Apocalypse in Progress

Les 4 cavaliers de l’apocalypse, 1937 – André Fougeron

Interpellant, cette mode de se vautrer dans la noirceur, de se repaître chaque jour des nouvelles atroces glanées sur les sites des « amis » (qui prennent soin de notre santé mentale en nous donnant envie de retourner au lit une fois la journée commencée par son défilé d’images apocalyptiques).

Les animaux, non plus seulement malheureux et au service de l’homme-ce-monstre-sans-âme, mais suppliciés, torturés. Les enfants sales et en haillons, couverts de mouches et de plaies. Les femmes en larmes pour l’une ou l’autre raison. La nature qui s’égosille en vain : je me meurs, vous m’éventrez. Les multi nationales au rire sadique qui nous empoisonnent jour après jour avec la nourriture trafiquée, les récoltes venimeuses, ou encore les résultats des activités de l’homme-ce-monstre-sans-âme qui anéantissent les forêts, vident les océans, font fondre les icebergs, disparaître des ethnies, pour être riches et faire partie de l’élite.

Après ça, heureusement qu’il y a les antidépresseurs ou la gnôle. Et en attendant la mort (qui sera atroce, n’en doutons pas, on nous le démontre aussi avec une complaisance suspecte…) on a des soins et traitements multiples pour tenir jusque-là en servant probablement, en plus, de cobaye à la médecine. Pendant ce temps-là, les riches, vous savez, les riches-ces-monstres-sans-âme que le cancer ne touche pas, que l’amour comble, que tous les drames évitent, en plus, ces immondes riches nous regardent comme si nous étions les figurants d’un tableau de Jérôme Bosh, assez écœurés de notre médiocrité et laideur, décidant que nous ne méritons rien d’autre.

Vous savez quoi ? Tout ça existe (sans le glaçage hideux que j’ai ajouté en abondance…), on le sait, on le constate, on le voit tout seul si on regarde. Et ce n’est pas nouveau. Nous informer est une chose, mais on n’a pas besoin d’un sound-track perpétuel, genre suspenseful music tirée d’Amytiville, Carrie, La nuit des morts-vivants… Sans compter la colère démente de certains sociopathes qui auront bientôt besoin de se transformer en octopus pour brandir tous les slogans indignés et contre tout qu’ils agitent. Qui nous sautent à la gorge si nous osons encore rire d’une futilité, aimer le cinéma ou le nougat vietnamien. Avec tout ce qui se passe dans le monde d’atroce, nous en sommes encore à regarder le programme du cinéma ??? Quel égoïsme…

Et cependant… et tout le reste, alors ? Tout le merveilleux quotidien et discret qui fait l’éternelle beauté du monde ? Tous ces gens qui, justement, sauvent des animaux parfois au risque de se faire encorner ou énucléer d’un coup de sabot (les élans, non, ça n’aime pas vraiment qu’on les sauve, les kangourous non plus, ni les autruches etc…) ? Des gens ordinaires, qui passaient par là, ont pris un peu de leur précieux temps pour vivre un précieux moment de vie. Ceux qui sauvent des enfants, les adoptent ou en prennent soin avec amour, défendent des femmes, secourent leurs voisins, des inconnus en détresse mis sur leur chemin ? Ils sont nombreux. Ils sont une multitude. Les ignobles riches qui, discrètement, aident et interviennent, comme ils l’ont toujours fait. Les gens, seuls ou en groupe, qui décident de tester des méthodes d’économie, de recyclage, de respect de tous. Ceux qui nous sourient sans nous connaître, parce qu’ils ont une âme joyeuse et qu’ils reconnaissent la nôtre. Ceux qui chantent sur leur seuil, ou dans la cuisine, ou au garage. Qui participent de quelques sous à l’une ou l’autre collecte, qui sortent de leur routine pour accomplir, discrètement et avec amour, un acte de bienveillance envers autrui.

Et les animaux que l’on voit réapparaître, des races que l’on croyait au bord de l’extinction et puis parce qu’on a pris quelques mesures, mais les bonnes, ça se re-multiplie gaiement. Les gens qui guérissent de maladies voraces grâce aux progrès de la médecine, au dévouement et à la clairvoyance de ceux qui ne sont pas tous là « pour faire du fric » mais par apostolat.

On ne peut pas ne regarder que certaines choses, au point de s’en déprimer, de contaminer les autres, de perdre tout espoir, de conclure que nous sommes à la fin de l’humanité et que « l’homme est dégoûtant » (ceux qui ont le mantra «les hommes me dégoûtent », ils sont quoi, eux ? Des extra-terrestres ? Des purs esprits ?).

C’est une addiction au malheur. Un péché capital, comme le sont les addictions. Il s’agit du péché de gourmandise, la gloutonnerie des drames et mauvais augures.

Méfions-nous des faux prophètes… ne l’a-t-on pas assez entendu ? Nous mourrons tous. Tout, peut-être, mourra. En attendant, faisons du meilleur avec le mieux, il ne nous est pas interdit d’aimer notre vie, et ceux qui nous l’encombrent de peurs imaginaires aux mille visages nous salissent. Oui il y a des dangers, mais objectivement, dans l’immédiat, celui de tomber en traversant la rue devant une voiture est plus réel que bien de ceux que l’on me prédit avec ferveur.

Tout ce qui pourrait arriver n’arrivera pas. Mais les joies que je cueille au long de la journée sont bien à moi.

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32 réflexions sur “Apocalypse in Progress

  1. C’est vrai que le monde n’est pas ce qu’il devrait être et que les mauvaises nouvelles abondent. Mais, certes, il ne faut pas se laisser détruire par ce négatif et conserver ces inspirations de bonheur que nous pouvons partager et le souci de ne pas ajouter du négatif au négatif. C’est à chacun de nous de faire en sorte d’embellir tant soit peu le quotidien trop souvent inquiétant et morose.

  2. C’est vrai qu’il y a la noirceur du monde, les informations télévisées toujours dramatique, puis il y a notre résistance. Nous pouvons notre propre environnement qui n’est parfois pas tut rose non plus. Pourtant j’ai repeint les murs de la chambre de ma fille en rose. Est-ce-un signe?

    • Edmée dit :

      C’est en tout cas un signe qui indique que tu ne veux pas céder à la noirceur imposée. On a des yeux pour remarquer, et une intelligence pour comprendre. Il est inutile de nous réciter des phrases sinistres accompagnées d’images révulsantes pour nous rendre conscients. Mais on agit bien mieux sur ce qui nous est proche, alors c’est par là que nous bougeons 🙂

  3. Oui il y tant à faire autour de nous, nous sommes dans la joie de créer et nos work in progress nous ouvre sur monde qui peut-être serein et nous rend vivant ! 🙂

  4. SBP dit :

    Pour un peu, on se culpabiliserait d’aller bien…

  5. gazou dit :

    Il est important d’être lucides et de voir la réalité en face sans l’enjoliver et nous mentir…Mais justement, ce qui va bien, c’est aussi la réalité et il faut le voir pour garder espoir…Le genre humain n’est pas pourri en son entier et même ceux qui ont fait les pires choses peuvent parfois s’amender…A chacun de nous, là où il est, d’embellir le coin de terre où il se trouve…Nous le pouvons…Merci pour cet article tonifiant !

    • Edmée dit :

      Je dois dire que ça devient fatiguant de devoir se justifier sans cesse de son « insouciance » (comme si on ne se rendait compte de rien) ou « égoïsme » par qui a choisi de ne voir que le laid. Bien sûr qu’alors, ils sont en colère et bien malades, comment le contraire serait-il possible? Quant aux « amalgames » à ne pas faire, parlons-en : tous les riches, les nobles, les gens d’influence, ceux qui gagnent bien, ceux qui dirigent ici ou là sont des POURRIS, personne ne se sauve 😀

  6. Ghislaine dit :

    Merci pour cet article stimulant.
    « Au lieu de se plaindre de l’obscurité, mieux vaut allumer la lumière « . Avait dit Confucius.

  7. Colo dit :

    Oh tu as tellement raison!
    Ici c’est les migrants qui arrivent par centaines, tous les jours en Espagne, et qui sont accueillis, les gens sont généreux et très ouverts, mais la Une ce sont les discussions entre politiques pour savoir qui va avoir l’immense bonté d’en prendre…10 ou 12!!!
    Alors mettons parfois nos lunettes roses aussi, por favor.

    • Edmée dit :

      Il y a toujours une grande différence entre ce que les individus font, et ce que les généralités disent qu’ils font vraiment. On interroge un fou de rage et voilà, c’est « la voix du peuple », ou on se concentre sur les joutes politiques des personnes « en charge ». La réalité toute simple est une autre…

  8. anne7500 dit :

    Voilà un texte qui fait du bien et auquel j’adhère complètement !

  9. emma dit :

    il y a des constats dont il faut tenir compte, des convictions qu’il convient de soupeser, des opinions dont il faut se méfier, il y a des chantres d’apocalypse, des autruches, et des négationnistes, il y a de tout, on ne sait pas ce que sera demain, mais comme disait M L King :  » Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier »

    • Edmée dit :

      Et on ferait de la tarte aux pommes avec les pommes du vieux pommier 🙂 ON doit aller de l’avant,alors autant que ce soit avec bonheur…

  10. Carine-laure Desguin dit :

    Depuis des lustres ce que je pense c’est: Laissez-les à l’écart. J’ai toujours retenu cette phrase et donc tout glisse.

  11. Célestine dit :

    Tu sais quoi ? Tu me fais du bien.
    Voir le verre vide n’a jamais donné à boire aux assoiffés…
    Et se contenter de vivre sans rajouter du malheur au malheur, je trouve que c’est déjà pas si mal…
    Cela dit, je ne vais plus sur FB, ça me fait déjà une grande source d’horreurs en moins…
    Baci sorellita.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    • Edmée dit :

      J’y vais beaucoup, pour plusieurs raisons, mais je survole les nouvelles et photos cancérigènes. Et je supprime aussi souvent leurs distributeurs généreux 🙂

  12. Xoulec dit :

    ben moi, comme Renaud, j’aime bien vivre caché…

  13. Philirlande dit :

    Ma devise est Tomorrow is another day… On est déjà vivant et on essaie de rendre son existence la plus supportable/facile/agréable chaque jour… On est pas des super-héros, mais on essaie de faire avec nos propres moyens… Le reste n’est que de la poudre aux yeux, à mes yeux

    • Edmée dit :

      Oui, je pense aussi. De l’agitation qui engendre des achats stupides (abris, cordes à noeud pour s’échapper par la fenêtre au cas où) vivres impérissables, médocs en quantités, et surtout la perte du plaisir d’entamer une nouvelle journée!

  14. alainx dit :

    Tout va très mal, on ne peut indéfiniment se boucher les yeux !
    Pourtant des sommités des facultés de médecine ont déjà largement attiré notre attention sur les excessifs dangers de la modernité !
    Ainsi, en 1835, les membres de la l’académie de médecine de Lyon ont tiré la sonnette d’alarme sur les graves troubles auxquels il fallait s’attendre par le développement des chemins de fer vapeur en raison de la vitesse stratosphérique de près de 30 km/h qu’ils n’allaient pas tarder à atteindre : troubles de la rétine à cause du défilement trop rapide du paysage ; de la respiration à cause de la vitesse, fausse couche des femmes enceintes ballotées sur les rails, fatigue de la vue, avortement, troubles nerveux, « delirium furiosum » des passagers.

    Et malheureusement nous n’avons pas su écouter les mises en garde de ces grands scientifiques, morts dans l’indifférence générale !
    Et on voit où tout cela nous a mené !
    Car c’est dans la ligne de tout cela qu’aujourd’hui Internet rend fou, aveugle et sourd, à cause du bombardement des électrons de l’écran sur nos rétines à la vitesse de la lumière.
    Par bravade, je vais prendre un risque : je vais faire mon premier selfie !
    Et ensuite j’irai boire un express au bar du TGV (si toutefois la voiture bar n’a pas été encore démantibulée…).

    Sauvons la planète, avant qu’elle ne se sauve dans une autre galaxie…

    • Edmée dit :

      Tu vis dangereusement, dis-donc!
      Et Elvis the pelvis qui était l’instrument du diable et allait ouvrir en grand les portes de l’enfer avec ses déhanchements lascifs. Je parie qu’il porte une responsabilité énorme dans plein de choses 😀

  15. La Baladine dit :

    Rrrroooooh ouiiiii… Ras la cervelle des marchands de peur qui jouent sur l’émotion (par essence dévastatrice) sans jamais proposer de solution, hormis une privation quasi totale de liberté. A tout prendre, je préfère mourir libre sur une planète épuisée que soumise dans un monde parcimonieusement étriqué…
    Bon je caricature, mais c’est pour dire à quel point je plussoie!
    Heureuse d’être revenue lire ton bon sens et ta joyeuse sagacité!
    Vive la liberté!!!

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