La scène finale du baiser, qui était le début de tout…

J’ai encore connu les magnifiques films en noir et blanc avec ces scenari soigneusement élaborés ou tirés d’un roman célèbre, et ces personnages aussi irréels que le sexe des anges. Les femmes aux cils soyeux portaient des robes aux reflets glaciaux qui épousaient des courbes auréolées d’une passion volcanique. Que seul l’homme idéal – dont on imaginait les joues douces et parfumées d’un arome viril et enivrant – aurait la joie de mettre en musique.

Le baiser était souvent la scène finale, ou centrale. On avait l’art de mettre dans cette simple image tout ce qu’on n’arrive plus à mettre dans le déballage cru qu’on nous offre maintenant. Il y avait la promesse. De tout ce qui suivrait et que le spectateur ne verrait pas. Des secrets intimes qui soudaient un couple dans sa chair.

J’ai également connu (et non, je ne suis pas née dans l’Ottocento, je le jure…) les chuchotements de pensionnat où certaines filles certifiaient qu’elles, elles n’embrasseraient que leur fiancé, et après les fiançailles ! Je ne sais pas si elles ont tenu cette rigoureuse décision, et en tout cas je me faisais toute petite : j’avais déjà embrassé un garçon… Et pour être sincère, je n’étais pas emballée du tout et n’avais pas une folle envie de recommencer… mais j’aurais eu l’air d’une vieille gourgandine si je l’avais dit, et courageusement j’ai gardé le silence.

La nuit de noce était le saut dans le vide, les yeux bandés. On croyait savoir, on ne savait rien, et celles qui, finalement, avaient franchi le pas dans une prairie ou sur une meule de foin ne se confiaient qu’aux « vraies amies », les épatant à bon marché avec un peu de vantardise car au fond… elles n’avaient pas, comme elles le disaient, « couché avec un garçon » mais s’étaient couchées avec un garçon qui n’y connaissait rien de plus qu’elles probablement. Je me souviens de ces livres sur le mariage qui circulaient, volés dans la bibliothèque des parents, où de savoureux conseils étaient donnés pour assurer un mariage absolument sans nuages sous le ciel de lit. « Il faut faire ça ? » demandait une avec horreur. « Oui ! tu DOIS le faire si c’est ton mari ». Ah, vrai qu’il s’agissait d’un devoir conjugal… On riait et c’était un rire pas vraiment joyeux. Ca nous semblait absurde. Que savions-nous de la sensualité ?

On préférait de loin la poésie du baiser, ce baiser sur lequel la caméra s’arrêtait pour discrètement viser la fenêtre dans un travelling plein de tact.

« Moi, » m’a dit un jour une amie, « je croyais que c’était si bon qu’on s’évanouissait » … C’est dire si ce baiser contenait de mystères pour les jeunes filles d’alors.

Et c’est vrai pourtant qu’un baiser, celui donné par ce lui qui ne se rencontre qu’au bon vouloir du destin, peut tout contenir, y-compris une vie entière d’amour.

32 réflexions sur “La scène finale du baiser, qui était le début de tout…

  1. angedra dit :

    Pour moi le premier baiser a été une très belle découverte et une sensation non pas de m évanouir mais plutôt d un quitter terre. Je garde encore ce beau souvenir comme une belle révélation. J étais déjà adolescente 15 ans, donc certainement pas en avance, mais j étais amoureuse de ce beau garçon que je connaissais déjà depuis 1 an comme copain. J avais eu le temps de rêver de lui et de tomber amoureuse !! Je m envolais vraiment lorsqu il me promenait assise de côté sur son rumy ( genre de vespa couleur or qui faisait fureur à l époque.
    A condition de ne pas distribuer des baisers sans vibrations c est certain qu il est nécessaire actuellement pour nos réalisateurs de montrer beaucoup de femmes nues sous la douche ou ailleurs… bizarrement il est vraiment très très rare de voir un homme nue… pour eux le torse nu cela leur semble égalitaire sans doute pour montrer les femmes.
    Alors nous replonger dans Autant en emporte le vent…

  2. La Baladine dit :

    L’avantage, c’est que ça laissait place à l’imagination… Même si c’est vrai que le tout premier french kiss n’est pas forcément le plus enivrant 😉
    Mais quand même, en plein confinement, nous parler de rouler des galoches, franchement 😀
    Bises théoriques, sans frisson, ni virus 🙂

    • Edmée dit :

      Oui, je dois avoir le coeur en pré-déconfinement, j’avoue 🙂
      Comme tu dis… le premier French Kiss n’avait rien pour qu’on en redemande. Par contre mon premier baiser, pas encore French pour un sou, j’avais 14 ans et lui et moi avions un mal fou pour caser nos nez, et posions prudemment nos lèvres hermétiquement closes l’un sur l’autre, très troublés à l’idée que ça pourrait se savoir 😀

  3. MioModus dit :

    Je rêvais d’un baiser au seuil de mon éternité…

  4. Colo dit :

    Oh oui, qu’on attendait ce baiser de cinéma, en n’en perdant pas une miette..pour quand ce serait notre tour. Mème après, on se demandait si celui qu’on avait donné/reçu était bien tel qu’il devait être!!
    Rien de banal, même qu’on aurait évité de se frotter les lèvres après:-)) Belle innocence.
    Bon week-end Edmée, j’espère que tu ne te sens pas trop seule.

    • Edmée dit :

      Non non, je ne me sens pas seule, et le beau temps m’a remise à la lecture, je lis… La femme gelée (au soleil, ça fond 🙂 ). J’apprécie mieux les baisers maintenant, je dois dire. Car avec l’âge (eh oui…) en recevoir ne va plus de soi et est donc toute une déclaration d’amour…

  5. Dédé dit :

    C’est difficile de s’embrasser aujourd’hui avec la distanciation sociale. :-)) Franchement… je crois que je ne me souviens pas vraiment du premier baiser. C’est normal docteur? Bises alpines… de loin.

    • Edmée dit :

      Là en effet… avec le masque et la distance, pas facile 🙂 Je me souviens du premier-premier (décrit plus haut) et puis du « vrai premier », offert avec trop d’ardeur par un garçon à qu’on n’avait jamais osé dire qu’il bavait…. Je n’ai pas osé non plus et je suppose qu’il aura fallu quelques autres victimes pour qu’une se décide à lui faire revoir son abécédaire du parfait embrasseur 😀

  6. emma dit :

    l’acmé du romanesque chez Delly et col, une sorte de fondu non enchainé sur un supposé paradis (avec beaucoup d’enfants !!!). Bien plus chargés d’intensité que les scènes supposées torrides des films modernes. Me revient ce souvenir qui ne m’a fait rire qu’à postériori : mon premier « embrasseur » avait un frère vrai jumeau, et je n’ai jamais su lequel était « intervenu » ce jour là…

  7. charef dit :

    Un poème que j’ai écrit il y a quelques années.
    Premier baiser
    Je suivais, nu-pieds, le sentier sinueux
    Qui longeait la falaise des amoureux
    Il menait à la plage jonchée de clovisses
    La ville s’éloignait de plus en plus
    Le rivage au fur et à mesure
    Sur fond de paysage bleu azur
    S’approchait à vive allure
    La mer semblait fascinée
    Par les grains de sable doré
    J’étais la négation du verbe être
    De l’enfant ou de l’ homme peut être
    Le soleil n’était pas très haut
    Il était encore trop tôt
    Sur le bord de l’eau, la fraîcheur
    Effaçait les traces de l’hiver
    Le soleil suicidaire frôlait la terre
    Prêt à plonger dans la mer
    Sur la plage nue désertée,
    Une femme très belle ramassait
    Ses cheveux rebelles dispersés
    Pétulante de forme et de sensualité
    Avec une peau de pêche mouchetée
    Dans une robe très ajustée
    Souriante elle m’avait invité
    De venir près d’elle, de l’approcher
    Le sable sur fond de mer tournoyait
    Les mousses blanches traînaient
    Sous nos pieds entrecroisés
    Un phoque solitaire nous regardait
    La tenant dos contre moi bien serrée
    Elle m’enlaça et m’offrit un baiser
    J’ai posé mes lèvres sur son bout du nez
    Je crus que la terre avait tremblé
    Je fuyais vers la mer. Déchaînée
    Je me jetai dans l’eau tout habillé
    Je m’adressais au soleil en murmurant
    Tout est parfait, je peux être son amant
    Je sortais de l’eau et de ma pensée
    Pour reprendre le chemin
    Que traverse ma nuit de gamin
    Jusqu’aux premières lueurs du matin
    Je restais seul sur le rivage
    Face à la beauté du paysage
    Envoûté par un ciel sans nuage
    Charef
    Tiaret le 21/10/2014

    Celui là est plus récent
    Baiser
    J’aimerai poser sur tes lèvres gelées,
    ma bouche comme un tendre baiser.
    Tu sentiras la chaleur de l’enfer,
    traverser les tourments de ton cœur.
    Charef
    Tiaret le 24/10/2019
    Bonne nuit Edmée

  8. Philippe D dit :

    Voilà que je me souviens des baisers qui ponctuaient la fin des films que nous regardions sur la télé gagnée à une tombola, noir et blanc bien sûr ! Nostalgie quand tu nous tiens…

    • Edmée dit :

      Moi aussi ils me semblaient magiques, ces baisers « propres », discrets, qui contenaient l’invisible qui nous intriguait beaucoup!

      Joyeuses Pâques cher Philippe, en dépit du contexte!

  9. Le premier baiser, oui, plutôt raté, peu enivrant. Un garçon qui était très maladroit mais très amoureux. Mais je ne l’étais pas. Je rêvais d’un délicieux jeune homme qui habitait la Belgique et que je ne voyais qu’une fois par an avec nos parents. Je me suis fiancée par la suite et regretté que la distance n’ait pas permis que nous nous connaissions davantage. Il y avait entre nous de l’électricité dans l’air.

  10. celestine dit :

    Quelle belle ode à ce baiser qui m’a fait rêver moi aussi, adolescente…
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

  11. Nadezda dit :

    Très beau texte qui me fait sourire . Mon premier baiser je m’en rappelle, nous avions douze ans, il était roux et boutonneux. Pour Pâques il m’avait offert un oeuf en chocolat en forme de berceau avec un bébé en sucre rose , je me rappelle la tête de ma mère :))
    Prends bien soin de toi Edmée, je vois qu’à Liège la situation s’aggrave.
    Bon dimanche 🙂

    • Edmée dit :

      Ah… ces premiers baisers plutôt ratés 🙂 On était loin de la syncope imaginée suite aux films 🙂

      Toi aussi sois prudente… Et bon dimanche!

  12. Xoulec dit :

    Le baiser final ouvrait les portes de l’imaginaire. Pour les garçons aussi, hein ! Y a pas de raison !
    J’ai encore sur les lèvres le goût d’un, en particulier, que j’ai partagé, et qui a laissé une marque indélébile…

  13. grandlangue dit :

    Le baiser ne relève pas seulement du rêve ou du fantasme. Je me souviens parfaitement de ses longues sessions amoureuses qui causaient des crampes aux mâchoires!

    Fallait trimer dur pour devenir bon en ce domaine!

    • Edmée dit :

      Oh ciel, je n’imaginais pas que c’était un tel art à peaufiner, ha ha ha! Mais certains auraient pu en effet améliorer leur « technique » baveuse ou mordeuse ou trop molle ou brutale 🙂

  14. AlainX dit :

    J’ai évoqué mon premier baiser dans mon bouquin « le passage se crée », la lettre aux jeunes filles.
    Extrait :
    « Comment un jour l’une de vous pourrait-elle vraiment s’intéresser à moi? Alors je guette sur vos lèvres les frémissements annonciateurs du premier baiser. Et le voici qui survient, debout dans un couloir. Ce n’était même pas vraiment prévu. Chacun s’est avancé, a fermé les yeux. Ce fut le noir. Il ne faut pas dessiner des baisers dans le noir. Surtout pas le premier. On détrempe trop le pinceau, on déborde là où il ne faut pas. Après il faut chiffonner la feuille, et on n’ose pas recommencer. »

  15. Tout cela a bien changé…. Et la période actuelle de confinement va aussi être un fameux test pour de nombreux couples : y aura-t-il au final plus de bébés dans neuf mois ou plus de divorces et de séparations? De nombreux amants sont aussi séparés, des jeunes ados amoureux ne savent plus se voir après l’école, des couples en difficulté sont obligés de se retrouver 24h/24 ensemble (avec peut-être l’espoir aussi qu’ils se retrouvent). Sans oublier malheureusement les nombreux conjoints qui perdent l’amour de leur vie sans pouvoir leur dire au revoir, sans pouvoir leur offrir des funérailles dignes de ce nom.

    Amour et confinement ne font pas toujours bon ménage….

  16. Edmée dit :

    Tu as bien raison, c’est rarement un duo d’amour dans des conditions telles qu’aucune issue n’est possible. Pas d’échapattoire, pas de bistro avec les amis, de sortie avec les amies pour décompresser. Je serais étonnée qu’il y ait vraiment plus d’enfants, trop de gens ont peur de l’avenir…
    Quant aux amants séparés, je vis moi-même plutôt mal le fait d’être séparée du mien, à nos âges on n’a pas un temps inépuisable devant nous… Mais que faire? Râler… ça n’aidera pas 😀

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