Le droit à l’envers et à l’endroit

J’ai lu il y a peu qu’un restaurateur belge avait refusé l’entrée de son établissement à des clients se présentant en tenue de jogging. Il ne veut pas non plus d’autres tenues sportives, ni de singlets. Et le public, en grande partie, de s’indigner : « on a le droit de s’habiller comme on veut ! Pour qui se prend-t-il ? »

Cette nouvelle arrogance des gens qui auraient tous les droits, tandis que les autres n’ont pas celui de s’y opposer !

Il y a aussi eu une femme tellement tatouée que de méchants – et retardés mentaux – personnages lui avaient demandé de ne plus venir chercher ses enfants à l’école, car elle effrayait les autres. Elle trouvait aussi trop injuste, cette Calimero Graffiti, que la recherche de travail soit pratiquement mission impossible à cause d’autres retardés mentaux aux idées étriquées qui non, ne la voulaient ni comme serveuse ni comme réceptionniste ou caissière. Ces mesquins voulaient sauver leur business et la forçaient à rester sans emploi. Si c’est pas peu charitable, tout ça !

On a sans doute le droit de prendre le droit. Mais pas celui d’enlever le droit des autres. Il y a des restaurants et des cantines sportives. La sueur et une tenue Décathlon, OK si on le veut et où on le peut, car si on préfère nappe et fleurs sur la table plutôt que sets de papier et pots de moutarde enlacés à Ketchup et mayonnaise, on apprécie aussi un peu d’élégance ou, au minimum, d’éducation.

La dame tatouée, ma foi, si elle se trouve à croquer, je n’ai rien à redire, aucune loi n’interdit les lèvres comme des enseignes en forme de doughnut, les cheveux verts, les fesses renforcées, les piercings et tatouages. Ils ont donc le droit, oui. Mais qu’en est-il du droit des autres, à ne pas se sentir à l’aise, à trouver ça laid, indécent dans certains cas. Tout comme on aime le poulet plus que le porc, ou qu’on ne supporte pas le tofu ou les pâtes aux grillons, on peut parfaitement – on a le droit – refuser une fausse maori en technicolor comme secrétaire. Au nom du tout le monde a le droit au travail j’ai par exemple eu cette expérience hors du commun :

Un serveur dans un sympa petit fast food, bien gras et dodu, velu comme une peau d’ours, qui se délectait à remplir les plateaux de sandwiches avec un jeans taille basse, d’où vue stupéfiante sur un généreux « décolleté » constellé de touffes de poils et un morceau de string. Merci, je suis retournée là depuis que je ne l’y vois plus, car s’il a eu du travail, le pauvre l’a perdu. Je me souviens qu’aux USA un monsieur adorable tenait un magasin de CD et DVD players, auto radios etc. Il avait donné sa chance à un petit jeune très doué, qui n’a rien eu de mieux à faire de ses salaires que de … devenir un vampire. Il s’est fait greffer de longues canines, tatouer le blanc des yeux en noir, truffer de piercings et enluminer de tatouages divers. Je pense que personne ne s’étonnera du fait que la clientèle fuyait à toutes jambes, et que notre Draculon s’est retrouvé au chômage.  

On a droit, si on voit les choses comme ça. Mais en face de vous, il y a aussi les droits des autres, et il faut bien en tenir compte.

Pourquoi ces gens qui revendiquent le droit de narguer les autres avec leur « originalité » ou leur sans-gêne ne comprennent-ils pas qu’ils sont leurs pires ennemis, et se condamnent eux-mêmes ? Il n’y a personne dans leur entourage pour leur parler ?

Où sont passées les bonnes punitions d’antan ?

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28 réflexions sur “Le droit à l’envers et à l’endroit

  1. lascavia22 dit :

    HEUREUSE de retrouver tes billets, chère Edmée.

    Ah « le droit/Droit de… » ! Cela me fait sourire (parfois un peu jaune quand même), tout comme d’autres termes outrageusement banalisés qu’utilisent certains qui ignorent ce dont il s’agit vraiment : « démocratie », « liberté », « droit d’expression », « justice », etc., en ne les appliquant qu’à leur petite personne, les « autres » n’existant manifestement pas.

    Une ignorance dangereuse, qui, faute d’un minimum de connaissances, d’éducation, d’empathie, ou simplement de curiosité, laisse dans l’ombre les limites qui viennent borner ces concepts brandis aujourd’hui comme des « abracadabra sésame ouvre-toi » (suivi bien sûr de : « pour moi, moi, moi… »)
    Trop d’ignorance et/ou de bêtise, trop de « déification du moi », même et surtout si ce moi sonne creux, trop d’exigences et d’arrogance non fondées, d’égocentrisme, de nombrilisme, … ? Le monde de demain ? (oups !)

  2. Adèle Girard dit :

    Tu as très bien dit ce que nous pensons presque tous!

  3. AlainX dit :

    Je me demande si je serais heureux et emballé que mon chirurgien soit tatoué des pieds à la tête ! Et pour se faire voir m’opère en slip (ou sans s’il a des tatouages intimes à montrer) ! Mais avec un masque hygiénique sur la tronche.
    Je serai hélas obligé d’accepter, puisqu’il la direction de l’hôpital serait dans l’obligation de respecter la liberté du chirurgien concernant sa présentation au travail.

    • Edmée dit :

      Je trouve cette « liberté » absurde et injuste pour les autres. On donne des libertés absurdes pour nous enlever les essentielles, c à d d’avoir une opinion, de refuser un vaccin douteux et ses innombrables rappels, de refuser de louer notre bien à qui visiblement ne le gèrera pas « en bon père de famille » etc… Mais welcome les monstres sur le marché du travail… (et quand même, ça ne donne pas une haute idée de leurs « valeurs », à ces éventuels médecins ou conseillers financiers déguisés en pelotes d’épingles…)

  4. J’habite près de la salle des fêtes. Des locataires masculins et avinés de la dite salle, viennent régulièrement uriner devant mon portail. Ils ont bien « le droit », ils sont à la campagne. J’apprécie particulièrement lorsque mon chien arrive doucement au bas de la cour et fait « wouf » au dernier moment. L’homme repart alors dépité avec de l’urine sur ces chaussures ! 🙂

    • Edmée dit :

      Brave chien! Je me souviens d’une amie qui avait une belle haie autour de sa maison, et les voisins venaient y déposer leurs linge pour qu’il sèche au soleil, c’était assez chic et alléchant. Elle a caché un fil électrique dans les feuillages, pas de quoi les faire griller mais ils avaient une petite secousse qui fut salutaire 🙂

  5. Adrienne dit :

    en effet! et c’est la même discussion avec « j’ai le droit de dire ce que je veux », où il faudrait accepter toutes les insultes grossières, sexistes, racistes etc: sous prétexte du droit à la parole on a apparemment le droit au non-respect de l’autre.

  6. Colo dit :

    Trop souvent on oublie que les droits impliquent automatiquement des devoirs…ici le respect.
    Alors oui, oui, tu as le droit mais, mais, mais:-))

  7. Visiteuse dit :

    Je suis d’accord avec vous.

    Mais, au fond j’éprouve d’avantage de peine que d’indignation envers ces personnes en pertes de repères, biberonnées au narcissisme sans savoir que chacun est unique et qui se tatouent se percent, comme on marque le bétail.

    Elles se veulent anticonformistes, libres, alors que dans les faits, non seulement elles sont enchaînées dans la matrice de l’occident globalisé (et intégré) comme un simple composant bio-électronique du circuit, mais en plus, comble de l’illusion, elles se targuent d’être originales en refusant de suivre le troupeau standard, alors qu’elles en suivent un autre.

    Dans notre société occidentale, dite de progrès et moderne, ce qui m’effraie le plus, c’est cette dissonance cognitive qui a fait accepter à la majorité la vaccination et simultanément le tatouage électronique en QR code.

    Un immense cheptel servile et consentant à se transformer en une marchandise biodégradable et utile au compostage.

    • Edmée dit :

      Bien d’accord, ils sont à plaindre, je suis tout à fait votre raisonnement. En même temps, ils représentent une source de destruction. Ils s’étendent comme une tache d’huile sur l’eau, corrompent, polluent, et ont malgré tout une force déstabilisante.

  8. Pastelle dit :

    Un proverbe le dit bien déjà : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. »

    Il y a une nouvelle modèle dans mon association photo, couverte de tatouages et avec un piercing dans le nez. On est censé photographier tous les modèles, mais elle je ne peux simplement pas…

    • Edmée dit :

      Oh je comprends… j’ai du mal aussi quand c’est trop abondant. Je pense à tous ces décolletés fichus en l’air par des « dessins », ces nuques gribouillées, ces bras dentelés, et en plus j’imagine comme ils seront hideux avec l’âge qui va, en prime des rides, déformer tout ça…

  9. celestine dit :

    Trop de subversion tue la subversion. Et dans notre société, le manque de repères devient crucial : je me suis battue toute ma vie pour un certain respect des codes, notamment vestimentaires. Disant aux ados qu’ils étaient les premiers à respecter leurs codes « jean, baskets, tee-shirt, blouson » Alors pourquoi se croiraient-ils obligés de s’insurger contre le fait que l’on ne s’habille pas en chemise à fleurs pour un enterrement, ni en jogging pour aller à l’opéra…
    De même que l’on ne se comporte pas de la même façon dans un stade ou dans un concert, dans une fête entre étudiants ou dans un apéritif de mariage… Quant au délire des tatouages, c’est, comme dans tout, l’escalade, qui précède le désintéressement total. Dans dix ans, ça fera tellement has-been qu’on en entendra plus parler…Et les total-tatoués hurleront qu’ils ont droit au respect, mais qui les écoutera ?
    baci sorellita
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    • Edmée dit :

      Je te suis et te donne le bras à 100%… Je pense même parfois avec un peu de stupeur à ces futurs vieillards (s’ils arrivent jusque là) dont les tatouages ressembleront à des toiles d’araignées fluo une fois les rides ayant pris le dessus… Une partie de plaisir, je pense (pour eux…). J’essaie depuis plusieurs fois de commenter chez toi, mais plus moyen 😦

  10. Françoise dit :

    Le maître-mot, le respect, je suis bien d’accord, Edmée.
    Les tatouages, je ne suis pas fan, mais bon, ils ne font de mal à personne (mes deux fils et l’une de mes belles-filles ont des tatouages, alors…;-)).
    Belle fin de journée, et un bon week-end.

    • Edmée dit :

      🙂 Non, mais il y a tatouage et tatouage. La « dame » dont je parle était entièrement recouverte de tatouages, ça faisait réellement peur ! Bonne semaine (je ne suis plus avisée des commentaires 🙂 )

  11. Je suis assez d’accord avec ton billet. En quelques décennies, on est passé d’ un extrême à un autre. Moi, par exemple, même par 30 degrés, je ne conçois pas de donner cours en bermuda (alors que j’adore pourtant en porter). Par contre, en voyage scolaire avec mes élèves, je m’habille plus cool en bermuda, baskets et casquette car le contexte est différent. Mais parmi mes collègues masculins, tout le monde ne partage pas mon avis.

    • Edmée dit :

      Moi je partage ton avis, je suis comme toi. « S’habiller de circonstance » reste aussi un signe d’éducation, de respect pour sa fonction, l’endroit où on est, et qui nous fait face!

  12. Parisianne dit :

    Bonsoir,
    Je vous rejoins mais malheureusement, ceux qui refusent sont le plus souvent montrés du doigt. Le respect de ne pas imposer ses lubies aux autres semble de plus avoir cours.
    Je me souviens de mon fils, petit, qui s’était arrêté devant une jeune femme en maillot de bain dans un magasin de bord de mer. Intrigué, il s’était tourné vers moi pour me dire que la dame était bizarre, elle avait oublié de s’habiller… la jeune femme a été très gênée et s’est enroulée dans une serviette. Aujourd’hui, je crois que certaines règles de décences ont été mises en place.
    Mais où est passé le bon sens !
    Bonne soirée
    Anne

    • Edmée dit :

      C’est drôle ce qui est arrivé à votre fils car j’ai fait exactement la même chose petite : à Ostende il y avait une petite station de radio sur la digue, et on essayait de faire chanter les enfants. Bien entendu ma maman m’a assurée que je chantais super bien et que peut-être, pourquoi pas? J’étais d’accord sauf que la jeune femme qui m’a tendu le micro était en bikini beige, et j’ai pensé qu’elle était nue. J’étais sidérée, et pas un son n’est sorti de ma bouche 😀 …
      De nos jours en effet l’excès est la norme, mais finalement l’acceptation est exigée des uns et hors de question pour les autres : ils ressemblent à des aliens trucidés à coups d’épingles, mais si on trouve qu’ils n’ont pas « la gu… de l’emploi » c’est un scandale : tout le monde devrait ne rien y voir de spécial, à leur look…

  13. Martine dit :

    Bonjour Edmée,

    Je répète souvent ( je ne sais plus qui a dit ça) « le droit des uns s’arrête là où commence celui des autres ». Beaucoup devraient y réfléchir. Ils ont le droit de trouver ça beau. On a le droit de trouver ça horrible. Le mec en vampire, non mais! C’est fou ça! Va trouver du travail avec une g.. pareille! Se déguiser, se maquiller zarbi, c’est une chose. Mais rendre cela définitif, c’est un risque qu’ils doivent assumer! Tant pis pour eux!
    Au plaisir de nos échanges Edmée
    🙂

    • Edmée dit :

      Voilà… Comme on dit aussi, « le trop nuit en tout ». Il faut rester raisonnable, on peut être original avec tact, et hurler qu’on a le droit de faire ce qu’on veut, c’est donner aux autres celui de faire aussi ce qu’on veut : décider qu’on ne veut pas de ça chez nous 😀

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