Une femme de caractère

Sibylla, celle qui a inspiré mon héroïne de De l’autre côté de la rivière, Sibylla, elle a existé. Et sa vie a été par moments semblable à celle qui se déploie dans les pages de ce roman. Je ne dirai pas lesquelles, enfin pas toutes…

Sibylla, la vraie

Elle a bel et bien été notre gouvernante, à mon frère et moi. Pas d’abominable tante Marie comme dans le roman, ni de Mimmo aux chaussures cirées et visage hargneux.

Elle venait de Maastricht, et je me souviens qu’avec mes parents nous avons été la rencontrer car elle allait devoir s’occuper de mon petit frère alors en Suisse depuis un an. C’était dans une maison campagnarde dont j’ai tout oublié sauf le chemin boueux qui y menait, Annetje, la demi-soeur de Sibylla, et le petit chat qui jouait avec les franges du tapis. Et d’elle, agitée et aux très bonnes manières, qui riait un peu trop vite – elle a toujours ri bien volontiers, et se mettait en fureur avec le même entrain.

Elle était déjà d’âge moyen – on appelait ça « moyen », alors …  maintenant on n’oserait plus – et son visage était sérieux la plupart du temps. De sa mère Javanaise elle tenait une peau lisse et extrêmement douce, presque sans pilosité ce qui la rendait très fière, et des cheveux noirs qui s’avançaient sur son front en une pointe hardie. Une des sept beautés de la Vierge, affirmait-elle. Je n’ai jamais su ce qu’étaient  les 6 autres…

Un de ses fous-rires les plus incongrus fut celui qu’elle eut un jour alors qu’elle avait enlevé son dentier et que je l’ai surprise, arrivant du fond du jardin au galop. Je voulais absolument lui parler ou lui montrer quelque chose, mais elle fronçait la bouche – que je trouvais soudainement plate et dérangeante – avec obstination tandis que le rire la gagnait. Moi, je me demandais pourquoi elle se moquait de moi, et revenais à la charge avec insistance mais allez, Zézelle, qu’est-ce qui vous fait rire ? Et tout d’un coup elle n’a plus su tenir, et un ha ha ha gigantesque a forcé son passage et écarté ses lèvres, révélant une bouche rose et déserte devant mon visage stupéfait, si stupéfait que la malheureuse Sibylla a eu bien du mal à reprendre le contrôle de son humeur. Moi, qui ne savais pas que les dentiers existaient – quoi qu’il y avait celui que Robert-le-mari-de-Zélie, à Viroinval, gardait sur le manteau de sa cheminée parce que dans la bouche, il le gênait – j’ai dû demander à ma mère l’explication de ce miracle extraordinaire…

Elle mettait de la poudre de riz, était coquette et élégante, bien faite et menue. Sa tempe gardait la trace d’un coup de tisonnier asséné par la seconde épouse de son père, et la mienne garde- vaguement – celui qu’elle m’a fait en me jetant contre le radiateur. Je suppose que je l’avais « asticotée » et Mademoiselle n’aimait pas ça. Ce soir-là, ma mère revenait de vacances, et Mademoiselle s’est donné bien du mal à inonder mon front de compresses d’eau dans l’espoir de résorber la jolie bosse dont sa vivacité m’avait couronnée, mais ce fut peine perdue. Oh, à l’époque, on n’avait pas encore décidé qu’une torgnole un peu forte était un acte de torture, et ma mère avait surtout envie de se mettre au lit et de défaire sa valise, donc elle m’a demandé ce que j’avais fait à Mademoiselle pour qu’elle en arrive à me faire ça, et puis m’a rassurée : la bosse partirait vite.

Et je n’en ai jamais voulu à Mademoiselle…

Bien entendu nous lui jouions de mauvais tours comme il se doit, et j’avais un jour substitué la photo de son petit neveu adoré Johnny, le petit Johnny, un ravissant angelot aux boucles blondes, par un dessin de Dingo, l’ami de Mickey. Mon frère et moi imaginions en nous tordant de rire qu’elle allait entrer dans sa chambre, les yeux fermés et les lèvres tendues pour saisir le cadre, et poser un baiser enchanté sur la truffe de Dingo. Nous, nous riions. Elle n’a pas ri du tout et nous a poursuivis avec des madéctions limbourgeoises certainement effroyables dans l’escalier que nous descendions, livides et repentants de cette audace inutile…

En fait, je me souviens d’elle comme d’une personne aimante, qui étreignait fort et avec émotion, et a fait fièrement des photos de moi lorsque j’avais 16 ans et qu’elle est revenue avec son époux – oui, elle s’était mariée sur le tard – lors d’un départ en vacances de ma mère à l’occasion duquel elle avait offert de reprendre la direction de la maison – parce qu’elle me trouvait si jolie que ça la flattait… j’étais un tout petit peu sa fille, au fond !

Au revoir, Sibylla !

 

 

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Il était une fois cette Amérique-là

Celle de la misère, de la grande dépression, du dust-bowl, des raisins de la colère, du désespoir affreux. Des pauvres dont les parents avaient fui la misère d’un autre continent pour être massacrés par celle de ce nouveau continent, le « land of opportunities ». Mais toute misère a son étrange beauté aussi, celle de ces visages de gens qui n’ont d’autre espoir que de survivre encore aujourd’hui et puis demain on verra, celle des enfants qui restent des enfants et jouent, en dépit de toutes les larmes sèches striant discrètement les regards de ceux qui les aiment.

La misère de « l’Amérique » a eu tant d’aspects, ce n’était finalement qu’un lieu tout neuf sur lequel installer de nouvelles avidités, et de nommer colère divine contre les pécheurs les terribles fureurs naturelles : incendies, nuages de sauterelles, tornades de poussière, sécheresses et glissements de terrains. C’est là aussi qu’on pouvait asseoir de nouvelles dictatures et tyrannies en proclamant que celles du Old World étaient terminées : la noblesse armoriée fut remplacée par celle des magnats voraces, le joug de l’Église par celui de nouvelles religions jugulantes. Les pauvres méprisés trouvèrent qui mépriser eux-mêmes : les Noirs et les Amérindiens, qui de par leur nature étaient, selon eux, bien inférieurs et les faisait se sentir un peu mieux.

Quand un éditeur a fait un appel à textes pour accompagner ces superbes et poignantes images de Dorothea Lange, j’ai répondu « présente » sans hésitation, comme tant d’autres auteurs (20 photos et 100 textes). J’ai reçu mes exemplaires il y a deux jours, et n’ai pas encore eu le temps de m’y plonger, mais d’autres auteurs que je connais de près ou de loin y figurent, comme Eric Allard (lui c’est de loin mais souvent et volontiers car j’aime beaucoup son écriture…) et Carine-Laure Desguin (de près et personnel, on dirait un titre de film noir, mais rien de noir entre nous, qui nous voyons régulièrement). Son texte est une sorte de poésie sans rimes, une longue suite d’images en monologue, où on trouve sans peine les relents de toute cette époque lacérée : le type qui nomme sa femme M’ma, le type qui est en fait le premier-né de sa femme, irresponsable et ayant son harmonica comme seul et ultime séduction, entouré d’enfants qu’il a faits sans y penser, suivant un illusoire filon d’or qui changera tout, balayera misère et ignorance, usure et désespoir.

J’aimerais présenter d’autres auteurs mais je n’ai pas eu le temps de lire encore… mais en feuilletant bien des phrases ont déjà tenté de m’aspirer dans le texte. J’ai résisté car je veux prendre mon temps…

J’ai accompagné deux photos moi-même. L’ouvrage est … émouvant et très beau.

Silencieux tumultes, les secrets dans le sang

Et voilà, c’est officiel, il est né, il étire ses pages en baillant, enfin prêt pour partager son contenu, mon tout dernier roman. Silencieux tumultes.

Les tumultes ne manquent pas dans une vie, on le sait. Chaque existence en a son lot. De certains on sort plus forts, d’autres on reste blessés, et il y en a même qui ne font pas de quartier. Et chacun sa résistance…

Mais ils sont aussi souvent silencieux, ce qui décuple leur énergie. Car on craint, à tort ou à raison, de les révéler. On vit – ou survit – donc avec le poids écrasant que sont ces secrets qui ne trouvent pas que les mots soient une sortie saine. Alors… ces confessions qui auraient pu être si simples à dire, ou pas, mais qui auraient fait courant d’air, mise à neuf, départ à zéro… crient sans bruit, et tentent de se faire comprendre autrement : Maine arrondit son corps et en fait un noyau de douleurs multiples, tout en posant un regard perplexe sur la joie d’autrui. Marco explose dans un chagrin profond comme l’infini et expie dans le travail et l’éloignement de son bonheur. Christine n’oublie pas mais ne risque plus : son bonheur elle le tient, et pas de sensiblerie inutile. Pavlina sait sans tout comprendre, et ne dira rien. Mais elle, elle ne veut garder que l’appétit du bonheur…

Couples heureux ou malheureux, couples qui auraient pu être heureux si, couples qui l’ont été malgré tout, couples qui le furent et qu’un secret a brisés, couples dont le bonheur se terre dans le secret… Tous ont confié leurs larmes et espoirs aux murs de la maison, cette jolie maison que Jean achète pour Maine en lui disant, fier de lui avoir fait plaisir « c’est celle que tu souhaitais le plus »… Elle changera au fil du temps et des goûts, le papier peint suivra les modes, les vases Gallé seront remisés au profit de souches d’olivier ou statuettes étranges, le salon Adams ira se reposer au grenier pour faire place à l’air du temps, et le jardin verra des balançoires remplacer le délicat gazon japonais et une statue aux courbes folles fera oublier les arceaux de rosiers…

Et quelque part, une jeune fille à l’éventail se souvient de son amour…

Sur la couverture, l’éventail de Suzanne ma grand-mère paternelle, Suzanne jeune fille mutine, Lovely brunette heureuse sur la digue d’Ostende, et une maison dessinée par l’oncle Alfred, architecte, dans le carnet de poésies de Suzanne. Mais rien, dans le roman, ne se rapporte à eux. Sauf peut-être m’ont-ils soutenue…

Il est déjà disponible ici : https://www.editionschloedeslys.be/catalogue/1072-silencieux-tumultes.html

Et il faut de la patience, comme pour toutes les bonnes choses : Cholé des lys travaille avec un atelier protégé dont on protège les nerfs aussi…

Das boot ist voll

Petits auteurs et petits éditeurs.

Grands auteurs et gros éditeurs.

Argent et parfois aussi talent, argent et folamour de l’argent.. contre pas d’argent, amour de l’écriture et parfois aussi talent, et asbl ou tout autre chose pour l’amour de ce qui se lit et s’écrit…

Bien sûr, il y a des grosses pointures qui sont des monstres du talent. Et d’autres très mauvais. Mais voilà, certains aiment leur personnage, leur look, leur message-mantra, le monde qu’ils ont créé et qui garantit à leurs lecteurs un retour dans une atmosphère aimée. Peu importe. Et qu’en plus ça les rende riches, pourquoi pas ? L’envie ne changera rien pour eux et nous donnerait des problèmes gastriques dont on se passe volontiers.

Mais… ce n’est pas un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, loin de là. Das boot ist voll. On le sent bien. Les narines qui se ferment avec prudence rien qu’on évoquant notre nom, ou précisant « c’est un auteur très local, n’est-ce pas ? Publié chez un petit éditeur, non ? »… La fausse générosité joviale avec laquelle, dans certains salons, on nous accueille. Parfois on a même droit à une tape dans le dos et un biscuit. Bien entendu, nous permettons de remplir les angles morts, d’amortir les frais de chauffage et de faire d’honnêtes figurants dans le rôle de la foule tandis que dans l’espace grands, les dieux de l’Olympe se congratulent gaiement avec leurs adorateurs, et clic que je fasse un selfie avec Apollon, et clic un autre avec Héra, et puis une petite parlotte avec Déméter car je vois du coin de l’œil la TV qui s’approche. Et la peur qui pue et sort de leurs lèvres sentencieuses, condamneuses, quand en ajustant leur toge et leur fibule ils nous qualifient de rédacteurs malhabiles et imbus d’une illusion ridicule, des gens qui écrivent comme on peignait le dimanche pour accompagner la famille en pique-nique, des malheureux scribes besogneux voués à l’échec et au fond, plus vite on nous tapera sur les doigts avec les rames pendant que nous nous accrochons à la coque, mieux nous nous en remettrons.

Les journalistes, tenant à leur chronique BCBG, font chorus avec une louable ferveur. Ils veulent se trouver du côté des gagnants, après tout ils ont des enfants à nourrir et éduquer, des traites à payer, parfois ils ont un frisson quand un reproche bien senti les touche mais bon… eux d’abord, que les autres se débrouillent comme eux : un peu de courbettes et flagorneries valent bien la sécurité de l’emploi et la solidité de la signature en bas d’un article qui ma foi, fut facile à écrire : il suffit de savoir pour qui on l’écrit…

Et donc, il nous reste les découvreurs, nos lecteurs qui un jour se sont risqués, ont aimé. Que ce soit vraiment bon, ou que ce soit une détente agréable, ou un type d’écriture aimé. Peu importe, il y a eu bon, de l’excellent, du médiocre, du commercial, de la poudre aux yeux, du radotage… tout comme dans l’Olympe ! Et ce serait si « juste » qu’avant de nous condamner parce que de toute façon personne ne nous connait – et hop ! un coup de rame sur la main qui s’obstine à tenir le rebord de la barque, là ! Hop hop et hop ! Rien de pire que qui ne veut comprendre… – et donc forcément… nous ne pouvons pas être si bons que ça. Sans ça… n’en doutons pas, avec leur flair et leur grande défense de l’art, de la liberté, du beau… ils nous auraient accueillis en grande pompe.

Je ne doute pas. Et vous ?

Une renaissante…

Mon dernier recueil de nouvelles, La rinascente* * La renaissante, est sorti. Il a déjà eu quelques notes de lecture « officielles » et puis d’autres ici et là. De quoi ça parle ?…

Il me semble que ça parle de la force de la vie, celle qu’on trouve pour rebondir ou s’ancrer dans une situation qu’on déteste mais refuse de changer. Comment on « s’arrange », consciemment, inconsciemment, obstinément, bêtement, sagement, avec les déceptions inévitables qu’une vie impose.

Ces hommes qui ne sont pas fidèles – mais le sont-elles, leurs compagnes ? car la fidélité va bien au-delà de celle des corps -, ces mariages de jeunesse issus de bonnes intentions bien fragiles au contact de la routine, ces deuils dont l’absent prend toute la place et la garde chaude dans un cœur qui ne battra plus pour un autre amour, ces décisions étranges et souvent secrètes destinées à rendre le malheur moins mordant, ces hommes que l’on aime sans autre raison que… parce qu’on les aime, ces premières amours qui toute une vie hanteront les rêveries interdites, ces peines insurmontables qui se surmontent si bien, ces pardons que l’on peut accorder, ceux qu’on refuse pour punir et punir encore et y trouver une amère sève de vie, ces éblouissements amoureux qui foudroient quand on se croyait éteints…

Je vous livre ici la note de lecture d’Armelle Barguillet Hauteloire, qui est la dernière parue…

Je l’avoue, j’ai refermé ce livre avec nostalgie, tant l’auteur sait nous rendre proche les personnages de ses huit nouvelles écrites d’une plume délicate et précise, avec l’œil aiguisé de quelqu’un qui connait bien le cœur humain, particulièrement celui des femmes, et nous emmène à sa suite dans des pans d’existence qui tour à tour se parent d’incertitudes, de refoulements, de surprises, de nostalgie ou de rancœur. Chacun de ces courts textes est un roman à lui seul, une vie en raccourci saisie sur le vif avec un suspense qui accélère habilement notre lecture. Tous ont leurs perspectives, leurs mystères, leurs inquiétudes, tous nous dévoilent des secrets inattendus, des caractères forts ou fragiles, des ambitions refoulées ou affirmées, des tensions soudaines, d’autant que le charme de l’écriture contribue à créer mieux qu’un décor, une atmosphère.

Edmée de Xhavée a une jolie plume, elle sait attacher de l’importance à de menus détails qui confèrent à ses nouvelles un indiscutable envoûtement. Les objets, qu’elle pose ici et là, ont bien entendu une âme et sont décrits de façon subtile afin de mieux situer l’action et les personnages, à les arrimer dans une actualité, à les environner de manière à ce que le livre devienne également un tableau, que le lecteur voit surgir des images qui se placent à la fois dans le mouvement et dans le temps.

Chacun aura sa préférence pour l’un ou l’autre des récits qui tous les huit sollicitent notre imagination et notre sensibilité et ouvrent une fenêtre ou une porte sur un devenir. Le décor immédiatement planté, on entre de plein pied dans ces moments de vie, dans ces amours perdus ou retrouvés, ces sentiments floués, ces belles énigmes du passé qui resurgissent comme pour justifier une actualité poreuse. Que d’amours en suspens, que de joies remémorées dans le silence d’une solitude, que de chemins parcourus avant qu’une rencontre fasse basculer un doute, engendre un renoncement, que de visages doucement flétris par l’usure des jours, enfin que d’espérance mise au tombeau ou ressuscitée de façon soudaine et émouvante.

J’avoue avoir eu un coup de cœur particulier pour une merveilleuse nouvelle titrée « Louve story » qui se conte à deux voix, celle de l’ancêtre Octavie et de la contemporaine Louvise, deux jeunes femmes pénétrées par la fatalité d’amours irrévocables où le temps remonté justifie le temps présent et en légitime le sens. Un conte davantage qu’une histoire où le parfum des sous-bois vous prend au cœur et à la gorge quand l’air se charge « de l’odeur des graminées et des troncs chauds. »

Une autre m’a plu infiniment aussi « La sonate à Malgorzate » où Dacha tente de se persuader qu’elle est la petite fille de … On se promène de Saint-Pétersbourg à Kiev durant les affrontements de la guerre de 14/18 et de la Révolution russe. Et puis il y a le phrasé du piano en filigrane qui occulte les atrocités des combats. Une histoire en pointillé qui redistribue les cartes d’un destin. Oui, Edmée De Xhavée nous propose avec « La Rinascente » peut être son plus beau livre, celui le plus chargé de poésie, de fulgurances, jusqu’à ce tombeau où l’on sait bien que l’amour, comme la vie, n’est là qu’en état d’attente.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

Mais il y en eu d’autres, comme celle de Denis Billamboz et d’Albert Moxhet.

J’aime toujours comparer l’impression de Denis Billamboz et la mienne, ainsi que celle des autres femmes : un monde de différence, et c’est intéressant de réaliser qu’il y a plus d’un mode de lecture et de sensibilité, et que si les hommes viennent de Mars, les femmes viennent bien de Vénus, et pas dans le même vaisseau…

Le recueil prend son titre de la première nouvelle, où on suit à Turin une femme en train  de renaître, après une vie sans grands drames si ce n’est un divorce comme baisser de rideau. Plus toute jeune, elle rassemble le peu qui lui appartenait dans cette existence de mère et épouse qui l’avait dissoute : sa connaissance de l’italien, un plaisir rien qu’à elle dans lequel elle s’était évadée,  et qu’elle décide d’utiliser. Ce petit rien, ce petit peu, c’est le départ de sa nouvelle vie. Turin a donc imposé la couverture, avec le détail duveteux d’une des pièces du Palais de Stupinigi.

Oui oui, on peut le commander, mais pas sur Amazon… On peut le commander en librairie, ou sur le site de mon charmant éditeur Chloé des lys. Et comme l’équipe de Chloé des lys est composée de bénévoles et qu’on prévoit les carambolages d’avant l’été, les dernières commandes seront acceptées le 1er juin 2017, après quoi on prévoit les vacances, aucune commande n’est faite. Mais est-ce si grave ? Septembre sera vite là (oups, que ça passe vite…) et tout reprendra son cours. L’impatience débouche sur une rapide satisfaction suivie d’une encore plus rapide lassitude… Attendre renforce le plaisir d’enfin toucher à l’objet désiré. C’est comme en amour !

Une mort lente certes, mais pas le bon poète !

Martha Medeiros … vous la connaissez sans la connaître. C’est elle, et non Pablo Neruda, l’auteur de « A Morte Devagar », soit Il meurt lentement. Et elle mérite bien la maternité de ce beau texte sain et insufflant la vie, la passion de la vie, son appétit…

Martha Medeiros

Martha Medeiros

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d’émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

 

Mais oui, et comment ! Malheur aux tièdes. Ce n’est pas vraiment nouveau !  Diderot avait une haine pour les âmes molles et ordinaires dont il faut dire qu’il n’y a pas assez d’étoffe pour faire des honnêtes gens ou des fripons. Et il rappelait qu’il est dit dans l’Evangile « Malheur aux tièdes car le Seigneur les vomira ! ». Pauvres êtres qui ne vivent que la vie diminuée des ombres, concluait-il. S’il ne faut pas être dépendant de la passion et des émotions fortes, les craindre et les même repousser est refuser de vivre et donc  oui… mourir lentement.

 

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu’il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n’a fui les conseils sensés.

 

On ne peut pas accepter d’être malheureux si le changement n’attend que nous. Si on traîne la jambe dans un métier qui nous fait vouloir rester au lit le matin, on fait du tort et à l’employeur et à nous même : on ne peut travailler bien en métronome sans joie. Si on traîne la jambe dans une relation, c’est pareil : on ne donne plus que son « devoir » et un attachement qu’on s’efforce de nommer amour pour l’anoblir. Au lieu d’affronter la chose et de peser les solutions qui existent, on dit je suis bien avec la voix et on pleure avec le cœur – et fait pleurer.

 

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux !

 

Mourons quand la vie est terminée, pas avant ! Pablo Neruda aurait été d’accord lui aussi…

 

Pablo Neruda

Pablo Neruda

Des nouvelles, des nouvelles!

Eh bien à la rentrée, je mettrai sur les rails mon prochain recueil de nouvelles, intitulé « La Rinascente* – *La renaissante ». Huit nouvelles, huit histoires et plus de femmes qui aiment bien ou mal, (très, dans les deux cas…). Les bons et les mauvais mariages, les amours comme il se doit ou comme il vous plaira, les pardons et les punisseurs ou punisseuses, les geôliers et geôlières, les amorales chaleureuses, les impeccables qui n’aiment guère et font la guerre… Le grand tour, quoi…

On le sait maintenant, j’aime ce grand tour.

Si elle est acceptée, ceci sera la couverture…

Front cover Rina

Le comité de lecture de Chloé des lys m’a pratiquement fait crouler d’immodestie en donnant son avis (mais j’ai apprécié car bon… c’est quand même toujours une sorte d’examen de passage, le test du comité de lecture) :

« Je ne puis qu’adhérer à l’avis du premier lecteur et féliciter Edmée pour l’élégance de son style et la justesse avec laquelle elle nous dépeint le côté cruellement conventionnel d’une bourgeoisie qui garde jalousement enfouis ses secrets de famille et aussi ces êtres qui existent, si j’ose dire, entre vérité et silences. Un tout bon Edmée De Xhavée avec une touche quelque peu British fort plaisante. »

« Convenances. Vies en demi-mesures. Confidences et vérités-réalités qui sortent de l’ombre où elles restaient cachées sous un matelas de silence. Secrets de famille ou espoirs perdus. Tout cela peut revivre ».

« Elégance et simplicité. Entre enfance et âge mûr, des chemins de vie entre lumière et secrets. Une douceur tout anglaise par moments ».

Bon… je vous sers ici un petit extrait de la nouvelle qui ouvre le recueil et, en tant que cheftaine de fil, se nomme La Rinascente. L’histoire d’une renaissance… La rinascente est le nom d’une chaîne de magasins haut de gamme en Italie, l’équivalent de Saks et des Galeries Lafayette peut-être, en plus petit, tout au moins en ce qui concerne le magasin qui se trouve à Turin…

 

« C’est l’heure de l’apéritif, et il reste une table à la terrasse du Caffè San Carlo. Le soleil est intense, l’air figé par la chaleur qui s’installe.

Elle pose son sac de papier de La Rinascente au pied de son fauteuil de rotin, l’entrouvrant comme une enfant pour, en dégageant le papier de soie, regarder furtivement le motif à masques africains de sa robe. Une bouffée de joie gonfle son cœur alors que le cameriere arrive, les cheveux si noirs et lisses qu’elle y laisse errer le regard sans le réaliser, puis lui sourit un peu embarrassée, comme soudainement tirée d’une rêverie. Elle commande un Campari et réalise avoir employé un timbre vocal ferme, où transparaît la bonne humeur. De temps à autre, heureuse, elle perçoit les signes d’un changement en elle.

À une autre table trois amies, peut-être des collègues de travail, parlent avec une excitation qui perche leurs voix un peu haut, avec des modulations savantes, et des mouvements de mains comme des envols d’oiseaux. Plus loin, quatre hommes. Ils discutent plus calmement, comme en secret, avec le souci de ne pas être entendus ou d’attirer l’attention. Et parfois une des voix féminines les distrait le temps d’un coup d’œil accompagné d’un sourire amusé.

Elle aime observer le quotidien qui l’entoure. Les tsiganes qui agrippent les passants par la manche, un bébé entortillé dans des châles frangés sur le bras. Les écolières qui rient fort, le sac au dos et les cheveux si sains qu’on a envie d’y toucher. Les femmes seules, altesses en promenade, sourdes aux coups de klaxon alors qu’elles traversent où bon leur semble au gré de leur humeur et direction, la tête haute et le rouge à lèvres frais.

Elle pense à cet emploi que le Signor Fenoglio est presque certain de lui faire obtenir. Elle a envie, et besoin, d’avoir à nouveau des horaires, des collègues. Que l’on compte sur elle pour accomplir – et bien – le travail donné. De se créer des habitudes géographiques autour d’un lieu de travail, qu’on lui suggère tel ou tel endroit, telle ou telle promenade. Une petite trattoria en colline. Ou Lungo Po.  D’inviter ses enfants et de leur laisser l’appartement, et les clés, et les commandes, parce qu’elle, elle va au bureau et qu’on se retrouve à 17 heures pour un bicerin via della Consolata même si c’est une drôle d’heure pour un bicerin… »

Voici… c’était un avant-goût, un hors d’oeuvre… le gros oeuvre en fin d’année sans doute!