Quand j’avais le départ dans l’air…

1er octobre 2010… Je passais mes derniers mois aux Etats-Unis, j’entamais le dernier hiver. J’avais le retour en Belgique en tête… Et voici ce que j’écrivais sur mon autre blog…

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Je ferme les fenêtres…

Mon cœur se trouve dans une sorte de limbes, dans ce rêve entretenu du retour en Belgique, même si les bagages ne sont pas faits. Pourtant, mentalement je ferme les volets sur mon dernier été ici, les dernières promenades, les dernières fois que …

La maison qui me laissait imaginer ses heureux hiers ne verra plus beaucoup de lendemains : elle s’effondre sous la poussée des intempéries, des heures et semaines, des termites et de l’abandon. Au bord du réservoir d’un bleu indifférent, sous le chaud soleil qui excite les cigales elle cède, accepte le départ vers l’oubli, gardant en elle l’odeur de l’apple pie et l’écho des comptines enfantines. Ring-a-ring-a-roses, A pocket full of posies; Hush! hush! hush! hush! We’re all tumbled down. Mais je ne verrai pas sa fin.

Le parc où Millie, quand elle ne s’abandonne pas à sa paresse crasse sur le divan, consent à faire certaines de ses promenades a une immuable sérénité, veillé par l’église de Our Lady of the Lake. Les oies du Canada en sillonnent le ciel dans un bruyant vol en pointe, le héron s’élève de derrière les taillis au bord du petit lac, les fleurs sauvages sèment sans compter leurs semences dans la brise, s’assurant une nouvelle avancée pour l’année prochaine. Que je ne verrai pas.

Je suis retournée à la Maison Van Vleck et l’ai savourée dans le triomphe de l’été. Et en ai profité pour y photographier la première maison, celle où a grandi l’architecte qui nous enchante encore avec la fameuse Van Vleck house (dans la rue Van Vleck, pas de surprise !).

La floraison de mon jardin, où il n’y avait rien quand nous sommes arrivés. J’évoque une des dernières lettres de ma mère : Je repense à tous mes animaux et mes plantes … et voilà que je la comprends. J’y penserai, à mes fleurs et aux petits êtres des bois qui partagent leur monde avec moi. Lors de nos promenades, je ramasse avec un entrain de gamine les plumes que je trouve, et les garde. Comme les fleurs, leur beauté est parfaite et inégalable par l’homme. Elles parlent d’un éphémère qui se reproduit sans cesse, une chaîne sans fin.

Les soupirs de ma maison, avare en luminosité mais que l’on arrive à faire sourire quand même…

Notre vie sera différente, une fois rentrés. Plus familière puisque je n’ai jamais cessé de m’étonner de biens des aspects de celle que j’ai ici. Et que je lutte contre l’immersion totale. Non, je ne veux pas faire mes courses en training, sneakers et casquette de baseball, avec une banane sur l’estomac. Je consens à porter des jeans, mais j’ai mon joli sac Furla et mon nez en l’air d’Européenne qui se croit qui sait quoi. Et pourtant, pourtant … nous avons déjà une expression un peu perdue devant les nudités européennes quand par accident on en voit à la télévision. La pruderie acharnée de ce pays nous agace mais nous met le rose aux joues quand l’impudeur du vieux continent nous arrive : un ami m’a envoyé une bande dessinée de Robert Crumb, Mr Natural, pour me rappeler le bon vieux temps. J’habitais alors Aix en Provence et nous riions aux larmes en la lisant. Et ici, le castor et moi avons lamentablement pâli et caché ce temple du vice sous une pile de choses anodines : si quelqu’un voyait ça chez nous, les voisins nous lapideront, nous dépèceront et puis nous hacheront menu en agitant des bibles et des crucifix. Ce sera bientôt fini, cette crainte que l’on ne trouve pas chez moi … LE MAL. Ce type de « never more » me remplit de joie !

Mais la maison qui s’éteint, les fleurs, les lieux de promenades, notre chez-nous … oui, il y a un peu de nostalgie dans notre plaisir, alors que nous fermons les fenêtres une par une. Et les scellons par les volets.

A Theresa…

J’ai d’abord publié cet article sur mon blog précédent, le 21 avril 2012.

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Theresa était une sans abri de Bloomfield dans le New Jersey. Une homeless. Elle avait un regard farouchement méfiant serti dans de jolies paupières que des sourcils bien nets complétaient parfaitement. Edentée. Elle avait dû, un jour, être jolie. Et peut-être même équilibrée. Mais elle n’était plus ni l’un ni l’autre. Elle était une bag lady, une silhouette que l’on fuyait discrètement sur le trottoir. Qui sait pourquoi elle m’avait prise en amitié. Je suppose qu’il y a dû avoir un épisode déterminant pour elle en tout cas, mais je ne m’en souviens pas. Un jour elle est entrée dans l’imprimerie que je gérais et m’a saluée par mon nom, puis m’a remis trois ou quatre pages de cahier sur lesquels elle avait écrit une trentaine de lignes maladroites : my name is Theresa.

Et puis une sorte de description d’un viol collectif qu’elle avait subi dans le métro de New York.

Par la suite je la saluais toujours d’un « hi Theresa » si je la croisais, et elle me répondait tout à fait aimablement en citant mon nom. Jamais elle ne mendiait ni n’importunait.

Un jour que j’étais en train de faire la file à la poste, je l’y vis aussi, peut-être à la recherche de fraicheur – ou était-ce de chauffage ? – et elle s’est tout naturellement avancée vers moi pour converser. Et comme Theresa était obsédée par deux choses uniquement, son nom et son viol, elle m’a raconté le viol avec quantité de détails que je ne demandais pas, faisant s’échauffer les oreilles de tous les honnêtes citoyens qui faisaient la file avec moi. Sans aucune gêne, comme si elle parlait d’une descente d’un canyon en rafting ou de la visite  guidée de Cape Canaveral, elle racontait et mimait son drame pour être certaine que je comprenais bien…

Je pense qu’en sortant du bureau de poste les honnêtes citoyens, dans un pays aussi puritain, se sont rués sur un défibrillateur. Et il y avait quelque chose de comique dans toute la situation car Theresa narrait les faits sans émotion, c’était le simple compte-rendu d’un évènement qui la définissait, peut-être une tentative pour expliquer pourquoi elle était ainsi… Je ne savais comment dévier la conversation, je l’avoue. Et elle était tout à fait inconsciente du reste du monde depuis longtemps…

Elle m’a inspiré ce texte, publié en son temps dans une revue qui a aujourd’hui disparu.

New York, c’est fabuleux !

On m’appelle Red-Hat-Mabel. Je vis à New York City… Dangereux ? Sais pas… C’est vrai qu’on m’a volé mes deux sacs un jour que je m’étais assoupie à Central Park. Et Betty Poop, on l’a violée dans le fashion district. Mais bon, quand j’en trouve, je lis les  journaux, et ce sont des choses qui arrivent. On viole aussi dans les penthouses de Upper East Side. Et on y tue pour l’argent.

Cher ? Non, pourquoi ? Le type qui vend des bagels et des knishes au coin de la 3ème avenue et de la quarante-deuxième rue me sert un café chaque matin. Ali, il s’appelle. Ses yeux sont sombres, encastrés dans de belles paupières un peu grasses où luisent de longs cils d’enfant. Comme à moi, il lui manque des dents, mais comme moi, il sourit avec le cœur. Si je suis dans les parages quand il ferme son échoppe, il me donne ses invendus. Je partage avec les ratons-laveurs et les canards de Central Park.

C’est beau, New York ! Une grande ville, plein de lumières, de gens qui se hâtent en riant, de vitrines comme des portes sur un monde magique. J’y suis libre. Parfois je dors sur un banc du parc, si Betty Poop et François-le-Français sont là aussi, et qu’il fait beau. Mais s’il pleut ou qu’il fait trop froid, il y a le recoin formé par une colonne et une pile de vieilles briques juste à côté de cet atelier de la rue… non, je préfère ne pas dire où, car j’y laisse mes cartons.

D’un banc du parc ou au bord du fleuve Hudson, mes sacs bien arrimés sous mon bras, je me laisse flotter dans l’extase d’habiter au sein de cette ville d’espoirs, de frayeurs et de quotidiens anodins. Un couple de buses à queue rousse referme son vol circulaire sur un écureuil gris, ou deux jeunes rats jouent sur les galets caressés par l’eau millénaire. Et moi, aussi libre que les nuages, je peux dire que tout ça, c’est chez moi !

Le printemps… enfin!

Cet article date d’un bien lointain 1er mai 2008. Je vivais à West Orange, NJ, USA. Et si le New Jersey connaît les mêmes saisons que nous – tout en plus intense naturellement, Amérique oblige… hivers plus froids et étés moites – faune et flore ont une richesse particulière qui m’enchantait. 

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C’est juste après le froid morose de la fin de l’hiver, avec ces branches mortes et feuilles noircies et ramollies qui émergent de la neige, une neige souillée et lasse. Et juste avant ces journées de lumière et parfois de moiteur d’un été qui fait palpiter les jardins et bronze les corps. C’est cette saison où tout semble une nouvelle fois possible. Peut-être le rosier mort va-t-il offrir un bourgeon miraculé. Peut-être la marmotte – Charlotte! – aura-t-elle à nouveau des petits que nous verrons traverser la pelouse. Peut-être Lola et ses amis – la bande de dindons sauvages du quartier de moins en moins sauvages – oublieront-ils de manger mes fleurs cette année. Peut-être même arriverons-nous à reconnaître Simone et Gastonne, ces jeunes dindes si familières l’année passée, tout comme l’est encore Lola pour l’instant. Peut-être la famille de lapins de garenne se sera-t-elle un peu reconstituée, profitant du fait que notre chat Zouzou est un Nemrod en arrêt de maladie encombré d’une large minerve de plastique depuis deux semaines. De quoi laisser les lapereaux devenir des lapins rapides…

L’air est léger, fait frissonner la peau le matin dans une caresse fraîche comme un torrent aérien. Les branches des arbres se devinent encore, tachetées d’un timide plumetis de vert tendre. Le soleil est impertinent et fait cligner des yeux. Les jacinthes, narcisses et tulipes sont à la fin de leur cantique, les violettes et pervenches entament le leur, accompagnées par les azalées flamboyantes. Le chèvrefeuille enlace avec de plus en plus de passion l’affreuse haie de vinyle que notre voisin a trouvé bon de placer entre nos jardins. Le vieux lilas au tronc tordu d’un autre voisin exhale son souffle étourdissant. La terre a cette senteur de vie sauvage, c’est tout juste si on n’en voit pas les pulsations voluptueuses.

Cardinals du nord

Cardinals du nord

Mille gazouillis et chuchotements vibrent : le tamia et son petit tchip-tchip trompeur puisqu’il n’est pas un oiseau. L’écureuil gris qui parfois, inquiet à tort, émet son long soufflement menaçant en me toisant quand je franchis mon seuil vers « son » arbre. Et les chorales et cris des geais bleus, chickadees à tête noire dont le joli ventre rose-beige frémit délicatement, les goldfinches jaunes qui inclinent vivement leur tête noire, les american robins qui rebondissent dans l’herbe jeune parmi les pissenlits et marguerites fragiles, les frôlant de leur ventre orangé et blanc, le ravissant cardinal du nord, rouge vif avec sa huppe arrogante et ses ailes bordées d’un feston noir, les gracieuses mourning doves à l’envol musical comme un gracieux éventail coquettement agité … Le couple de faucons à queue rouge, nous préférons ne pas l’entendre, car ils ont eu l’audace d’essayer d’attraper notre cher Zouzou en équipe. Bonnie and Clyde! Le pivert au ventre rouge, gorge blanche et plumage noir strié de blanc martyrise les troncs d’arbres de son toc-toc-toc rapide.

Bien sûr il y a aussi, trois fois hélàs, le bruit des différents engins brise-tympans que le voisinage utilise : tondeuses à gazon, cisailles électriques, souffleurs de feuilles mortes, que les malheureux utilisent en se protégeant les oreilles, recouverts de lotion anti-moustiques et portant un masque. Et des chaussettes contre les tiques! Le jardinage est pour eux une aventure ramboesque, il faut un équipement spécial, le danger est aux aguets. Nous, nous tondons avec une petite tondeuse mécanique, ramassons au râteau, coupons au sécateur, scie et cisaille. Le soir, c’est avec fierté que nous sentons nos pauvres muscles qui n’en peuvent plus, et pensons avec orgueil aux prouesses accomplies. Nos voisins, eux, rentrent au dedans avec la crainte de commencer une surdité, d’avoir récolté une tique minuscule qu’ils ne verront que quand ils seront atteints de la maladie de Lyme, ou d’avoir été piqués par un moustique porteur d’un virus mortel. Sans parler de la possibilité d’avoir respiré un pollen. Et de pester contre un jardin qui leur impose une telle torture alors … qu’ils n’y vont jamais, à cause justement des innombrables dangers mortels qui guettent dans un jardin. Un jardin, c’est « a piece of land » que l’on regarde par la fenêtre. Fermée avec la climatisation qui les réfrigère et les assourdit alors que l’air pétille dehors – pour rien.

On commence à remiser les vêtements chauds, et à remettre en forme et fraîcheur les vêtements légers de la longue et belle saison. On ouvre les fenêtres en grand, la main s’attardant avec plaisir là où le soleil a laissé son baiser brûlant. Que le printemps entre! Que la fête commence!

C’est comme l’aurore d’une nouvelle vie. On sourit sans y penser, sans le savoir, comme les bébés qui « rient aux anges »…

Le printemps, enfin!

Millie a un ange gardien

Cet article a d’abord été publié sur mon premier blog le 19 avril 2008. Millie était dans ma vie depuis un an à peu près…

Du lointain passé de Millie, nous ne savons rien. Ou nous savons ce que nous pouvons conclure d’après son comportement. Elle a sans doute été séparée du reste de la nichée assez tôt car elle ne savait pas comment on joue avec les autres chiens. Et, chiot bien solitaire, il semble que les humains ne jouaient pas non plus avec elle, car à part dépecer de vieilles liquettes et chaussures avec une joie évidente, elle ne jouait pas du tout. Si on lui lançait une balle ou lui donnait un jouet, elle nous souriait poliment avec un regard disant clairement: « Ça t’amuse, ça? ». Pendant longtemps le moindre bruit de chute d’objet ou une hausse de voix l’envoyait se terrer aussi loin que possible, et la vue des couteaux de cuisine la pétrifiait.

Nous savons aussi qu’elle vivait en Virginie, Etat où, malgré un nom romantique, on n’est pas du tout tendre avec les animaux. Un chien est en général un chien de combat, d’élevage, ou de chasse. Et on tire à vue sur les chiens errants, ou sur une chienne de race incertaine qui attend une portée. Elle avait peur des groupes d’enfants et des adolescents. Peur ? Non… elle en était absolument terrorisée! Elle en faisait pipi d’effroi. Une de ses pattes arrière est un peu de travers (cassée?), il y a une coupure nette de 4 cm sur son cou (couteau?), et sa tête entière est constellée de petites blessures où le poil ne repousse plus. Sur le haut de ses cuisses, deux durillons durs comme du cuir : maigre au point que ses os saillaient, elle n’avait vraisemblablement que du ciment ou du carrelage pour s’asseoir.

Et un jour, elle a été attrapée au filet par la fourrière. Enfuie? Abandonnée? Chassée? Peut-être, car elle attendait une portée de petits. Les bonnes âmes ne manquent quand même pas dans ces Etats aux moeurs rudimentaires, et il y a des organisations tenues par d’incorrigibles ennemis de la souffrance, dont les membres visitent régulièrement les fourrières, identifiant les chiens ou chats les plus beaux, gentils, jeunes… Adoptables, en somme! Et par le premier premier coup d’ailes de son ange bienveillant, Millie a été considérée comme une bonne candidate au bonheur, sauvée in-extremis la veille de ce qui devait être son dernier jour. Son sauveur l’a ensuite confiée à une « maman d’adoption » provisoire, le temps de s’assurer de ses qualités ou défauts, de l’habituer à une relation sociale avec les humains, et pour elle de mettre au monde ses petits. Sept petits, plus deux mort-nés, ce qui était énorme pour une chienne aussi jeune. Elle a pris soin d’eux avec beaucoup de dévouement nous a-t-on assuré, et l’organisation a mis sa photo et celle de ses petits sur le web. Millie s’appelait alors – oui, on est du sud ou pas… – Dolly Roma ! Et c’est un refuge du New Jersey qui par un coup d’ailes de l’ange vigilant, avait de la place et a décidé de la prendre. Une fois ses petits adoptés, on l’a chargée dans une voiture, et elle est arrivée à South Orange.

Par hasard, nous cherchions un chien au caractère calme pour ne pas traumatiser nos 5 chats. Et nous avions vu en ligne la photo d’un certain Bodie, un jeune chien roux et blanc, qui avait été maltraité et avait peur de tout. Il fallait, disait la fiche qui accompagnait la photo, lui rendre confiance. Parfait, pensions-nous, il ne claquera pas férocement des dents devant nos félins qui n’auront donc pas à lui apprendre que les maîtres, ce sont eux ! Mais Bodie, depuis la photo et sa fiche signalétique, avait été outrageusement gâté au refuge, et ce n’était plus la confiance en lui qui lui manquait, que du contraire! Nous imaginions déjà nos chats passant devant nos yeux en hurlant, missiles hérissés fendant l’air de haut en bas et de gauche à droite. Et un Bodie au nez labouré. À notre consternation devant cette heureuse métamorphose pour lui, certes, mais trop miraculeuse pour nous, quelqu’un a alors suggéré: « Et si j’allais chercher Dolly Roma? Elle a la même couleur, et aime les chats! » On nous spécifia qu’elle venait d’arriver et avait passé la nuit dans la cat room !

Et on nous l’amena. La tête basse, le regard las, le bout de la queue s’agitant par politesse mais sans entrain. Le poil clairsemé et triste. Des croûtes partout, des tiques séchées accrochées ça et là. Les mamelles enflammées. De longues stries de sang sur les pattes et les oreilles. L’air d’avoir 15 ans au moins. Et une gratouille non-stop. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! À côté de Bodie, elle ne payait pas de mine, pas du tout ! Je m’informai de ses croûtes et une des bonnes âmes volontaires du refuge me dit que c’était une simple allergie, que ça allait partir tout seul avec du bénadryl. Une autre nous dit sans frémir qu’il s’agissait de la gale, mais pas la contagieuse. Un peu consternés nous l’avons prise quand même. Elle avait certainement besoin de reprendre confiance, elle! Pour la modique somme de $250 on nous a « donné » Dolly-Roma, son collier, sa laisse, trois bouteilles de shampoing pour chien à l’avoine, et trois capsules de bénadryl, plus une ristourne pour la faire stériliser.

Elle sentait mauvais, la pauvre, le chenil, la maladie de peau, la crainte aussi sans doute. La voiture empesta au bout de deux minutes. Elle n’avait pas voulu y monter, et une fois arrivés chez nous, elle refusa d’en descendre. On a dû la porter. Indifférente à un destin qu’elle n’avait jamais contrôlé, elle se grattait. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Les chats étaient scandalisés. Indignés. Seul, Zouzou s’approcha aimablement, curieux de cette étrange chose à l’odeur prenante et aux moeurs mystérieuses, et ils se reniflèrent. On installa la cage dans notre chambre à coucher, pour qu’elle ne se sente pas seule. Mais j’étais pensive : cette odeur allait-elle pénétrer la garde-robe, nos vêtements, nos cheveux à la manière d’un feu de bois – mais sans son charme?

Lorsqu’on voulut la sortir pour promener, convaincus qu’elle allait adorer ça, elle prit l’air d’une condamnée à mort. Elle ne voulait pas quitter la maison. Elle consentit à peine à faire quelques pas vers la gauche, puis quelques pas vers la droite, refusant de quitter la maison des yeux. Elle voulait avoir un endroit où elle allait rester, qui serait chez elle. Une fois cette « promenade » terminée elle manifesta enfin de la joie en sautant sur la porte. Maison, enfin!

Elle mangeait bien, mais ne cessait jamais de se gratter. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Elle ne dormait pas, et nous non plus. La cage vibrait de tous ses barreaux du soir au matin. Ses oreilles et ses pattes saignaient, lacérées par ses griffes. Le bénadryl ne faisait rien, et nous, nous n’avions pas de valium! On réalisa aussi qu’elle n’entendait pas bien.

Finalement, après plusieurs visites, analyses et soins ruineux chez le vétérinaire (d’où son nom de Millie car elle nous coûtait des mille et des mille…) on a découvert qu’elle n’avait ni la gale ni une banale allergie. Sa thyroïde ne fonctionnait pas bien, et deux petites pilules bleues par jour – à vie! – firent merveille. Elle avait une infection dans les oreilles qui les bouchait ou presque, et un nettoyage régulier lui a rendu une ouïe d’Apache. Et elle ne put désormais manger que de la nourriture spéciale au poisson et pommes de terre. Ceci dit, je me le demande un peu car c’était, en promenade un aspirateur à crasses et les chats n’avaient pas le droit d’hésiter une seconde devant leur Friskie que Millie avait décidé pour eux.

Onze ans plus tard – et quelques milliers de dollars de moins – c’est une vieille demoiselle de treize ans environ, assez réservée au calme distingué qui sait cependant qu’elle peut se permettre l’une ou l’autre impertinence de temps à autre. Elle a gardé sa terreur des groupes d’enfants, mais les aime s’ils sont un par un. Elle s’entend avec les chats, n’ayant pas contesté le fait qu’ils sont les maîtres, et leur demande même de jouer avec elle. Cependant, ils ne comprennent pas les règles du jeu et se contentent de se dresser sur leurs pattes arrières et de frotter amoureusement leurs moustaches contre ses babines. Elle sent bon « le petit flocon » d’avoine, son poil est luisant.

Plus jeune elle adorait se promener pendant des heures dans les forêts, regarder les biches qui s’encouraient, les dindons sauvages qui mangeaient sur notre balcon, la marmotte qui vivait en-dessous du même balcon et y avait chaque année ses petits. Maintenant elle dort le plus clair de son temps – on la surnommait Couch Potato, ou paresseuse de divan – et sort au petit trot comme une vieille. Elle a pour voisines des vaches et la campagne.

Ses peurs se sont estompées. Elle ne sait pas combien de hasards bienveillants se sont donné le mot pour qu’elle soit cette petite chienne aimée au destin sans surprises.

Malades et mal aidés

Ce n’est pas un secret, je ne regrette pas tout de ma vie là-bas mais il serait injuste de dire que tout y fut mauvais.

J’y ai approché des « Indiens » dans leur quotidien, et ce fut une précieuse expérience qui m’a libérée de deux images aussi fausses l’une que l’autre : le noble sauvage écolo et le débris humain alcoolique. J’ai mangé dans leurs maisons, en ai vu de farouchement anti blancs, anti autres tribus, anti alcool, anti civilisation, anti cheveux courts, anti mariage, anti travail, anti Dakota, anti Oklahoma, anti touristes, anti cérémonies religieuses etc… Finalement… ils sont comme nous mais pas anti les mêmes choses. J’en ai connu des gentils, des méfiants, des très  dangereux/ses, des beaux et des vraiment très moches.

J’ai aussi été émerveillée – et ça ne me quittera jamais – de la beauté des paysages et oui, c’est une terre sacrée où il fait bon se promener pieds nus.

Il y a de l’histoire, même si pas aussi ancienne en vestiges que la nôtre, mais au fond la piste de Santa Fe est encore habitée par le souvenir de ces troupeaux interminables de Long Horn suivis  et précédés de cow boys poussiéreux, bagarreurs et coureurs de pauvres filles en corset happées par les bordels. Le lac Otsego abrite les âmes de John Fenimore Cooper et de son Dernier des Mohicans. Hyde Park offre son silencieux refuge à ce qui reste de terrestre de Theilard de Chardin ainsi que  la résidence de Franklin Delano Roosevelt – et j’ai vu en ligne que grâce au ciel et une personne de goût on l’a enfin repeinte car quand je l’ai vue sa teinte vert billard m’a presque donné une syncope.

Il y a la nourriture, légendairement inexistante ou presque en termes de « cuisine » mais pas aussi décevante qu’on le dit si on cherche un peu. Le T Bone et le Porterhouse steaks sont des péchés de viande à découvrir et refaire aussitôt. Les fiddleheads aussi, en saison. Et Dieu veuille que vous ne goûtiez jamais ma tarte aux cranberries-whisky-clous de girofles et pâte feuilletée car vous ne vous en remettriez pas. Oubliez cette tentation !

J’ai adoré New York – ce qui, pour moi, se limitait surtout à Manhattan comme pour presque tout le monde – et le boucan du pont de Brooklyn, et le métro si moche, et Central Park et même la Trump Tower et tout le mauvais goût qui y règne. Et le petit zoo de Central Park, et un immonde minuscule « restaurant » mexicain à Battery Park où j’ai mangé des burritos explosifs.

Il y a beaucoup de belles et bonnes choses, incomparablement belles et bonnes aux USA. Et j’ai eu de la chance d’y vivre, d’y avoir accès, et de savoir un peu de quoi je parle quand j’évoque ce lieu légendaire, l’Amérique.

Mais en ce qui concerne les soins de santé, parce que je réalise que personne ici n’y comprend rien (et je n’ai pas toujours compris non plus…) je vais « éclairer votre lanterne » du mieux que je le peux. Maintenant, d’un Etat à l’autre, d’une entreprise à l’autre, les choses sont légèrement différentes. Je ne parlerai que de ce que j’ai vécu, moi, ou sais de manière certaine. Et pas des rumeurs. Et ça reste un casse-tête pour tout le monde là-bas aussi…

Je parle aussi d’avant Obamacare, qui n’a pas changé grand-chose en réalité, à part le fait que les personnes qui autrefois n’avaient pas d’assurance – parce qu’elles ne travaillaient pas et que personne de leurs proches ne travaillait – en ont une à présent, et qu’il a fait cette prouesse en… faisant payer plus cher ceux qui payaient déjà, et non en obtenant des réductions des lobbies pharmaceutiques ou du corps médical et hospitalier comme on s’y serait attendus… Ceci dit, suite au commentaire d’Anne K qui vit aux USA (11 mars ) il faut quand même préciser que l’Obamacare permet au parents d’assurer leur progéniture jusqu’à l’âge de 26 ans et d’empêcher les compagnies d’assurances de refuser d’assurer quiconque souffrant d’une maladie chronique ou « précondition ».

Pour le reste, j’ai vécu sur l’Obamacare pendant deux ans, et n’ai vu aucune différence – sauf que je payais encore plus cher, lalalère !

Tous les employeurs ne sont pas tenus d’offrir une couverture médicale – ni de congés payés mais ce serait un autre sujet – à leurs employés. Et c’est donc en général un rêve utopique pour la coiffeuse du salon du coin, la petite vendeuse de la boulangerie, l’apprenti plombier etc… bref, les milliards de petits boulots. Quand les patrons ont les moyens d’offrir cette couverture, ils y participent pour un bon pourcentage, et choisissent la compagnie d’assurance qui leur convient. Chaque assurance a son propre fonctionnement, couvre et ne couvre pas certaines choses, certaines sont plus efficaces dans les cas d’hospitalisation imprévue (quand j’ai dû être hospitalisée d’urgence, l’hôpital devait d’abord appeler l’assurance pour vérifier qu’elle couvrirait les soins, et une idiote « brain-dead » de plus a persisté à dire – le chewing-gum en bouche et la diction nonchalante – que je n’étais pas assurée chez eux. Or j’avais ma carte, et l’employée dont le cerveau fonctionnait aux admissions de l’hôpital soupirait, levait les yeux au ciel et  gémissait que c’était toujours comme ça. Finalement un troisième coup de fil l’a mise en contact avec un être normal qui m’a tout de suite trouvée dans le fichier. Mais on avait perdu une demi-heure et j’étais en danger…).

Pour le service « mutuelle » des médecins ou hôpitaux, c’est un casse-tête puisque chaque assurance a ses propres règles et leur niveau conditionne aussi celui du paiement opéré sur place par le patient. Tout ceci génère, on s’en doute, de fréquentes erreurs.

L’employeur offre, en général, l’accès à l’assurance (pour l’employé et, pour un supplément par personne,  les membres de sa famille) au bout de six mois pour s’assurer que tout se passera bien au niveau travail. Lorsqu’on perd son travail, on perd immédiatement son assurance aussi, pour soi et les proches qui sont assurés. C’est une détresse supplémentaire et une grosse responsabilité quand on a des enfants ou un conjoint malade par exemple. La prime est assez élevée et il y a une franchise assez élevée aussi. Les médicaments en général sont très chers, mais pas mal de médicaments courants sont en vente libre au drugstore, comme l’aspirine par exemple qui ne coûte rien et se vend par petits bocaux de 100, 150 comprimés…

Mais j’ai pris un médicament là-bas que je prenais déjà en Belgique et était fabriqué en Grèce. Pour un mois il me coûtait la même chose que pour six mois en Belgique. C’est tellement vrai que dans les Etats du nord, pendant tout un temps des groupes privés affrétaient des bus pour des voyages organisés afin passer la frontière et acheter les médicaments au Canada, où les prix était plus normaux. Pareil pour les Etats du sud qui eux allaient au Mexique. Une des Busherie de Bush fut de rendre de tels voyages illégaux.

Les soins médicaux et d’hospitalisation sont à donner le vertige. Mon cousin a eu, en 2008, un accident de voiture dans le Queens et donc on l’a transporté dans l’hôpital du Queens. Je suis allée l’y voir et pour vous donner un aperçu de l’ambiance réconfortante il y avait des flics en faction assis devant certaines chambres, et il partageait la sienne avec une sorte de mafieux de dryade chinoise du plus bel effet, avec des cheveux jusqu’au creux des genoux et tellement tatoué qu’on aurait dit un collant de dentelle, un peu déchiré car il avait aussi une belle collection de balafres de toutes longueurs. Quand mon cousin est arrivé, complètement à l’ouest dans cette chambre double, on lui a fait signer un papier selon lequel il était bien informé que ça lui coûterait $ 3 500 par nuit (sans les soins) et que si son assurance ne payait pas, il payerait.

J’ai connu un fonctionnaire de la ville qui vendait sa maison pour payer « le cancer de sa fille » car l’assurance cessait de payer, ça durait trop longtemps !

Les « pauvres », qui avant l’Obamacare n’étaient pas assurés, vivaient une situation atroce. Bien entendu pour les choses graves ils étaient soignés, on ne pouvait le leur refuser. C’est d’ailleurs ainsi que les directeurs d’hôpitaux expliquaient, la bouche en cœur, le prix exorbitant des soins facturés à ceux qui payaient : il faut bien qu’on se couvre pour ceux qui ne paient pas. Mais depuis que tout le monde paie (avant que Trump ne supprime tout de nouveau…) ils n’ont naturellement pas baissé leurs tarifs !

Mais dans le cas de l’accueil des « pauvres », pour s’assurer au mieux d’être payés malgré tout, des hôpitaux leur faisaient apporter une copie de leur testament en gage, et ainsi savaient qui allait hériter en cas de décès avant que la note soit payée, et donc qui priver du peu de choses que le malheureux laisserait. L’hôpital faisait signer « un papier » et avait priorité. Bien entendu, il ne s’agissait pas de « mansions » ou de diams, mais parfois d’une vieille maison rongée par les termites qui abritait la famille depuis deux ou trois générations, et sous la maison… il y avait un terrain, capital plus intéressant. Peu à peu, n’est-ce-pas, avec ce système infaillible, on obtient tout le quartier… Ceci n’est pas une simple rumeur, car dans mon imprimerie j’ai été amenée souvent à photocopier ces testaments pour l’hôpital. Je voyais arriver de vieilles dames noires étonnantes de dignité, réchappées d’une vie de travail où la seule joie était celle de la famille, et qui devaient subir une grosse opération. Elles partaient avec leur petite valise et copie de leur testament. Priant pour rentrer chez elles avec une dette qu’on pourrait peut-être se répartir dans toute la famille – souvent ces courageuses mamas avaient conduit un fils à l’université, pas Havard ni Yale, mais une petite université sans panache qui en avait fait, de ce fils prodige, un « docteur » en quelque chose, qui pourrait peut-être aider…

La Health Insurance est un cauchemar au quotidien, dans un pays dont les films parlent d’une insouciance très illusoire…

 

Y2K aux chandelles…

Le Y2K, vous vous souvenez ? Le passage à l’an 2000… L’Apocalypse Now annoncée…

 

Les chacals sillonnaient le net et les ondes pour encercler leurs victimes. A l’imprimerie, ouverte depuis mois de 3 ans, de braves jeunes gens sans éthique qui seraient payés au pigeon abattu me téléphonaient sans cesse pour m’annoncer que je devais absolument acheter une nouvelle version de ce que je venais d’acheter car… le programme ne reconnaîtrait pas les dates après 2000.

 

C’était l’occasion pour moi d’une joute peu aimable dans la langue de Jerry Lewis. Quoi ? En 1997 Dell, HP et rivaux ignoraient que l’an 2000 arrivait à grande vitesse et avaient vendu à tous des programmes dont le compte à rebours commençait à clic-cliquer le jour de l’achat ? Mais madame c’est juste que… Mais… vous me prenez pour une idiote, et/ou vous en êtes un vous même si vous croyez ça, et vous avez faim à ce point que vous devez me vendre un produit inutile ? Mais madame, je vous assure que…. Rien du tout, cherchez quelqu’un d’assez bête pour tomber dans votre piège grotesque et laissez-moi travailler. Comme vous voulez madame mais ne venez pas vous plaindre si la garantie ne couv… Bang !

 

Mais un autre, aussi bête et déterminé, appelait bientôt. Ma patience s’usait et les derniers ont hérité des invectives dont j’épargnais encore un peu les premiers. Certains finissaient par avoir comme un doute dans la voix malgré tout, ceux qui avaient encore un cerveau probablement.

 

Anne-Marie, une Belge qui avait grandi là-bas et se souvenait encore de ses années d’école à l’époque de la Baie des cochons (préparation à un éventuel bombardement aérien, hop tout le monde aplati sous son banc avec le cartable sur la tête), et avait donc été bien drillée à la délicieuse horreur de la panique générale, tomba comme un boulet de canon dans cette nouvelle phobie.

 

Les larmes aux yeux elle m’annonça que tous les masques anti-gaz avaient été achetés à prix d’or dans les pharmacies et que des infirmiers faisaient du marché noir avec ceux des hôpitaux. Et elle… elle n’en avait pas, malgré son voisin qui pourtant était infirmier et avait des masques pour toute sa famille et leurs amis et les amis de leurs amis. Elle s’imaginait déjà étendue dans son living, violacée et raide, son chien et son chat abandonnés se résolvant à lui mordre l’avant-bras au bout de deux jours de famine avec une mine écoeurée – s’ils avaient survécu au gaz ou incendie. Elle avait acheté des mètres de scotch tape pour isoler ses fenêtres et des feuilles de plastique en cas d’explosion pour remplacer les vitres au plus tôt. Du sucre, du lait en poudre. De la nourriture pour chien et chat. Des kilos de bougies (elles commençaient à manquer dans les magasins, comme le reste d’ailleurs, on sentait l’entreposage de vivres et la fin du monde aux portes de nos existences) et des allumettes.

 

Du sucre, elle n’en avait pas assez, et en fait elle n’avait assez de rien, et se désolait, comment survivrait-elle si elle devait rester enfermée plus d’une semaine ? Si son congélateur s’arrêtait de fonctionner trop longtemps ? Je lui ai répondu que puisque selon elle ses voisins avaient de tout, il lui suffirait de se rendre chez eux avec un mouchoir sur le nez comme John Wayne et un marteau en main, les menaçant de briser toutes leurs vitres s’ils ne lui donnaient pas leurs provisions et masques à gaz. Elle riait, assez jaune ma foi, mais elle riait.

 

Moi je n’ai rien fait. Je disais que de toute façon le 1er janvier arriverait en Australie avant chez nous et qu’on aurait encore le temps de faire nos prières si elle explosait en direct sous nos yeux à la télévision. Et franchement, avec tous les films déprimants sur les survivants d’une catastrophe terrestre, ça me disait très peu d’aller me planquer dans les égouts pour échapper aux nouveaux seigneurs de la guerre…

 

Et quand j’en ai parlé à Lovely Brunette au téléphone, elle m’a dit, satisfaite d’avoir été prudente : oh moi j’ai quand même pris mes précautions, j’ai acheté deux bougies au Delhaize …

priere

A perdre haleine…

new-york-2000Cette photo semble toute simple, non ? Deux sœurs, souriantes, au petit zoo de Central Park, New York. C’était je crois en 2003 ou 2004…

Mais du haut de ces sourires, 40 gousses d’ail vous contemplent.

Les deux sœurs prennent le bus, Bloomfield New-Jersey direction Port Authority New York. 35 minutes à peine. Il fait beau et chaud, comme on peut le constater. Et quand c’est chaud, là-bas, c’est trèèèèèèèèèès chaud et moite. Nous n’avons pas de but précis, juste être ensemble et nous laisser guider par les tentations du jour. D’ailleurs, on entre dès l’arrivée dans un magasin Disney et on imagine longuement ses filles dans la robe de Cendrillon (la belle robe du soir à paniers avec les gants de soie, évidemment, pas sa tenue de souillon qui chante en sabots…), c’est cher, on hésite, on va y penser (et on y pensera si bien qu’on n’achètera pas…). On en a tellement parlé, de cette robe, que l’appétit nous est venu. Mais nous voulons du fast food, non pas en gastronomes mais en métronomes du temps qui passe, on ne va pas le perdre en mangeant.

C’est donc la porte de Sbarro que nous poussons. Oui, bon, passons, on aurait même pu trouver pire, à New York ce n’est pas difficile, et nous ne voulions pas de hamburger. Et nous commandons des Penne all’arrabbiata, tout en papotant gaiement. En fin de parcours, on a droit à prendre assez de serviettes de papier que pour ouvrir une imprimerie, et d’abondantes portions de fromage et ail râpé.

Et Corinne d’être généreuse. Un peu plus de fromage ? Oui hein, ce sera meilleur. Et hop une cuiller de plus, ne soyons pas chiches…

Sauf que… c’était l’ail en poudre et pas le parmesan (faux parmesan naturellement, peut-être même fabriqué dans le Wisconsin…). Bon… Nous aimons l’ail, après tout, donc tant pis, on a mangé pire. Vraiment pire. Donc on mange. Et puis on s’en va. Elle aimerait trouver un T-Shirt avec un taxi New Yorkais pour son mari, et nous entrons dans un petit magasin près de Times Square, tenu par un monsieur que je décrirai sous le terme de Pakistanais (qu’il ne s’offense pas s’il est Indien…), auquel Corinne s’adresse aimablement, avec son plus beau sourire.

C’est là que nous finirons par réaliser l’étendue du dommage. Les yeux du malheureux roulent désespérément dans ses orbites, et visiblement il cherche une provenance d’air pur, sans succès car nous sommes au fond de la boutique et Corinne continue avec ses questions de taille, modèle, prix, le confinant loin du trottoir et de cette chose merveilleuse : l’air. Pire… nous nous échangeons alors un regard d’abord surpris et puis tout à fait hilare, et pouffons, véritables gargouilles projetant un fumet puissant vers ses narines qu’il ne peut refermer. Il n’y a pas de muscles à clapets aux narines. Pauvre homme.

Trop embarrassées désormais pour lui acheter quelque chose, nous sortons comme deux malpropres et nous dirigeons vers Central Park (en passant dans la Trump Tower, oui oui lui aussi a eu ses effluves au passage !) et, au bout d’une vingtaine de minutes de marche, entrons dans le petit zoo, nous imaginant que comme nous avons bien inspiré et expiré pendant la marche, ça devrait aller, maintenant

Mais quand nous avons demandé à un aimable monsieur de faire cette photo de nous deux… nous avons bien vu que non, il ne croyait pas que ça provenait de chez l’ours blanc ou des outres, cette odeur… et voilà… la vérité derrière ces sourires au puissant arôme….