Millie a un ange gardien

Cet article a d’abord été publié sur mon premier blog le 19 avril 2008. Millie était dans ma vie depuis un an à peu près…

Du lointain passé de Millie, nous ne savons rien. Ou nous savons ce que nous pouvons conclure d’après son comportement. Elle a sans doute été séparée du reste de la nichée assez tôt car elle ne savait pas comment on joue avec les autres chiens. Et, chiot bien solitaire, il semble que les humains ne jouaient pas non plus avec elle, car à part dépecer de vieilles liquettes et chaussures avec une joie évidente, elle ne jouait pas du tout. Si on lui lançait une balle ou lui donnait un jouet, elle nous souriait poliment avec un regard disant clairement: « Ça t’amuse, ça? ». Pendant longtemps le moindre bruit de chute d’objet ou une hausse de voix l’envoyait se terrer aussi loin que possible, et la vue des couteaux de cuisine la pétrifiait.

Nous savons aussi qu’elle vivait en Virginie, Etat où, malgré un nom romantique, on n’est pas du tout tendre avec les animaux. Un chien est en général un chien de combat, d’élevage, ou de chasse. Et on tire à vue sur les chiens errants, ou sur une chienne de race incertaine qui attend une portée. Elle avait peur des groupes d’enfants et des adolescents. Peur ? Non… elle en était absolument terrorisée! Elle en faisait pipi d’effroi. Une de ses pattes arrière est un peu de travers (cassée?), il y a une coupure nette de 4 cm sur son cou (couteau?), et sa tête entière est constellée de petites blessures où le poil ne repousse plus. Sur le haut de ses cuisses, deux durillons durs comme du cuir : maigre au point que ses os saillaient, elle n’avait vraisemblablement que du ciment ou du carrelage pour s’asseoir.

Et un jour, elle a été attrapée au filet par la fourrière. Enfuie? Abandonnée? Chassée? Peut-être, car elle attendait une portée de petits. Les bonnes âmes ne manquent quand même pas dans ces Etats aux moeurs rudimentaires, et il y a des organisations tenues par d’incorrigibles ennemis de la souffrance, dont les membres visitent régulièrement les fourrières, identifiant les chiens ou chats les plus beaux, gentils, jeunes… Adoptables, en somme! Et par le premier premier coup d’ailes de son ange bienveillant, Millie a été considérée comme une bonne candidate au bonheur, sauvée in-extremis la veille de ce qui devait être son dernier jour. Son sauveur l’a ensuite confiée à une « maman d’adoption » provisoire, le temps de s’assurer de ses qualités ou défauts, de l’habituer à une relation sociale avec les humains, et pour elle de mettre au monde ses petits. Sept petits, plus deux mort-nés, ce qui était énorme pour une chienne aussi jeune. Elle a pris soin d’eux avec beaucoup de dévouement nous a-t-on assuré, et l’organisation a mis sa photo et celle de ses petits sur le web. Millie s’appelait alors – oui, on est du sud ou pas… – Dolly Roma ! Et c’est un refuge du New Jersey qui par un coup d’ailes de l’ange vigilant, avait de la place et a décidé de la prendre. Une fois ses petits adoptés, on l’a chargée dans une voiture, et elle est arrivée à South Orange.

Par hasard, nous cherchions un chien au caractère calme pour ne pas traumatiser nos 5 chats. Et nous avions vu en ligne la photo d’un certain Bodie, un jeune chien roux et blanc, qui avait été maltraité et avait peur de tout. Il fallait, disait la fiche qui accompagnait la photo, lui rendre confiance. Parfait, pensions-nous, il ne claquera pas férocement des dents devant nos félins qui n’auront donc pas à lui apprendre que les maîtres, ce sont eux ! Mais Bodie, depuis la photo et sa fiche signalétique, avait été outrageusement gâté au refuge, et ce n’était plus la confiance en lui qui lui manquait, que du contraire! Nous imaginions déjà nos chats passant devant nos yeux en hurlant, missiles hérissés fendant l’air de haut en bas et de gauche à droite. Et un Bodie au nez labouré. À notre consternation devant cette heureuse métamorphose pour lui, certes, mais trop miraculeuse pour nous, quelqu’un a alors suggéré: « Et si j’allais chercher Dolly Roma? Elle a la même couleur, et aime les chats! » On nous spécifia qu’elle venait d’arriver et avait passé la nuit dans la cat room !

Et on nous l’amena. La tête basse, le regard las, le bout de la queue s’agitant par politesse mais sans entrain. Le poil clairsemé et triste. Des croûtes partout, des tiques séchées accrochées ça et là. Les mamelles enflammées. De longues stries de sang sur les pattes et les oreilles. L’air d’avoir 15 ans au moins. Et une gratouille non-stop. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! À côté de Bodie, elle ne payait pas de mine, pas du tout ! Je m’informai de ses croûtes et une des bonnes âmes volontaires du refuge me dit que c’était une simple allergie, que ça allait partir tout seul avec du bénadryl. Une autre nous dit sans frémir qu’il s’agissait de la gale, mais pas la contagieuse. Un peu consternés nous l’avons prise quand même. Elle avait certainement besoin de reprendre confiance, elle! Pour la modique somme de $250 on nous a « donné » Dolly-Roma, son collier, sa laisse, trois bouteilles de shampoing pour chien à l’avoine, et trois capsules de bénadryl, plus une ristourne pour la faire stériliser.

Elle sentait mauvais, la pauvre, le chenil, la maladie de peau, la crainte aussi sans doute. La voiture empesta au bout de deux minutes. Elle n’avait pas voulu y monter, et une fois arrivés chez nous, elle refusa d’en descendre. On a dû la porter. Indifférente à un destin qu’elle n’avait jamais contrôlé, elle se grattait. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Les chats étaient scandalisés. Indignés. Seul, Zouzou s’approcha aimablement, curieux de cette étrange chose à l’odeur prenante et aux moeurs mystérieuses, et ils se reniflèrent. On installa la cage dans notre chambre à coucher, pour qu’elle ne se sente pas seule. Mais j’étais pensive : cette odeur allait-elle pénétrer la garde-robe, nos vêtements, nos cheveux à la manière d’un feu de bois – mais sans son charme?

Lorsqu’on voulut la sortir pour promener, convaincus qu’elle allait adorer ça, elle prit l’air d’une condamnée à mort. Elle ne voulait pas quitter la maison. Elle consentit à peine à faire quelques pas vers la gauche, puis quelques pas vers la droite, refusant de quitter la maison des yeux. Elle voulait avoir un endroit où elle allait rester, qui serait chez elle. Une fois cette « promenade » terminée elle manifesta enfin de la joie en sautant sur la porte. Maison, enfin!

Elle mangeait bien, mais ne cessait jamais de se gratter. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Elle ne dormait pas, et nous non plus. La cage vibrait de tous ses barreaux du soir au matin. Ses oreilles et ses pattes saignaient, lacérées par ses griffes. Le bénadryl ne faisait rien, et nous, nous n’avions pas de valium! On réalisa aussi qu’elle n’entendait pas bien.

Finalement, après plusieurs visites, analyses et soins ruineux chez le vétérinaire (d’où son nom de Millie car elle nous coûtait des mille et des mille…) on a découvert qu’elle n’avait ni la gale ni une banale allergie. Sa thyroïde ne fonctionnait pas bien, et deux petites pilules bleues par jour – à vie! – firent merveille. Elle avait une infection dans les oreilles qui les bouchait ou presque, et un nettoyage régulier lui a rendu une ouïe d’Apache. Et elle ne put désormais manger que de la nourriture spéciale au poisson et pommes de terre. Ceci dit, je me le demande un peu car c’était, en promenade un aspirateur à crasses et les chats n’avaient pas le droit d’hésiter une seconde devant leur Friskie que Millie avait décidé pour eux.

Onze ans plus tard – et quelques milliers de dollars de moins – c’est une vieille demoiselle de treize ans environ, assez réservée au calme distingué qui sait cependant qu’elle peut se permettre l’une ou l’autre impertinence de temps à autre. Elle a gardé sa terreur des groupes d’enfants, mais les aime s’ils sont un par un. Elle s’entend avec les chats, n’ayant pas contesté le fait qu’ils sont les maîtres, et leur demande même de jouer avec elle. Cependant, ils ne comprennent pas les règles du jeu et se contentent de se dresser sur leurs pattes arrières et de frotter amoureusement leurs moustaches contre ses babines. Elle sent bon « le petit flocon » d’avoine, son poil est luisant.

Plus jeune elle adorait se promener pendant des heures dans les forêts, regarder les biches qui s’encouraient, les dindons sauvages qui mangeaient sur notre balcon, la marmotte qui vivait en-dessous du même balcon et y avait chaque année ses petits. Maintenant elle dort le plus clair de son temps – on la surnommait Couch Potato, ou paresseuse de divan – et sort au petit trot comme une vieille. Elle a pour voisines des vaches et la campagne.

Ses peurs se sont estompées. Elle ne sait pas combien de hasards bienveillants se sont donné le mot pour qu’elle soit cette petite chienne aimée au destin sans surprises.

Que sont ces chipies devenues?

Je parle de celles, dans les années de ma jeunesse, dont on maudissait la présence aux fêtes ou réunions où nous allions « accompagnées ». Notre seule revanche était de leur donner des surnoms ou de nous conforter l’une l’autre dans l’idée que oui, on avait raison, c’étaient de vraies garces. Et qu’on se demandait ce que les garçons leur trouvaient…

Ha ha…

Je me souviens par exemple d’Occhi di pesce, Yeux de poisson. Je vivais à Turin et mon amie L*** était amoureuse et jalouse à la folie de son « homme » qu’elle avait pourtant détourné d’une autre, et par conséquent elle était bien placée pour savoir qu’il y avait moyen de le détourner d’elle aussi, ce qui ne la rendait que plus vigilante encore. Elle et le malheureux homme motif de tant d’attentions recevaient « alla grande » (en grand style) chez eux (lui), un appartement superbe dans le centre historique de Turin, près de la via Po. Le truc princier avec des parquets de 250 ans, des cheminées ouvragées en marbre, des plafonds regorgeant de frises, des pièces gigantesques (une cuisine pour une armée de servantes…) etc… J’étais régulièrement de la partie, et c’est ainsi que j’ai pu voir les manœuvres d’Occhi di pesce devant l’objet de sa convoitise, l’homme de L*** : en arrivant un soir, dans le grand hall de marbre, elle a mis incidemment la conversation sur la souplesse, qu’elle possédait en abondance, et qu’elle faisait la roue comme personne et tiens, vous voulez voir ? Et hop que je vous fiche ma culotte (très petite) sous le nez.

Mais voyons… c’était innocent, ha ha ha, elle n’avait pas réalisé que sa jupe allait remonter.

Elle avait dû rater quelques leçons de physique et courants d’air…

Que dire de celle qui, en petite croisière à trois couples sur un yacht, n’a rien trouvé de mieux que de sortir de la cabine sans soutien-gorge devant les messieurs, car… elle avait oublié l’avoir enlevé.

Ben oui… il y en a qui ont des problèmes d’attention très jeunes dans leur vie.

La chipie qui, à Aix-en-Provence, a organisé une soirée d’anniversaire pour son compagnon en nous recommandant à tous (et surtout toutes…) de rester simple, jeans et t-shirts étaient parfaits, et puis nous a ouvert la porte, à nous les pauvres filles au look un peu trop « nature sans chichis », divinement coiffée et vêtue d’une charmante petite robe de couturier, des bijoux autour de son cou, de ses doigts et chevilles nous couronnant du mot « mocheté » pour toute la soirée.

Je ne sais pas comment elle a survécu à la dose massive d’ondes agressives ce soir-là !

L’écervelée qui m’a invitée chez elle pour un week-end où je suis allée en traînant des pieds parce que je n’en avais nulle envie, et puis qui m’a dit, souriant idiotement en me raccompagnant à la gare, qu’elle n’invitait jamais de jolies filles chez elle car elle avait peur que son compagnon ne se détourne d’elle. Tiens, ne serait-ce que pour ça, j’espère bien qu’il est tombé fou amoureux d’une très moche et l’a quittée.

Non mais…

Et celle-ci qui est venue faire sa gymnastique matinale dans la chambre que je partageais avec mon compagnon, choisissant ma chambre parce que c’était la plus ensoleillée. Oui, et comme elle était nudiste, on a eu droit à des hop hop hop génuflexions à quatre pattes et tout et tout in the nude… J’ai évidemment pu me libérer d’un peu de fiel en faisant remarquer à mon compagnon qu’elle ressemblait à une vieille esquimaude – ce qui était vrai – , néanmoins la pilule est encore en travers de ma gorge car il y a peu j’ai rencontré celui qui fut alors brièvement son compagnon, à l’esquimaude, et n’ai pu m’empêcher de lui raconter cet épisode. Il a convenu qu’elle était « bizarre »…

Le pardon, ça se demande…

Et alors, ça s’obtient souvent…

Par contre, faire comme si rien ne s’était passé… (qui est souvent la position adoptée par l’offenseur-lâche, le seul qui y trouve son intérêt), c’est la plus vile des options. Après tout, décide l’offenseur qui lui, évidemment, s’est pardonné tout seul comme un grand magnanime qu’il est, le temps passe et un jour, le malaise en cours… c’est « le passé ». C’est désormais futile. On peut mettre ça derrière nous.

La poussière sous le tapis. Le tapis de celui qui a encaissé.

On pourrait peut-être … s’il y avait prise de conscience et admission du mal qu’on a fait, une humble prise de conscience. Même si en tournant autour du pot. Mes paroles ont dépassé ma pensée. Je n’étais pas en forme. Je me suis énervé/e sans raison. On pourrait, oui, repartir sur une page blanche à écrire.

Comme on le dit, faute avouée à moitié pardonnée. Avouer sa faute grandit au lieu d’humilier.

Pierre Braecke - Le pardon

Pierre Braecke – Le pardon

Mais si on fait semblant de rien ou qu’on avance jovialement l’idée que c’est de l’histoire ancienne (et si je t’ai fait mal t’as qu’à faire avec, après tout on est des grandes personnes, non ?)… ça ne marche pas. L’offensé n’a pas à entrer dans le jeu d’une personne complexée. Il y a les psys pour ça, et en fin de parcours le jugement dernier. Mais en ce qui me concerne, ce n’est même pas une option.

La reconnaissance des erreurs commises et soit leur admission franche ou au pire un tour autour du pot pour laisser entendre qu’on a compris la leçon, c’est la seule façon de vraiment aller de l’avant. Car une offense grave qu’on choisit de laisser en suspens restera toujours en suspens, vraie épée de Damoclès, prête à tomber à tout moment. La relation est maudite, baigne dans une prudence malsaine, et est une bombe à retardement. L’offenseur sait qu’il n’est pas vraiment « pardonné » et l’offensé n’oublie pas puisque le rituel propitiatoire à l’oubli/pardon n’a pas eu lieu.

Et je frémis aussi quand on me dit, soulevant les épaules comme si c’était pas si grave, « oh il est vieux maintenant, je ne peux plus lui en vouloir»… je ne vois pas le rapport. Les vieux sont des gens comme les autres, ce n’est pas parce qu’ils ne savent plus soulever leurs haltères et faire le tour du bloc en 13 secondes qu’ils ont perdu la notion du bien et du mal. Ils ont même eu plus de temps pour arriver à maturité. Pour se bonifier. Et s’ils savent offenser, il savent certainement faire amende honorable. Entre le temps où nous étions petits et celui où ils sont devenus vieux, en ont-ils, de leur côté, exigé, des excuses! Les ont-ils expliquées, les valeurs du pardon et de l’humilité…

Demander pardon est un acte de dignité sociale. Et de dignité tout court. On insiste auprès des enfants pour qu’ils le fassent et on fermerait les yeux pour un adulte. Que nenni, palsambleu !

Et personnellement, si l’épée de Damoclès tombe et pourfend le trop fier pour revenir là-dessus, je ne m’en plaindrai pas, tout au plus, si je suis très bien lunée, plaindrai-je le cloué au sol par son propre orgueil de s’être si mal aimé….

Et je rappelle que « je m’excuse » n’est pas correct. On ne s’excuse pas soi-même, on demande d’être excusé.

Comprenne qui pourra

Moi je n’y arrive pas…

Les femmes, à juste titre, ont cherché à protéger celles que les hommes quittaient avec leur progéniture dans le ventre ou déjà dans la cuisine et le jardin, s’en allant batifoler ailleurs. Puis elles ont enchaîné avec le droit sacré d’avoir des enfants sans homme, des enfants qu’elles élèveraient seules et sur lesquels les géniteurs (amants objets, erreurs de passage, banque du sperme…) n’auraient ni droits ni devoirs, bien que parfois, au fond, si les choses deviennent difficiles pendant le parcours, une recherche de paternité ne soit pas exclue.

Paradoxe - pris sur le net

Paradoxe – pris sur le net

Sur les réseaux sociaux, il est de bon ton de faire de nombreux tests (dont l’aspect « scientifique » est souligné pour en certifier le sérieux) et d’en publier fièrement le résultat : tu es une personne…. (toujours extraordinaire naturellement), tu es très indépendante et tu ne te soucies pas de ce que les autres pensent de toi. Ben voyons alors on se demande pourquoi c’est publié, et suivi d’autres « tests » qui, on le sait, reviendront à la même conclusion, formulée autrement et même avec d’autres fautes d’orthographe.

Avec l’arrivée de Pâques, on nous assaille de photos d’agneaux ravissants, de porcelets adorables, qui nous supplient de ne pas les manger. On ne nous a pas encore montré des tétards ou des saumons nouveau-nés mais ça viendra, ainsi sans doute que les poussins avec du rimmel sur les cils et un noeud de satin au cou. Je n’ose songer aux œufs de lump hululant de détresse. On devrait donc manger uniquement de vieux et laids animaux, ou plus d’animaux du tout, et il est clair que dans peu de temps on nous montrera des pousses de salade et haricots en sang car, on le sait maintenant, les plantes souffrent aussi. Certains ont conseillé de manger des cailloux mais que fait-on de la mémoire des pierres ? Nous serons alors mûrs pour l’attaque finale, la bouffe synthétique qui enrichira les laboratoires gérés par des « scientifiques » fous, et en avant pour les suppositions les  plus folles, Green Solyent, les repas pris en trois pilules, une population de zombies souriants comme dans les pires des films futuristes d’autrefois… Ne serait-il pas mieux avisé d’inciter à manger moins, mieux, et de supprimer les abattoirs et élevages de la honte plutôt que de nous injecter des remords à nous qui ne sommes qu’au bout d’une chaîne où tout le monde s’est fait de l’argent avant d’empocher le nôtre.

Alors qu’on accuse les hommes de regards et intentions lubriques, et qu’au moindre frôlement on pense et hurle « tentative de viol », il est cool de s’habiller en victime d’agression sexuelle par Hulk, avec des jeans et pulls lacérés, et ne parlons pas des pantalons taille basse portés avec un string… Pour certains garçons aussi, d’ailleurs, ils se sentent relax et mode avec des pantalons qui ont glissé sur les hanches comme les mains d’Adamo, révélant oh combien plus qu’on ne souhaite en voir, et dont j’espère qu’ils ignorent que l’origine vient des prisons américaines et envoyaient le message « essaie si tu l’oses, même pas peur »…

Ça fait plusieurs décades que la mode de la nature sous toutes ses formes est numéro un au hit-parade de nos vies. On nous a expliqué-démontré qu’avant qu’on nous montre le chemin de la vie interminable, nous mangions du poison, et que ceci était toxique, que cela attaquait les cellules de nos cerveaux, et quant à tout ça, Gaia n’est pas contente du tout. Il nous faut être Zen, manger bio (à quand le dentifrice au tofu ?), nous habiller de recyclages divers bien chers de préférence, et je le rappelle, déchirés. Il nous faut accepter sereinement nos âges successifs. Nature avant tout. Mais même les pharmacies se sont recyclées en supermarchés de la beauté éternelle, avec tout ce qu’il nous faut pour résister aux marques des âges successifs. Il va de soi que pour rester dans la ligne nature-simplicité, tout vient de la mer morte, des rives du Titicaca, des steppes sous les bouses de bison, du pistil de fleurs de l’Amazone, du lait d’hippocampe et j’en passe. Et les lèvres siliconées, les joues et fronts botoxés, les dents blanchies à faire peur, les semelles du docteur Scholl afin de  supporter les hauts-talons pour aller de la voiture au cinéma, les extensions, tout ça bien sûr crie nature, nature !

Moi… je suis perdue, mais je m’amuse quand même !

Malades et mal aidés

Ce n’est pas un secret, je ne regrette pas tout de ma vie là-bas mais il serait injuste de dire que tout y fut mauvais.

J’y ai approché des « Indiens » dans leur quotidien, et ce fut une précieuse expérience qui m’a libérée de deux images aussi fausses l’une que l’autre : le noble sauvage écolo et le débris humain alcoolique. J’ai mangé dans leurs maisons, en ai vu de farouchement anti blancs, anti autres tribus, anti alcool, anti civilisation, anti cheveux courts, anti mariage, anti travail, anti Dakota, anti Oklahoma, anti touristes, anti cérémonies religieuses etc… Finalement… ils sont comme nous mais pas anti les mêmes choses. J’en ai connu des gentils, des méfiants, des très  dangereux/ses, des beaux et des vraiment très moches.

J’ai aussi été émerveillée – et ça ne me quittera jamais – de la beauté des paysages et oui, c’est une terre sacrée où il fait bon se promener pieds nus.

Il y a de l’histoire, même si pas aussi ancienne en vestiges que la nôtre, mais au fond la piste de Santa Fe est encore habitée par le souvenir de ces troupeaux interminables de Long Horn suivis  et précédés de cow boys poussiéreux, bagarreurs et coureurs de pauvres filles en corset happées par les bordels. Le lac Otsego abrite les âmes de John Fenimore Cooper et de son Dernier des Mohicans. Hyde Park offre son silencieux refuge à ce qui reste de terrestre de Theilard de Chardin ainsi que  la résidence de Franklin Delano Roosevelt – et j’ai vu en ligne que grâce au ciel et une personne de goût on l’a enfin repeinte car quand je l’ai vue sa teinte vert billard m’a presque donné une syncope.

Il y a la nourriture, légendairement inexistante ou presque en termes de « cuisine » mais pas aussi décevante qu’on le dit si on cherche un peu. Le T Bone et le Porterhouse steaks sont des péchés de viande à découvrir et refaire aussitôt. Les fiddleheads aussi, en saison. Et Dieu veuille que vous ne goûtiez jamais ma tarte aux cranberries-whisky-clous de girofles et pâte feuilletée car vous ne vous en remettriez pas. Oubliez cette tentation !

J’ai adoré New York – ce qui, pour moi, se limitait surtout à Manhattan comme pour presque tout le monde – et le boucan du pont de Brooklyn, et le métro si moche, et Central Park et même la Trump Tower et tout le mauvais goût qui y règne. Et le petit zoo de Central Park, et un immonde minuscule « restaurant » mexicain à Battery Park où j’ai mangé des burritos explosifs.

Il y a beaucoup de belles et bonnes choses, incomparablement belles et bonnes aux USA. Et j’ai eu de la chance d’y vivre, d’y avoir accès, et de savoir un peu de quoi je parle quand j’évoque ce lieu légendaire, l’Amérique.

Mais en ce qui concerne les soins de santé, parce que je réalise que personne ici n’y comprend rien (et je n’ai pas toujours compris non plus…) je vais « éclairer votre lanterne » du mieux que je le peux. Maintenant, d’un Etat à l’autre, d’une entreprise à l’autre, les choses sont légèrement différentes. Je ne parlerai que de ce que j’ai vécu, moi, ou sais de manière certaine. Et pas des rumeurs. Et ça reste un casse-tête pour tout le monde là-bas aussi…

Je parle aussi d’avant Obamacare, qui n’a pas changé grand-chose en réalité, à part le fait que les personnes qui autrefois n’avaient pas d’assurance – parce qu’elles ne travaillaient pas et que personne de leurs proches ne travaillait – en ont une à présent, et qu’il a fait cette prouesse en… faisant payer plus cher ceux qui payaient déjà, et non en obtenant des réductions des lobbies pharmaceutiques ou du corps médical et hospitalier comme on s’y serait attendus… Ceci dit, suite au commentaire d’Anne K qui vit aux USA (11 mars ) il faut quand même préciser que l’Obamacare permet au parents d’assurer leur progéniture jusqu’à l’âge de 26 ans et d’empêcher les compagnies d’assurances de refuser d’assurer quiconque souffrant d’une maladie chronique ou « précondition ».

Pour le reste, j’ai vécu sur l’Obamacare pendant deux ans, et n’ai vu aucune différence – sauf que je payais encore plus cher, lalalère !

Tous les employeurs ne sont pas tenus d’offrir une couverture médicale – ni de congés payés mais ce serait un autre sujet – à leurs employés. Et c’est donc en général un rêve utopique pour la coiffeuse du salon du coin, la petite vendeuse de la boulangerie, l’apprenti plombier etc… bref, les milliards de petits boulots. Quand les patrons ont les moyens d’offrir cette couverture, ils y participent pour un bon pourcentage, et choisissent la compagnie d’assurance qui leur convient. Chaque assurance a son propre fonctionnement, couvre et ne couvre pas certaines choses, certaines sont plus efficaces dans les cas d’hospitalisation imprévue (quand j’ai dû être hospitalisée d’urgence, l’hôpital devait d’abord appeler l’assurance pour vérifier qu’elle couvrirait les soins, et une idiote « brain-dead » de plus a persisté à dire – le chewing-gum en bouche et la diction nonchalante – que je n’étais pas assurée chez eux. Or j’avais ma carte, et l’employée dont le cerveau fonctionnait aux admissions de l’hôpital soupirait, levait les yeux au ciel et  gémissait que c’était toujours comme ça. Finalement un troisième coup de fil l’a mise en contact avec un être normal qui m’a tout de suite trouvée dans le fichier. Mais on avait perdu une demi-heure et j’étais en danger…).

Pour le service « mutuelle » des médecins ou hôpitaux, c’est un casse-tête puisque chaque assurance a ses propres règles et leur niveau conditionne aussi celui du paiement opéré sur place par le patient. Tout ceci génère, on s’en doute, de fréquentes erreurs.

L’employeur offre, en général, l’accès à l’assurance (pour l’employé et, pour un supplément par personne,  les membres de sa famille) au bout de six mois pour s’assurer que tout se passera bien au niveau travail. Lorsqu’on perd son travail, on perd immédiatement son assurance aussi, pour soi et les proches qui sont assurés. C’est une détresse supplémentaire et une grosse responsabilité quand on a des enfants ou un conjoint malade par exemple. La prime est assez élevée et il y a une franchise assez élevée aussi. Les médicaments en général sont très chers, mais pas mal de médicaments courants sont en vente libre au drugstore, comme l’aspirine par exemple qui ne coûte rien et se vend par petits bocaux de 100, 150 comprimés…

Mais j’ai pris un médicament là-bas que je prenais déjà en Belgique et était fabriqué en Grèce. Pour un mois il me coûtait la même chose que pour six mois en Belgique. C’est tellement vrai que dans les Etats du nord, pendant tout un temps des groupes privés affrétaient des bus pour des voyages organisés afin passer la frontière et acheter les médicaments au Canada, où les prix était plus normaux. Pareil pour les Etats du sud qui eux allaient au Mexique. Une des Busherie de Bush fut de rendre de tels voyages illégaux.

Les soins médicaux et d’hospitalisation sont à donner le vertige. Mon cousin a eu, en 2008, un accident de voiture dans le Queens et donc on l’a transporté dans l’hôpital du Queens. Je suis allée l’y voir et pour vous donner un aperçu de l’ambiance réconfortante il y avait des flics en faction assis devant certaines chambres, et il partageait la sienne avec une sorte de mafieux de dryade chinoise du plus bel effet, avec des cheveux jusqu’au creux des genoux et tellement tatoué qu’on aurait dit un collant de dentelle, un peu déchiré car il avait aussi une belle collection de balafres de toutes longueurs. Quand mon cousin est arrivé, complètement à l’ouest dans cette chambre double, on lui a fait signer un papier selon lequel il était bien informé que ça lui coûterait $ 3 500 par nuit (sans les soins) et que si son assurance ne payait pas, il payerait.

J’ai connu un fonctionnaire de la ville qui vendait sa maison pour payer « le cancer de sa fille » car l’assurance cessait de payer, ça durait trop longtemps !

Les « pauvres », qui avant l’Obamacare n’étaient pas assurés, vivaient une situation atroce. Bien entendu pour les choses graves ils étaient soignés, on ne pouvait le leur refuser. C’est d’ailleurs ainsi que les directeurs d’hôpitaux expliquaient, la bouche en cœur, le prix exorbitant des soins facturés à ceux qui payaient : il faut bien qu’on se couvre pour ceux qui ne paient pas. Mais depuis que tout le monde paie (avant que Trump ne supprime tout de nouveau…) ils n’ont naturellement pas baissé leurs tarifs !

Mais dans le cas de l’accueil des « pauvres », pour s’assurer au mieux d’être payés malgré tout, des hôpitaux leur faisaient apporter une copie de leur testament en gage, et ainsi savaient qui allait hériter en cas de décès avant que la note soit payée, et donc qui priver du peu de choses que le malheureux laisserait. L’hôpital faisait signer « un papier » et avait priorité. Bien entendu, il ne s’agissait pas de « mansions » ou de diams, mais parfois d’une vieille maison rongée par les termites qui abritait la famille depuis deux ou trois générations, et sous la maison… il y avait un terrain, capital plus intéressant. Peu à peu, n’est-ce-pas, avec ce système infaillible, on obtient tout le quartier… Ceci n’est pas une simple rumeur, car dans mon imprimerie j’ai été amenée souvent à photocopier ces testaments pour l’hôpital. Je voyais arriver de vieilles dames noires étonnantes de dignité, réchappées d’une vie de travail où la seule joie était celle de la famille, et qui devaient subir une grosse opération. Elles partaient avec leur petite valise et copie de leur testament. Priant pour rentrer chez elles avec une dette qu’on pourrait peut-être se répartir dans toute la famille – souvent ces courageuses mamas avaient conduit un fils à l’université, pas Havard ni Yale, mais une petite université sans panache qui en avait fait, de ce fils prodige, un « docteur » en quelque chose, qui pourrait peut-être aider…

La Health Insurance est un cauchemar au quotidien, dans un pays dont les films parlent d’une insouciance très illusoire…

 

Emotions, émulsion, et si et si…

On tombe amoureux, et puis si on le peut – et le veut – on s’embarque pour le toujours.

Le registre de mariage-Edmund Blair Leighton (1853-1922)

Le registre de mariage-Edmund Blair Leighton (1853-1922)

Et un toujours après, au bout de trente ou quarante ans, on est encore ensemble, ou on ne l’est plus, ou on s’est quittés et repris, ou on s’est perdus et retrouvés, ou on ne veut plus en parler, ou on s’aime tellement qu’on n’a plus besoin d’en parler…

Et qui sait quelle est la recette qui fera prendre l’émulsion ? Ceux-là sont l’opposé, elle vive et rieuse, lui plus taiseux et discret. Ou bien lui aventureux et elle ne recherchant que le confort de la routine. Oh ça ne peut pas marcher, disent les uns. Les contraires s’attirent, disent les autres.

Ceux-ci aiment les mêmes choses, de l’escalade à la chorale du dimanche à la messe. Ils ont envie d’enfants qui ont déjà leurs prénoms prévus depuis l’adolescence. Ils ont tout pour réussir, affirment ces éternels uns, alors que les mêmes autres que l’on connaît lèvent les yeux au ciel en parlant de mort annoncée.

Et si un soir à la chandelle alors qu’on se souvient qu’un tel nous célébrait du temps qu’on était belle, on se console en se disant qu’au fond avec lui qui rêvait d’une famille nombreuse tandis qu’on ne désirait rien d’autre qu’une vie entre écuries et galopades en forêt… et on n’aurait pas été « si heureuse que ça »… qu’en sait-on ? Même s’il vaut mieux ne pas pleurer sur un passé qui ne peut plus être changé ni revécu, rien ne dit que tous ces enfants attendus à deux dans la joie et la paille du paddock n’auraient pas été le lien le plus vivant et magnifique qu’on aurait senti entre lui et nous ?

Et au fond tout dépend de l’amour, de la qualité de l’amour, aussi importante que celle de l’air. Si aucun n’exploite l’autre ni ne lui manque de respect, et que ce qui leur a plu au départ continue de leur plaire malgré tout ce qu’ils n’ont pas souhaité et vient dans le « tout compris »… pourquoi pas ?

Et si un soir à la chandelle il revient dans une vie réelle au ralenti, ou dans une rêverie langoureuse, plus bien fringant lui non plus, mais étincelant de la lumière d’amour qui leur agrandit le regard à tous les deux, et qu’il demande : aurais-tu aimé avoir tous ces enfants avec moi, ma chérie ? … Si la qualité de l’amour retrouve sa limpidité d’autrefois, elle peut répondre que oui, oui bien sûr, elle aurait eu une autre vie, plus remuante, et en aurait aimé chaque moment et chaque enfant et chaque attente et chaque anniversaire et chaque départ et même le nid vide, car elle l’aurait aimé, lui, et il l’aurait aimée, elle. Et si elle l’interroge, aurais-tu supporté, mon amour, ma passion pour l’équitation et les concours hippiques qui parfois t’auraient mis en charge de tous ces beaux enfants ? … si la qualité de l’amour est celle d’autrefois, il peut sourire et imaginer tous ces pique-nique aux concours hippiques de maman qu’on aurait faits en famille, parce l’amour, c’est bien ça… une belle émulsion.

On peut tellement bien aimer ce qu’on croit ne pas vouloir si on le veut avec celui qu’on aime vraiment… On aurait pu être bien dans tant de vies différentes, être soi de mille manières différentes, pour autant qu’il y ait eu l’amour…

Y2K aux chandelles…

Le Y2K, vous vous souvenez ? Le passage à l’an 2000… L’Apocalypse Now annoncée…

 

Les chacals sillonnaient le net et les ondes pour encercler leurs victimes. A l’imprimerie, ouverte depuis mois de 3 ans, de braves jeunes gens sans éthique qui seraient payés au pigeon abattu me téléphonaient sans cesse pour m’annoncer que je devais absolument acheter une nouvelle version de ce que je venais d’acheter car… le programme ne reconnaîtrait pas les dates après 2000.

 

C’était l’occasion pour moi d’une joute peu aimable dans la langue de Jerry Lewis. Quoi ? En 1997 Dell, HP et rivaux ignoraient que l’an 2000 arrivait à grande vitesse et avaient vendu à tous des programmes dont le compte à rebours commençait à clic-cliquer le jour de l’achat ? Mais madame c’est juste que… Mais… vous me prenez pour une idiote, et/ou vous en êtes un vous même si vous croyez ça, et vous avez faim à ce point que vous devez me vendre un produit inutile ? Mais madame, je vous assure que…. Rien du tout, cherchez quelqu’un d’assez bête pour tomber dans votre piège grotesque et laissez-moi travailler. Comme vous voulez madame mais ne venez pas vous plaindre si la garantie ne couv… Bang !

 

Mais un autre, aussi bête et déterminé, appelait bientôt. Ma patience s’usait et les derniers ont hérité des invectives dont j’épargnais encore un peu les premiers. Certains finissaient par avoir comme un doute dans la voix malgré tout, ceux qui avaient encore un cerveau probablement.

 

Anne-Marie, une Belge qui avait grandi là-bas et se souvenait encore de ses années d’école à l’époque de la Baie des cochons (préparation à un éventuel bombardement aérien, hop tout le monde aplati sous son banc avec le cartable sur la tête), et avait donc été bien drillée à la délicieuse horreur de la panique générale, tomba comme un boulet de canon dans cette nouvelle phobie.

 

Les larmes aux yeux elle m’annonça que tous les masques anti-gaz avaient été achetés à prix d’or dans les pharmacies et que des infirmiers faisaient du marché noir avec ceux des hôpitaux. Et elle… elle n’en avait pas, malgré son voisin qui pourtant était infirmier et avait des masques pour toute sa famille et leurs amis et les amis de leurs amis. Elle s’imaginait déjà étendue dans son living, violacée et raide, son chien et son chat abandonnés se résolvant à lui mordre l’avant-bras au bout de deux jours de famine avec une mine écoeurée – s’ils avaient survécu au gaz ou incendie. Elle avait acheté des mètres de scotch tape pour isoler ses fenêtres et des feuilles de plastique en cas d’explosion pour remplacer les vitres au plus tôt. Du sucre, du lait en poudre. De la nourriture pour chien et chat. Des kilos de bougies (elles commençaient à manquer dans les magasins, comme le reste d’ailleurs, on sentait l’entreposage de vivres et la fin du monde aux portes de nos existences) et des allumettes.

 

Du sucre, elle n’en avait pas assez, et en fait elle n’avait assez de rien, et se désolait, comment survivrait-elle si elle devait rester enfermée plus d’une semaine ? Si son congélateur s’arrêtait de fonctionner trop longtemps ? Je lui ai répondu que puisque selon elle ses voisins avaient de tout, il lui suffirait de se rendre chez eux avec un mouchoir sur le nez comme John Wayne et un marteau en main, les menaçant de briser toutes leurs vitres s’ils ne lui donnaient pas leurs provisions et masques à gaz. Elle riait, assez jaune ma foi, mais elle riait.

 

Moi je n’ai rien fait. Je disais que de toute façon le 1er janvier arriverait en Australie avant chez nous et qu’on aurait encore le temps de faire nos prières si elle explosait en direct sous nos yeux à la télévision. Et franchement, avec tous les films déprimants sur les survivants d’une catastrophe terrestre, ça me disait très peu d’aller me planquer dans les égouts pour échapper aux nouveaux seigneurs de la guerre…

 

Et quand j’en ai parlé à Lovely Brunette au téléphone, elle m’a dit, satisfaite d’avoir été prudente : oh moi j’ai quand même pris mes précautions, j’ai acheté deux bougies au Delhaize …

priere