Silence, les administrateurs anonymes !

Et voilà… Le terrible brasier de Notre Dame est, lui aussi, l’occasion pour les gestionnaires anonymes et non-qualifiés d’expliquer à leur lectorat de mécontents tout ce qu’il faudrait et ne faudrait pas faire. Les aides arrivent sous forme de bois, d’expertise, de travail, d’élans du cœur, le monde s’émeut et vibre, sauf nos enragés perpétuels qui hurlent à la trahison en rameutant derrière eux les bien-pensants des autres causes. On aurait dû, on aurait pu, on devrait.. c’est UNE HONTE, une exposition écœurante d’EGOISME. Ils en transpirent, tiens, là, derrière leur écran avec leur tasse de café ou leur ballon de rouge, si ça continue ils vont avoir des aigreurs d’estomac. Ce monde les dégoûte, et en avant qu’ils en dégoûtent tout le monde, leur expliquant que pour nous, les victimes de la mondialisation, de l’exclusion, du capitalisme, de l’eugénisme, du racisme, du sexisme (et leurs cohortes), on n’aurait pas levé le petit doigt ni récolté trois centimes… Qu’on peut crever, tiens… autant le dire franchement !

 

On peut toujours faire autre chose que ce qu’on a choisi de faire. Chaque option fait des heureux et des exclus. Chaque décision est discutable. L’argent qui vient ici ne va pas ailleurs. Mais n’est-il pas bon aussi de contempler l’enthousiasme, le rassemblement ? De voir ce qui est fait, qu’on agit, qu’on se mobilise. Que des malheurs, des mendiants, des sdf, des crimes, des riches sans cœur et des enfants joyeux, Notre Dame en a vus par milliers sur son parvis au cours des siècles, et elle est toujours là. Nous passons, les « choses » passent moins vite et sont un lien.

Les réseaux sociaux sont véritablement une porte ouverte sur le monde si on s’en tient à quelques petites règles de prudence : se méfier de qui on accepte comme « ami », ne pas user ses phalanges à donner son avis aux hyènes qui ne sont là que pour le mettre en pièce (et après tout, on s’en fiche, non, de ce que pensent de nous des gens que nous ne connaissons pas… ), ne pas agiter et ne pas s’agiter. Sans quoi c’est The Hell Gate, ni plus ni moins. Car si on peut ne pas être de notre avis, et nous offrir ainsi une occasion de nuancer, de corriger le nôtre ou celui d’autrui, la plupart de ces justiciers bavant de l’acide ne sont pas dans l’échange mais l’imposition, on ne discute pas la moindre virgule de ce qu’ils ont écrit, un « oui mais » avec un petit doigt levé et hop, on vous le coupe, le doigt !

Les névroses sortent à découvert. Les monstres ont la parole et la donnent à leurs suiveurs terrifiés, qui n’osent même plus montrer qu’ils ne sont pas si certains que ça…. Les têtes tombent vite ! Les invectives presque bibliques s’abattent sur les traîtres…

Et pourtant, quoi qu’il y ait derrière les offres de bois, de main-d’œuvre, de savoir-faire, d’argent… pour rendre sa splendeur à Notre Dame, eh bien tout simplement je me dis que la vieille dame mérite qu’on la câline et répare, elle qui a certainement réparé bien des chagrins. Quand l’Arno est sorti de son lit à Florence, je me souviens que mon école avait signalé une demande d’étudiants qui auraient passé leurs vacances à nettoyer les murs et sauver ce qui pouvait l’être. À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas.

Et personne ne s’est vu reprocher de ne pas avoir utilisé son temps et énergie à faire autre chose « de tellement plus utile »….

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Superga! Superga!

Superga ! Un chant baroque d’ocres, de marbres et de blanc. Le cantique de Filippo Juvarra, ce génie venu de Messine et devenu architecte à la cour au Piémont. Son talent a laissé sa fastueuse trace partout dans Turin et les environs : le pavillon de chasse royale à Stupinigi, le Palazzo Madama, l’église San Carlo, le château de Rivoli entre autres, et … la basilique de Superga, où reposent, dans les marbres polychrome et les allégories, les souverains de la Casa di Savoia.

Autrefois, Superga était un col qui s’élevait comme une apparition depuis la vallée, cette vallée souvent brumeuse où le Po et la Dora se faufilent entre les rives herbeuses et sous des ponts, les uns humbles , les autres clamant la gloire de cette cité des rois. Au sommet, il y avait une église qui bénissait la vie d’en bas, et en parlait en haut. Tout changea suite à un vœu que fit, lors du siège de Turin par les troupes franco-espagnoles de Louis XIV, le duc Vittorio Amedeo II : si le ciel lui accordait la victoire et libérait Turin, il y ferait construire une basilique. Et en 1717 on rogna 40 mètres de col, détruisit l’église, et entama la construction de ce monument splendide dont la vue fait battre le cœur de tout qui a vécu ou vit à Turin quand on en aperçoit la silhouette là haut, dressée contre le ciel : Ah, Superga ! On approche de Turin, alors …

Les jours de foschia – de brouillard – au contraire on ne la voit pas et la vue est égarée par une gaze vaporeuse, une haleine venue de la moiteur profonde de la terre, qui se déchire au fil des heures sur coupoles, fenêtres de chambres de bonnes – devenues garçonnières – clochetons et monuments dans la ville isolée dans cet humide silence.

La crypte est la tombe royale de la maison de Savoie, Casa di Savoia, les souverains du Piémont avant l’unification de l’Italie. On y accède par un majestueux escalier de marbre au pied duquel l’archange Gabriel terrasse le démon et défend la paix des sépulcres. Des symboles magiques, ésotériques et alchimiques protègent le lieu de tous leurs puissants sortilèges. Dans des niches, des êtres pâles et parfaits rappellent avec grâce le regret des défunts et l’amour qui leur fut porté.

Le majestueux sarcophage central dans la salle des rois, occupé par Carlo Alberto di Savoia – mort en 1849 – accueillait traditionnellement le dernier souverain du Piémont à chaque décès, son prédécesseur étant alors déplacé dans un emplacement latéral. Mais les successeurs de Carlo Alberto sont devenus rois d’Italie et dès lors sont enterrés au Panthéon de Rome, ce qui permet à Carlo Alberto de reposer en paix et garder à jamais cette place de grand prestige.

Foschia a Superga - Mon papa et moi

Depuis Superga par temps clair on voit toute la riante vallée de Turin. Mais si la journée est brumeuse… on comprend la légende de la fée du Lac, ce lac qui n’existait pas toujours : la vallée semble alors un lieu liquide aux ondes laiteuses, si profondes que seule Excalibur pourrait en remonter et en trancher la surface pour capturer les rayons du soleil sur sa lame.

L’avventura à la grecque en Italie

En ces temps de crise et d’économie forcée, je me suis souvenue de ma semaine d’aventures sans le sou avec Thalys et Lykourgos.

J’habitais alors Turin, dans la petite pensione San Marco tenue par mon amie Laura. J’ai déjà parlé de cette petite pensione non loin de la gare de Porta Nuova, à deux pas du Corso Vittorio (Emmanuele, pour être complète, mais il y a aussi la « via Venti » qui est en fait la via venti settembre, et d’autres raccourcis qui épargnent la langue et activent les méninges). Deux jeunes Grecs, beaux comme les Grecs savent l’être, venaient d’y arriver aussi. Jeunes, j’ai dit. Moi je venais de passer le cap des 35 ans, et n’ai jamais rien eu d’une cougar.

Bref, ils étaient grands, bien bâtis, la musculature naturelle et souple, entraient et sortaient toujours ensemble, et j’aimais entendre le débit mitraillant de leur belle langue. Takataka parapolly pou pàs i pou pame mazi? Un jour j’ai réagi à ce qu’ils disaient … Je ne sais plus ce que c’était, rien de grossier en tout cas sinon j’aurais mal réagi, ça va de soi, et nous nous sommes mis à parler. En italien, qu’on se rassure, car de mon grec il ne me restait déjà plus que des ombres, des mots détachés ou des phrases toutes faites. Par contre, comme j’avais une écriture de gente dame – ou de Pénélope, ou de yinaika, comme on veut – en grec, tout le contraire de ma cacographie habituelle, ils m’avaient testée pour savoir si vraiment je saurais écrire leurs noms, qu’ils m’ont alors révélé. Et je savais. C’était si joli, Thalys, Lykourgos…

Non ?

Ils terminaient leurs examens avant de retourner en Grèce pour l’été. Fauchés, principalement Thalys, car Lykourgos venait d’une famille plus riche, mais plutôt que de jouer les fils à papa devant son ami, il acceptait de mettre un frein – et quel frein – dans le style de vie de ces derniers jours d’études. Moi, j’étais fauchée depuis des mois, et nous nous sommes tout d’abord échangés des adresses de restaurants ou tavole calde abordables. Et puis nous avons décidé de vivre des journées … d’avventura ! C’était Thalys qui avait présenté cette idée, et nous y avions adhéré. Chaque matin nous décidions de combien nous pouvions dépenser pour toute la journée à trois. Et c’était presque rien, croyez-moi. Mais les Grecs ne manquent jamais de ressources, et finalement, cette gageure quotidienne se déroulait dans la plus grande joie, commençant au moment-même où, sortant dans la rue Goito noyée de soleil, Thalys disait avec bonne humeur : avventura !

J’avais donc 38 ans, eux 23. Nous allions partout à pied, infatigablement. Si nous savions que le capuccino était moins cher à 20 minutes, en avant les chaussures, c’est là qu’on irait !  Nous passions l’après-midi au parc du Valentino au soleil, à bavarder et traîner. À bronzer aussi, sur les pelouse en pente, une crème solaire pour trois. À la tavola calda, nous partagions deux repas pour trois. Lykourgos était le beau ténébreux, et brisait les cœurs sans le vouloir, non sans les utiliser un peu au passage. Une de ses soupirantes – et il était d’autant plus convoité qu’il était fidèle à Vasso, sa petite amie athénienne – nous a un jour nourris tous les trois chez elle pour lui être agréable. Thalys et moi ricanions un peu, mais Lykourgos s’offrait le luxe d’une compassion nostalgique devant l’amour impossible de cette jeune fille qui ne pouvait rivaliser avec Vasso… Un homosexuel assez agaçant qui marchait en agitant les mains et parlait d’un ton aigu nous avait fait inviter chez un de ses amis, un autre homosexuel surnommé la macellaia di Nichelino, la bouchère de Nichelino. Ce(tte) dernièr(e) était riche, possédait une méga boucherie, et recevait comme un prince de la Rome antique, sans compter, sans même regarder qui était là, et nous avons fait bombance grâce à l’amour ardent de l’amoureux de Lykourgos – qui se montrait désolé mais, il y avait  Vasso, et on s’en souvient, il avait donné sa parole à Vasso, ce que l’autre acceptait en soupirant comme Blanche-Neige. La larme à l’oeil. Cette Vasso était, finalement, une armure invisible…

Thalis et Likourgos, rameurs sur le Po

Un jour nous avons quand même fait une folie, une extravagance, et dépensé avec une prodigalité stupéfiante : nous avons loué une barque pour aller sur le Po. Et ils ont ramé, ramé, ramé avec la fougue d’un vol de colibri, car l’embarcadère n’était pas loin des chutes au lieu dit Murazzi et le courant semblait vouloir nous en faire apprécier la force cristalline. L’aventure était bien présente ce jour-là car ce n’est qu’en montant dans la barque qu’ils m’ont avoué n’avoir jamais ramé…

Nous sortions le soir pour nous promener dans la rue, regardions les vitrines et l’animation des lumières, les promeneurs paresseux sur la Via Roma ou Via Po, et Thalys nous faisait rire, car lui, c’était le boute en train. Je nous vois encore rentrer un soir en nous tenant le ventre de rire, essayant de ne pas réveiller les autres pensionnaires de notre petite pensione. Peine perdue car Thalys a renversé un grand lampadaire dans un fracas nocturne épouvantable, ce qui nous a encore fait plus rire, on en perdait le souffle, on avait le visage grimaçant et heureux… C’était dû à une voiture Renault que nous avions dépassée dans la rue, une splendide voiture de standing, noire et racée qui proclamait en silence je coûte cher ! , avec une vitre cassée et une voix de robot qui s’en échappait, scandant sans cesse : « aiuto ! mi stanno rubando, aiuto ! mi stanno rubando, aiuto ! mi sta… » (à l’aide, on me vole !). La foule passait à côté sans se troubler, sans cesser de bavarder ou lécher un cornet de stracciatela. Le vol avait eu lieu de toute façon, et la pauvre victime d’acier n’avait pas été aidée par son leitmotiv à la voix synthétique.

Heureux sans argent, amis pour une semaine de parenthèse dans nos vies. Puis ils sont partis, et on s’est écrit, surtout Thalys, qui me disait « l’année prochaine, on doit aller à la montagne ensemble pour un week-end d’avventura ». Mais parfois il n’y a pas d’année prochaine, j’ai quitté Turin pour Trieste, et j’ai mis ces souvenirs de gamineries dans un coin d’où ils dépassent encore souvent, que je pense à la Grèce, à Demis Roussos et Papathanassiou dont Lykourgos était le neveu, au Po, et je me dis : quelle chance, quelle semaine d’amitié et de gentillesse, quels gentils garçons que Thalys et Lykourgos.

Thalys et moi

Les oncles d’Amérique

Le nom de famille Lonhienne est originaire de Trooz, et doit son origine à un ru, La loyen. On retrouve le lieu-dit (un hameau) sur la carte de Ferraris (établie entre 1770 et 1778) segment 92. Nous sortons tous de là. Et nous avons essaimé, comme la Bible nous le commandait.

On voit ici mention de l’abbaye de Beaufays

 

Et ici, Loyen

Et ici, Loyen

Lorsque j’habitais aux USA, j’ai découvert par hasard l’existence (éteinte) d’Urbain Jacques Lonhienne, né le 24 mai 1862 et mort le 30 décembre 1915 à Cape Girardeau, Missouri, et  Hubert Célestin Lonhienne (dont on retrouve ensuite le prénom « américanisé » en Herbert C. Lonhienne), son père, tous deux enterrés au Bankert Cemetery, Comté d’Alexander en Illinois. C’est un paisible cimetière sur une crête à l’orée des bois, surplombant des champs et des prairies, deux miles à l’Ouest de Gale, le long du Mississipi.

Hubert-Célestin Lonhienne est l’un des arrière-arrière-petits-fils de Gilles Lonhienne « de Sars » né autour de 1600 et de Jouwette « de Trooz », et tout comme lui je descends directement de ce couple en ayant pris la sève des brindilles poussant sur l’alors arbrisseau généalogique du petit-fils de Gilles, Winand, époux de Marie Califice. Ces membres américains de la famille Lonhienne et moi avons le même sang, mais on a perdu leur trace en Belgique il y a si longtemps que nous n’en savions rien. Hubert-Célestin est même omis sur certains tableaux généalogiques, peut-être parce qu’il est parti, de son plein gré ou encouragé par sa famille qu’il dérangeait, qui sait ? Un de ses frères était curé à Hody, un autre échevin à Sprimont et un autre conseiller communal puis échevin à Aubel. Et lui… aventurier-cultivateur, car lorsqu’on le mentionne, il est « cultivateur à Aubel ».

Hubert Célestin Lonhienne (ca 1814 – 1865) était le fils de Godefroid Michel Lonhienne (Esneux 1756 – Sprimont 1832 ) et d’Anne Elisabeth Bouffa (Sprimont ca 1778- Sprimont 1857). Sa première épouse, Lambertine Degueldre – renseignée comme cultivatrice – est décédée en 1853, à l’âge de 33 ans. Deux ans plus tard Hubert Célestin décide (ou on lui suggère vivement) d’émigrer aux États-Unis, et le 14 avril 1855 il s’embarque sur le « Vaucluse » vers la Nouvelle-Orléans avec une certaine « Marie », 21 ans, et des enfants (les siens probablement) : Florent 10 ans, Lucien 7, et Jacques, 9 mois. Il a 41 ans. Urbain Jacques naîtra donc 7 ans plus tard, dans « le nouveau-monde », la nouvelle vie. Hubert Célestin prend part à la guerre de Sécession : le 3 mars 1864 il s’est engagé dans le 19è d’infanterie US mais en a été déchargé le 19 mai 1864 pour invalidité. Il est mort le 28 mai 1865 à Cape Girardeau.

Son fils – ou tout au moins celui dont j’ai trouvé la trace – Urbain Jacques, est cité en 1877 et 78 dans The Cairo Bulletin (journal créé à Cairo, en Illinois en 1868 avec pour objectif d’entretenir « un nouveau sentiment démocratique ») à propos d’une Mary E. Lonhienne, à qui Urbain Jacques demande le divorce et l’obtiendra non sans mal car pendant un an on la prie en vain d’apparaître devant la Cour et on produit même une déclaration de non-résidence. Mais enfin ! Le petiot divorce à 15 ans, et on dirait bien que Mary E. a quitté le domicile conjugal !!! Ou qu’on l’a chassée par la fenêtre. Ayant été intellectuellement nourrie aux westerns dans mon enfance, je me délecte à imaginer le pauvre Urbain Jacques, empressé de perdre sa virginité à 13 ou 14 ans dans un saloon malfamé, et qui se retrouve saoul devant le curé et aux côtés de Mary E dite Burning Mary… Par la suite, enfin libéré de Burning Mary, on sait qu’il a épousé Allie L., née Allie L. Edmonson en 1841, sans doute au Tennessee comme son frère aîné Robert. Elle a vingt et un ans de plus qu’Urbain et est veuve de W S Damon, lui aussi vétéran de la guerre civile.

En novembre 1912, c’est dans le Missouri, à Cape Girardeau, que l’on retrouve notre Urbain Jacques, qui ici devient Jackson Urbain J. Lonhienne dans le Cape County Herald. Allie L. est morte l’année précédente et le voici remarié avec Augusta Ramin, née le 13 juin 1872 et qui décède deux ans après son mariage à Cape Girardeau, Missouri, le 7 octobre 1914. Elle est enterrée bien loin de son Urbain, car si lui repose auprès d’Allie L. et son premier mari, Augusta est toute seule dans le Koker Cemetery, un petit cimetière situé « dans un champ sur la ferme Seerod ». Ensuite on retrouve à Cairo, Illinois, des échos de la succession d’Urbain Jacques en novembre 1920 (Et comme il est mort depuis 5 ans, j’imagine que ça « barde » : on cite l’avocat Miles Frederick Gilbert, spécialisé dans ces guerrillas familiales qui démontrent bien que les héritages sont souvent l’occasion de couper quelques branches de l’arbre généalogique pour faire un bon feu).

L’Illinois et le Tennessee sont respectivement au Nord-Est et Sud-Est du Missouri.

Le frère aîné d’Allie L. – Robert – et son premier mari ont combattu dans le même régiment de cavalerie, le 6th Illinois Cavalry, servant dans l’armée de l’Union.

Elle est morte à quelques tours d’horloge de ses 70 ans le 8 septembre 1911. C’est entre ses deux époux qu’elle se repose. W S Damon à l’emplacement 38, Allie L. au 39, Urbain Jacques au 40. Hubert Célestin Lonhienne, mort en 1865, se trouve au 35, et sa pierre tombale a été payée par le Gouvernement, puisqu’’il était vétéran de l’Union. Le frère d’Allie L, Robert Edmonson se trouve dans le même cimetière (c’est une réunion de famille, ce charmant petit coin, et nos bons Wallons Lonhienne ne sont pas sans compagnie…) à l’emplacement 36. Ils semblent avoir été des gens aisés car les trois sépultures dont les numéros se suivent – Allie L. et ses deux époux – sont entourées d’une barrière de métal.

Si loin, si loin du petit ru, la Loyen…

Mon prochain roman – si le comité de lecture l’accepte, naturellement ! -, celui que je prévois pour 2020, comporte une partie se déroulant aux États-Unis, et un personnage s’y nomme Urbain Loyen, devenu Urbain Detrooz. Rien à voir avec la vraie histoire, que d’ailleurs je ne connais pas. Ici j’ai crée un Urbain terriblement séduisant, pas trop honnête mais, tellement, tellement séduisant que… bon, rendez-vous en 2020 !

Les monstres à deux têtes

Monstres… réels ou malheureusement évadés de cette prison imaginaire qui dit que différent c’est monstrueux.

Sans sombrer dans les excès des téléfilms américains ou la psychanalyse simplette de certains romans (vous savez… le/la psychopathe qui sévit en constellant l’écran ou les pages d’éclaboussures de sang et de cervelle, pour qu’à la fin l’auteur ou le scénariste n’ait d’autre issue que de le/la faire descendre par un flic zélé et presque mort lui-même, ou l’interner dans un hôpital psychiatrique, des fois que son évasion pourrait donner le point de départ d’un nouveau best-seller ou block-buster… Le retour, quoi ), bref, sans plonger dans ces abimes, il y a des désastres plus ordinaires et discrets qui se déroulent à portée de regard. Et qui parfois aussi mènent à la mort par voie rapide : le meurtre ou le suicide.

Je pense à ceux qui sont nés dans le « mauvais corps », et qui ne pourront pas se résoudre à faire admettre la chose par leur entourage. Je pense à ceux qui sont attirés par leur propre sexe et sont eux aussi dans l’impossibilité d’en parler pour le faire accepter. Et tant d’autres situations engendrées par les règles, religieuses, sociales, traditionnelles, familiales. Toutes celles qui imposent une double vie secrète, absolument secrète. Parfois c’est tout simplement une double vie affective, un conjoint de fait et l’autre de cœur, menant parfois jusqu’à une double famille. Il y a ceux qui ont perdu leur travail ou n’en ont pas retrouvé, et font semblant au prix d’épuisants stratagèmes, aussi longtemps que c’est possible, après quoi c’est le drame. Quelle tristesse, la vie durant avec deux têtes, quand la bonne suffirait pour respirer l’air pur de la joie de vivre.

Et il ne faudrait pas oublier ceux dont la perversion, quelle qu’elle soit, les fait se sentir de vrais loups-garous, fuyant la horde qui les traque. Il arrive même que ces « malheureux » sèment des cailloux comme le petit Poucet pour qu’enfin on les démasque, arrêtant leur souffrance et leur honte. Ceux qui ont la pulsion et la curiosité de faire souffrir, de voir saigner, d’entendre hurler…

Tous ces gens existent. Un jour hélas le mécanisme du secret grippe. Quelqu’un sait, comprend, devine. Alors soit ça se passe « bien », soit c’est l’instant terrible qui fait tout basculer. L’instinct de survie parle fort et immédiatement, empêche un raisonnement clair, et il faut tuer pour continuer cette exténuante double vie qui n’a aucun sens.

Je suis toujours étonnée quand la famille et les amis témoignent, en toute sincérité, du fait que ce qu’on reproche à l’accusé est absurde, que c’est un doux, qui ne ferait pas de mal à une mouche, toujours serviable, proche de sa maman, ayant pleuré à la mort de son chien, le chapelet dans la poche… Ils disent la vérité, bien sûr : ils ont vu le leur, et pas l’autre. Je me souviens d’une image au procès de Jeffrey Dahmer, le terrible regard échangé entre lui et son père, abasourdi pour l’un, honteux pour l’autre. Jeffrey a eu la chance d’être assassiné en prison, lui qui avait demandé la peine de mort sans l’obtenir. Et si bien entendu on a le cœur broyé en pensant aux victimes et leurs familles, comment ne pas s’émouvoir pour lui… et sa famille ?

Et l’envie de tuer est si naturelle que c’est tabou. Tu ne tueras point. J’ai un jour griffé quelqu’un qui me persécutait depuis plusieurs jours. Je lui ai brusquement griffé l’avant-bras. Il venait de franchir une limite et je n’ai pas réfléchi mais agi, scratch, j’ai enfoncé mes ongles et ai tiré vers moi, une seule fois mais bien profond, de beaux sillons bien labourés. Et je me souviens que c’était monté de loin à l’intérieur, et que c’était l’envie de tuer. Il n’en est pas mort (mais que ça m’a fait plaisir, mais plaisir, de voir qu’il avait ensuite un gros bras rouge pendant des jours, et qu’il avait été obligé de dire que c’était un chat… ). Cette envie n’est pas loin, même si elle monte rarement (on ne s’en plaindra pas !). Et la mise à jour d’un honteux secret doit la faire jaillir. Tant qu’on n’a que ses ongles, ce ne sera pas trop grave…

Un grillage de sacrifices

Prenez-moi à la place de mon fils (et fusillez-moi). Mes économies, je les verrai volontiers fondre pour sauver ma femme-ma fille-ma mère… Partez en avant, je retiendrai l’ennemi, avec mon fusil déficient, mes lunettes cassées, ma tremblotte et mes 85 ans.

Il y a de ces sacrifices qui font de la mort un instant qui glorifie la vie de quelqu’un. Mais n’est pas héros qui veut, le courage n’est pas toujours là où et quand on aurait cru le trouver, et puis… l’acte d’héroïsme ne frappe pas à toutes les portes. Nous sommes tous des héros ou des lâches en puissance et ne le saurons jamais parce que l’occasion n’est pas au programme.

Et ces sacrifices-là, je les comprends et les admire. Et espère en être capable si de besoin.

Et il y a les plus petits et innombrables sacrifices anodins. On regarde un film qu’on n’a aucune envie de regarder, parce que ça « lui » fait plaisir. On mange plus de ceci ou moins de cela parce que ça fait partie de « son » régime. On accepte, la mort dans l’âme, d’emménager dans une maison ou une ville qui ne nous attire pas, parce que ça va « arranger » la vie de quelqu’un d’autre, la rendra plus facile. On renonce à des vacances parce que la belle-mère est malade et que qui sait ce qui pourrait arriver si on s’éloigne trop.

Ou bien, aussi, on offre son existence à une cause, religieuse, humanitaire, militaire (bon ou mauvais usage selon où on se trouve…), recherche scientifique, c à d qu’on ne se laissera détourner de rien de ce qui semble la lumière à suivre pour s’accomplir et donner un sens à son existence.

Des sacrifices, on en fait, à la pelle, sans compter. Parfois avec la joie de voir celle qu’on donne au prix de cet effort, parfois un peu frustré mais en sachant que l’effort n’est pas inutile.

 

Mais je ne comprends pas le sacrifice comme directive de vie, l’assassinat de ses propres enthousiasmes, de sa nature, sur l’autel de l’égoïsme et de la manipulation d’autrui.

Les conjoints qui, à force de chantage, de soupirs ou accusations d’être délaissés, sont des crampons et sucent la vie, armés de leur envie de ne pas se prendre en main, jamais ! Les enfants qui usent tout le temps libre de leurs parents, leur passant la pommade avec un « il n’y a que toi qui me comprenne, maman », pour se déresponsabiliser de toute initiative en arrachant conseils ou approbations qui leur permettront ensuite de dire « mais tu étais d’accord avec moi ». Ou de ne pas réfléchir eux-mêmes à ce qu’ils doivent résoudre. Leur collant leurs enfants parce que, c’est bien connu, c’est une telle joie d’avoir des petits-enfants. Oui, certes, mais plus pour « en jouir » chaque jour ou chaque vacances, et se débrouiller avec les vomis, les cauchemars, les disputes, les bobos si, justement, on aspire à la jouissance de son temps après avoir accompli sa mission de parent. Et puis il faut les occuper intelligemment puisqu’on a le temps. Rendre service, oh oui, et oui, ça fait plaisir. Vraiment plaisir. Mais ça fait aussi plaisir d’avoir ses heures et journées à disposition sans être vu comme des égoïstes qui n’ont rien à faire et se vautrent sur ce rien… Ce temps qu’ils ont mérité et qui devrait être principalement pour eux, mais qu’on leur remplit à ras bord et ras le bol. Ces parents âgés qui tyrannisent, exigent, et ne ratent pas une occasion de souligner qu’ils se rendent bien compte qu’on veut les abandonner dans un home comme un chien à une borne kilométrique. Il y a eu – et il y a encore sans doute – des enfants qui dès leurs premiers trottinements étaient choisis pour être le bâton de la vieillesse des parents, auxquels ont présentait la chose comme un destin de privilège « tu ne devras pas te marier, tu resteras avec papa et maman ». Certains de ces bâtons ont peut-être eu un refuge apprécié, et d’autres se sont sentis emprisonnés. Et autrefois on se sentait l’âme d’un criminel si on rêvait à une vie toute à soi, sans s’occuper de papa et maman vieillissants comme unique passe-temps. Ça a sans doute disparu en grande partie mais j’en ai connus, et en connais encore : tous les prétendants sont déclarés nuls par maman, qui rassure : tu peux trouver bien mieux. Ensuite on passe à « tu es si bien toute seule, regarde tes amies cocues, divorcées, battues, abandonnées, sans le sou… Et tu m’auras toujours, moi ! ».

Vivre et laisser vivre. Simple mais bien beau. Et impossible d’oser l’appliquer quand on ne s’est pas mérité l’affection d’autrui mais qu’on l’a arrachée par des stratagèmes : dettes importantes et communes, chantages affectifs à répétition, enfants qu’on n’attendait pas mais qui, surprise, ont jailli d’un chapeau, menaces variées « si tu pars je… ». Alors se met en place la grande œuvre d’élever de hauts grillages : les innombrables sacrifices qui sont autant de menottes, fers aux chevilles, colliers de métal, le tout relié à des chaînes cliquetantes. Ce sont ces passions d’une épouse que l’on étouffe parce que maintenant… elle a des choses sérieuses à faire, le ménage, le travail, et les enfants. Adieu donc la joie d’écrire des poèmes, de faire du modelage, d’aller au cinéma, de créer des modèles de sacs, d’apprendre des langues, d’aller à l’académie des Beaux-Arts pour se plonger dans l’aquarelle ou le croquis. Ce sont les solitudes respiratoires d’un époux que l’on efface : oui oui il est libre de faire tout ce qu’il veut, il le sait bien, mais pas ce w-e, les Trucmuches viennent, le w-e suivant c’est maman qui arrive pour une quinzaine, ensuite on aura besoin de lui pour le déménagement des machins et à Pâques il sait bien que les enfants auraient le cœur brisé s’il ne vient pas à la mer. Et puis il a eu sa soirée entre copains il n’y a pas 6 mois… quel égoïste, déjà que les enfants le voient à peine ! Et s’il rentre tard, il le sait bien, très bien, qu’on ne peut s’endormir avant d’avoir entendu qu’il était là et refermait la porte d’entrée. C’est la liberté d’une fille devenue grande que l’on enferme dans de mots de ferronnerie : Ah, tu vas aussi loin en vacances cette année? J’espère que rien n’arrivera à papa, tu sais il n’est pas trop bien, n’oublie pas de nous appeler tous les jours… ou encore De nouveau ce Cédric? Je trouve qu’il grossit à chaque fois que je le vois, si-si je t’assure, on dirait un potiron!

Ces sacrifices-là, c’est l’immolation de la dignité d’autrui. Des sacrifices inutiles et subis plus que consentis, menant à une vie racrapotée, souvent niée d’ailleurs, déguisée en mais non, tout va bien. Derrière le masque, des larmes sèches et de l’amertume. Le rêve d’un enlèvement.

 

Un monde de brutes… vraiment?

On lit ça tout le temps « un peu de douceur dans un monde de brutes »…

C’est tellement négatif de sortir cette vieille rengaine… alors que s’il y a bien des brutes, il y a tous les autres, et qui même souvent sont proches de nous. Les parents, des amis, des professeurs, des épiciers du coin, des madames qui promènent leur petit chien en leur parlant, des dentistes, des amoureux ou conjoints. Ils ne seraient que des brutes ? Pourquoi ne pas leur donner de poids et ternir l’idée de l’humanité par la notions de ces brutes inconnues dont il est difficile de dire s’ils sont des brutes ou des victimes, des gens délibérément ignobles ou qui sont passés au lavage plus blanc que le blanc bonux du cerveau, des gens qui sont du mauvais côté d’un combat (et comment, nous, pouvons-nous savoir s’il y a un bon ou un mauvais côté ? ).

L’humanité regorge de gens merveilleux, de purs, de fournaises pleines d’amour et d’enthousiasme pour l’autre et les autres. Même si peut-être eux aussi se trompent de combat, ils y investissent leur amour et leur foi.

Sans pour autant devenir des brutes, oublions les fanatisés…

Le fouillis du web nous offre de petits films délicieux où des gens sauvent des animaux qui ne leur sont rien, si ce n’est une vie en détresse, et ils le font parfois au péril de leur vie ou en tout cas au risque de se prendre un coup de dent ou de sabot, voire de cornes. Ou de tomber eux-mêmes dans l’eau gelée, le précipice, la gueule du loup. Et puis partout il y a ces défenseurs isolés du plus faible, qui donnent des cours gratuitement à qui rame et n’a pas les moyens de s’offrir un répétiteur ; il y a ces gens qui font le petit extra pour autrui, un voisin dans la solitude morale, un sdf dont le sourire quotidien est devenu part de la journée, une personne âgée perdue dans des paperasseries. Il y a ces kinés, ces aides familiales, ces assistants de vie qui parfois, tout en faisant leur travail, ont le cœur touché, et sentent le désir sincère d’apporter un petit mieux.

Il y a tous ces gens, innombrables, qui font des gestes anodins d’héroïsme non calculé, je pense par exemple souvent à ces gendarmes liégeois qui, pendant la guerre, ont dissimulé mon père derrière leurs vélos et leurs grandes capes parce que le couvre-feu était passé et que la patrouille allemande… patrouillait. Ce n’était rien et pourtant, ils risquaient leur vie. Et ils ont sauvé la sienne car il était estafette pour l’Armée secrète, et bien jeune encore.

Les histoires de ce genre sont celles à partager aussi, au lieu de faire des commentaires banals et répétitifs sur l’humanité qui fait honte, le monde de brutes, les animaux qui sont meilleurs. C’est à croire que les gens qui publient ces perles en se prenant pour de nouveaux Sénèques sinistres ne fréquentent que la lie. Bien triste pour eux, mais s’il est vrai qu’il y a le côté noir de l’humanité, il faut aussi se souvenir que de l’autre côté, il y a la lumière…