Laisse croire les béguines

C’est ce que Lovely Brunette – dans sa sagesse infinie – répondait quand je lui disais « mais je croyais que »…

Je ne pourrais vivre sans/avec. Jamais on ne me ferait faire ceci. Comment fait-elle pour supporter ça ? Ils doivent être fous pour ne rien changer à leur vie. Il ne me viendrait pas à l’idée de

C’est ce qu’on croit penser au plus profond de nous. Ça fait partie de nos certitudes. Et c’est aussi souvent ce qu’on nous a enfoncé dans la tête, sans malice, simplement parce que c’est la phrase-évidence pour les gens « comme nous qui veulent une vie comme celle que nous voulons ».

La tante Pipine a, c’est vrai, trompé l’oncle Pinpin, mais enfin, comment a-t-elle pu ? Et ça a mal tourné car l’amant a tout perdu aux courses et ils ont fini leurs jours – amoureux il est vrai – dans un deux-pièces alors que l’oncle Pinpin a retrouvé une épouse jeune et fringante et a connu une seconde jeunesse. Le bien a triomphé du mal.

La dame du 3è vit avec un type immonde, qui sent si mauvais qu’on se demande si elle porte un masque une fois rentrée… Ils ne voient jamais personne (difficile de rendre des visites en apnée), elle aurait voulu des enfants et lui pas, elle est à ses pieds malodorants, et sa dévotion donne la nausée. Qu’est-ce qui les retient ensemble ?

Le monsieur qui habite au-dessus de l’agence de voyage en est à son 5è mariage. Elles s’en vont toutes, et il n’a pas encore compris que le mariage n’est pas, comme il le croit, un corral dont on ne sort pas. Et une épouse ne se rattrape pas au lasso. Ni ne se dresse. De plus, il ne rajeunit pas, et les épouses aussi prennent de l’âge, et malgré leur éblouissement provisoire à l’écoute des monts et merveilles promis par l’amoureux momentanément ardent et dévoué, malgré leur moment de faiblesse qui les a poussées vers un « oui, je le veux »… leur maturité les aide et elles ne résistent pas longtemps une fois l’époux devenu un indifférent grincheux en pantoufles.

Et ceux ou celles qui s’enfuient du couvent, ou y rentrent, le tout lié à une histoire d’amour qui fait du bruit que ce soit dans un sens ou dans l’autre qu’on franchit la porte surmontée d’un saint dans une niche…

Et ceux et celles qui…

Car les émotions sont plus fortes que nous. Nous pensons être faits pour le mariage ou pas, pour la vie à deux ou pas, pour les compromis ou pas, pour les renoncements de bon ton ou pas, pour la raison avant tout ou pas, pour rester dans son milieu ou surtout pas.

Et puis un jour, certains d’entre nous se trouvent happés par un tourbillon qui envoie tout valdinguer comme la tornade dans Le magicien d’Oz… Ou la chute dans le puits d’Alice. Les certitudes et points fermes volent dans tous les sens, ce qui était en haut se retrouve en bas. Et rien ne dit qu’on a raison ou tort, ni, encore moins, que ça finira pour le mieux. Ça peut être une affreuse catastrophe, mais on y court les bras tendus.

Après tout, la conversion de Saul n’est pas autre chose.

On n’apprend pas tout ce qu’on devrait apprendre si on n’accepte pas de perdre pied et chuter un jour ou l’autre. Peu importe, sans doute, que le résultat donne raison, mène à un Happy Ending. Le destin organise soigneusement des rencontres et parfois c’est très évident, le fil rouge, cette multitude de repères, de hasards, coïncidences, heures et lieux exacts, et oui, on ne peut ignorer que le destin a visé juste. Mais rien ne dit que ces rencontres si importantes doivent se solder par un amour éternel, ou une longue longue histoire délicieuse, pas du tout. On a appris quelque chose, en donnant, en se faisant dérober, en recevant, en étant étouffé d’attentions… C’est pourquoi la rencontre devait se faire, avec des desseins bien plus subtils que ceux que l’on imagine parfois.

En tout cas, quelle que soit l’issue de ce passage en essoreuse, jamais on n’oubliera qu’on a été tellement bien quand on vivait à fond, même si au passage on s’est un peu dépiauté…

41 réflexions sur “Laisse croire les béguines

  1. Oui Edmée, la vie ne vaut que si l’on ose assumer les risques et, avant tout, si l’on ose les prendre. Car sans risque, l’existence est bien pâlichonne.

  2. ibonoco dit :

    Beau sujet de réflexion Edmdée…
     » Ce qui est en haut est en bas  » comme tu l’écris. Un jour, nos certitudes vacillent et c’est à ce moment-là que nous avons la chance de devenir réflexif c’est à dire nous repenser nous-mêmes.
    Quant au destin et à nos rencontres, nous sommes bien trop souvent encore aveugles et passons à côté.
    Belle journée Edmée.
    John

    • Edmée dit :

      Ce sont des chances magnifiques, même si ce type d’apprentissage apporte aussi le doute, la peur, et donc nous conduit à l’audace et l’individualisme. Vrai que parfois on ignore les appels du pied du destin… qui se représente sous une autre forme, j’imagine.Plus tard…
      Belle journée à toi aussi, John 🙂

  3. Pistache dit :

    Je n’aurais jamais cru que mon mari me trompe….et j’apprends qu’il y a quelques années il a eu une liaison qui a duré 3 ans. Effondrement. Tsunami.

  4. Adrienne dit :

    tu me rappelles mon père, lui quand je disais « je crois que » il répondait « il faut laisser croire les couvents » 😉

  5. Dédé dit :

    Coucou. Vivre l’instant présent, accueillir ce qui nous arrive de bien comme un cadeau, car comme tu le dis si bien, on peut finir complètement dépiauté. 😉 Bises alpines du sommet de ma montagne.

  6. biche* dit :

    Fontaine je ne boirai pas de ton eau ?! 🙂

  7. Carine-laure Desguin dit :

    Le conformiste ne vit pas, Marguerite Yourcenar nous a dit Marguerite Yourcenar (ou quelque chose comme ça).

  8. Dans toutes les familles, il y a eu je pense des transgressions. Les condamner c’est ne pas les comprendre. Nous aussi, parfois sommes soumis à des choix. Pour une raison ou pour une autre nous changeons de vie. Les élans du cœur commandent ! 🙂

  9. grandlangue dit :

    Et si on acceptait une fantaisie, un rêve sans garantie, un bout de vie en couple avec option d’achat, sans illusion.

    On ne gagne pas la loto si on n’achète pas de billet. Et puis, on ne perd jamais tout, on gagne toujours quelque chose.

  10. celestine dit :

    Tout toi dans un seul billet, sorellita…
    « N’en fais qu’à ta tête et surtout qu’à ton coeur » me disait ma grand-mère, dans la sagesse que n’a pas eue ma pauvre mère…
    Ce qui revenait un peu au même finalement…
    C’est pourquoi je ne juge pratiquement plus les gens. C’est leur vie, ça les regarde…
    Bon si je vois une amie se planter gravement, je peux éventuellement lui dire mon ressenti, mais elle fera ce qu’elle veut de ce ressenti, et je n’attendrai surtout pas qu’elle « m’obéisse »
    Je sais ce que tu dis quand tu parles de destin et de (faux) hasards. Et j’ai appris à vivre intensément sur mon fil, consciente que tout peut basculer à tout moment…
    Baci bella ragazza
    pieno di sapienza
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    • Edmée dit :

      Je juge beaucoup moins aussi, quoique je puisse déplorer l’inertie de certains, la vie est courte et le temps des regrets pèse lourd. Le plaisir « du devoir accompli » ne console pas d’une vie qui a fait mal tout au long. Et on en met souvent le poids sur les objets du sacrifice, ce qui leur gâche aussi la vie, finalement…

      Oui, tout peut basculer, et c’est pour ça qu’il faut savoir pendre le risque de se faire plaisir..

      Baci bella ragazza 🙂

  11. emma dit :

    te rappelles tu cette chanson sur les certitudes ? https://www.youtube.com/watch?v=orDR4JA91F4
    Pourrais tu nous instruire sur les pensées supposées des béguines ? bon week end, Edmée !

  12. Xoulec dit :

    Tellement vivant, lorsque, happé par une machine infernale, qui met la tête à l’envers🙃
    Être pleinement soi, sans vraiment se reconnaître complétement… Y laisser quelques plumes… mais les plumes en moins rendent le cœur léger ; et se dire que si c’était à refaire, on, le referait… sûrement 😀😀😀

  13. gazou dit :

    Un jour, je suis allé manger dans un restaurant qui s’appelait « la bicyclette », sur la vitrine était écrit:
    « La vie c’est comme la bicyclette, il faut avancer pour tenir en équilibre » et donc ne pas toujours avoir peur du changement, quelquefois, nos erreurs nous apprennent plus que les réussites

    • Edmée dit :

      Que c’était bien dit, et simplement. Il n’y a rien à faire, trop de prudence mène à la stagnation, et cette dernière à la « mauvaiseté » 🙂

  14. Colo dit :

    Que de regrets s’accumuleraient si on ne se lançait jamais ou presque dans aventure qui nous tente très fort!
    Avancer, prendre quelques précautions bien sûr, et vive la galère!

  15. La Baladine dit :

    Dans la vie, il y a ceux qui sautent dans le premier bateau qui passe, quitte à se planter, et puis ceux qui, à force de peser le pour et le contre, restent sur le quai à regarder les bateaux partir sans eux.
    Il y a ceux qui sont les premiers à dire « je t’aime », et ceux qui ne attendent coûte que coûte que l’autre fasse le premier pas, quitte à sécher sur place avec leur amour étouffé, pour peu qu’en face ils aient le même type de personnage.
    Il y a ceux qui s’exposent et ceux qui se protègent. Ceux qui sont intimement persuadés que le meilleur est toujours à venir, et ceux qui affirment qu’il est déjà passé, et qu’il ne passe qu’une fois.
    « Ils croient qu’ils sont heureux parce qu’ils sont immobiles », disait Tristan Bernard.
    🙂

    • Edmée dit :

      Bravo Tristan.

      J’en connais hélas pas mal, de ces rabougris de la vie qui pensent qu’ils n’ont pas eu de chance parce qu’ils l’ont laissée passer, ou qui simplement n’ont pas honnêtement pensé à eux suffisemment pour sortir d’impasses/traquenards, se consolant – si on peut dire – par « j’ai fait mon devoir ». Et ils empoisonnent la vie des autres, surtout 🙂

  16. charef dit :

    Celui qui tombe et se relève c’est comme s’il n’était pas tombé. Et puis pourquoi tomber avant de recevoir le coup. Quand deux personnes se comprennent c’est que l’un d’eux supporte le poids de l’autre.
    Bonne nuit Edmée. J’aime beaucoup tes textes.

  17. Pascale MD dit :

    On peut pardonner, mais cela ne signifie pas oublier.
    Après il nous appartient de savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas.
    Oser changer le cours des choses, et tu as raison, ceux qui ne changent pas le paient cher en devenant des personnes tristement acariâtres.
    Bonne journée

    • Edmée dit :

      Le vrai pardon crée un lien je pense. Mais en effet on ne peut oublier, et d’ailleurs la leçon de vie serait bien courte si on oubliait…
      Mais en prenant de l’âge ( 😉 ) je constate en effet que ceux qui n’ont pas osé quitter ou changer les situations où ils s’enfonçaient sont devenus acariâtres et « vieux grincheux »…

  18. Nadezda dit :

    « Laisse croire les béguines » j’aime cette expression pour l’avoir souvent employé.
    Comme d’habitude un très beau billet 🙂

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