Faire les courses, c’est pas zen du tout

Ecrit pour Pulp.com le 10 mai 2009

 

Bon, on a beau dire que les supermarchés ici sont bien plus grands que ceux qu’on a en Europe, que les allées sont bien plus larges, qu’il y a bien plus de caisses, et tout et tout et tout… c’est plus abominable d’y faire ses courses que d’aller chez l’arracheur de dents.

Oui, les allées sont larges comme des avenues. Mais les charrettes, messieurs-dames, les charrettes, elles sont larges comme des moissonneuses batteuses. Et il y a les normales, celles pour handicapés, et, horreur des horreurs, celles pour que les chers petits ne s’ennuient pas pendant que maman bâille aux corneilles dans le rayon des céréales, son walkman vissé dans les oreilles, le large derrière s’animant avec candeur. Le mignon et insupportable bambin a droit à une charrette-train, ou charrette-voiture, que maman bloque dans les tournants car elle est toute à son rap et que déjà, son propre volume, dans les angles, c’est pas ce qu’il y a de plus facile à manœuvrer.

Il y a aussi les petites charrettes pour les futures mères de famille exemplaires, qui veulent déjà faire comme maman, et zigzaguent dans les allées. Qui sait pourquoi elles ne voient pas que juste devant, il y a mes mollets.

Les acheteurs, n’en parlons pas, ou plutôt si, je suis là pour ça : l’homme qu’on a envoyé faire les courses et qui confie ses angoisses dans son portable « Oui, je suis dans le rayon viande, oui vers le milieu… je ne vois pas de bœuf haché… oui je te dis que je suis là, good grief, mais il n’y en a pas.  Demander, tu me fais rire toi, il n’y a personne en vue…. » Les deux amies d’un certain âge qui font une promenade dans les rayons, et s’arrêtent quand leur conversation devient trop captivante pour faire deux choses à la fois. Elles se font alors face, et s’abandonnent au plaisir de cette « sortie » sans aucune attention pour les hm hm qui retentissent derrière elles. La madame chats qui prend et re-dépose cent fois les boîtes de Friskie, le regard soucieux. La très grosse dame en collants, les seins appuyés sur l’avant de son chariot rempli de farine à crêpes et de bouteilles de coca, plus une série de macaroni and cheese pour faire bonne mesure pour la semaine…

L’organisation, j’en ai déjà parlé, c’est un peu selon l’inspiration du moment. Le magasin ouvre en général avec des rayons vides, et on remplit pendant la journée. Vous avez vraiment envie de ce paquet de riz arborio ? C’est dommage, car un wagon de paquets de yellow rice ou dirty rice bloque l’accès, et le préposé est dissimulé derrière les plantes de jardin pour implorer sa belle de ne pas changer les clés de l’appartement, qu’il ne le fera plus jamais.

Les caisses, oui, il y en a bien plus. Mais elles ne sont pas en fonction. Les caissières ont des tatouages, des ongles de mandarins, des vis dans le nez et le menton, et semblent assoupies. Ce qui est amusant, ce sont celles qui viennent du même coin, et qui se parlent d’une caisse à l’autre en haïtien ou nigérien, et là, elles s’animent, rient, et oui, c’est un petit cadeau que ces langages ensoleillés quand on est sur le point de, enfin, sortir de ce lieu dantesque, le super-marché….

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