L’été indien

Publié dans Pulp.com le 31 mai 2009

 

L’été indien

Non, je ne suis pas en avance. Je parle de l’été des Indiens, les vrais, les Sioux, les Poncas, les Chickasas, les Kiowas, les Crees, les …. Bon, il y en a trop. Enfin, façon de parler, on n’a pas laissé grand chose, mais je voulais dire qu’il y a beaucoup de tribus, et que malgré tout, la Nation Indienne se repeuple au mieux, ayant survécu aux enlèvements multiples d’enfants dans les années ’60, enfants que l’on faisait adopter par des familles blanches où ils seraient bien mieux, et surtout, élevés en blancs.

Parler des conséquences terribles de cette oeuvre de bien prendrait trop longtemps, et n’est pas le sujet de mon article. Ils ont aussi survécu aux multiples et mystérieuses naissances d’enfants mort-nés lorsque les jeunes femmes allaient accoucher à l’hôpital, et en revenaient seules. Ils essayent aussi de survivre au génocide administratif du Nouveau Mexique qui dit que tout enfant né de mère indienne mais de père inconnu est considéré à moitié blanc. En quelques générations ils sont tout à fait blancs et perdent leurs droits tribaux.

Ils se portent mieux, et leurs enfants sont, comme autrefois, la semence de la tribu. Et ils s’égayent, le temps de l’été, sur la route des pow wow avec leurs parents. Parents merveilleusement vêtus de peaux ou de satin, de perles, de plumes, décorés de dents ou queues de cerfs, de cônes de métal, de têtes de loups, de carapaces de tortues, et de toute la beauté de leur race.

Oubliés, le temps des pow wows, la pauvreté, le chômage, l’alcoolisme, les familles détruites, l’obésité et le diabète. Quand ils dansent, ce sont tous leurs ancêtres qui s’expriment par eux, et c’est toute la splendeur de leur culture d’hommes libres qu’ils nous laissent entrevoir. Le cérémonial est strict, ainsi que le respect envers tout. Dans le ciel, des buses à queue rousses et des faucons tournoient, bénissant la fête de leur présence. Les effluves du pain frit, du ragoût de caribou ou du chili de bison ondoient dans l’air comme une soie gonflée par le vent. Les danseurs deviennent l’esprit de l’herbe, du chasseur, de la proie, du tueur, du vent, perdus dans cette nouvelle identité.

Ceux qui ne dansent pas s’asseyent et conversent en silence. Oui, ils parlent peu mais se sourient, ou ont un bref éclat de rire étouffé, leur bavardage est tout en pensée. Les petites femmes Apaches ou Comanches, brunes comme du pain d’épice, sont troublées par les grands Crees pâles aux cheveux bruns nattés. Les hommes autour du tambour, dans des vestes de jeans et un peu trop d’embonpoint, les yeux cachés derrière des lunettes noires, lancent leur chant aigu pendant qu’ils font battre le cœur de notre mère la terre. C’est un été nomade, trois mois emplis du pur bonheur de faire partie de la race, du secret, du refus de se perdre.

C’est l’été indien, ma saison préférée.

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