Un grillage de sacrifices

Prenez-moi à la place de mon fils (et fusillez-moi). Mes économies, je les verrai volontiers fondre pour sauver ma femme-ma fille-ma mère… Partez en avant, je retiendrai l’ennemi, avec mon fusil déficient, mes lunettes cassées, ma tremblotte et mes 85 ans.

Il y a de ces sacrifices qui font de la mort un instant qui glorifie la vie de quelqu’un. Mais n’est pas héros qui veut, le courage n’est pas toujours là où et quand on aurait cru le trouver, et puis… l’acte d’héroïsme ne frappe pas à toutes les portes. Nous sommes tous des héros ou des lâches en puissance et ne le saurons jamais parce que l’occasion n’est pas au programme.

Et ces sacrifices-là, je les comprends et les admire. Et espère en être capable si de besoin.

Et il y a les plus petits et innombrables sacrifices anodins. On regarde un film qu’on n’a aucune envie de regarder, parce que ça « lui » fait plaisir. On mange plus de ceci ou moins de cela parce que ça fait partie de « son » régime. On accepte, la mort dans l’âme, d’emménager dans une maison ou une ville qui ne nous attire pas, parce que ça va « arranger » la vie de quelqu’un d’autre, la rendra plus facile. On renonce à des vacances parce que la belle-mère est malade et que qui sait ce qui pourrait arriver si on s’éloigne trop.

Ou bien, aussi, on offre son existence à une cause, religieuse, humanitaire, militaire (bon ou mauvais usage selon où on se trouve…), recherche scientifique, c à d qu’on ne se laissera détourner de rien de ce qui semble la lumière à suivre pour s’accomplir et donner un sens à son existence.

Des sacrifices, on en fait, à la pelle, sans compter. Parfois avec la joie de voir celle qu’on donne au prix de cet effort, parfois un peu frustré mais en sachant que l’effort n’est pas inutile.

 

Mais je ne comprends pas le sacrifice comme directive de vie, l’assassinat de ses propres enthousiasmes, de sa nature, sur l’autel de l’égoïsme et de la manipulation d’autrui.

Les conjoints qui, à force de chantage, de soupirs ou accusations d’être délaissés, sont des crampons et sucent la vie, armés de leur envie de ne pas se prendre en main, jamais ! Les enfants qui usent tout le temps libre de leurs parents, leur passant la pommade avec un « il n’y a que toi qui me comprenne, maman », pour se déresponsabiliser de toute initiative en arrachant conseils ou approbations qui leur permettront ensuite de dire « mais tu étais d’accord avec moi ». Ou de ne pas réfléchir eux-mêmes à ce qu’ils doivent résoudre. Leur collant leurs enfants parce que, c’est bien connu, c’est une telle joie d’avoir des petits-enfants. Oui, certes, mais plus pour « en jouir » chaque jour ou chaque vacances, et se débrouiller avec les vomis, les cauchemars, les disputes, les bobos si, justement, on aspire à la jouissance de son temps après avoir accompli sa mission de parent. Et puis il faut les occuper intelligemment puisqu’on a le temps. Rendre service, oh oui, et oui, ça fait plaisir. Vraiment plaisir. Mais ça fait aussi plaisir d’avoir ses heures et journées à disposition sans être vu comme des égoïstes qui n’ont rien à faire et se vautrent sur ce rien… Ce temps qu’ils ont mérité et qui devrait être principalement pour eux, mais qu’on leur remplit à ras bord et ras le bol. Ces parents âgés qui tyrannisent, exigent, et ne ratent pas une occasion de souligner qu’ils se rendent bien compte qu’on veut les abandonner dans un home comme un chien à une borne kilométrique. Il y a eu – et il y a encore sans doute – des enfants qui dès leurs premiers trottinements étaient choisis pour être le bâton de la vieillesse des parents, auxquels ont présentait la chose comme un destin de privilège « tu ne devras pas te marier, tu resteras avec papa et maman ». Certains de ces bâtons ont peut-être eu un refuge apprécié, et d’autres se sont sentis emprisonnés. Et autrefois on se sentait l’âme d’un criminel si on rêvait à une vie toute à soi, sans s’occuper de papa et maman vieillissants comme unique passe-temps. Ça a sans doute disparu en grande partie mais j’en ai connus, et en connais encore : tous les prétendants sont déclarés nuls par maman, qui rassure : tu peux trouver bien mieux. Ensuite on passe à « tu es si bien toute seule, regarde tes amies cocues, divorcées, battues, abandonnées, sans le sou… Et tu m’auras toujours, moi ! ».

Vivre et laisser vivre. Simple mais bien beau. Et impossible d’oser l’appliquer quand on ne s’est pas mérité l’affection d’autrui mais qu’on l’a arrachée par des stratagèmes : dettes importantes et communes, chantages affectifs à répétition, enfants qu’on n’attendait pas mais qui, surprise, ont jailli d’un chapeau, menaces variées « si tu pars je… ». Alors se met en place la grande œuvre d’élever de hauts grillages : les innombrables sacrifices qui sont autant de menottes, fers aux chevilles, colliers de métal, le tout relié à des chaînes cliquetantes. Ce sont ces passions d’une épouse que l’on étouffe parce que maintenant… elle a des choses sérieuses à faire, le ménage, le travail, et les enfants. Adieu donc la joie d’écrire des poèmes, de faire du modelage, d’aller au cinéma, de créer des modèles de sacs, d’apprendre des langues, d’aller à l’académie des Beaux-Arts pour se plonger dans l’aquarelle ou le croquis. Ce sont les solitudes respiratoires d’un époux que l’on efface : oui oui il est libre de faire tout ce qu’il veut, il le sait bien, mais pas ce w-e, les Trucmuches viennent, le w-e suivant c’est maman qui arrive pour une quinzaine, ensuite on aura besoin de lui pour le déménagement des machins et à Pâques il sait bien que les enfants auraient le cœur brisé s’il ne vient pas à la mer. Et puis il a eu sa soirée entre copains il n’y a pas 6 mois… quel égoïste, déjà que les enfants le voient à peine ! Et s’il rentre tard, il le sait bien, très bien, qu’on ne peut s’endormir avant d’avoir entendu qu’il était là et refermait la porte d’entrée. C’est la liberté d’une fille devenue grande que l’on enferme dans de mots de ferronnerie : Ah, tu vas aussi loin en vacances cette année? J’espère que rien n’arrivera à papa, tu sais il n’est pas trop bien, n’oublie pas de nous appeler tous les jours… ou encore De nouveau ce Cédric? Je trouve qu’il grossit à chaque fois que je le vois, si-si je t’assure, on dirait un potiron!

Ces sacrifices-là, c’est l’immolation de la dignité d’autrui. Des sacrifices inutiles et subis plus que consentis, menant à une vie racrapotée, souvent niée d’ailleurs, déguisée en mais non, tout va bien. Derrière le masque, des larmes sèches et de l’amertume. Le rêve d’un enlèvement.

 

47 réflexions sur “Un grillage de sacrifices

  1. ibonoco dit :

    Bonjour Edmée.
    Il y a les sacrifices. Et il y a les compromis dans le couple, par exemple le film que l’on regarde pour lui faire plaisir. Et cela, ce n’est pas un sacrifice mais bien un compromis ou une transaction avec soi-même. Et là, il faut bien faire attention, car du compromis à la compromission et à la servitude il n’ ‘y a qu’un pas. Un tout petit pas de côté que l’on fait sans s’en rendre compte tout de suite.
    Merci pour ce texte Edmée. ☹️

    • Edmée dit :

      Tu as raison, il s’agit plus d’un compromis que d’un sacrifice réel, ou alors un petit sacrifice très ordinaire qui apporte le plaisir d’avoir fait plaisir (ou d’avoir la paix 😀 ). Mais comme tu dis… le terrai glisse vite…

  2. lascavia22 dit :

    C’est tellement vrai, Edmée… L’égocentrisme des uns parasite la générosité des autres, et parfois (souvent ?), les généreux se font « bouffer jusqu’au trognon » (expression de ma grand-mère => sourire) en continuant malgré tout de culpabiliser de n’en faire pas encore assez pour l’autre… Baci, et Soleil quand même !

    • Edmée dit :

      Je prends les baci, le soleil viendra quand il aura retrouvé son chemin, car pour aujourd’hui je crois qu’il a perdu la boussole 😀

      Les vampires silencieux sont parmi nous, oui, et nous bouffent jusqu’au trognon!

  3. La vie n’est faite que de cela hélas ! Des concessions qui vont presque toutes jusqu’aux sacrifices nombreux et variés que l’existence inflige, dans la famille certes, mais également dans le travail. Et chacun a son lot plus ou moins lourd à porter. Mais il semble tout de même que la ferronnerie se détende car les enfants d’aujourd’hui n’ont guère de goût pour le sacrificiel. Ils ont en partie raison mais l’égoïsme qui pointe son nez, bientôt aussi long que celui de Pinochio, n’est guère plus sympathique, si bien que la société parvient difficilement à trouver la note juste. Mais il arrive malgré tout qu’elle écrive de belles page de compassion et de dévouement.

    • Edmée dit :

      C’est vrai qu’il ne faut pas devenir égoïste non plus, mais je connais des enfants qui tirent sur la corde jusqu’au cimetière, des conjoints qui font la même chose, et des parents qui manipulent leurs enfants. Vrai que pour ce dernier cas de figure, ça commence à moins bien marcher 🙂

  4. iotop dit :

    Bon jour,
    Un jour, un de mes enfants m’a dit (à huit ans), quand j’allais lui dire bonne nuit :  » Papa, ne divorce pas ». J’ai réfléchi quelques instants et j’ai dit : « Papa ne va pas divorcer ».
    Alors bonne ou mauvaise décision ? Qu’importe …
    Il n’y a pas de sacrifice, il y a de l’amour. Si pour certains il y a du renoncement par faiblesse, le pouvoir de décision appartient à tout le monde.

    Et puis, comment pour ma part, juger ce qu’autrui décide, même si je suppose qu’il fait une erreur ? La vie nous apprend à recevoir des claques et parfois nous même nous sommes pris au constat de céder non par sacrifice mais par une soumission de tranquillité … En fait il y a autant de raisons, de situations … que vous développez très justement …
    Max-Louis

    • Edmée dit :

      Dans le cas que tu me cites, il y a de l’amour, et un de ces sacrifices par lesquels je commence mon texte, un sacrifice quand même, mais issu de l’amour. Bon ou mauvais, ça, je ne sais pas, l’avenir est là et plein de rebondissements.

      Le pouvoir de décision nous appartient en effet, nous ne pouvons reprocher à quelqu’un de nous avoir emprisonné, dupé etc… Car nous pouvons toujours, au moins, « faire des arrangements », pour être mieux ou moins mal. Je me suis trompée souvent, et souvent j’ai été manipulée, engluée, mais en fin de compte j’ai fini par décider autrement. Mais il m’a fallu le temps de vaincre des peurs, des complexes savamment exploités, le regard des autres etc… La décision, oui, elle était mienne 🙂

  5. Angedra dit :

    Sujet très bien cerné. La décision nous appartient de dire oui avec enthousiasme car le geste que nous faisons est volontaire, nous apporte autant qu’il apporte à l’autre.
    Il arrive aussi que nous disions oui par nécessité, mais cela ne doit être qu’occasionnel et non répétitif à en devenir une habitude.
    Je pense que lorsque ces actes sont faits uniquement par amour, ils ne peuvent entrer dans les termes de manipulation, ni sacrifice, ni concession…
    Si j’aime et que l’autre m’aime également, aucun des deux n’acceptera que l’un se sacrifie pour l’autre. Il n’y a qu’un accompagnement amoureux, un besoin de rester ensemble, de se tenir la main et peu importe l’état de la route. Et il en est de même pour tous les membres de la famille, les amis…
    Mais combien de fois j’entends, « il faut bien faire des concessions ! je n’aime pas vivre ainsi mais que faire ! il ou elle est un boulet que je dois trainer toute ma vie ! etc etc
    A chacun de mettre « charge » ou « joie » dans ce que l’on nomme « amour ».

    • Edmée dit :

      Tu as tout à fait raison. Une fois que c’est fait et reçu dans l’amour, on ne sent pas le sacrifice, tout au plus le petit effort-cadeau. Sauf pour des cas graves ou très importants.
      Mais trainer un boulet, comme tu le mentionnes, pourquoi? Si le boulet n’y peut rien, est devenu ainsi au cours de la vie (le meilleur et le pire, ne l’oublions pas) on doit bien entendu faire son devoir avec autant de coeur que possible, mais « le boulet » se doit aussi d’être tolérant et de mettre des roulettes pour ne pas entraver la vie de l’autre plus que ce qui est inévitable…

  6. bizak dit :

    Tu as abordé un sujet hautement vertigineux, on a plus ou moins subi ou fait subir, ces comportements. Seuls, l’amour vrai, l’altruisme, le courage, le bon sens peuvent séparer le bon grain de l’ivraie. Nos sociétés depuis la nuit des temps, ont toujours mis en place, des contraintes, des subterfuges, des scénarios alambiqués pour arriver à un  » compromis » parfois quand il reste un peu de fierté mais souvent une compromission, quand il y’a trop de lâcheté.
    Bon week end Edmée

    • Edmée dit :

      Oui, tu as raison. Souvent les traditions sociales ou religieuses donnent raison aux manipulateurs et manipulatrices, ce qui fait tant de malheureux et de gestes désespérés contre soi ou l’autre, et des enfants ahuris…

      Bon week-end à toi aussi Bizak!

  7. SPL dit :

    L’existence est tissée de ces multiples sacrifices (compromis surtout) qui permettent de maintenir l’équilibre et la paix. Les offrir en silence, sans en remontrer, est le plus difficile. En fait, c’est quasiment un chemin de sainteté.

    • Edmée dit :

      Sans compromis on ne peut vivre ensemble, que ce soit en amour ou en général. Et oui, les souligner est mesquin. Mais les exiger l’est aussi, je veux dire les exiger comme un dû, comme une routine naturelle…

      Je t’avouerai que mon vrai prénom étant Patricia, j’ai blémi en lisant une prophéties de Saint Malachie qui aurait dit qu’une Patricia sauverait le monde. J’espère qu’il ne compte pas sur moi quand même 😀

  8. Dédé dit :

    Coucou. Quand je regarde en arrière, je vois plein de sacrifices… et je me dis que j’étais vraiment bête de les faire. Et puis, un jour, j’ai mûri, j’ai grandi, j’ai rencontré celui qui ne me fait pas faire de sacrifices et qui n’en fait pas pour moi, nous nous accompagnons dans le respect et nous grandissons ensemble sur le chemin de la vie. Bises alpines me belle Edmée tout là-bas.

    • Edmée dit :

      Nous en faisons tous, des petits et des plus grands, et des inutiles. Et puis comme tu dis, on a parfois la chance de rencontrer sur celui ou celle qui se fait aussi léger que possible pour grandir à deux. Et pas un poids mortel pour se raccornir à deux…

      Bises venteuses, tornadeuses et gibouleuses 😀

  9. C’est un difficile équilibre qu’il faudrait trouver entre ce que l’on doit aux autres, notamment ses proches, et ce que l’on se doit à soi-même, en termes de liberté, de choix personnels, de rencontres, de passions…
    Souvent comme tu l’écris, la balance penche trop du côté sacrifices, et on se sent frustré, amputé de quelque chose d’essentiel.Les exemples que tu donnes à ce sujet me paraissent révélateurs, très bien choisis.

    • Edmée dit :

      On doit aux autres, parce qu’on partage leur vie et qu’ils partagent la nôtre, on ne peut être égocentrique. Mais justement… ça va dans les deux sens. Un conjoint ou un membre de la famille handicappé ou malade aura plus besoin, et donc on donnera plus. C’est normal et humain. Mais rien n’excuse la tyrannie qui mange la vie de l’autre en lui disant que son devoir est celui-là : être bouffé. On doit lâcher la corde autant que possible, car ce qui est fait sous la contrainte, en plus, est nuisible à tout le monde!

  10. Florence dit :

    Coucou chère Edmée !
    Oui, se sacrifier… J’ai connu ça. Mais… Il ne faut pas aller trop loin avec moi, car je sais aussi dire stop, on arrête là, maintenant, c’est fini, j’en ai fait assez !
    Bises bretonnes et Kenavo !
    Florence

    • Edmée dit :

      Moi ça m’a pris le temps mais j’ai appris. Car entre être gentille et serviable et puis servante, il y avait un grand écart qui ne me plaisait pas 🙂 Bise en giboulées, Florence!

  11. alainx dit :

    On confond souvent faire le sacrifice de quelque chose…
    avec se sacrifier pour quelqu’un…

    Dans le premier cas si on choisit de renoncer à quelque chose c’est pour une réalité plus importante pour soi est généralement pour un ou des autres.
    Il en résulte quelque chose d’heureux et grandissant.

    Dans l’autre cas, se sacrifier pour quelqu’un, soit c’est pathologique, soit c’est une démission, soit c’est pour avoir le plaisir de fomenter sa vengeance, que l’on prendra un jour ou l’autre, à coup sûr. Enfin bref c’est faire son malheur mais chacun à le droit de faire son malheur…

    Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit là d’égoïsme, d’égocentrisme. L’égocentrisme c’est de se sacrifier pour flatter son propre ego. Le fonctionnement victimal est un délice narcissique…

    La véritable solution c’est le dialogue proactif et volontaire qui débouche par le haut, sur une satisfaction pour chacun des protagonistes. C’est possible : je suis un pratiquant !
    Le reste on va dire que c’est… soyons correct… de la bêtise.
    En réalité on ne peut que s’en prendre à soi-même d’être suffisamment faible pour se laisser manipuler.

    • Edmée dit :

      J’aime bien ton analyse et suis d’accord avec ta conclusion et aussi pas mal d’aspects que tu soulignes ici. Le « sacrifice » pour se venger plus tard, ou celui pour se glorifier tout seul etc…

      Je dois dire que je me suis laissée manipuler, mais ça arrive sournoisement, et peu à peu on remarque mais on a déjà une toile tissée tout autour. Je me suis libérée, difficilement mais je l’ai fait. Mais de mon côté, je n’ai jamais tenté de manipuler l’autre (sauf pour aller au cinéma ou acheter un pull, ha ha ha) et si je l’avais fait… je ne l’aurais pas respecté d’être mon esclave!

      • alainx dit :

        Oui, moi aussi je me suis laissé manipuler.
        Il faut parfois du temps pour s’en rendre compte. J’aurais pu ajouter d’autres qualificatifs que d’être « faible » face à des manipulations. En fait il faut avoir la possibilité d’une prise de conscience et de recul. Parfois quelqu’un d’autre attire notre attention. On ne l’écoute pas forcément.
        Mais je voulais surtout souligner que ce n’est pas l’autre qui nous manipule, c’est nous qui nous laissons manipuler. C’est sous cet angle là qu’il faut regarder. Je dis cela cause de l’enjeu de la liberté et de la volonté d’en sortir.

      • Edmée dit :

        J’avais bien compris … Je pense que peut-être ce qui est difficile lorsqu’on arrive à la conclusion qu’on est manipulé, c’est qu’en fait on l’avait deviné, senti, mais repoussé. Car dans ce cas, tout ce qu’on a cru être dans cette relation (l’amour de la vie, celui ou celle grâce à qui, etc…) n’a en fait … pas existé! C’est admettre qu’il n’y a pas d’avenir mais aussi qu’il n’y a pas eu le passé qu’on croyait. C’est paralysant.

        Mais tu as tout à fait raison, ça arrive parce que nous le laissons arriver. Et oui, on peut s’en sortir!

  12. Françoise dit :

    J’ai eu comme exemple ma mère qui s’est sacrifiée pour son mari, pour ses enfants, et dont on disait : « c’est une sainte ». J’adorais ma mère, elle me manque d ‘ailleurs beaucoup, mais je n’ai jamais voulu lui ressembler, et je crois que j’y suis arrivée. Cela ne veut pas dire que je suis égoïste et que je ne pense qu’à moi, non, mais j’ai une vie et je ne veux pas la passer en ne pensant qu’aux autres, j’existe, donc j’ai le droit d’exister ! 🙂
    Bonne soirée, Edmée.

    • Edmée dit :

      C’est assez bien ce que je pense aussi. Dans cet esprit-là. Ma mère ne se sacrifiait pas, elle a fait des efforts, des compromis, des concessions, mais non signifiait non. Ca m’a beaucoup aidée. Ca m’a aussi appris à me débrouiller car jamais je n’ai par la suite chargé ma mère de mes soucis à régler.

      Et comment, qu’on a le droit d’exister… 😀

  13. emma dit :

    Camus disait « je ne crois pas à l’héroïsme, j’ai appris que c’est facile ». Il entendait par là qu’en des circonstances extrêmes et sous un flux d’adrénaline, on peut commettre des actes héroïques sans être un héros par vocation
    en 40, la SS Totenkopf , de sinistre mémoire, arrive dans mon village, 2 SS sont tués par une bombe anglaise. En représailles, ils raflent des civils. Parmi eux un tout jeune homme. Son grand père a demandé à prendre sa place, ce qui a été accepté. Il sera exécuté vers 20 heures dans une carrière , avec 97 autres habitants du village

    Quant aux compromis, ils sont inhérents à la vie en couple ou en groupe.. or compromis égale toujours renonciation de l’une des parties – dans certains cas, en effet, ils usent les rêves et les enthousiasmes, d’autres fois le moteur tourne bien, avec des pièces bien rodées (abrasées ?), ou même la fusion totale aboutit à une chimère siamoise à 4 pattes et une seule tête, (souvent féminine d’ailleurs), qui se déplace en tout lieu comme un seul être

    quant aux sacrifices vertueux, pour une cause, un idéal, de quoi sont ils l’expiation ?

    • Edmée dit :

      Ton exemple de la guerre est tout à fait ce à quoi je pensais en début de texte. Et puis je te suis dans ton appréciation des compromis : il en faut, comme dans tout groupe humain, petit ou grand, mais ils faut qu’ils soient soigneusement équilibrés en qualité pour que l’essence de l’un ne soit pas sucée par l’autre, et ne pas finir avec un qui jubile et l’autre qui agonise, ou cet être à tête féminine dont tu parles, dont la gueule féminine souvent n’a laissé que l’enveloppe de l’autre 🙂

  14. PHILIPPE D dit :

    Pour pouvoir échapper à ces sacrifices, il faut pouvoir dire non, ce qui est loin d’être évident. On passerait vite pour un égoïste d’ailleurs…
    Bon weekend.

    • Edmée dit :

      Tu as raison, à certains on ne peut échapper, mais on DOIT (devrait) au moins se sauvegarder un espace inviolable. Ce qu’on appelait autrefois le jardin secret qui souvent était un territoire, et s’est réduit aujourd’hui à un pot de fleurs, parfois!

      Bon week end à toi aussi…

  15. Tania dit :

    Tu as raison de distinguer les choix volontaires et les manipulations. Comme toi, j’ai absolument besoin de pouvoir cultiver mon propre jardin et donc de mettre certaines limites à la disponibilité.

    • Edmée dit :

      Moi je pense vraiment qu’on doit le faire. Sinon, en plus, on vit une relation de rancoeur. On rêve – rêve interdit – à « quand l’autre sera mort ». Je l’ai fait, j’avais 25 ans et ai commencé à nourrir l’espoir que peut-être il mourrait avant moi et qu’alors j’aurais quelques belles années. Ce fut un coup de fouet, et je l’ai quitté… 😀

  16. Xoulec dit :

    Je ne suis pas très sûr d’avoir un esprit de sacrifice ; j’aime bien cultiver un minimum d’égoïsme…
    Le plus dur étant de jouer au funambule, d’équilibrer les deux.
    Par un concours de circonstances, j’eus l’opportunité de travailler à deux pas de chez moi. L’emploi n’était pas le top, mais je l’acceptais comme un sacrifice, justement ; pour participer davantage à la vie des enfants ; les amener à l’école, les récupérer, etc. Je me suis souvent demandé si cela valait le coup …? Ce fut au-dessus de mes forces… Accepter d’être plus présent et ne plus être au mieux de ma forme « mentale »(ce boulot me minait), ou bien être moins présent mais équilibré ? J’ai opté pour la deuxième solution et je ne l’ai jamais regretté.

    • Edmée dit :

      Voilà… Et il n’y a pas de « bon exemple » (regarde untel, il l’a bien fait, lui). Un tel se tirera peut-être une balle dans la tête ou se tirera avec la voisine, qui sait? Tu as fait un excellent choix puisque tu n’as pas eu à le regretter…

  17. Nadezda dit :

    Une analyse absolument admirable et tellement vrai. A partir du moment où j’ai commencé a dire « NON », je me suis faite une belle réputation d’égoïste 🙂 Ce qui est complètement ahurissant , depuis, ma famille a pris ses distances avec moi, surtout mon unique sœur que j’aimais tendrement, tant pis pour elle.
    Beau dimanche , ensoleillé chez moi 🙂

    • Edmée dit :

      Une proie qui s’échappe est toujours qualifiée d’égoïste 🙂 Je reconnais bien le comportement que j’ai vu moi aussi. Ceux qui ne savent pas imposer leurs limites se déchainent contre ceux qui le font. Classique et moche, mais … voilà!

      Beau dimanche à toi et embrasse bien ton abricotier pour moi 😉

  18. Célestine dit :

    Au fil du temps, s’apercevoir que le prince charmant ne pense qu’à sa pomme, et ne pas se résigner à continuer de manger cette pomme empoisonnée, voilà le défi. Tes billets, depuis longtemps, sèment des graines et me font réfléchir, jusqu’à ce que j’aie décidé un beau jour d’arrêter de sacrifier ma vie sur un autel improbable.
    baci sorella
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    • Edmée dit :

      Je suppose que quand on sent l’arrière-goût du sacrifice imposé, et non plus du plaisir que l’on fait et qui est perçu comme tel… on dit Basta. Ou alors on s’en sert une nouvelle couche 😀

  19. Célestine dit :

    Aller jusqu’à l’indigestion, c’est pas trop mon truc ! 😉
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

  20. gazou dit :

    Très belle analyse..Il faut savoir distinguer le sacrifice qui surgit de l’amour et le sacrifice qui n’est qu’un’ manipulation de l’autre ou un désir de se punir..et alors personne n’y trouve son compte car il engendre trop de rancoeurs et de douleurs

    • Edmée dit :

      C’est bien ça… quand on se sacrifie par amour, c’est une chose. Quand on est sacrifié, il n’y a pas d’amour mais de la manipulation, et comme tu dis… que de douleurs à l’horizon!

  21. Philirlande dit :

    je vois très bien, trop bien ce dont tu parles, pour l’avoir vécu et décidé d’en sortir, car comme il est si bien dit, ON ne vit qu’une fois, et bien cet anonyme se sera dorénavant Moi

    • Edmée dit :

      Je l’ai, tu t’en doutes, connu aussi. Finalement les grillages, comme on les a montés on peut les abattre. C’est possible pour beaucoup d’entre nous…

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