Une renaissante…

Mon dernier recueil de nouvelles, La rinascente* * La renaissante, est sorti. Il a déjà eu quelques notes de lecture « officielles » et puis d’autres ici et là. De quoi ça parle ?…

Il me semble que ça parle de la force de la vie, celle qu’on trouve pour rebondir ou s’ancrer dans une situation qu’on déteste mais refuse de changer. Comment on « s’arrange », consciemment, inconsciemment, obstinément, bêtement, sagement, avec les déceptions inévitables qu’une vie impose.

Ces hommes qui ne sont pas fidèles – mais le sont-elles, leurs compagnes ? car la fidélité va bien au-delà de celle des corps -, ces mariages de jeunesse issus de bonnes intentions bien fragiles au contact de la routine, ces deuils dont l’absent prend toute la place et la garde chaude dans un cœur qui ne battra plus pour un autre amour, ces décisions étranges et souvent secrètes destinées à rendre le malheur moins mordant, ces hommes que l’on aime sans autre raison que… parce qu’on les aime, ces premières amours qui toute une vie hanteront les rêveries interdites, ces peines insurmontables qui se surmontent si bien, ces pardons que l’on peut accorder, ceux qu’on refuse pour punir et punir encore et y trouver une amère sève de vie, ces éblouissements amoureux qui foudroient quand on se croyait éteints…

Je vous livre ici la note de lecture d’Armelle Barguillet Hauteloire, qui est la dernière parue…

Je l’avoue, j’ai refermé ce livre avec nostalgie, tant l’auteur sait nous rendre proche les personnages de ses huit nouvelles écrites d’une plume délicate et précise, avec l’œil aiguisé de quelqu’un qui connait bien le cœur humain, particulièrement celui des femmes, et nous emmène à sa suite dans des pans d’existence qui tour à tour se parent d’incertitudes, de refoulements, de surprises, de nostalgie ou de rancœur. Chacun de ces courts textes est un roman à lui seul, une vie en raccourci saisie sur le vif avec un suspense qui accélère habilement notre lecture. Tous ont leurs perspectives, leurs mystères, leurs inquiétudes, tous nous dévoilent des secrets inattendus, des caractères forts ou fragiles, des ambitions refoulées ou affirmées, des tensions soudaines, d’autant que le charme de l’écriture contribue à créer mieux qu’un décor, une atmosphère.

Edmée de Xhavée a une jolie plume, elle sait attacher de l’importance à de menus détails qui confèrent à ses nouvelles un indiscutable envoûtement. Les objets, qu’elle pose ici et là, ont bien entendu une âme et sont décrits de façon subtile afin de mieux situer l’action et les personnages, à les arrimer dans une actualité, à les environner de manière à ce que le livre devienne également un tableau, que le lecteur voit surgir des images qui se placent à la fois dans le mouvement et dans le temps.

Chacun aura sa préférence pour l’un ou l’autre des récits qui tous les huit sollicitent notre imagination et notre sensibilité et ouvrent une fenêtre ou une porte sur un devenir. Le décor immédiatement planté, on entre de plein pied dans ces moments de vie, dans ces amours perdus ou retrouvés, ces sentiments floués, ces belles énigmes du passé qui resurgissent comme pour justifier une actualité poreuse. Que d’amours en suspens, que de joies remémorées dans le silence d’une solitude, que de chemins parcourus avant qu’une rencontre fasse basculer un doute, engendre un renoncement, que de visages doucement flétris par l’usure des jours, enfin que d’espérance mise au tombeau ou ressuscitée de façon soudaine et émouvante.

J’avoue avoir eu un coup de cœur particulier pour une merveilleuse nouvelle titrée « Louve story » qui se conte à deux voix, celle de l’ancêtre Octavie et de la contemporaine Louvise, deux jeunes femmes pénétrées par la fatalité d’amours irrévocables où le temps remonté justifie le temps présent et en légitime le sens. Un conte davantage qu’une histoire où le parfum des sous-bois vous prend au cœur et à la gorge quand l’air se charge « de l’odeur des graminées et des troncs chauds. »

Une autre m’a plu infiniment aussi « La sonate à Malgorzate » où Dacha tente de se persuader qu’elle est la petite fille de … On se promène de Saint-Pétersbourg à Kiev durant les affrontements de la guerre de 14/18 et de la Révolution russe. Et puis il y a le phrasé du piano en filigrane qui occulte les atrocités des combats. Une histoire en pointillé qui redistribue les cartes d’un destin. Oui, Edmée De Xhavée nous propose avec « La Rinascente » peut être son plus beau livre, celui le plus chargé de poésie, de fulgurances, jusqu’à ce tombeau où l’on sait bien que l’amour, comme la vie, n’est là qu’en état d’attente.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

Mais il y en eu d’autres, comme celle de Denis Billamboz et d’Albert Moxhet.

J’aime toujours comparer l’impression de Denis Billamboz et la mienne, ainsi que celle des autres femmes : un monde de différence, et c’est intéressant de réaliser qu’il y a plus d’un mode de lecture et de sensibilité, et que si les hommes viennent de Mars, les femmes viennent bien de Vénus, et pas dans le même vaisseau…

Le recueil prend son titre de la première nouvelle, où on suit à Turin une femme en train  de renaître, après une vie sans grands drames si ce n’est un divorce comme baisser de rideau. Plus toute jeune, elle rassemble le peu qui lui appartenait dans cette existence de mère et épouse qui l’avait dissoute : sa connaissance de l’italien, un plaisir rien qu’à elle dans lequel elle s’était évadée,  et qu’elle décide d’utiliser. Ce petit rien, ce petit peu, c’est le départ de sa nouvelle vie. Turin a donc imposé la couverture, avec le détail duveteux d’une des pièces du Palais de Stupinigi.

Oui oui, on peut le commander, mais pas sur Amazon… On peut le commander en librairie, ou sur le site de mon charmant éditeur Chloé des lys. Et comme l’équipe de Chloé des lys est composée de bénévoles et qu’on prévoit les carambolages d’avant l’été, les dernières commandes seront acceptées le 1er juin 2017, après quoi on prévoit les vacances, aucune commande n’est faite. Mais est-ce si grave ? Septembre sera vite là (oups, que ça passe vite…) et tout reprendra son cours. L’impatience débouche sur une rapide satisfaction suivie d’une encore plus rapide lassitude… Attendre renforce le plaisir d’enfin toucher à l’objet désiré. C’est comme en amour !

Une mort lente certes, mais pas le bon poète !

Martha Medeiros … vous la connaissez sans la connaître. C’est elle, et non Pablo Neruda, l’auteur de « A Morte Devagar », soit Il meurt lentement. Et elle mérite bien la maternité de ce beau texte sain et insufflant la vie, la passion de la vie, son appétit…

Martha Medeiros

Martha Medeiros

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d’émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

 

Mais oui, et comment ! Malheur aux tièdes. Ce n’est pas vraiment nouveau !  Diderot avait une haine pour les âmes molles et ordinaires dont il faut dire qu’il n’y a pas assez d’étoffe pour faire des honnêtes gens ou des fripons. Et il rappelait qu’il est dit dans l’Evangile « Malheur aux tièdes car le Seigneur les vomira ! ». Pauvres êtres qui ne vivent que la vie diminuée des ombres, concluait-il. S’il ne faut pas être dépendant de la passion et des émotions fortes, les craindre et les même repousser est refuser de vivre et donc  oui… mourir lentement.

 

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu’il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n’a fui les conseils sensés.

 

On ne peut pas accepter d’être malheureux si le changement n’attend que nous. Si on traîne la jambe dans un métier qui nous fait vouloir rester au lit le matin, on fait du tort et à l’employeur et à nous même : on ne peut travailler bien en métronome sans joie. Si on traîne la jambe dans une relation, c’est pareil : on ne donne plus que son « devoir » et un attachement qu’on s’efforce de nommer amour pour l’anoblir. Au lieu d’affronter la chose et de peser les solutions qui existent, on dit je suis bien avec la voix et on pleure avec le cœur – et fait pleurer.

 

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux !

 

Mourons quand la vie est terminée, pas avant ! Pablo Neruda aurait été d’accord lui aussi…

 

Pablo Neruda

Pablo Neruda

Des nouvelles, des nouvelles!

Eh bien à la rentrée, je mettrai sur les rails mon prochain recueil de nouvelles, intitulé « La Rinascente* – *La renaissante ». Huit nouvelles, huit histoires et plus de femmes qui aiment bien ou mal, (très, dans les deux cas…). Les bons et les mauvais mariages, les amours comme il se doit ou comme il vous plaira, les pardons et les punisseurs ou punisseuses, les geôliers et geôlières, les amorales chaleureuses, les impeccables qui n’aiment guère et font la guerre… Le grand tour, quoi…

On le sait maintenant, j’aime ce grand tour.

Si elle est acceptée, ceci sera la couverture…

Front cover Rina

Le comité de lecture de Chloé des lys m’a pratiquement fait crouler d’immodestie en donnant son avis (mais j’ai apprécié car bon… c’est quand même toujours une sorte d’examen de passage, le test du comité de lecture) :

« Je ne puis qu’adhérer à l’avis du premier lecteur et féliciter Edmée pour l’élégance de son style et la justesse avec laquelle elle nous dépeint le côté cruellement conventionnel d’une bourgeoisie qui garde jalousement enfouis ses secrets de famille et aussi ces êtres qui existent, si j’ose dire, entre vérité et silences. Un tout bon Edmée De Xhavée avec une touche quelque peu British fort plaisante. »

« Convenances. Vies en demi-mesures. Confidences et vérités-réalités qui sortent de l’ombre où elles restaient cachées sous un matelas de silence. Secrets de famille ou espoirs perdus. Tout cela peut revivre ».

« Elégance et simplicité. Entre enfance et âge mûr, des chemins de vie entre lumière et secrets. Une douceur tout anglaise par moments ».

Bon… je vous sers ici un petit extrait de la nouvelle qui ouvre le recueil et, en tant que cheftaine de fil, se nomme La Rinascente. L’histoire d’une renaissance… La rinascente est le nom d’une chaîne de magasins haut de gamme en Italie, l’équivalent de Saks et des Galeries Lafayette peut-être, en plus petit, tout au moins en ce qui concerne le magasin qui se trouve à Turin…

 

« C’est l’heure de l’apéritif, et il reste une table à la terrasse du Caffè San Carlo. Le soleil est intense, l’air figé par la chaleur qui s’installe.

Elle pose son sac de papier de La Rinascente au pied de son fauteuil de rotin, l’entrouvrant comme une enfant pour, en dégageant le papier de soie, regarder furtivement le motif à masques africains de sa robe. Une bouffée de joie gonfle son cœur alors que le cameriere arrive, les cheveux si noirs et lisses qu’elle y laisse errer le regard sans le réaliser, puis lui sourit un peu embarrassée, comme soudainement tirée d’une rêverie. Elle commande un Campari et réalise avoir employé un timbre vocal ferme, où transparaît la bonne humeur. De temps à autre, heureuse, elle perçoit les signes d’un changement en elle.

À une autre table trois amies, peut-être des collègues de travail, parlent avec une excitation qui perche leurs voix un peu haut, avec des modulations savantes, et des mouvements de mains comme des envols d’oiseaux. Plus loin, quatre hommes. Ils discutent plus calmement, comme en secret, avec le souci de ne pas être entendus ou d’attirer l’attention. Et parfois une des voix féminines les distrait le temps d’un coup d’œil accompagné d’un sourire amusé.

Elle aime observer le quotidien qui l’entoure. Les tsiganes qui agrippent les passants par la manche, un bébé entortillé dans des châles frangés sur le bras. Les écolières qui rient fort, le sac au dos et les cheveux si sains qu’on a envie d’y toucher. Les femmes seules, altesses en promenade, sourdes aux coups de klaxon alors qu’elles traversent où bon leur semble au gré de leur humeur et direction, la tête haute et le rouge à lèvres frais.

Elle pense à cet emploi que le Signor Fenoglio est presque certain de lui faire obtenir. Elle a envie, et besoin, d’avoir à nouveau des horaires, des collègues. Que l’on compte sur elle pour accomplir – et bien – le travail donné. De se créer des habitudes géographiques autour d’un lieu de travail, qu’on lui suggère tel ou tel endroit, telle ou telle promenade. Une petite trattoria en colline. Ou Lungo Po.  D’inviter ses enfants et de leur laisser l’appartement, et les clés, et les commandes, parce qu’elle, elle va au bureau et qu’on se retrouve à 17 heures pour un bicerin via della Consolata même si c’est une drôle d’heure pour un bicerin… »

Voici… c’était un avant-goût, un hors d’oeuvre… le gros oeuvre en fin d’année sans doute!

Les écrits vains…

Cet article circule. Et il va droit au but, cet article !

Et remet aussi quelques compteurs à zéro car on commence à murmurer que ces « milliers d’exemplaires vendus » sont, pour la plupart, une légende urbaine. Milliers d’exemplaires imprimés peut-être. Vendus c’est déjà bien moins évident, quant à lus… alors là… la barre descend dangereusement.

En ce qui concerne les « grands auteurs » qu’on nous impose (comme le grand cinéma block buster…), eh bien pour certains c’est une garantie d’ennui, de lire sans cesse la même histoire avec une autre sauce et même, dans certains cas tragiques, de constater que ça n’a même plus l’air d’être leur écriture non plus – et d’ailleurs… comment écrire en passant son temps dans les salons de France, de Navarre et des îles lointaines pour dédicacer son dernier « succès » ?

Et voici donc les écrivains de l’ombre, les nègres besogneux qui sauvent la mise et le temps qui passe. Et qui privent, à cause de la voracité de l’éditeur qui n’aime que les auteurs prolifiques, l’écrivain de son réel plaisir initial : l’écriture. Vous savez, cette écriture légendaire, avec la peur de la page blanche, le bloc-notes qui ne quitte pas le sac, les cigarettes (au temps où on pouvait) écrasées s’accumulant dans un cendrier couvert de nicotine, la bouteille de whisky, ou les longues promenades inspirantes en forêt avec un chien sans race… Tout ça : l’agonie et le plaisir de l’écriture. Ce qui fait qu’un auteur a besoin d’écrire.

Les gros éditeurs, pour leur part, se comportent en mafieux – qu’ils sont – et finalement, la vie chez les petits éditeurs est bien plus digne.

 

2016-06-09 16.14.25Pas de gros sous, mais au moins on tente de faire « de la belle ouvrage », on aime – d’amour – les mots et les phrases, on cherche à trouver quelque chose de nouveau, un nouvel angle, une autre écriture, ou de donner son expérience à aimer ou haïr. On vit les affres de la page blanche, de l’attente du verdict du comité de lecture, du whisky et cigarettes peut-être pour certains… sans oublier les p’tites pépées pour ceux qui se souviennent de la chanson et ont ce genre d’appétit.

Tout le monde est loin d’être bon et désintéressé, mais au moins comme l’argent n’est pas au rendez-vous en fanfare, si on enlève ceux et celles qui enfoncent les côtes des autres avec leurs coudes taillés en pointe – il y en a, oui oui -, il reste surtout ceux qui sont contents que l’on aime ce qu’ils ont écrit… même s’ils savent que ça restera peut-être trop local, médiatisé surtout par leur effort sans relâche, et s’étendra moins vite qu’une tache d’huile dans un garage.

Quand je vends un livre, je sais qu’il sera lu, et souvent encore prêté ou donné. Si mon éditeur me verse des droits d’auteur (car oui, mes deux chers petits éditeurs me les versent… et je connais des auteurs publiés par de « gros éditeurs » qui ne les ont jamais vus) sur 200 copies, on est loin des milliers de copies vantées chez les stars des gares et Fnac, mais c’est vrai, il s’agit bien de 200 copies. Imprimées, vendues et lues.

Je suis riche du plaisir du partage, et j’ai la chance immense de ne pas craindre le « stardom » qui me contraindrait à aller signer sous le clic clac des smartphones, de faire des selfies où je souris à côté de gens que je ne connais pas et qui peut-être un jour me dessineront des moustaches et des lunettes (ou une dent noire) sur la photo souvenir. Je ne dois pas aller me soumettre à la torture d’être descendue en flèche en direct sur un plateau par un pédant jaloux et irascible ou une autrefois célèbre actrice ou danseuse nue recyclée en critique littéraire. Je devrais sans doute aussi me créer un look et revoir ma diction… Me faire blanchir les dents pour avoir un sourire de squelette bien propre.

Dans le cinéma, il y a les block busters et le cinéma indépendant. Eh bien dans les auteurs et éditeurs aussi. On suit la masse ou on choisit dans l’individuel. On est dans le grand show ou dans l’émotion, dans la découverte tranquille.

Villa Philadelphie, Evelyne et Rosalie

CoverEt le voici officiellement lancé dans la réalité du monde du livre, mon dernier roman. Pages de papier, pages que l’on tourne, annote, corne, bénit d’un nuage de thé ou auréole de café en se maudissant, pages entre lesquelles on glisse le signet qui nous attendra demain, sans impatience.

Et que raconte-t-il, ce roman?

Quarante ans qui glissent lentement entre les murs de la Villa Philadelphie, ces deux maisons jumelles que Richard, père riche et aimant achète pour que ses deux filles, jeunes mariées, continuent de vivre proches comme par le passé. Ces deux filles qu’Aimée, sa femme véritablement aimée, et lui, ont eues et qui ainsi élèveront leurs enfants ensemble, dans le même jardin, sous le même toit d’ardoise, fêtant les joies cadencées d’une vie de famille dans la veranda commune.

Et combien il est vrai que l’amour rend aveugle. Car jamais Aimée et Richard n’ont compris que l’entente n’avait pas sa place dans ce qui unissait les deux jeunes filles au caractère tellement opposé.

Et tandis que les années passent, que grandissent les enfants et vieillissent les époux, les caractères de Rosalie et Evelyne se précisent, forgés par la vie, ce qui y manque et ce qui y abonde.

« Richard ne regardait ses filles que par-dessus le journal. Elles étaient le jouet de sa femme, et seraient sa fierté de père quand elles l’allieraient à de bonnes familles dont elles auraient conquis le cœur des fils.»

« Rosalie était ce qu’on appelait un enfant de l’amour, conçue dans les rires et les frôlements interrompus de longs baisers et caresses qui leur coupaient le souffle, leur coloraient les joues et allumaient leurs yeux. Oh ! Ce somptueux secret de la chair qu’ils partageaient et qui les nimbait d’éternité… L’heureux désordre du lit, dont le froissement des draps brodés trahissait le fait qu’ils n’utilisaient qu’un côté, assoiffés de leurs odeurs, tiédeurs et soupirs. Combien d’œillades complices ne s’étaient–ils échangées au cours de ces premières années, les lèvres malicieusement pincées pour contenir à table une joie que les domestiques ne devaient voir, et commentaient ensuite à la cuisine… »

Pour la couverture, j’ai pris une photo de ma grand-mère et sa sœur… qui s’adoraient ! Mais bon… elles « font comme si… ».

Il figure maintenant dans le catalogue Chloé des lys … Ici, ici-même.

Histoire miraculeuse, ou de gens de tous les jours ?

Mon « petit dernier », Les promesses de demain, a déjà bénéficié de quelques notes de lecture. C’est toujours très excitant de lire comment ce qu’on a écrit est perçu, et surtout par des personnes différentes. Finalement, il est clair que le lecteur apporte lui aussi son vécu et ses ressentis dans l’histoire mise en scène par l’auteur, tout comme nous comprenons souvent des films avec des variations suivant que nous les avons vus dans tel ou tel état d’esprit, telle ou telle situation d’existence, avec une souffrance ou une grande joie en arrière-plan.

Ici voici deux notes de lecture qui me viennent de Denis Billamboz et Armelle Barguillet-Hauteloire.

Denis Billamboz explique, dans un paragraphe, que  « la passion est au cœur de toutes les nouvelles qui composent ce recueil : des amours souvent déçues, insuffisantes, mal partagées, arrangées, bafouées…  J’ai eu l’impression qu’Edmée voulait régler un vieux compte avec la vie, sa vie, celle de certains membres de sa famille ou de son entourage proche, et dénoncer l’amour dont on parle tant et qui, trop souvent, n’apporte pas les plaisirs attendus. Les héroïnes de ce recueil ne veulent pas se satisfaire de ses amours de convenance ou de circonstance, elles veulent l’amour absolu total, l’amour à la vie à la mort jusqu’au suicide qui hante souvent ce recueil. »

De son côté, Armelle Barguillet-Hauteloire mentionne qu’« on y rencontre des gens de tous les jours, en lumière ou en ombre, en joie ou en peine, en colère ou en manque, l’amour s’y meurt ou s’y consume, s’y cogne ou s’y cache, et les mots, qui le relatent, sont sans emphase, simples et journaliers ; la mort rode également, fuite en avant de celui ou celle que l’attente a usé, la malchance rompu, l’injustice révolté. (…) Et ces héroïnes, car elles sont plus nombreuses que les héros, ont noms : Henriette, Agnès, Nicole, Magali, Asie, Marguerite, mais également elle, lui, unis dans une poésie qui les enveloppe comme le suaire d’un amour sublimé. Il y a encore Thérèse-Adèle, la délicieuse tante Madeleine,  Léonie, Isotta, beaucoup de secrets de femme qui se tissent dans le silence, se voilent avec pudeur et fierté. »

Chaque lecture est honnête, naturellement. Il est vrai que mes personnages se trouvent souvent, comme le souligne Denis Billamboz, englués dans des relations « sentimentales »  laborieuses, voire mortes. Et que la passion n’est pas absente, même s’il arrive que ce soit seulement sous forme d’un souvenir que l’on vénère comme une flamme sacrée. L’amour de convenance, oui, s’y trouve, parfois supporté sans trop de peine parce que la vie s’est enroulée autour d’autres choses « plus concrètes et durables ». Rassurantes, peut-être. Et puis il y a l’autre, celui qu’on ne peut décrire mais qui se fait reconnaître tout de suite, et qui se vit comme il le peut, au grand jour, en secret, en souvenir, en espoirs, en patience… selon les autres éléments du décor.

Comme le dit Armelle Barguillet-Hauteloire, il s’agit surtout de secrets de femmes, c’est vrai. Cette manière qu’elles ont de survivre à ce qui fait mal ou use lentement, en s’enveloppant dans ce qu’elles seules savent et protègent.

The Rain It Raineth Every Day, de Leonard Campbell Taylor, 1906

The Rain It Raineth Every Day, de Leonard Campbell Taylor, 1906

 

Il me semble que mon message, celui sur lequel je reviens fréquemment, est que non, l’amour (le grand, le vrai, celui qui fait parler et rêver et avancer…) n’est pas un miracle improbable. Mes histoires ne parlent que de lui : on le vit ou on y assiste, l’a vécu, n’a pas osé le vivre, en garde le secret, mais il est de toutes les vies. Et oui, ce sont des gens de tous les jours qui le vivent. Mais ce qui est sans doute plus difficile, c’est de lui être loyal, quelles que soient les contraintes. Car bien sûr, la vie se déroule rarement selon un plan linéaire, et ne propose pas un moment ou lieu idéal pour la rencontre de l’amour, le grand, le vrai, celui qui fait parler et rêver et avancer…

Les promesses de mon petit dernier…

Oui, il est né, il est sorti, imprimé, édité, mis en ligne (ici),inscrit à la bibliothèque royale de Belgique et tout et tout…

Promesses

Un recueil de nouvelles qui, toutes sauf une, dansent dans les feux de l’amour. Oh, vous me connaissez, je fais feu de tout bois dans ce domaine, et si chaque nouvelle se termine sur la flamme d’une promesse de demain, et s’il y a bien ça et là quelques fleurs bleues, il y a aussi les épines tranchantes de roses désormais fanées. Et finalement, les happy endings ne sont pas toujours – s’ils le sont jamais ! – ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… Non, les happy endings résident parfois dans l’audace de claquer une porte en laissant derrière soi un quotidien mortifère pour s’élancer vers des promesses inconnues ; dans l’accomplissement d’une vengeance que l’on n’espérait plus, mais qui offre la promesse de l’oubli ; dans l’abandon fou à une seconde chance qui explose et offre une promesse d’éternité ; dans la réponse à la fascination d’une mort espérée qui promet le retour dans les bras de l’aimé ; dans les amours vécues en secret, ou nées de la raison, ou jaillies d’une passion obstinée…

La dernière nouvelle – Les yeux d’Isotta – raconte les vacances d’Isotta, une petite fille observatrice et silencieuse. Comme chaque année elle accompagne ses parents chez les grands-parents, sur la Costiera triestine. Et le voyage en voiture est déjà l’occasion de réflexions paresseuses pour tromper le temps…

« A l’avant, ses parents ne parlent pas. C’est un couple silencieux, fait de sourires et regards affectueux. Ils s’aiment vraiment, a décidé Isotta. Ils se disputent, elle le sait. Elle les entend. Ils sont à la fois semblables et différents. Mais il suffit de les voir faire la sieste par grosse chaleur, en sous-vêtements, le bras de l’un endormi sur la hanche de l’autre, dans un geste mi-protecteur, mi-possessif qui ne laisse aucun doute. Parfois ils ferment la porte, laissée habituellement entrouverte pour que l’air caresse choses et lieux à cette heure si quiète, et quand ils réapparaissent quelque chose resplendit sur leur peau et leur regard, et une voluptueuse paresse erre dans leurs gestes ».

Voilà… c’était la grande nouvelle de cette semaine !