Caballeros en balade…

Cette photo-carte postale a été envoyée à mes arrière-grands-parents en 1915, d’Argentine. Toute une époque, tout un monde…

L’élégance, oui. Inutile de dire qu’ils ne fichaient rien et que tout le boulot était abattu par leurs femmes, d’autant qu’ici ce sont de bons bourgeois qui ont nanti leurs épouses d’une flopée de demoiselles de tous âges et tous calibres, dévouées aux travaux ménagers et parfois aussi aux plaisirs défendus. Ils se trouvent bien mis, dignes d’une photo souvenir. Ils doivent sentir bon. Ont les joues douces, la moustache pomponnée, le sourcil impérieux. Malgré leur vie de rusés patachons, ils ne sont pas gros. Ils sont des hommes d’affaires, liés certainement au commerce de la laine qui était celui de mes aïeux. Au centre, le look différent dénonce le Belge. Il a une canne, pas de moustache et l’expression tranquille de qui a dépassé le stade du dépaysement depuis un bail. Il est devenu, plus tard, le parrain de mon père. Monsieur Jung. J’ai une photo de sa belle-fille, une souriante Argentine nommée Olga, et d’autres où un de ses fils, Carlito, en visite en Belgique chez mes grands-parents, faisait tomber les meilleures résolutions des jeunes filles avec son aspect sud-Américain. Or il était 100% pur Belge, mais le pouvoir de la gomina et de l’accent espagnol est imprévisible. Mon Papounet, plus jeune, en était très impressionné et a dû en tirer quelques leçons de baratin et sourires confiants.

Mirez-moi donc les chaussures cirées ! Les costumes de tous les jours, portés un peu chiffonnés avec style, on  sent qu’ils n’en font pas tout un plat, ils seront allés à l’hippodrome Palermo ou juste faire une promenade et boire un maté quelque part…

Ils ont parlé affaires, de l’arrivée du paquebot Gelria attendu la semaine suivante, avec un acheteur de laine, ou une fiancée que l’on espère à coups de pensées érotiques. Ah ! Ses cheveux qu’elle frictionne à l’eau de Cologne, ah ces chevilles un peu épaisses qui annoncent les mollets musclés et les cuisses tièdes mais prudentes. De la revue française que l’on peut voir en ce moment au théâtre, et d’un asado auquel ils sont tous conviés avec leurs familles dans un mois.

Ils ont ri des soucis domestiques avec lesquelles leurs épouses se débattent : l’impertinence de Lupita qui, parce qu’elle plait au jeune fils de la maison qui l’honore de ses maladresses, s’imagine qu’elle n’a plus à battre les tapis avec la vieille Felicia. Une épouse qui vit d’une migraine à l’autre depuis des années, dans le noir et dans l’oubli de sa chambre aux volets clos, il paraît qu’elle a grossi mais comment savoir, Don Pascual ne l’a plus approchée depuis … il ne se souvient pas, heureusement que sa maîtresse passionnée, Esmeralda, entretient ses sens et son humeur avec savoir-faire et dévotion. Les perroquets de la véranda qui font un raffut infernal…

Toute une époque, je vous dis !

Merci, mon chien!

Lovely Brunette était une écuyère émérite, que ce soit pour des promenades sur ses chevaux chéris ou… que ce soit parce qu’elle était très à cheval sur les bonnes manières.

Mon frère a fait, pendant un temps, le baisemain à ses amies en visite (qui gloussaient comme de grosses poules de Malines) et moi j’en étais quitte avec la révérence. Non, je ne blague pas, j’en ai l’air ? Heureusement ça n’a pas duré longtemps, en tout cas je ne m’en souviens pas. Ceci dit, je devais aussi faire la révérence aux « chères sœurs » de l’école, que, comme on le sait désormais, je détestais. C’était aussi suave que de faire la génuflexion devant Zeke le loup si j’avais été un des trois petits cochons…

Quand nous allions au cinéma avec Lovely Brunette (chaque semaine et parfois plus, car elle adorait ça !), nous ne manquions jamais, à la sortie, de clamer de deux petites voix trompettantes, Merci Mammy ! Sinon gare aux représailles. Et si par malheur dans notre bavardage passionnant « et quand John Wayne tue le mauvais, tu as vu… ? » nous osions oublier le Mammy, elle nous freinait net dans notre enthousiasme par un « Merci qui ? Merci mon chien ? ». Il y eut bien des moments de taquinerie rebelle où nous risquions un Merci mon chien enjoué, mais il ne fallait pas abuser de cet excellent mot d’esprit…

Nos manières de table étaient dignes du palais (lequel, vous choisissez…). On s’essuyait les lèvres avant de boire pour ne pas laisser des demi-lunes grasses sur le verre, on utilisait nos serviettes avec raffinement – et on les roulait dans le rond à serviette en fin de repas -, on utilisait nos couverts au complet (on avait commencé par « le pousse-manger »…), on ne parlait pas à table (et si ça nous échappait, on nous envoyait manger dans le vestibule ou dans le poulailler si le temps le permettait), on n’aurait pas rêvé de s’en aller ou même de s’agiter avant que le repas soit tout à fait terminé.

On remerciait toujours des cadeaux reçus, même si on n’aimait pas (je me souviens que ma marraine m’avait offert des bonbons au rhum, or je détestais le simple mot « rhum », et son goût et son odeur…), et on portait les affreux pulls faits main offerts par des tantes quand on allait les voir, pour ne pas leur faire de peine et les inciter à en tricoter d’autres pour les années à venir.

On saluait tout qui entrait dans la maison, que ce soit le livreur de charbon, de petits bois, d’eau et bière, un monsieur chic ou un colporteur, ce qui fait que j’allais carrément embrasser le facteur tous les matins et l’appelais « mon petit amour ». J’avais un certain enthousiasme … et aimais recevoir des lettres !

Ceci dit…

Mon petit frère a un jour rampé à quatre pattes pour se glisser sous la jupe plissée de ma grand-mère afin de voir si elle avait une culotte. Nous avons eu pas mal de plaisir à flanquer nos jouets par la fenêtre du second étage. Nous avons mis des cailloux dans la culotte d’une petite fille que nous surnommions « la petite fille poilue » (et en effet elle avait des jambes de velours, elle se sera ruinée en cire à épiler par la suite…). Nous avons ligoté le fils de la femme d’ouvrage au pommier du jardin et avons dansé autour de lui, ce qui a fait qu’elle n’a plus voulu venir travailler chez des enfants aussi mal élevés, et on ne peut lui donner tort (mais on s’était bien amusés et on avait, comme ça nous fut demandé, joué avec le petit José). J’ai jeté à l’eau les tabourets de traite du fermier, aidée de mon cousin, et ensuite nous avons couru sur les draps mis à sécher dans l’herbe ; c’était très gai aussi, même si notre pauvre tante a poussé des hurlements qui semblaient de détresse, et nous ont donné des ailes aux pieds.

Bref, la bonne éducation n’est rien d’autre que de la discipline, tout à fait indolore mais très utile. Il reste bien de la place pour les inspirations impertinentes…

Cacafougnas en dents de scie

Ces moments exceptionnels, qui nous poussent à les raconter dès que possible, et puis que parfois on oublie pendant des années. Un jour Boum ! il sortent comme des cacafougnas, et nous amusent ou nous indignent une nouvelle fois.

À l’attention de ceux ou celles qui penseraient que le wallon n’offre aucun intérêt, voici la traduction de cacafougna, mot wallon que j’emploie avec entrain et fierté…

Cacafougna: Ancien jouet à ressort qui le plus souvent faisait sortir un diable d’une boite. Qualifie quelqu’un ou quelque chose d’hirsute.

Bref, voici donc les cacafougnas du jour :

Oscar de l’imbécile fier de l’être : Quand je vivais à Turin en 1986, l’ami d’un ami, employé de banque. Le fait d’aller travailler en costume et col blanc (avec cravate griffée, of course) lui tendait le mollet, allongeait sa démarche et sa gambette. Il croyait mesurer 5 cm de plus que ce qu’il avait, et en levant le menton il soupçonnait arriver à en gagner 3 autres. Un guichetier impérial, quoi. Un soir il a tenté d’épater la galerie (nous, le petit groupe d’amis en pizzeria Corso Unione Sovietica…) en relatant, indigné, ce qui suit : une touriste japonaise était venue à son guichet et n’avait vraisemblablement pas remarqué sa stature impressionnante, lui demandant simplement s’il parlait l’anglais. Et notre guichetier couronné de laurier avait secoué sa toge en affirmant que non, il ne parlait QUE l’italien. « Je parle l’anglais, cazzo (pas très poli, je ne traduis pas…), mais elle est en Italie et c’est en italien qu’on parle ici !!! ». Une ouverture d’esprit stupéfiante, un sens du service remarquable, et un homme que l’on rêve d’avoir en face de soi pour une discussion profonde et humaine.

Oscar des gentils poussins : Là, j’étais à Aix-en-Provence, encore toute jeunette et pimpante. J’étais dans ce que j’appelais alors « un restaurant », une gargote bien sympathique avec des tables et chaises de formica et métal, de la vaisselle dépareillée, une mère et sa fille au service table, et une furie aux fourneaux minuscules, la grand-mère qu’on entendait hurler comme Vulcain. Deux jeunes garçons avaient fini leur repas, et faisaient de la musique avec la scie du couteau sur le verre, les cuillers faisaient percussion sur l’assiette, bref ils arrivaient je ne sais comment à produire quelque chose d’assez brésilien, et moi, qui ne les connaissais pas, je me dandinais sur ma chaise en terminant ma bière. Ils ont payé et sont partis, puis un des deux est revenu en courant comme pour la course du lièvre à travers les champs, dans le but très galant de m’embrasser sur la joue pour repartir aussi rapidement. J’y repense souvent.

Oscar de la trop familière : Aux USA, alors qu’on cherchait à acheter une maison, il nous fallait trouver une compagnie qui s’occuperait des démarches de crédit. La personne qui s’occuperait de la vente nous avait trouvé cette « perle ». Sauf que quand j’ai téléphoné à la perle pour compléter des informations, non seulement elle mastiquait du chewing gum (heureusement elle ne faisait pas de bulles cependant le bruit de mastication mouillée me parvenait et me faisait retrousser les babines…), mais elle a eu le toupet de m’appeler Honey. Mais où se permet-on de s’adresser à un client par Honey ??? Avec un bruit baveux, en sus ???? J’ai refusé tout net de faire affaire avec cette malotrue, tout comme j’ai refusé de confier mes chaussures à réparer il y a très longtemps à Bruxelles parce que le cordonnier m’a vue arriver et m’a dit « et pour la petite dame, ce sera… ? ». Il ne l’a pas dit naïvement, ou sans y penser, il a eu cet air condescendant qu’il devait avoir envers toutes les femmes qui devenaient aussitôt des petites dames. Ce fut rien, pour la petite dame qui s’en alla ailleurs avec ses chaussures.

Oscar de la bonne volonté : Vacances en Autriche avec Papounet. On arrive au bord de l’Achensee, où Papounet a loué un chalet pour l’été. Vu l’allure où on circulait, le fait qu’on cherchait quelque chose était évident, et un dévoué habitant du coin nous a fait de grands signes amicaux, suivez-moi, suivez-moi, et on l’a suivi pour se retrouver … dans un camping, où on n’allait pas du tout ! On l’a remercié avec des sourires épanouis, attendu qu’il s’en aille après sa bonne action, et repris nos recherches…

Oscar de la pauvre dame qui n’y comprend rien : J’étais en pension à Bruxelles, rue de la Charité (chez les sœurs de Jésus-Marie, pour ceux qui veulent des preuves de mon éducation catholique). Mais j’étais aussi, depuis une semaine, en proie à des colites et une crise d’appendicite. Je marchais comme Quasimodo qui aurait un tournevis planté dans le ventre, avais perdu 4 kgs, et souffrais le martyre. Voici enfin le vendredi, le jour de mon retour à la maison (je ne savais pas ce que j’avais et pensais avoir mal au ventre…). Je fais ma valise, et me rends à l’arrêt de tram, agonisante, direction la gare. J’enregistre qu’il y a une dame à ma gauche. Puis je me rends compte que je vais m’évanouir car je ne vois plus rien et ai très froid, suis couverte de sueur, je me tourne alors vers la dame (que je ne vois pas…) et lui dis « Je vais m’évanouir, pouvez-vous me conduire rue de la Charité ? ». On remarquera au passage que je suis vraiment très organisée. Le hic c’est que la dame parlait néerlandais, avait compris mais pas trop, d’autant que je devais prononcer comme si j’avais une pierre brûlante en bouche, aussi la malheureuse me demande-t-elle, très embêtée : « à la maternité ? à la maternité ? »… Qu’on se rassure, j’ai survécu comme en témoignent ces lignes.

Oscar de la furie de mauvaise foi : Aux USA. Une opulente dame noire aux airs langoureux se présente dans notre copy-shop afin de commander des cartes de visite en papier glacé rose pour son business. Elle rebondit, assez sensuellement je dois dire, de tous les coins où on peut rebondir, et ma foi, elle en jette. Elle porte ses bourrelets, bonnets F et robe moulante avec un aplomb fascinant qui ne manque pas de charme, et m’envoie des mèches de sa perruque au nez tout en me donnant les indications pour la fameuse carte de visite super pro. Elle veut trois noms dessus, trois amies sans doute. Trois jours (ou plus, ou moins…) après, elle revient chercher ses rectangles roses, et j’imagine que sur ce court laps de temps, elle a eu le temps de se disputer avec une des trois « amies », la menacer de la scalper et de lui trouer le dos avec un pic à glaces, que sais-je, toujours est-il qu’elle a le culot de me demander « mais d’où sortez-vous ce nom-là ? Elle ne travaille plus dans la boite ! ». Ma bouche a dû faire « clac » et certainement mon expression a frôlé l’hébétude momentanée. J’étais soufflée de l’aplomb de la femme d’affaire aux dents longues que j’avais en face de moi, la poitrine bondissant de fureur. Mais je tiens bon, et lui explique calmement que non, je ne lui rends pas ses arrhes, car ce nom honni, je ne l’ai pas rêvé, c’est bien elle qui l’a mentionné. Et là, je me retrouve face à un King Kong femelle ayant absorbé de l’ergot de seigle, et j’ai dû m’accroupir sous le comptoir pour échapper au lancer de tout ce qui se trouvait dessus, album d’invitations de mariages ou de Sweet Sixteen, tampons encreurs, agrafeuse, échantillons de cartes de visite, le tout avec en fond des imprécations sonores et à censurer même dans un film de gangsters et pornographes…

Oscar du chevalier blanc à l’armure étincelante : En Yougoslavie, et j’avais 19 ans. Nous étions tout un groupe, des Italiens pour la plupart, sous une clairière champêtre où on servait du petit vin blanc qu’on boit sous la tonnelle, et des ćevapčići délicieux. Des ramures au-dessus de nous tombaient parfois de grosses chenilles jaunes, et des feuilles. Un trio de paysans jouait de l’accordéon et je ne sais quoi d’autre. Le petit vin blanc coulait trop à flot, et moi je m’amusais si bien que je pensais en être encore et toujours au premier verre, qu’on me remplissait avec empressement. Bref, vint le moment où j’aurais dû aller me poudrer le nez, comme on dit dans les vieux films, mais j’étais bien consciente que jamais je ne pourrais enjamber le banc de notre longue table avec élégance, et encore moins aller sans détours suspects vers la cabine aux mille courages (le genre de lieu qu’on n’oublie jamais : la fosse septique qui empeste, pas de papier, pas de verrou, pas de lunette, pas de lumière et la fête qui bat son plein dehors, zim boum boum). À côté de moi, Adolfo, mon Adolfo, avec qui il n’y avait rien d’autre pour moi que de le suivre comme son ombre dans le but unique d’être près de lui. Il le savait et me tolérait avec mansuétude. Je savais avoir de la chance car il avait un fan club féminin long comme le serpent à plumes. Et j’ai demandé à mon Adolfo s’il voulait bien m’accompagner vers ce lieu pestilentiel, et de veiller que je n’y tombais pas. Et il l’a fait. Et il a aussi fait la garde devant cette horrible guérite, et m’a raccompagnée devant mon assiette de ćevapčići comme si rien n’était arrivé. Il n’en a jamais parlé à personne, et a poussé l’esprit chevaleresque jusqu’à l’oublier ! Pas moi…

Je vais tout gâcher mais tant pis

Une atteinte à l’intelligence et au bon goût, ce n’est rien d’autre. Un lavage de « cerveau » avec du savon à l’arôme de rose (ne parlons pas de vraie rose, non, un arôme synthétique qui pique le nez et les yeux…), une purge en bonne et due forme de tout ce qui pourrait ressembler au romantisme délicat, au sens du bon récit, au charme des choses se déroulant sous un autre rythme lors de ce fameux solstice que l’on viole à coups de sonnailles et feux de cheminées.

Je parle, bien entendu, de ces pénibles téléfilms de Noël où on nous fait la leçon en nous demandant de tomber non pas en enfance mais en imbécilité. Pour certains il est vrai qu’ils y retombent sans cesse, voire qu’ils n’en sont jamais sortis…

On a toujours la brillante femme d’affaires, envoyée par Belzébuth and Co qui vient pour avoir à bas prix la peau d’un charmant petit village – Dummies Heights – que la wifi n’atteint pas, et séduit on ne sait comment le seul célibataire encore en âge de procréer, au torse en tablette de chocolat, riche et sentant bon la cannelle, revenu aux valeurs essentielles de la vie en se goinfrant de gingerbread et jingle bells, et qui fait définitivement sa conquête en aidant Evelyn, la vache, à véler malgré la tempête de neige ; ou c’est la jeune femme ayant quitté dix ans plus tôt le lieu de son enfance, havre de paix, pour les fastes et tueries de la grande ville qui revient au chevet d’une tante malade à Hollow Hollow et y retrouve, parmi les sapins de Noël, boules, cup cakes et rouleaux à pâtisiserie, son amour de jeunesse – lié, pour mettre un peu de piment, à la garce locale qui ne se laisse pas faire sans un âpre combat – devenu athlétique et très séduisant quand il mordille un brin de paille ou croque dans un des célèbres gâteaux mauves et roses de sa tante Pixie.

La leçon est évidente : l’argent ne fait pas le bonheur. Bien mal acquis ne profite jamais. Rien de tel qu’un amour et une chaumière. Ce qui compte se trouve dans l’amour des siens.  Et le sapin, et l’eggnog, et les enfants qui chantent faux, et le gingerbread et le café de tante Pixie.

Je ne critique pas le message, mais la manière dont il est asséné. On en aurait la nausée. Et si on faisait « A Christmas in the country, le retour » ?

Ayant perdu son job prestigieux après être tombée amoureuse de la petite ville peinturlurée sous la neige et de son célibataire aux biscottos, la jeune Reneé (oui je sais… mais ça existe, Reneé !) est enfin devenue l’épouse du vétérinaire local, Bertie Biscottos, toujours impeccablement coiffé et musclé. Ses amies sont venues au mariage et personne n’a compris ce qu’elles disaient avec leur accent New Yorkais, elles ont donc fait tapisserie, et c’est assez bien comme ça car en dehors de Bertie, l’âge moyen des cavaliers variait entre 50 ans très usés par le grand air et 80 et quelques… Peu après la St Valentin, Bertie est redevenu ce qu’il était avant le chaos romantique de Noël : un vieux garçon coquet sentant la cannelle et le lifeboy, n’aimant que la tarte aux potirons et noix de maman, que Reneé n’est pas fichue de faire car elle refuse de pétrir la pâte avec ses ongles vernis (elle se fait envoyer le verni par sa very best friend Barbie, qui lui donne ainsi des nouvelles de Ken, son ex, lequel a eu une promotion et occupe un bureau au 15è étage avec vue sur l’Hudson…). Love Bundle, le veau, se promène partout avec un noeud de satin rose autour du cou et Reneé a protesté : Evelyn n’a pas de manières et crotte sur son petiot quand il tête, elle en a assez de laver et repasser le ruban nauséabond. Elle a pris goût au vin chaud qui lui fait oublier ses sous-vêtements de soldat dans la campagne de Russie et s’est habituée à rouler en pick-up truck pour se rendre à la ville voisine (5000 habitants, une métropole en comparaison de Dummies Heights) pour, en grimpant sur le réservoir d’eau près du terrain de foot, capter le réseau s’il n’y a pas de vent. Elle s’est abonnée à « Grandma kitchen’s secrets » et « Christian crosswords », et au catalogue de ventes par correspondance What the heck !

Et là… je n’en suis qu’à trois mois de vie de l’amour né sous les auspices de Noël de Reneé et Bertie.

Par ailleurs, les choses ne sont pas plus riantes pour Mary-Jane à Hollow Hollow. Elle aussi s’est mariée avec Ron, son amour d’enfance, et une des demoiselles d’honneur a été violée par le maire juste après l’échange des alliances, ce qui a fait qu’elle n’a pu rendre sa robe de location, déchirée. Elle collectionne les maux dentaires qui ont vite suivi les nombreuses parties de marshmallows cramés au feu de bois dans la cheminée si rustique. Le dentiste ne vient à Hollow Hollow qu’une fois par mois s’il ne neige pas. Ron l’aime et la respecte trop pour oser la profaner et connaître bibliquement, mais le hic est qu’elle doit dès lors confesser des pensées très impures au pasteur qui bave de plus en plus. Mais lors d’un jour à marquer d’une punaise, alors qu’elle suivait Ron (en bottes crottées et foulard anti blizzard noué sous le menton) pour découvrir sa réserve à brins de paille au cœur de l’hiver, elle l’a surpris grimpant dans le fenil pour s’y ébattre avec la garce locale qu’ainsi elle a pu observer jusqu’à constater que la garce est un gars. S’en ouvrant en pleurs à Tante Pixie, qui lui a aimablement servi une tasse de café et un gingerbread, elle s’est entendu répondre que son devoir d’épouse était de chrétiennement soutenir son mari et de ne pas lui retirer son amour. De remercier Dieu et tous ses anges d’être dispensée du devoir conjugal et de porter des enfants, tâches oh combien fatigantes et ingrates. Sur ce, la tante Pixie l’a encouragée à s’exercer à faire de jolis dessins avec le glaçage des gingerbreads à côté d’elle, lui offrant pour la distraire, de l’inscrire à la chorale de la paroisse.

J’ai tout saboté, vraiment ?

J’en suis ravie.

Wake up, people !

J’ai des filles à vendre, des brunes et des blondes….

Il y a quelques années, avec ma cousine Chonchon nous avons – comme maintes et maintes fois ! – reparlé du temps où nous étions des vaches en robe du soir. Nous sommes issues d’une époque charnière, où les traditions en place depuis bien longtemps refusaient de se taire. Peu après notre prime jeunesse, mai ’68 ferait son travail de révolution, mais nous étions encore soumises aux rituels que nos mères – nous le disaient-elles assez – n’avaient pas toujours eu le bonheur de connaître car leurs 20 ans avaient été marqués par la guerre. Mais nous, nous… ! Nous avions le bonheur de vivre nos 18 ans en temps de paix et de prospérité, et on pouvait nous mettre à l’étalage en grande pompe. Avec projecteurs, musique d’ambiance et tout…

Pour Chonchon et moi, c’était l’horreur.

Il faut dire que, élevées uniquement par nos mères et sans trop d’argent superflu, nous n’avions pas la joyeuse superficialité de tant d’autres jeunes filles dont on entendait les rires et coquetteries aux soirées. Je revois encore cette gentille peste qui racontait d’un ton pointu qu’alors qu’elle reprochait à sa couturière de lui faire des robes trop courtes, l’intrépide femme d’aiguille lui avait répondu qu’avec des genoux comme ça, mademoiselle Machin, ce serait vraiment dommage de les cacher...

Et nos mères avaient pour nous des ambitions qui nous donnaient la chair de poule. Et nous faisaient bâiller d’ennui.

On a donc organisé chez moi une soirée pour « mon entrée dans le monde »…  ce qui signifie que j’étais officiellement sur la liste des jeunes filles épousables dans un rayon de 15 kms. Je me devais de rassembler un bel échantillonnage de filles à marier pour les jeunes gens en âge de se déclarer et de s’engager à jamais. Les mères s’échangeaient des listes. Rusaient. Une telle serait invitée même si on savait qu’elle n’acceptait jamais, mais elle serait obligée de rendre la pareille (obligée ou pas, celle à qui je pense ne l’a pas fait mais ça m’arrangeait très bien) ; un tel était pauvre mais faisait danser les tapisseries donc le malheureux virevoltait avec toutes les moches de soirée en soirée ; un autre tel était un excellent parti et s’il acceptait de venir, il serait lui-aussi obligé de me ré-inviter quelque part (il l’a fait… à une soirée payante. Beau parti radin, merci bien !) … On se retrouvait donc ayant convié les gens de la liste, sans les connaître pour la plupart.

On nous a alors envoyées chez la couturière, chez le coiffeur, on nous a donné des sueurs froides pires qu’au matin d’un examen oral dont notre vie aurait dépendu. On nous a dit de ne pas rire en étalant toutes nos dents (six suffiraient, huit au plus), de ne pas dire de sottises, de danser avec retenue et pas deux fois avec le même cavalier. Ciel ! Oui, presque Ciel mon mari ! car il se cacherait peut-être parmi les invités. Deux de mes cousins m’ont martyrisée dans le salon pour m’apprendre le rock, mais l’un d’eux semblait vouloir me préparer pour le cirque du soleil en m’envoyant par la fenêtre après un passage autour du lustre.

Et puis la soirée eut lieu, celle de ma montée sur le podium des jeunes filles prêtes à l’emploi, les vaches en robe du soir. Et je ne m’en souviens absolument pas. Ou si peu. Les jeunes gens devaient être aussi pétrifiés que nous. Leurs mères avaient dû les mettre en garde contre les accapareuses, les danses trop serrées, les mains moites et les ravages de l’alcool. Il y avait un beau garçon – Daniel – qui m’avait invitée, et ré-invitée et que par instinct je ne supportais pas. Il avait une voiture d’occasion qui avait reçu une balle perdue je ne sais comment, et un de mes cousins insistait : ne voulais-je vraiment pas voir le trou de balle de Daniel ? Sorry pour ma mémoire sélective… Il y a eu un prétentieux jeune homme qui m’a dit qu’il ne savait pas qui organisait la soirée et s’en fichait car lui… il n’était pas invité. Le petit pédant de service qui, sachant que j’étais « en Arts déco » me faisait passer un examen oral des plus fascinants en s’étonnant avec une stupeur choquée quand je ne savais de quel artiste il parlait (un raseur de 18 ans… il a dû en casser des pieds, celui-là, depuis!) Il y avait l’habituelle fille qui riait trop fort et voulait tous les garçons autour d’elle, ce qui semblait très bien fonctionner. Les dames autour d’un verre de sherry qui surveillaient que les bonnes mœurs restaient d’actualité et prenaient note de téléphoner le lendemain à ma mère pour lui dire que tel jeune homme n’était pas recommandable et que telle jeune fille faisait « déclassée »…

Il y  a aussi eu le fait que je m’ennuyais tant que je suis allée dans la cuisine pour laver les verres avec la femme de ménage…

Je suis restée sur le podium pendant quelques mois, allant vaillamment danser avec des garçons dont le charme me plongeait dans une torpeur proche de l’ébahissement. Je n’avais en général pas trop de succès – à ma grande satisfaction – dès que je parlais, car j’ai appris par la suite que mes conversations dérangeaient… Oui! J’ai osé dire à un de ces candidats à la parfaite vie de couple que j’avais lu Psychose et la bouche offusquée il s’en est plaint à ma tante.

Elle n’a pas des conversations de son âge… Je ne sais toujours pas s’il me trouvait trop osée ou retardée… Ou s’il a cru que Norman Bates était mon oncle, voire mon amant???

On se protège comme on peut …

Plongée dans le labyrinthe tortueux  de l’inconscient. Le mien du moins. Prenez votre bombonne d’oxygène et … plouf !

J’ai porté, au début des années ’80, un bikini qui m’allait très bien et que je détestais. Je le trouvais hideux et voyant. Vulgaire.

C’était mon bouclier.

Contre l’homme ! Je sortais d’une relation si traumatisante que je serais sans doute rentrée dans les ordres si je n’avais tant aimé le cinéma et l’aérobic à l’époque… Le mot « homme » équivalait à croquemitaine, créature de Frankenstein et Golem réunis. L’homme faisait partie de la tribu de l’ennemi, à fuir absolument. Ne pas écouter ni croire, ne jamais baisser la garde. Tirer sans sommation. Et naturellement, cet état d’esprit semblait faire de moi l’égal de la conquête du sommet de l’Everest par la tribu ennemie.

C’est une de ces lois de la nature qui ne cesse jamais de m’épater. La salle d’attente ne désemplissait pas.

Avec La-petite-Francine, nous allions souvent à la mer sur l’impulsion du moment, impulsion basée surtout sur les caprices du temps. Nous passions des heures délicieuses à bronzer, manger des crêpes et faire le tour de ce sujet de conversation complexe et inépuisable : les hommes sont des salauds. Oh, on avait dépassé l’amertume, on riait à perdre haleine. C’est tout juste si on ne s’échangeait pas des recettes pour les cuire à petits feux. Et même ceux qui nous plaisaient un peu passaient au mixer jusqu’à ce qu’on en soit définitivement écoeurées avant que rien ne se soit passé.

Je me souviens d’un informaticien qui me tournait autour comme une souricette autour d’un odorant morceau de fromage, et ma foi, j’étais bien un peu intéressée. Je me suis donc empressée de l’observer au microscope, et ai constaté qu’il avait les cheveux qui graissaient très vite, et en prime je n’aimais pas leur implantation sur la nuque. Ensuite sa soeur travaillait dans un magasin que je n’aimais pas. J’avais des méthodes infaillibles pour ma formule magique Vade Retro Satanas.

Et moi, pour aller à la mer avec la-petite-Francine pour nos joyeuses élucubrations Les hommes sont des salauds, j’avais mon bikini épouvantable en imitation peau de panthère, cette protection plus sûre qu’un cerbère et le mur d’un harem réunis, car les malheureux qui posaient les yeux sur moi n’avaient aucune chance : ils avaient mauvais goût ! Ciel, s’ils avaient mauvais goût… Jamais je n’aurais consenti à parler avec un homme qui aimait la peau de panthère en rayonne !

Ces artifices – il y en eut d’autres, car je n’ai pas gardé le même bikini pendant si longtemps ! – m’ont assuré les sept ans de solitude nécessaires à ma guérison. Sept ans de réflexion et de construction. Sept ans aussi d’amitiés féminines et même masculines puisque les amis ne sont pas des hommes, ce sont des amis. Ils ont le sexe des anges, et c’est bien rassurant…

La Belgique de Lambique

Il était un pays qui n’existe plus…

J’avais 17 ans, et la Yougoslavie ouvrait ses portes au tourisme. Et Papounet a décidé de nous y emmener, mon frère et moi. Visas, valises, avion, et hop nous voilà arrivés à Pula, l’ancienne Pola de l’Istrie italienne. Hôtel tout neuf (aux lignes hésitantes, ce qui inquiétait Papounet, ingénieur) composé d’un bâtiment central au bord de la falaise et entouré de plusieurs petits pavillons dans la pinède où sévissait une chorale de cigales. Deux chambres à coucher, une salle de bain et un petit salon. Un chauffe-eau accompagné d’un mode d’emploi qui appartenait à un autre modèle et expliquait suavement « pousser bouton 1 » (qui n’existait pas) « si gaz pas sortir fermer petite fenêtre » etc… La femme de chambre sollicitée ne comprenait rien d’autre que le croate – et encore, qui sait, – et s’est débinée avec de grands gestes de dénégation de deux mains énergiques.

Je suppose que mon ingénieur de Papounet a fini par comprendre, car on a pu se laver à l’eau chaude…

C’était un « voyage organisé », avec un groupe de Belges, groupe dont les membres, souvent bien conscients que ce pays n’avait pas une longue pratique du tourisme, critiquaient tout avec une mauvaise foi crasse. Le chef du département des lamentations avait été surnommé, par mon frère et moi, Lambique, car il affichait en permanence un air désolé et nous abordait en geignant  « y a rien à faire hein… c’est pas comme en Belgique ». Ca nous réjouissait donc beaucoup : se donner autant de mal pour retrouver l’ambiance de sa mère patrie en prenant un visa, un avion, des dinars et 15 jours de vacances nous dépassait.

On avait donné des surnoms à plusieurs de nos compagnons de voyage qui eux, se sentaient surtout compagnons d’infortune. Il y avait deux jumelles plutôt moches que nous avions décorées du surnom commun de BB et Mijanou, et nous avions même composé une chanson peu charitable vantant leur manque de charmes sur l’air de Oh Bella Ciao. Lambique avait aussi son hymne personnel sur un air de Sacha Dystel (Moi j’vous l’dis tout de suite,  toutoutoutouuuuuuuu… c’est pas comme en Belgique, toutoutoutouuuuuuuuuu).

Papounet se disait horrifié de nos moqueries permanentes même si il allait sans doute rire tout seul à la salle de bain.

Les arènes de Pula

Un jour nous nous sommes inscrits à l’excursion sur « l’île des pirates »… On prendrait un bateau, savourerait un plat local et danserait au son de l’accordéon. Je me souviens qu’en chemin on s’est aussi arrêtés dans un village pour manger et encore danser (ils devaient se dire que les touristes adoraient danser, peut-être même au petit déjeuner…) et j’ai dansé avec un jeune homme très raide qui s’appelait Sacha. Ce fut tout ce que nous avons pu nous dire : nos deux prénoms et puis zim boum boum on a tournicoté comme des toupies et il m’a cérémonieusement restituée à mon père en s’inclinant (il avait quand même peur d’être forcé de se marier pour si peu) et c’est Boris qui est venu me chercher.

Puis nous sommes partis sur l’île des pirates, déserte et sans coffre à trésor ni Johnny Depp, mais de longues tables et bancs de bois nous y attendaient.  On nous a servi des moules à la chapelure que l’on mangeait avec les doigts. Comme on n’avait qu’une serviette en papier transparente de minceur (c’était vraiment pas comme en Belgique, soupirait Lambique) on a vite eu des doigts très malodorants et panés. Qu’importe, le vin blanc istrien nous inspirait, et c’est au son de l’accordéon qu’encore nous avons dansé dans la pinède en entrelaçant nos doigts nauséabonds et collants sans trop de manières.

Au retour… émotion pas du tout comme en Belgique, nous avons fait naufrage. Lambique se voyait noyé et protestait amèrement. Mon frère et moi, contents de notre petit vin blanc, nous riions beaucoup, surtout quand Lambique et d’autres sont allés en barque sur la rive et ont essayé de tirer le bateau en criant hoooo hisse !!!  Peine perdue, on nous a tous débarqués en canots de sauvetage.

Pendant toutes ces extravagances d’émotions, j’avais sympathisé avec deux Suissesses, Luana et Anne-Marie qui connaissaient le chauffeur du car et nous ont assuré que pour un petit pourboire il nous conduirait plus que volontiers à un autre hôtel où il y avait un bar et des spectacles. Nous avons donc refusé de descendre à notre hôtel, malgré le regard indigné de Lambique qui se sentait trahi dans sa confiance puisqu’on avait comploté cet extra derrière son dos, et sommes partis à  5 vers cet autre hôtel où nous nous sommes installés. Papounet a aimablement dit au chauffeur que quand il en aurait assez, de ne surtout pas hésiter à le dire. « Oh moi, après strip tease, partir ! » répondit le brave homme. Papounet a blêmi car … le voilà qui emmène ses deux enfants de 17 et 15 ans au strip tease… une position qui fait mal pour un père divorcé à qui on confie la progéniture avec moultes recommandations ! Mon frère, lui, était très réjoui de l’aubaine et n’a rien perdu du spectacle. Il était vraiment ravi de son excursion éducative.

Arènes de Pula (Croatie)

Non, ce n’était pas comme en Belgique. L’orchestre de l’hôtel reprenait les succès anglais et français … phonétiquement pour la plupart. Ma vie d’Alain Barrière ne se reconnaissait qu’à l’air car pour les paroles, Alain Barrière semblait chanter du fond de la mer avec un seau sur la tête. Nous nous gavions d’un infâme cognac aux œufs qui coûtait moins qu’un verre d’eau chez nous et la jeune serveuse léchait son doigt après l’avoir passé sur le goulot. Anne-Marie, notre amie Suissesse avait un bonnet de bain hideux qu’elle appelait son cââââpet de bain, et que les vagues ont eu la bonne idée de lui arracher par un jour radieux. Elle s’est bien promise d’arpenter la plage le lendemain pour le retrouver, tant elle y tenait, mais mon frère et moi nous sommes levés tôt avec l’infâme projet de le trouver avant elle et de l’enterrer sous une roche tant il était laid. Mais la mer bienveillante l’a jalousement gardé.

Un type aux muscles démesurés, un Terminator local, faisait des déploiements de biceps et de pectoraux impressionnants sur la terrasse face à la mer d’un côté et aux filles de l’autre, ce qui était le côté qu’il cherchait à conquérir. Pour prendre son verre de bière il gonflait au moins 75 muscles avec un regard en travelling pour voir si on l’observait dans la gent féminine…

Oh non, ce n’était pas comme en Belgique !

Mais c’était si agréable que j’y suis retournée l’année suivante, ainsi que des années plus tard!