidi…

  1. Armelle B. dit :

    Comme cela est bien écrit et bien détaillé. L’amour a tant de façons de surprendre, de décevoir ou …d’être.

    • Edmée dit :

      Eh oui… La seule chose qui m’impatiente et m’enlève toute pitié quand « ça ne marche pas » c’est l’amour qui n’en fut jamais vraiment un. Alors on a bouché pour l’autre toutes ses fenêtres et portes pour le jardin de l’amour. Et ces geôliers n’ont cure de l’autre, et lui en veulent même de les avoir transformés en geôliers 🙂

  2. Florence dit :

    Je ne comprends pas qu’on puisse se marier pour autre chose qu’une attirance profonde, qu’un désir de vivre avec une personne qui nous plait pour ce qu’elle est, et non pour se qu’elle paraît. Pire, pour la situation qu’elle peut nous apporter, ça c’est ignoble ! Le malheur, c’est tout ce qu’ils méritent !
    Tu vois Edmée, je ne me rendais pas vraiment compte à qu’el point j’aimais Paul. 39 ans d’amour ! Et plus les années passaient plus on avait envie d’être ensemble pour tout, on ne pouvait plus du tout se passer l’un de l’autre. Alors, tu penses, maintenant…!!!
    Merci pour ton petit mot chez moi ! 4 bises bretonnes pour une belle fin de semaine et kenavo mon amie !
    Florence

    • Edmée dit :

      Je sais ma chère Florence que Paul et toi vous aimiez, c’était palpable et magnifique. Se marier par un intérêt sordide me dépasse aussi… Je n’aurais pas pu.

      Bises liégeoises et pluvieuses 🙂

  3. charef dit :

    C’est tellement vrai ce que tu dis Edmée. C’est pire quand l’amour est muré dans le silence d’une relation truffée de faux semblant. Amitiés.

    • Edmée dit :

      Merci Charef. Je trouve ça si triste quand on a emprisonné l’autre dans sa propre médiocrité… S’il y avait eu amour, il en resterait assez pour avoir du bon sens et trouver les fameuses « accommodations »…

      • charef dit :

        Le poids de la tradition et la dépendance du clan ne laisse aucune liberté de manœuvre de ce côté du monde, malheureusement. Mais de nouveaux équilibres se mettent en place.

  4. Michel Tureau dit :

    Un amour qu’on ne construit pas, mais dans lequel on entre comme dans une tente sur un immense terrain de camping. Malheur à ceux qui ne sont pas inscrits au Touring-Club et qui n’ont pas de couteau suisse. »Qu’importe les flocons… pourvu qu’on soit sous la couette ! »

  5. Angedra dit :

    Il y a tellement de raisons d aimer comme tu le dis si bien….. une situation financière, sociale, familiale….
    j ai rencontré toutes ces raisons dans ces couples qui nomment amour ce qui n est que raison…
    Mais si cela leur apporte le bonheur et qu ils se le vivent très bien c est qu ils étaient faits pour cela. Ils n auraient pu vivre dans l exaltation, l irraisonnable, l imprévu, l inexplicable….
    Je fais partie de ces amoureux là, ceux qui ne calculent pas, qui se laissent foudroyer, qui ont besoin de se nourrir d amour mais également d en nourrir l autre , qui ne peuvent que suivre l élan de leur cœur !
    Cet amour la ne s apprend pas… il y a des personnes qui l ont en elles ou non… bien plus difficile qu un amour préparé, conditionné, programmé
    Le résultat est de ne pas avoir de regrets, et ne pas végéter dans l amertume et gémir sur sa vie

    • Edmée dit :

      Tu dis ça très bien. Certains ne sont pas taillés pour les grandes émotions humaines et seront bien dans un mariage-association, où ils trouveront ce qu’ils cherchent. Et c’est très bien ainsi.

      D’autres ne pourraient pas envisager ce parcours. Je suis comme toi, il me faut de l’élan, la fierté aimante d’être proche de « cet homme-là », la joie dans sa joie…

      Et comme tu conclus aussi… l’important est de ne pas avoir de regrets acides qu’ensuite on fait payer à l’autre ou à d’autres….

  6. colo dit :

    Les facettes de l’amour, innombrables…de là son intérêt intemporel, les mille façons d’en parler, chanter, écrire.
    Un amour fou qui s’éteint après peu de temps de vie commune et d’autres qui naissent au fil du temps. D’autres encore tournent au cauchemar, oui, tu as raison…
    Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Il y a vraiment de tout et il n’existe qu’une recette : décider de sa vie.

      On peut décider de se risquer dans une passion et savoir que peut-être, on se cassera le nez, ou décider de rester sagement dans la norme et savoir qu’on arrivera peut-être à la somnolence prolongée… et puis on peut aussi changer de décision. Rien n’a besoin d’être « pour toujours » si on ne le veut pas.

      Chacun son parcours, et chacun connaît ses propres secrets de joie et larmes….

  7. Dédé dit :

    Coucou ma chère liégeoise. J’ai connu un amour fulgurant, passionné et qui a brûlé comme un feu de paille. J’ai fait la grave erreur de m’accrocher, de repartir puis de revenir, de tenter la discussion et recoller les morceaux. Cela m’a pris du temps pour comprendre qu’il n’y avait plus rien et qu’il valait mieux partir. Alors je suis partie, lentement, avec une grande souffrance. Et maintenant quand j’analyse tout cela, je me rends compte que j’ai pris bien trop de temps pour comprendre. Mais c’est ainsi, je me dis que ce que j’ai vécu, je devais le vivre. Pour grandir et me connaître encore mieux et pour m’ouvrir ensuite à l’amour actuel, qui est doux et tout simple. Et profond.
    Je pense qu’il y a différents amours que l’on expérimente dans notre vie et qu’ils nous font tous grandir. Mais certains d’entre nous sont plus forts que d’autres quand il faut prendre des décisions, certes douloureuses sur le moment, mais tellement bénéfiques pour la suite.
    Bises alpines un peu fraîches.

    • Edmée dit :

      Il me semble que l’important est justement de prendre une décision, et pas « d’attendre, on verra bien » ou « pfffff de toute façon ça finit toujours comme ça » etc…

      Car ne rien décider ronge, plus qu’une décision qui peut-être laboure pendant un temps, mais au moins notre vie ne nous a pas échappé, on n’a pas laissé « le sort » décider de tout pour nous, on a choisi entrre ce qu’on ne pourrait pas (ou ne devait pas) supporter et ce qu’on arrivera à supporter, même en ayant mal pendant un temps. Ce genre de blessures… le temps les panse avec clémence. Il ne pardonne pas, en revanche, ceux qui ont eu peur de décider. La haine auto infligée lorsqu’on n’a pas su décider est sans pitié.

      Bises liégeoises et bruineuses!

  8. Joys Malet dit :

    Edmée ou… « la précision de l archer ». Positionnement – concentration – visée et…toc, au coeur de la cible. Baci

  9. Michel Tureau dit :

    Devant mes omelettes ratées et l’inconfort de ma couette, elles ont choisi la migration…

  10. alainx dit :

    Souvent j’ai constaté que les couples qui restent ensemble sous forme d’une « cohabitation cordiale », animée par une sorte d’habitus acceptable, y trouvent suffisamment de confort et de bénéfices secondaires pour faire en sorte que rien ne change vraiment.

    C’est en général un phénomène extérieur qui rompt cette tiédeur bienfaisante, mais qui ne comblent pas. (Le départ du partenaire, son décès , etc.).
    Il peut s’en suivre un phénomène de « veufs/veuves joyeux/ses »
    Dans mon entourage ce fut cela encore tout récemment. Un couple où l’homme est décédé de maladie. Un couple qui vivotait dans l’habitus. La veuve a retrouvé un ami d’enfance quelques mois après. Ils filent le parfait amour… je me suis même laissé dire qu’au lit… pour elle… c’est la grande nouveauté !

    • Edmée dit :

      Quand la co-habitation est cordiale, je suis d’accord. On garde le confort de l’habitude, on ne brise pas la famille ou le socle financier, et pourquoi pas? Ca ne me choque pas du tout. Pour autant que ce ne soit pas un espionnable mutuel ou des rancoeurs à jamais. C’est une très bonne solution.

      Mais comme tu dis… comme rien ne reste immobile à tout jamais, les surprises sont parfois aux aguêts, et c’est une vie qu’on ne soupçonnait pas qui se déroule. Ou bien le très joyeux veuvage 🙂

  11. J’ai toujours vu le mariage (ou la vie à deux) comme une espèce de prison qui m’empêcherait de respirer. Alors …

  12. Adèle Girard dit :

    Il n’y a qu’un seul amour, ce qu’on appelle des formes d’amour, ne sont que des fragments de l’amour. Le véritable amour est dans le don total de soi, sans attente de retour, il est généreux et grand, Le problème est qu’il faut qu’il soit compris et partagé par la personne à laquelle il s’adresse, ce qui est assez rare.

  13. emma dit :

    fine analyse sur de vastes et éternels sujets ! amour et mariage sont deux choses différentes, pas forcément incompatibles, que l’époque moderne a voulu fusionner, inaugurant ainsi l’ére du divorce à tout vat, (https://www.youtube.com/watch?v=nsxNg6JQ65o ) , amour et désir idem, ce dernier étant attisé par le manque… la passion est soluble dans le quotidien…
     » Ma mie, de grâce, ne mettons pas sous la gorge à cupidon sa propre flèche, tant d’amoureux l’ont essayé qui, de leur bonheur, ont payé ce sacrilège…
    J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main,
    ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin.
    Laissons le champ libre à l’oiseau, nous serons tous les deux prisonniers sur parole,
    au diable les maîtresses queux qui attachent les cœurs aux queues des casseroles ;
    à aucun prix, moi je ne veux effeuiller dans le pot-au-feu la marguerite…
    De servante n’ai pas besoin, et du ménage et de ses soins je te dispense…
    qu’en éternelle fiancée, à la dame de mes pensées toujours je pense (Georges Brassens)

    • Edmée dit :

      Je viens de regarder la vidéo avec le plus grand intérêt… Merci.

      Je ne cesse de le clamer aussi : le mariage ne signifie pas l’amour, et l’amour ne signifie pas le mariage. Mais on persiste à croire que c’est un all inclusive 🙂

  14. Philirlande dit :

    Dans le temps, le mariage était une obligation pour tout couple bien pensant, surtout les parents le pensaient…
    De nos jours, il n’y a plus cette « contrainte », on se rencontre, on se fréquente et puis on fait le pas, vivre ensemble mais avec la porte de sortie en bonus
    J’ai fait 3 mariages, 2 furent d’amour, un des 2 finit de manière tragique par un décès
    Qui suis-je pour obliger quelqu’un a m’aimer vivre avec moi dans retour ou échange a tous les niveaux…
    Donc au feu les tièdes !

  15. gazou dit :

    l’amour vrai donne un surplus de vie à celui qui le donne comme à celui qui le reçoit…et même s’il doit finir un jour, rien ne peut nous l’enlever, il continue à vivre en nous

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