C’est notre fête, festoyons!

J’ai retrouvé ce texte écrit en 2009 (je crois) pour le site Ars Belgica… et je pense que comme cadeau d’anniversaire, ce n’est pas une mauvaise idée de le remettre en lumière!

« De gros pavés de rue posés en arc de cercle, luisants comme des galets de rivière, et frémissant sous les myriades de gouttes de pluie… c’est la Belgique.
Le parfum de la menthe que l’on frôle du pied dans l’herbe longeant une rivière poissonneuse où flottent de paisibles nénuphars… c’est la Belgique.
Des villes flamandes qui s’élèvent vers Dieu et ses anges en clochers et beffrois où se posent les oiseaux… c’est la Belgique.
Les voix du bonheur qui rient et plaisantent dans toutes les langues à l’abri des coupe-vents sur une plage blanche où vient mourir le scintillant galop des vagues… c’est la Belgique.
Les chevaux aux larges flancs pelucheux tourmentés par les taons, aux yeux plus doux que le baiser d’un elfe, cherchant l’ombre sous les haies d’aubépines… c’est la Belgique.
Des villages dont les murs racontent les pierres, les sentiers, les morts illustres et anonymes… c’est la Belgique.
Des vallons d’émeraude parcourus par des eaux primesautières ou sages, couronnés de bosquets, châteaux, orées de forêts mythiques… c’est la Belgique.
L’averse gonflant les stries d’un champ fraîchement labouré, vibrant ruban liquide qui attise l’ardeur antique de la terre… c’est la Belgique.
Des cimetières où dort à jamais tout ce brave monde qui, orné de mots, de pinceaux ou de fusils, a chéri son pays et son nom : Belgique ou België.
Trois langues, trois souffrances, trois fiertés pour notre trinité à tous : la Belgique. Belle et magique, c’est ma Belgique ».

Emmanuel van der Linden d_Hoogvorst - Départ des volontaires liégeois menés par Charles Rogier et leur arrivée à Bruxelles - La garde bourgeoise

Emmanuel van der Linden d’Hoogvorst – Départ des volontaires liégeois menés par Charles Rogier et leur arrivée à Bruxelles – La garde bourgeoise

Vive la Belgique tricolore, trilingue et triplement belle !

Que vive notre beau pays et son esprit galopin, ardent, rouspéteur, loyal, discutailleur, inventif et, disons-le, très indépendant!

Des nouvelles, des nouvelles!

Eh bien à la rentrée, je mettrai sur les rails mon prochain recueil de nouvelles, intitulé « La Rinascente* – *La renaissante ». Huit nouvelles, huit histoires et plus de femmes qui aiment bien ou mal, (très, dans les deux cas…). Les bons et les mauvais mariages, les amours comme il se doit ou comme il vous plaira, les pardons et les punisseurs ou punisseuses, les geôliers et geôlières, les amorales chaleureuses, les impeccables qui n’aiment guère et font la guerre… Le grand tour, quoi…

On le sait maintenant, j’aime ce grand tour.

Si elle est acceptée, ceci sera la couverture…

Front cover Rina

Le comité de lecture de Chloé des lys m’a pratiquement fait crouler d’immodestie en donnant son avis (mais j’ai apprécié car bon… c’est quand même toujours une sorte d’examen de passage, le test du comité de lecture) :

« Je ne puis qu’adhérer à l’avis du premier lecteur et féliciter Edmée pour l’élégance de son style et la justesse avec laquelle elle nous dépeint le côté cruellement conventionnel d’une bourgeoisie qui garde jalousement enfouis ses secrets de famille et aussi ces êtres qui existent, si j’ose dire, entre vérité et silences. Un tout bon Edmée De Xhavée avec une touche quelque peu British fort plaisante. »

« Convenances. Vies en demi-mesures. Confidences et vérités-réalités qui sortent de l’ombre où elles restaient cachées sous un matelas de silence. Secrets de famille ou espoirs perdus. Tout cela peut revivre ».

« Elégance et simplicité. Entre enfance et âge mûr, des chemins de vie entre lumière et secrets. Une douceur tout anglaise par moments ».

Bon… je vous sers ici un petit extrait de la nouvelle qui ouvre le recueil et, en tant que cheftaine de fil, se nomme La Rinascente. L’histoire d’une renaissance… La rinascente est le nom d’une chaîne de magasins haut de gamme en Italie, l’équivalent de Saks et des Galeries Lafayette peut-être, en plus petit, tout au moins en ce qui concerne le magasin qui se trouve à Turin…

 

« C’est l’heure de l’apéritif, et il reste une table à la terrasse du Caffè San Carlo. Le soleil est intense, l’air figé par la chaleur qui s’installe.

Elle pose son sac de papier de La Rinascente au pied de son fauteuil de rotin, l’entrouvrant comme une enfant pour, en dégageant le papier de soie, regarder furtivement le motif à masques africains de sa robe. Une bouffée de joie gonfle son cœur alors que le cameriere arrive, les cheveux si noirs et lisses qu’elle y laisse errer le regard sans le réaliser, puis lui sourit un peu embarrassée, comme soudainement tirée d’une rêverie. Elle commande un Campari et réalise avoir employé un timbre vocal ferme, où transparaît la bonne humeur. De temps à autre, heureuse, elle perçoit les signes d’un changement en elle.

À une autre table trois amies, peut-être des collègues de travail, parlent avec une excitation qui perche leurs voix un peu haut, avec des modulations savantes, et des mouvements de mains comme des envols d’oiseaux. Plus loin, quatre hommes. Ils discutent plus calmement, comme en secret, avec le souci de ne pas être entendus ou d’attirer l’attention. Et parfois une des voix féminines les distrait le temps d’un coup d’œil accompagné d’un sourire amusé.

Elle aime observer le quotidien qui l’entoure. Les tsiganes qui agrippent les passants par la manche, un bébé entortillé dans des châles frangés sur le bras. Les écolières qui rient fort, le sac au dos et les cheveux si sains qu’on a envie d’y toucher. Les femmes seules, altesses en promenade, sourdes aux coups de klaxon alors qu’elles traversent où bon leur semble au gré de leur humeur et direction, la tête haute et le rouge à lèvres frais.

Elle pense à cet emploi que le Signor Fenoglio est presque certain de lui faire obtenir. Elle a envie, et besoin, d’avoir à nouveau des horaires, des collègues. Que l’on compte sur elle pour accomplir – et bien – le travail donné. De se créer des habitudes géographiques autour d’un lieu de travail, qu’on lui suggère tel ou tel endroit, telle ou telle promenade. Une petite trattoria en colline. Ou Lungo Po.  D’inviter ses enfants et de leur laisser l’appartement, et les clés, et les commandes, parce qu’elle, elle va au bureau et qu’on se retrouve à 17 heures pour un bicerin via della Consolata même si c’est une drôle d’heure pour un bicerin… »

Voici… c’était un avant-goût, un hors d’oeuvre… le gros oeuvre en fin d’année sans doute!

Quittés, quitteurs, trompés et trompeurs : même combat

Moi, on ne m’a jamais quitté/e… Ah bon ? Est-ce un tel privilège, et ensuite… est-ce si vrai que ça ? Car on peut quitter quelqu’un sans partir. On ne s’y intéresse plus, on se replie dans l’amertume ou on s’épanouit dans « sa vie » dont on ne sort que pour les apparences rassurantes. Ils sont toujours mariés. Ils sont toujours ensemble. Hum. Si mariés signifie unis par papiers, dettes, enfants et frousses diverses, en effet.

Au départ il y eut l’amour. Vrai, imité, imaginé, profond, juste assez pour harponner, ça va venir avec le temps, si c’est pas maintenant il sera trop tard et ça deviendra plus difficile, c’est la même loterie pour tous, ça durera ce que ça durera mais entretemps il y aura les enfants, le ciment bien connu. Etc…

Mariages groupés

Et tant de choses se passent pendant ce départ dans la vie et le mariage que bien malins ceux qui y voient clair. Tout en devenant un couple, on prend aussi la barre de sa nef de vie  – remplie d’échéances, de plan de carrière, d’un fils deux filles ou deux fils, de choses qu’on veut faire, de lieux qu’on veut voir. Tout va si vite et si fort que puisqu’on est là tous les deux et qu’on aime aller au cinéma le soir, inviter les couples d’amis qui ont des enfants jouant ensemble, choisir les destinations de rêve pour les vacances… on n’a pas le recul pour comprendre si les maux de tête permanents, la boulimie du travail, les insomnies, le changement de poids, d’humeur etc… sont dus à un héritage génétique indécent ou… à la nébuleuse conscience d’avoir fait, un jour, fausse route et de vouloir la quitter. Ou la rectifier.

Alors, que l’on trompe ou soit trompé, que l’on quitte ou soit quitté, le fait est qu’on n’est pas mal tout seul dans son mariage, il faut être deux pour être heureux ou malheureux. Et il appartient à chacun de faire face, à chaque couple d’accepter le signal, et de faire de nouveaux plans. Adaptation, changements, séparation – provisoire ou décisive –, concessions… Le mariage peut survivre et même « live happily ever after » si amour un jour il y eut, et que seules des erreurs d’aiguillage ont été faites.

La seule mauvaise formule est la geôle fermée d’une porte qui dit « Tu m’appartiens ». Elle est la preuve qu’amour il n’y eut jamais.

Les femmes en pantalon

PantalonLes femmes qui font de grandes enjambées, qui n’ont pas « besoin » d’un homme pour exister – même si elles en ont un avec qui elles préfèrent, oui, partager jours, nuit et vie -, les femmes qui n’aiment pas le rôle de la belle du sud que l’on doit suivre avec les sels, de Blanche neige qui siffle en rangeant l’abominable chaos des 7 autres, de Popotte qui avait tant de bons secrets de cuisine, de la « fée du logis » qui laissera comme seul souvenir sa discrétion et sa tarte aux pommes…

Elles ont toujours existé, bien avant que les féministes affirment les avoir libérées.

Et si oui, certaines ont eu le chemin facilité parce qu’elles étaient de famille riche et ont ainsi eu accès à de nobles reconnaissances telles que femme explorateur, artiste vivant de son art, hôtesse parfaite de petits salons intellectuels où les sujets politiques et littéraires se chevauchent… il y a eu toutes les autres. Et elles furent légion.

Mais il est faux de parler sans cesse d’une abominable domination des mâles comme s’ils étaient tous de vrais barbares sans sensibilité. L’expression « cherchez la femme » parle d’elle-même : derrière bien des hommes qui ont réussi (que ce soit une carrière artistique, de tueur, de politicien et scientifique…) il y a eu en tout cas une femme. Ou deux ou plus encore. Oui le monde est en apparence régi par les hommes. En apparence. On murmure dans les couloirs de ce même monde que les femmes juges sont bien moins indulgentes que leurs confrères, que les femmes se montrent plus cruelles que les hommes dans bien des instances, et même que les femmes sont les pires ennemies des femmes, très souvent. Ces mères aux vies ratées qui se dévouent à saccager celles de leurs filles, ces femmes désoeuvrées qui usent le temps à salir les autres, ces cheftaines de bureau que l’on verrait bien bottées, casquées et nanties d’un fouet…

De tout temps il y a eu des femmes, dans tous les milieux, qui ont senti que la case « fonder une famille et rester  tranquille » n’était pas pour elles. Héloïse, oui, la belle Héloïse elle-même, considérait le mariage comme rien de moins qu’une prostitution de la femme. Elle voulait aimer son Abélard mais pas devenir sa servante. Et elle ne l’a épousé que contrainte et forcée.

Il y a eu des femmes pirates, des femmes bandits, des proxénèteresses, des supérieures de couvent, des directrices d’écoles, des petites mains se lançant dans la grande couture, des femmes de science, des espionnes, des Salomé et des Dalila, des Marie qui préfèrent écouter Jésus que touiller dans l’eau de vaisselle, des reines (du peuple ou des truands, mais reines), des actrices ou femmes de lettre, sculptrices, alpinistes, anthropologues, devineresses, jeteuses de sort, rebouteuses, héroïnes silencieuses en temps de guerre, favorites, concubines follement aimées et écoutées.

Femmes importantes dans un monde d’hommes.

Et toujours soupirer qu’elles devaient subir des mariages arrangés… eh bien les hommes aussi ! Certains et certaines avaient de la chance, les autres allaient subir, même si pas trop souvent on l’espère, une intimité peu agréable. Vieux barbons parfois oui, mais les bougonnes moustachues et bien grasses ne manquaient pas non plus. Et il fallait se dévouer pour la postérité. Et vive l’adultère qui améliorait l’ordinaire.

Quant aux maris martyrs… nous en connaissons tous et toutes, allons !

La femme n’est faible que dans les contes de fées. Et même là…

Conversation rayée

Elle a repéré son siège côté fenêtre, mais lui l’occupe déjà, endormi contre la vitre. Oh c’est insignifiant, elle lira aussi bien côté couloir que côté fenêtre. Il s’éveille vaguement, un beau jeune homme d’un noir 85% cacao pur, et il lui sourit, à elle, d’un large et aimable sourire qui est à la fois une publicité pour le charme, tous les dentifrices du monde, et Black is beautiful. Il lui demande en anglais si elle veut récupérer sa place et elle répond en anglais que non, il est mieux installé là pour dormir, et il pense alors qu’elle est Hollandaise… L’accent vous voyez, et elle dit que non, elle est Belge francophone et donc hop ils passent au français. Car il est Français.

La conversation trotte, comme le Thalys. Et sans agressivité aucune elle fait un crochet inattendu à la case « racisme ». Il ne s’en plaint pas vraiment. Il insiste de lui-même : l’esclavage a été le fait des noirs, qui vendaient leurs frères aux arabes (ceux d’alors…). Il ne semble pas avoir jamais accepté de se laisser atteindreronger par ce « racisme ». Il a fait sa vie, né en France de parents venus de je ne sais plus quel pays d’Afrique noire, des gens pauvres, pas instruits mais déterminés, et il remercie la France qui lui a donné l’occasion de devenir architecte. Et celui de sa vie en même temps. Il lui montre une photo de son épouse, une jolie –très ! – Brésilienne, et de leur fils de deux ans. Et qui sait encore pourquoi le sujet du racisme avait surgi, sans aucune aura de colère ou ressentiment, il était juste là, comme un fait.

Elle dit qu’à son avis bien des comportements ne sont en réalité pas à imputer au racisme mais au classisme, parfois. Parce que souvent les derniers arrivés sont aussi les plus démunis, et que socialement on aspire à monter… que c’est un processus naturel. Peut-être pas bien noble mais naturel. Ou alors ça peut venir d’une prudence tout aussi naturelle. Ah bon ? demande-t-il… Oui, il lui semble normal que des parents ne sautent de joie au départ lorsque leur fille chérie leur annonce qu’elle veut épouser un noir par exemple. Il est un peu perplexe, trop poli pour s’indigner mais il l’est, avec civilité, tout en sentant qu’il n’y a aucune attaque personnelle.

Elle explique que le mariage est une entreprise si difficile que les parents préfèrent les données simples pour leur enfant, cette prunelle de leurs yeux, et qu’on n’épouse pas qu’un homme ou une femme, mais aussi toute sa famille. Là, il sourit et acquiesce. Puis conclut qu’il est presque d’accord mais pas tout à fait. Quelque chose ne passe pas…

La conversation continue de chattanooga-tchoo-tchho-er sur la voie, et a quitté les sphères raciales. Elle est agréable, entrecoupée de rires et sourires. Il parle avec une saine admiration de sa mère qui l’a si bien élevé, lui disait ceci ou cela, exigeait que… Et puis il enchaîne : quand j’ai voulu épouser ma femme, qui est Blanche, elle m’a juste dit :  « réfléchis bien, parce que les femmes blanches qui épousent des noirs, elles viennent en Afrique rencontrer la famille une fois, deux fois, et après elles disent vas-y tout seul, parce qu’elles ne s’habituent jamais à notre vie africaine »…

Et là elle lui a souri et dit : « vous voyez… c’est ce que je vous disais au sujet des parents qui mettent les freins devant certains mariages. Ce n’est pas du racisme mais du bon sens ». Et lui a eu un sourire détendu et heureux, une malice dans le regard, et a reconnu : « mais oui, vous avez raison »…

Noir et blanc

Trop tard

Se marier, entrer dans les ordres, devenir homme (ou femme) des bois, scientifique fou (ou folle), ermite aux humeurs redoutées… ce sont des options, et si on choisit la sienne, rien ne dit qu’on en sera heureux mais au moins… les erreurs ne seront venues que de nous et pas de « la société » ou « les autres » qui nous auront mis dans le mauvais casier. On peut très bien ne pas y rester.

Car trop souvent on n’ose pas assumer l’option dont on rêve et… on se range. Et on subit des années d’existence en décalage avec qui on est. On génère une aura maussade de repli, d’inutilité, l’aura de qui regrette la vie qu’il n’a pas empoignée.

Certains se sont laissés piéger, d’ailleurs, dans cette vie qu’on leur a présentée comme la seule solution décente. Se marier parce qu’on est enceinte, entrer au couvent parce qu’il y a toujours eu un curé ou une religieuse par génération. Accepter une promotion boulot qui les angoisse parce que c’est un bel avancement pour la carrière. Pareil pour l’armée où on continue une tradition familiale, ou qui paiera des études qui serviront si on n’est pas mort « en héros ».

Tant de gens n’ont pas envie d’aimer mais d’être aimés (sans que ça les encombre…), tant de gens n’ont pour le sexe qu’un intérêt très distant et qu’importe, s’ils ne forçaient pas quelqu’un à se contenter de leur vague curiosité d’après un verre de trop. Tant de gens font des métiers qu’on leur a suggéré de faire parce que ça représente une belle assise financière et sociale alors qu’ils auraient été « complets » en jouissant d’une activité toute autre mais anodine aux yeux de papa ou maman – ou beau-papa et belle-maman.

Viel homme affligé - Vincent Van Gogh

Viel homme affligé – Vincent Van Gogh

Et les redditions, les abandons de qui on est parce que personne ne doit le savoir, qui on est. Les gays ou lesbiennes qui font une tentative de « normalité » (mais… Dieu ne les a-t-Il pas créés à son image et ressemblance eux aussi ? ), ou tous ceux et celles que fonder une famille n’intéresse pas, ou que la vie à deux indispose, qui n’ont pas l’empathie nécessaire et ne la désirent pas. Ceux qui renoncent à des métiers de bourlingueurs pour s’enchaîner à conjoint et enfants qu’ils ont accepté de lier à leur vie en espérant que ça serait compatible.

Et surtout, ceux qui se sont trahis et ont ainsi trahi tous ceux qui seront ternis par leur ennui, leur désintérêt. Ces hommes ou femmes qui semblent nés pour ne jamais vivre vraiment, toujours à la traîne, cachés derrière leur panneau d’explications : ce n’est jamais eux mais les autres qui, la vie que, leur santé qui… quelle longue déception que leur vie dans le mauvais casier, avec ces gens qui ne les rendent pas heureux.

Si un jour ils connaissent le doute, et surtout le reconnaissent… tout éclate autour d’eux, mais souvent il est tard pour apprécier ce qui reste de vérité possible.

Trop tard… horrible épitaphe !

La mémoire de l’âme

Tout le monde n’a pas besoin, ou envie du grand amour. Et c’est tant mieux. Il ne manque pas à ceux qui ne le rencontrent pas, et qui se disent alors qu’il est issu de la nécessité de rêver, de sacraliser certaines rencontres, de dé-banaliser sa vie.

Et qui sait ce qu’il est vraiment, ce grand amour contre lequel on ne peut rien et rien ne peut?

Le rencontrer c’est y croire, le chercher c’est espérer qu’il existe… et ceux qui ne le rencontrent ni ne le cherchent ne sont pas pour autant des mal aimés ou des perdants. Il frappe à la porte ou pas, comme les fées se penchant ou non sur nos berceaux pour nous donner beauté intérieure, extérieure, les deux ou… aucune. Ne pas le rencontrer ne veut pas dire que l’amour que l’on vit est un ersatz, un ennuyeux bonsai aux feuilles jaunies.

Une vie est-elle insipide sans le grand amour? Pourquoi le serait-elle? On ne veut pas tous être star de cinéma, faire du saut à l’élastique, voir la Vierge dans un buisson, se goinfrer de caviar ou de bébés crabes avec la coquille. Et c’est heureux. Pour autant que l’amour soit vrai, on le vit comme on veut, à deux : fidèle ou pas, en disputes sonores et gourmandes réconciliations ou pas, raisonnablement ou pas, l’un commandant et l’autre aimant obéir ou pas. Chacun sa recette, et s’il s’agit d’amour, on arrive en fin de voyage avec bien des choses à raconter, des cicatrices et trophées à montrer.

Klimt

Mais si on est touchés par le grand amour, peu importe où et quand, jamais le noyau du noyau du coeur n’oubliera qu’il s’emboite avec cet autre-là et lui seul.

Un jour nos yeux en croisent d’autres, curieux, paisibles et soudain ils s’aimantent, reconnaissant ce qu’ils ne connaissent pourtant pas encore. Une porte s’ouvre dans les profondeurs de l’âme de l’un et de l’autre et le corridor formé par ces regards est net et lumineux comme une voie royale bordée de flambeaux.

La mémoire de l’âme…

Et l’absence – s’il faut la subir, à jamais, ou pour un temps –, sera lourde, toujours d’avantage. Même si cette étrange certitude d’être ensemble lui donnera, parfois, assez de plumes éblouissantes et fortes pour s’élever bien au-delà du manque… Il y aura à jamais la conscience de vivre un miracle et d’en être le gardien respectueux.

C’est un état de grâce qui transfigure comme l’éclair de la foi, un don que l’on n’attendait pas et qui part se nicher au plus profond, se nourrissant des heureux galops du coeur ainsi que des brèches qui le pourfendent du feu d’un grand mystère.

Happy Valentine…