Millie a un ange gardien

Cet article a d’abord été publié sur mon premier blog le 19 avril 2008. Millie était dans ma vie depuis un an à peu près…

Du lointain passé de Millie, nous ne savons rien. Ou nous savons ce que nous pouvons conclure d’après son comportement. Elle a sans doute été séparée du reste de la nichée assez tôt car elle ne savait pas comment on joue avec les autres chiens. Et, chiot bien solitaire, il semble que les humains ne jouaient pas non plus avec elle, car à part dépecer de vieilles liquettes et chaussures avec une joie évidente, elle ne jouait pas du tout. Si on lui lançait une balle ou lui donnait un jouet, elle nous souriait poliment avec un regard disant clairement: « Ça t’amuse, ça? ». Pendant longtemps le moindre bruit de chute d’objet ou une hausse de voix l’envoyait se terrer aussi loin que possible, et la vue des couteaux de cuisine la pétrifiait.

Nous savons aussi qu’elle vivait en Virginie, Etat où, malgré un nom romantique, on n’est pas du tout tendre avec les animaux. Un chien est en général un chien de combat, d’élevage, ou de chasse. Et on tire à vue sur les chiens errants, ou sur une chienne de race incertaine qui attend une portée. Elle avait peur des groupes d’enfants et des adolescents. Peur ? Non… elle en était absolument terrorisée! Elle en faisait pipi d’effroi. Une de ses pattes arrière est un peu de travers (cassée?), il y a une coupure nette de 4 cm sur son cou (couteau?), et sa tête entière est constellée de petites blessures où le poil ne repousse plus. Sur le haut de ses cuisses, deux durillons durs comme du cuir : maigre au point que ses os saillaient, elle n’avait vraisemblablement que du ciment ou du carrelage pour s’asseoir.

Et un jour, elle a été attrapée au filet par la fourrière. Enfuie? Abandonnée? Chassée? Peut-être, car elle attendait une portée de petits. Les bonnes âmes ne manquent quand même pas dans ces Etats aux moeurs rudimentaires, et il y a des organisations tenues par d’incorrigibles ennemis de la souffrance, dont les membres visitent régulièrement les fourrières, identifiant les chiens ou chats les plus beaux, gentils, jeunes… Adoptables, en somme! Et par le premier premier coup d’ailes de son ange bienveillant, Millie a été considérée comme une bonne candidate au bonheur, sauvée in-extremis la veille de ce qui devait être son dernier jour. Son sauveur l’a ensuite confiée à une « maman d’adoption » provisoire, le temps de s’assurer de ses qualités ou défauts, de l’habituer à une relation sociale avec les humains, et pour elle de mettre au monde ses petits. Sept petits, plus deux mort-nés, ce qui était énorme pour une chienne aussi jeune. Elle a pris soin d’eux avec beaucoup de dévouement nous a-t-on assuré, et l’organisation a mis sa photo et celle de ses petits sur le web. Millie s’appelait alors – oui, on est du sud ou pas… – Dolly Roma ! Et c’est un refuge du New Jersey qui par un coup d’ailes de l’ange vigilant, avait de la place et a décidé de la prendre. Une fois ses petits adoptés, on l’a chargée dans une voiture, et elle est arrivée à South Orange.

Par hasard, nous cherchions un chien au caractère calme pour ne pas traumatiser nos 5 chats. Et nous avions vu en ligne la photo d’un certain Bodie, un jeune chien roux et blanc, qui avait été maltraité et avait peur de tout. Il fallait, disait la fiche qui accompagnait la photo, lui rendre confiance. Parfait, pensions-nous, il ne claquera pas férocement des dents devant nos félins qui n’auront donc pas à lui apprendre que les maîtres, ce sont eux ! Mais Bodie, depuis la photo et sa fiche signalétique, avait été outrageusement gâté au refuge, et ce n’était plus la confiance en lui qui lui manquait, que du contraire! Nous imaginions déjà nos chats passant devant nos yeux en hurlant, missiles hérissés fendant l’air de haut en bas et de gauche à droite. Et un Bodie au nez labouré. À notre consternation devant cette heureuse métamorphose pour lui, certes, mais trop miraculeuse pour nous, quelqu’un a alors suggéré: « Et si j’allais chercher Dolly Roma? Elle a la même couleur, et aime les chats! » On nous spécifia qu’elle venait d’arriver et avait passé la nuit dans la cat room !

Et on nous l’amena. La tête basse, le regard las, le bout de la queue s’agitant par politesse mais sans entrain. Le poil clairsemé et triste. Des croûtes partout, des tiques séchées accrochées ça et là. Les mamelles enflammées. De longues stries de sang sur les pattes et les oreilles. L’air d’avoir 15 ans au moins. Et une gratouille non-stop. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! À côté de Bodie, elle ne payait pas de mine, pas du tout ! Je m’informai de ses croûtes et une des bonnes âmes volontaires du refuge me dit que c’était une simple allergie, que ça allait partir tout seul avec du bénadryl. Une autre nous dit sans frémir qu’il s’agissait de la gale, mais pas la contagieuse. Un peu consternés nous l’avons prise quand même. Elle avait certainement besoin de reprendre confiance, elle! Pour la modique somme de $250 on nous a « donné » Dolly-Roma, son collier, sa laisse, trois bouteilles de shampoing pour chien à l’avoine, et trois capsules de bénadryl, plus une ristourne pour la faire stériliser.

Elle sentait mauvais, la pauvre, le chenil, la maladie de peau, la crainte aussi sans doute. La voiture empesta au bout de deux minutes. Elle n’avait pas voulu y monter, et une fois arrivés chez nous, elle refusa d’en descendre. On a dû la porter. Indifférente à un destin qu’elle n’avait jamais contrôlé, elle se grattait. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Les chats étaient scandalisés. Indignés. Seul, Zouzou s’approcha aimablement, curieux de cette étrange chose à l’odeur prenante et aux moeurs mystérieuses, et ils se reniflèrent. On installa la cage dans notre chambre à coucher, pour qu’elle ne se sente pas seule. Mais j’étais pensive : cette odeur allait-elle pénétrer la garde-robe, nos vêtements, nos cheveux à la manière d’un feu de bois – mais sans son charme?

Lorsqu’on voulut la sortir pour promener, convaincus qu’elle allait adorer ça, elle prit l’air d’une condamnée à mort. Elle ne voulait pas quitter la maison. Elle consentit à peine à faire quelques pas vers la gauche, puis quelques pas vers la droite, refusant de quitter la maison des yeux. Elle voulait avoir un endroit où elle allait rester, qui serait chez elle. Une fois cette « promenade » terminée elle manifesta enfin de la joie en sautant sur la porte. Maison, enfin!

Elle mangeait bien, mais ne cessait jamais de se gratter. Scratch scratch scratch! Scratch scratch scratch! Elle ne dormait pas, et nous non plus. La cage vibrait de tous ses barreaux du soir au matin. Ses oreilles et ses pattes saignaient, lacérées par ses griffes. Le bénadryl ne faisait rien, et nous, nous n’avions pas de valium! On réalisa aussi qu’elle n’entendait pas bien.

Finalement, après plusieurs visites, analyses et soins ruineux chez le vétérinaire (d’où son nom de Millie car elle nous coûtait des mille et des mille…) on a découvert qu’elle n’avait ni la gale ni une banale allergie. Sa thyroïde ne fonctionnait pas bien, et deux petites pilules bleues par jour – à vie! – firent merveille. Elle avait une infection dans les oreilles qui les bouchait ou presque, et un nettoyage régulier lui a rendu une ouïe d’Apache. Et elle ne put désormais manger que de la nourriture spéciale au poisson et pommes de terre. Ceci dit, je me le demande un peu car c’était, en promenade un aspirateur à crasses et les chats n’avaient pas le droit d’hésiter une seconde devant leur Friskie que Millie avait décidé pour eux.

Onze ans plus tard – et quelques milliers de dollars de moins – c’est une vieille demoiselle de treize ans environ, assez réservée au calme distingué qui sait cependant qu’elle peut se permettre l’une ou l’autre impertinence de temps à autre. Elle a gardé sa terreur des groupes d’enfants, mais les aime s’ils sont un par un. Elle s’entend avec les chats, n’ayant pas contesté le fait qu’ils sont les maîtres, et leur demande même de jouer avec elle. Cependant, ils ne comprennent pas les règles du jeu et se contentent de se dresser sur leurs pattes arrières et de frotter amoureusement leurs moustaches contre ses babines. Elle sent bon « le petit flocon » d’avoine, son poil est luisant.

Plus jeune elle adorait se promener pendant des heures dans les forêts, regarder les biches qui s’encouraient, les dindons sauvages qui mangeaient sur notre balcon, la marmotte qui vivait en-dessous du même balcon et y avait chaque année ses petits. Maintenant elle dort le plus clair de son temps – on la surnommait Couch Potato, ou paresseuse de divan – et sort au petit trot comme une vieille. Elle a pour voisines des vaches et la campagne.

Ses peurs se sont estompées. Elle ne sait pas combien de hasards bienveillants se sont donné le mot pour qu’elle soit cette petite chienne aimée au destin sans surprises.

Le sauvetage d’un vieux carcajou

Le castor (mon ex-mari) et moi roulions sur une route encore encombrée par la neige, à la tombée du jour. C’était janvier ou février 2011, un gros hiver nord-américain de plus qui s’éternisait. Cinq heures quinze, la sortie des bureaux. Et à un carrefour nous retenons un cri d’horreur : une petite chose tremblote et vacille là devant nous, indécise sur où aller, encerclée de voitures dont les phares semblent la darder. Petit comme un chat mais plus court. La tête d’une chauve-souris aveuglée.

C’est un vieux chihuahua qui a l’air en larmes et au bord de la crise de nerfs, ses gros yeux globuleux nacrés par la cataracte.

Je sors de la voiture pendant que Castor provoque un embouteillage et cherche à se garer. Le chihuahua n’écoute que son courage et fonce en avant, à l’aveuglette en plein milieu de la rue, moi derrière. Il trottine, pétrifié de frayeur et de froid, car il gèle (ah ! ces hivers de l’Amérique de la côte est…). En face de nous, une ambulance débouche à vive allure mais heureusement mon expression de tragédie grecque attire l’attention du chauffeur qui ralentit et nous évite. Finalement, le petit chien est acculé contre le seuil d’une maison, encerclé de congères de neige avec comme seule issue l’allée nettoyée où cependant s’avance vers lui un monstre certainement sanguinaire.

« Ne bouge pas, je m’en occupe ! » me dit vaillamment le castor – le monstre sanguinaire – qui aime être le divin sauveur. Comme si ce petit machin était un dangereux carcajou… Car il faut bien admettre que oui, effrayé il montre ses quenottes jaunies en poussant des cris aigus. Yip ! Yip ! Tremblez, je ne me laisserai pas faire ! Je ferai des lacets et des banderoles de vos mains, je broierai vos doigts sans pitié, je… Une passante sympathisante pour ce drame urbain s’arrête près de moi, et nous frissonnons de concert, le nez violacé et le visage cryogénisé. « Mais qu’il le recouvre donc de sa veste et l’attrape, ce chien va mourir de froid » me dit-elle. De nos voix féminines, claquant des dents, nous suggérons ce bon plan au castor qui fait la sourde oreille car le défaut du plan est qu’il ne vient pas de lui. Il compte séduire le carcajou, et lui explique qu’il ne lui veut pas de mal, qu’il ne souhaite que son bonheur. Yip ! Yip ! Je me délecterai de ton sang, lui répond l’animal terrifié.

Il commence à faire noir. Et enfin, Castor se rend à l’évidence et capitule, le visage violacé lui aussi : oui, avec la veste ça devrait marcher ! Et ça marche. Il empoigne le paquet qui retentit de Yip Yip, et lui dit amoureusement « I love you, don’t be afraid ! ». La dame me regarde en coin et me murmure en riant je parie qu’il vous le dit avec moins d’emphase, non ? et nous avons un regard plein de cette merveilleuse connivence que savent avoir les femmes ….

Nous voilà donc dans la voiture avec l’animal grelottant qui laisse entendre une sorte de ronronnement assez bizarre. Son haleine est remarquable aussi, et avec le temps qu’il fait, on ne peut pas ouvrir la fenêtre. Nous allons au chenil de la ville et trouvons porte de bois. A la police, nous laissons à un flic morose notre nom et numéro de téléphone au cas où quelqu’un chercherait le chien. Que nous ramenons chez nous, presque asphyxiés par le souffle qui sort de sa petite gueule béante.

carcajouIl a peur des chats, du chien, et refuse absolument de rester seul. C’est dans les bras ou sur un coussin tout tout tout près de nous. Si on lui refuse quelque chose, Yip yip yip je me plaindrai ! Salauds ! Autant me laisser crever dans la rue si c’était pour me traiter comme ça. Je suis traumatisé, moi, il me faut des soins et de l’amour, comme Charlebois, de l’amour, de l’amour ! Il a même eu quelques gros mots assez surprenants pour un petit chien de luxe qui venait d’un quartier huppé. Mais les tympans percés, nous avons cédé à ses exigences, et il faisait aller sa queue, parfaitement satisfait. J’ai mis sa photo sur internet, envoyé des mails au chenil et chez le vétérinaire le plus populaire de la ville, et nous avons prié pour que le lendemain nous puissions rendre le carcajou à ses maîtres éplorés. Castor m’a dit « pour une nuit, laisse-le monter sur le lit, il se sentira aimé ».

Ah qu’il a aimé ça, le pauvre petit être éploré. Il a regardé le castor avec une haine farouche, a grogné, s’est couché contre moi et a clairement dit : dehors ! C’est mon lit et c’est ma madame. Castor, mortellement vexé, a du aller dormir en haut…

Et heureusement, c’est une histoire qui finit bien : le lendemain nous avons su que Bambi (vu son caractère je l’aurais appelé Terminator ou Chucky), 14 ans, avait quitté son domicile la veille vers 15 heures et était missing in action. Ouf ! Mais je me suis sentie bien protégée, moi, avec le carcajou…

Un visiteur dans la neige…

Mon ex-mari et moi aimons les animaux, ce n’est plus un secret. Il y a plus d’une dizaine d’années maintenant, nous avions une imprimerie. A l’arrière, une de ces ruelles qu’on appelle « coupe-gorge » passait entre d’autres commerces et débouchait sur un parking et la courette d’un garage. C’est là, entre les vieux pneus éventrés, batteries rouillées, morceaux de carrosseries, jantes cassées, briques, grillage envahi de liserons qu’une colonie de chats survivait. Olgo, Tommasina, Voyelle, Annie, Lolo, Mini-Olgo et bien d’autres venaient, silencieux et furtifs, manger le repas quotidien que nous leur servions dans la ruelle. Parfois quelqu’un manquait à l’appel, et on le regrettait, on pensait à lui, on avait le coeur gros. L’hiver on leur dégageait le passage à la pelle, ou on leur apportait le repas derrière une congère du parking, sachant qu’ils avaient trop peur pour manger à découvert. Témoignage d’une rage de vivre, leurs traces de pas dans la neige nous remplissaient de tristesse.

Nous avions sympathisé avec Maree, serveuse dans un diner de la route 46 qui, chaque nuit avant de rentrer chez elle, leur apportait des restes. Elle en avait même adopté quatre. Nous, nous avions eu Teeshah et Fifi dans un refuge, et capturé Voyelle (qu’on avait cru être un Voyou avant d’y voir plus clair…). C’était plus qu’assez.

Mais un jour d’hiver cruellement froid, alors que nous pleurions la mort de Lolo que malgré nos bonnes résolutions nous avions attrapé afin de l’adopter pour hélas découvrir chez le vétérinaire qu’il avait le sida, Maree nous a informés d’un nouveau-venu, un jeune chat noir très amitieux qui lui faisait du charme en disant avec les yeux, selon elle, « Take me, take me! » Il avait un oeil légèrement voilé. Elle lui avait installé une boîte en carton avec un trou sur le côté et des lainages à l’intérieur. Bien sûr, mon mari est allé voir le jeune félin qui, juché sur une vieille batterie de voiture, miaulait un chant de séduction comparable à celui de la Lorelei.

Il n’y résista pas plus d’une nuit blanche d’hésitations. Il faut dire qu’elles étaient froides, ces nuits-là! Moins 20 degrés, et venteuses…

Un peu inquiets quant à la méthode pour l’attraper – Voyelle m’avait coûté trois jours d’hôpital après m’avoir mordue, et Lolo nous avait fait faire un rodéo dans l’imprimerie – nous sommes allés à sa rencontre avec une boîte à chat ouverte dont s’échappaient les effluves de Friskies au filet de boeuf en jus, et … hop!, il y est entré d’un seul élan en pensant « Je vous ai bien eus, maintenant vous me gardez! »

Le rendez-vous chez le vétérinaire nous a appris qu’il avait la leukose du chat. Voulions-nous le supprimer comme Lolo? Noooon, nous le pleurions encore, Lolo, pas question, on allait voir… Il avait aussi des puces, des vers, une sale toux et deux testicules ne demandant qu’à servir. On l’a débarrassé du tout et il est resté deux mois dans l’imprimerie, pour habituer graduellement nos trois chats à cette nouvelle odeur que nous ramenions avec nous et voir comment évoluait sa santé. Le week-end, j’allais passer plusieurs heures avec lui (notamment à la rédaction des Romanichels!). On lui laissait le chauffage.

Et bien souvent… on le surprenait qui grattait sous la porte donnant sur le coupe-gorge, reniflant un visiteur assidu. Quelqu’un lui rend visite, pensions-nous, tristes pour lui et son fidèle ami.

Au bout de ces deux mois, Zouzou – il s’était gagné un nom! – était rétabli et comme j’avais lu que la leukose du chat ne menaçait pas les chats adultes en bonne santé et pouvait même disparaître, il a fait son entrée officielle chez nous. Dans une fanfare de farouches feulements et chants de gorge. Mais les démonstrations de force et virilité entre Teeshah et lui finirent par se calmer, et nous pûmes nous abandonner au plaisant sentiment d’avoir fait une bonne action. Mais quatre, c’est vraiment le maximum disions-nous avec conviction.

C’était compter sans Maree. J’étais en Belgique, ayant laissé derrière moi quatre chats et un mari seul, innocent et influençable. Et Maree, paniquée, lui donna un coup de fil: Annie, la petite chatte – seule survivante du parking, fille de Tommasina et soeur de … Voyelle! – n’avait plus où aller et passait de sous une voiture à l’autre, terrifiée. Apparemment le garagiste avait mis de l’ordre dans sa courette et l’avait délogée. Son dernier petit avait disparu, sans doute dévoré par le raton-laveur qui maintenant mangeait aussi ses repas. Et alors que depuis des années elle fuyait les trappes que Maree et d’autres âmes charitables plaçaient pour tirer ces malheureux chats d’affaire, elle avait consenti, à bout de forces, à s’y laisser prendre. Maree l’avait fait stériliser mais ne pouvait la garder.

Et c’est ainsi qu’à mon retour de Belgique il y avait un nouveau « chat sauvage » (Annie et Voyelle étaient nées sauvages et n’avaient jamais eu de contacts avec les humains, mais leur mère Tommasina, très douce et caressante, fut adoptée à Boston). Isolée dans une pièce, tapie sous le radiateur, le regard fou, si maigre et affaiblie qu’on la voyait littéralement mourir jour après jour. Il fallut l’endormir pour la porter chez le vétérinaire. Un autre que le premier qui aimait trop l’euthanasie à notre goût, et nous ne pouvions oublier Lolo. Cette fois nous allâmes chez « le » vétérinaire qui passait pour la réincarnation de Saint François d’Assise, le docteur Cameron. Un vétérinaire qui donnait des bisous à ses  patients et dépensait tous ses revenus à aider les chats abandonnés. Un saint je vous dis.

Alarmé de son état – elle n’avait plus aucune masse musculaire! – et conquis par notre esprit chevaleresque (il est vrai que personne n’aurait trouvé Annie mignonne et attachante à ce stade-là!) il nous a fait une grosse ristourne sur un traitement qui, malgré tout, restait bien cher. Mais Annie se mourait de bartonella.

annie-fourmiPeu à peu elle s’est remise, circulant furtivement de sa chambre à la cuisine où se trouvaient la nourriture et la litière. On devinait une ombre grise le long du mur, on n’avait jamais le temps de la voir. Elle était si menue qu’elle ressemblait à une fourmi, avec son petit visage triangulaire et grave. Sa queue avait l’épaisseur d’un ver de terre…

Les autres n’y avaient porté aucun intérêt tant qu’elle était mourante et isolée, mais bien vite une chose devint évidente: Zouzou et elle s’adoraient! C’était à qui lècherait l’autre avec le plus d’amour. Elle se comportait en mère avec lui, et lui en gamin espiègle, jouant tendrement pour finir par s’exciter et dépasser les bornes, se méritant alors une bonne rouste.

Le visiteur nostalgique dans la neige, c’était elle…

annie-et-zouzouBien nourrie, bien soignée et surtout, le coeur au paradis pour avoir retrouvé son « fils adoptif », elle s’est littéralement épanouie. Elle devint vite une petite grosse, jouette et extrêmement intelligente, d’une mauvaise foi crasse en ce qui concernait son galopin de fils. A deux ils tendaient des embuscades au pauvre Teeshah pour lui piquer sa place préférée au soleil, et quel que soit l’acte sournois de ce flibustier de Zouzou, elle lui donnait son soutien inconditionnel. Elle a reconnu sa soeur Voyelle aussi, après deux ans de séparation, mais de natures différentes elles s’occupaient peu l’une de l’autre.

Pour qui se le demanderait, aussi bien Voyelle qu’Annie ont utilisé la litière immédiatement, ce qu’on dit « impossible » pour des chats nés sauvages. De plus, Annie avait été en contact avec Lolo qui avait le sida et Zouzou qui avait la leukose du chat (qu’il n’avait plus!), et elle-même n’avait aucune de ces maladies.

Quant à Zouzou, la tache laiteuse qu’il avait à l’oeil ne l’a pas gêné pendant cinq ans, et puis soudain les choses ont mal tourné et il fallu l’énucléer. Mais il est resté un impitoyable chasseur de tamias, geais bleus et lapereaux, et débordait toujours d’amour pour Annie.

zouzin

Il est mort le 24 décembre 2016 au petit matin, et sa maman adoptive Annie n’ira plus loin non plus, une vieille dame de 16 ans qui a passé ses premières années dans la rue et est maintenant percluse de rhumatismes, plus une allergie récurrente qu’on ne peut soigner qu’à la cortisone. Mais sans nous… elle serait morte en 2005…

Les animaux de compagnie ne sont pas « que » des chats, chiens, perruches etc… Ils ont leurs affections, leurs violences, leurs courages, leurs gourmandises, leurs peurs, leurs générosités. Et chacun d’entre eux a, pour qui les aime, le privilège d’être unique, et laissera une trace unique.

Animaux, chers compagnons….

Lovely Brunette aimait les animaux, et il n’est donc pas étonnant que nous n’ayons pas conçu la vie sans eux. On avait des chats – à une époque où on s’en occupait bien peu et les pauvres mouraient les uns après les autres du typhus ou écrasés – dont Pou, Ticheliche, Minette, Bijou, Pompon, Donald, Poussi-poussinette-enfant-de-Paris (oui… c’est peu discret, mais elle s’en accommodait bien), Pepsy-chou… Des chiens, toujours. Nana (Kiddy avant qu’on la rebaptise), Petit Moïse, mort de la maladie de Carré à mon grand désespoir et remplacé par son frère Poupet (qu’on appelait parfois Mimile bien qu’il ait été couronné d’un pédigrée assez usurpé dans son cas, la maman ayant eu des faveurs pour un chien d’une autre race), Mémé (Bari avant qu’on ne l’affuble de trop d’autres noms mais il les a tous compris et adoptés), Fofo (on ne saurait expliquer comment de Twist on est arrivés à Fofo) Flay-Flay (qui est mort trop jeune, dans mes bras et sous mes yeux horrifiés, avant qu’on ait eu le temps de changer son nom…), et aussi Belle, une magnifique chienne perdue qu’on avait récupérée mais que ses maîtres sont venus rechercher. Larmes de tous les côtés : la chienne pleurait de soulagement, les maîtres de joie, et nous d’arrachement.

On avait des poules et des pigeons, et des lapins. Bizarrement rien de tendre n’exista jamais entre les lapins et nous, je les regardais d’ailleurs dépiauter sans émotion, simplement curieuse. Par contre j’aimais les poules – nous avions surtout des Sussex toutes pareilles à mes yeux, et Lovely Brunette me disait que celle qui « se laissait attraper » était « Suzette ». J’ai dû manger plus d’une Suzette au curry et en bouillon, mais ne le soupçonnais pas. J’ai aussi fièrement appris à mes petits canetons – achetés de mes deniers ! – à… nager dans une bassine ! Ils en avaient peur au début puis ont vite compris. Je me sentais une âme d’institutrice pour canards. Ils sont devenus grands, et j’adorais les prendre contre moi, les serrer, leur embrasser la tête.

Avec mes canetons

 

Parmi les pigeons, nous avons surtout aimé « Pigeonnette » qui a eu une triste fin, massacrée à coups de becs par les autres pigeons… Nous l’aimions particulièrement : son infâme mari l’avait abandonnée et elle guettait le ciel en vain, je t’attendrai à la porte du garage, tu paraîtras dans ta superbe auto… et non, jamais il ne revint. Nous avons alors eu la mauvaise idée, bien innocemment, de lui acheter de la compagnie et lui avons imposé deux couples de pigeons, qui l’ont massacrée. Nous en avons été mortifiés, car nous étions responsables de l’erreur…

Il y a naturellement eu les chevaux, et une ânesse.

Mais nous avons aussi eu des poissons rouges, dont nous ne nous occupions pas vraiment, nous les voyions un peu comme des objets vivants et rien de plus, une souris blanche que l’on avait surnommée « Gros Pète » et qui n’a pas vécu très longtemps il me semble. Mais je l’aimais beaucoup malgré son gros pète peu attirant. J’aimais, elle aussi, la caresser et l’embrasser. En ces temps bénis on ne pensait pas que nous allions devenir un élevage de germes et parasites en vivant près des animaux… Nous avons eu des canaris, des bengalis, des perruches. Un perroquet, Jacquot.

Quand on a commencé à vendre des crocodiles (des bébés), nous en voulions un. Il mesurait 5 cms et nous n’imaginions pas qu’il allait grandir et grandir. Ma mère a dit « bon, si la femme de ménage accepte de venir le nourrir pendant les vacances, on en prendra un ». Heureusement, la femme de ménage n’avait pas l’intention de le nourrir un jour de sa personne et si le malheureux est certainement mort très misérablement, ce ne fut pas chez nous…

Quand nous avons eu la télévision une de nos émissions favorites fut bien entendu « Le jardin extraordinaire » et nous éclations de rire en lisant le générique : Arlette Vincent et Edgard Kesteloot présentaient avec la contribution de Marise. Marise était une héroïne, une trompe-la-mort sans égal. Tarzan l’aurait voulue comme épouse. Et elle aurait peut-être considéré sa demande vu sa qualité d’homme-singe. Car c’était Marise qui arrivait sur le plateau tenant la main d’un gorille, un condor appuyé sur le bras, un boa enroulé autour du cou, accrochée à un aigle qui cherchait à l’emporter dans les airs, laissait courir des mygales sur ses avant-bras et voler des chauves-souris dans ses cheveux, sans jamais perdre son sourire.

Ah, Marise et Suzette…

« Qui aime les bêtes aime les gens »…

Ma mère répétait ce vieil adage, parfois avec brusquerie quand elle voulait démontrer l’esprit néfaste d’une personne. « Elle n’aime pas les animaux ». Et curieusement j’ai constaté que les animaux « sentent » aussi les effluves du cœur intime des gens. Je suis toujours extrêmement flattée lorsqu’un chien ou chat que je ne connais pas veut m’approcher ou me renifler. C’est une sorte de test que je suis satisfaite de passer sans fausse note.

La dame à l'hermine - Léonard de Vinci

La dame à l’hermine – Léonard de Vinci

 

Oriana Fallaci raconte qu’Hailé Sélassié avait un chien infaillible qui reniflait les journalistes venant le rencontrer, et qui, suivant sa réaction, allait donner le signal pour accueillir ou fermer la porte.

 

Il ne s’agit pas ici des gens qui ne savent pas fermer leur porte – ni leur portefeuille – à un animal en détresse, vite suivi de tous ses frères et sœurs et semblables, pas plus que je ne cherche à condamner qui n’a pas d’animal de compagnie pour ses raisons personnelles. Ce serait à la fois facile et injuste. Je ne m’étendrai pas non plus aux combats contre la corrida, le braconnage des gorilles dans les montagnes Virunga, le massacre des dindons et agneaux lors des fêtes allégoriques ou religieuses.

 

Non. Je mange de la viande, même si pas beaucoup, mais je l’apprécie, et si je pourrais sans doute m’en passer, je n’y tiens pas…

 

Je parle simplement de ceux qui ne voient en les animaux que des choses animées, juste bonnes à être mangées, utilisées, exploitées, négligées, brutalisées ou éliminées parce qu’il n’y a pas assez de place. Parce que ce ne sont « que des bêtes ».

 

Sans le respect pour l’animal, on n’est pas un être humain enclin à la bonté. Il n’est pas nécessaire de vouloir caresser tout ce qu’on voit, ni de leur parler, ou d’en « posséder », mais tout simplement d’être sensible à la beauté d’un plumage, d’un œil luisant ourlé de longs cils, de mimiques et attitudes, d’ingéniosité, de majesté sauvage. D’être touché par la grâce d’une existence si complète malgré l’absence du langage des mots, de l’écriture, de la notion du temps en découpages précis. On ne peut pas les sauver tous, on ne peut avoir de l’attirance pour tous (personnellement, les requins ne me donnent pas envie de « faire doudouce »)… mais ils sont là et leur perception est sensible, intelligente. Et quand ils nous « sentent » sans grogner ou s’enfuir… c’est une vraie consécration à mes yeux. Décorée de l’ordre du vieux chien ou du chat attention il est imprévisible

 

L’indifférence au monde animal, la dissociation, correspondent à une indifférence aux autres humains aussi. Et là, ma mère avait raison avec son adage venu des campagnes …

Le petit zoo d’amour de l’Avenue de Spa

Lorsque j’étais petite (on ne va pas chicaner sur le nombre d’années que ça représente), l’avenue où j’habitais bénéficiait encore des privilèges de la campagne. On avait le potager, le poulailler et le pigeonnier au fond du jardin. Poules, canards et lapins étaient nos compagnons de caresses et puis de table. On nous cachait naturellement, à nous les enfants, que nous mangions Suzette au curry ou Jeannot Lapin en sauce chasseur, nous assurant qu’il ou elle était, nous le voyions bien, en train de savourer des délices dans la basse-cour… Par chance, ils se ressemblaient tous et nous comptions peu car ils ne tenaient pas en place, n’est-ce pas!

Kiddy et Pou

Kiddy et Pou

On avait aussi un chien, parfois deux, et un ou deux chats. Kiddy (devenue Nana), Moïse (devenu Monsieur Poupet), Flay-flay, Twist (devenu Fofo), Bari (devenu Tchoupy et bien d’autres choses), Minette,  Pompon-l’amour, Pepsy-chou, Ticheliche (I, II, et III, une dynastie), Poussy-poussinette-enfant-de-Paris, Pou, Bijou…. Et les autres.

Nous avions naturellement la cage avec des bengalis et canaris, puis des perruches. Le bocal avec les poissons rouges. Une souris blanche (« Gros pète »). On a même songé – et on s’est heureusement arrêtés là ! – à un crocodile que l’on trouvait si mignon.

Novembre 1955 - Kiddy et Minette

Novembre 1955 – Kiddy et Minette

21 juillet 1950 avec Kiddy

21 juillet 1950 avec Kiddy

Tchoupy

Tchoupy

Le cheval – il y en eut plusieurs : Chipie, Conquistador, Katya, Pépito… et une ânesse, très brièvement.

Je ne m’étendrai pas sur les invasions de puces et le traitement d’alors : le DDT dont on saupoudrait chiens, chats et tapis ainsi que nos poumons. Nous avons survécu. Et eux ont eu de belles et longues vies sauf les chats qui tenaient à traverser pour aller voir si la pitance était meilleure en face.

Monsieur Poupet

Monsieur Poupet

Pompon l'amour

Pompon l’amour

On apprenait bien des choses dans ces rencontres du monde animal et humain. On apprenait par exemple que la mort n’était pas une option, que l’amour et le chagrin ne rendaient pas ces compagnons éternels.

On apprenait aussi que la personnalité n’est pas à négliger et résiste au dressage, aux caresses et attentions. Chipie a voulu me ruer dans le visage un jour d’hiver, rendue très fofolle par le gel, et j’ai dû me réfugier dans l’écurie ! Joseph, le coq, mordait les mollets en criant furieusement. Pou s’est accroché des griffes à mes narines un jour que Sibylla l’avait posé sur ma tête pour m’en faire un chapeau : nous n’avons apprécié ni l’un ni l’autre et avons beaucoup hurlé. Twist m’a mordu le pied, il avait très mauvais caractère. J’ai dû sauver Tchoupy qui insultait quotidiennement Dax, le beau coolie argenté du voisin, lequel a foncé ce jour-là sur l’impertinent pour le remettre à sa place mais comme j’ai bravement soulevé Tchoupy dans mes bras, c’est mon bras qui a dégusté la fureur de Dax. Autres mœurs alors, le voisin est venu m’apporter des bonbons et demander s’il fallait payer le nettoyage de mon imper… et ma mère n’a pas dit que je serai traumatisée à vie et que Dax était un tueur d’enfants. Et on a continué à être les bons voisins qu’on avait toujours été.

Et les animaux que nous hospitalisions ? L’hirondelle tombée du nid à laquelle j’apprenais à voler dans le vestibule, nommée Péders. Elle est morte. Je n’avais pas la recette de pâtée idéale. La tourterelle à l’aile cassée que ma mère a soignée et libérée dans un bel envol réparé. On l’avait photographiée juchée sur l’épaule de mon frère. Les nichées de souris que je me refusais à voir mourir sans que j’aie joué les Florence Nightingale en leur donnant le biberon. Le lait de vache… les souriceaux le boivent mais c’est loin d’être une potion magique ! Je pleurais à chaque mort de ces petits êtres inconnus dont je prolongeais les souffrances sans le savoir…

Mais vivre avec des animaux apprend bien des choses…

Qui aime les bêtes

Le toutou à sa mémère …

Traiter ses animaux comme des enfants …

Ne vivre que pour ses animaux…

Qu’en est-il ?

Il y a des chiens que l’on prend pour ne pas parler tout seul quand la maison et la vie se sont vidées.

Ou pour que les enfants aient un compagnon de jeu différent avec lequel ils apprendront d’autres limites, d’autres plaisirs, d’autres moyens de communication. La responsabilité aussi, car cet immense pouvoir que confère une taille supérieure et l’aide d’objets matériels ne doit pas conduire à l’abus. Quelle leçon de patience, d’écoute, d’émerveillement. Source de joies intenses.

Et puis, parce la vie de ces compagnons se déroule plus rapidement, le passage de l’enfance à l’âge adulte puis aux années de grands repos qui préparent au départ appartient à la réalité.

Kiddy et Ticheliche

Combien de chiens et chats n’ai-je pleurés, et pourtant tous ces chagrins se sont adoucis jusqu’à devenir supportables, sauf pour certains dont l’absence me fait encore mal : Pompon, mort du typhus à un an et demi. Pendant des années j’ai rêvé que, comme ce jour bien triste et bien réel, je le voyais arriver du fond du jardin, vacillant et perdu, et me disais « je vais vite le faire vacciner contre le typhus et cette fois, il ne mourra pas ». Ou Capuchon que j’ai placé chez des amis en attendant de pouvoir le reprendre en Italie, ce qui n’est jamais arrivé. Il est mort de la leucose du chat, sans jamais avoir cessé de guetter le bruit de l’ascenseur, car Capuchon m’attendait.

Pompon-l’amour et Pepsy-chou

J’ai grandi avec des animaux. Ma mère les aimait et les respectait, proclamant sans ambages que qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens. Attention, on peut ne pas en avoir, mais les aimer. On peut en avoir et ne pas les aimer aussi…  Elle les aimait, comme des amis envers lesquels on avait des devoirs puisque nous avions fait la démarche de leur ouvrir notre maison, en leur demandant d’y mettre un peu de désordre et de spontanéité. Elle disait toujours « bonjour mon petit chien » aux chiens rencontrés en chemin, et je fais souvent la même chose sans y penser, ce qui en revanche donne bien à penser aux maîtres, croyez-moi ! Mon premier chien a été « Kiddy », un berger malinois rebaptisée Nana après que l’on ait vu Peter Panau cinéma et qui a dû me faire de la place car elle était dans la famille avant moi. C’est Kiddy qui m’a appris à marcher : ma mère l’a surprise, à l’arrêt à côté de moi dans le jardin, alors que je tentais de me mettre

Capuchon

debout en empoignant son collier. Puis, maternelle et patiente, elle faisait lentement le tour de la pelouse avec moi accrochée à son cou. On avait aussi le chat Ticheliche. Nous avons eu « Gros pète » la souris blanche, des poissons rouges, canaris, perruches. Jacquo le perroquet. Ont suivi dans ma vie les chiens Flay-flay, Bari, Moïse, Poupet – pas bien beau mais adorable – , Twist et enfin Millie. Les chats Pou, Minette, Pepsy-chou, Zazou, Poussinette, Bijou, Fritz, Marie-Salope, Salomé, Saxophone, Pompon, Mirliflore, Jérémie, et ceux que j’ai maintenant.

Jamais je ne les ai pris pour mes enfants, ni n’ai même pensé qu’ils m’appartenaient. Ils sont, pourtant, des membres de la famille considérés et souvent évoqués.

Et ma vie est constellée de souvenirs qui pulsent encore en moi et dont ils furent les acteurs : le baiser de Faline, la jument de ma mère qui lui prenait un sucre d’entre les lèvres avec la douceur d’un souffle, Pompon qui s’endormait dans mes bras en tétant le lobe de mon oreille, Flay-Flay mort dans mes bras – ah, ce poids mort que je ne comprenais pas ! – Bari aveugle qui s’enfuyait encore du jardin et faisait le tour du quartier par cœur et à l’odeur, Pou s’accrochant à mon nez et m’arrachant des hurlements de douleur, Ticheliche vomissant sur la balançoire où je l’avais mis, Minette avec moi en carrousel à la fête à Heusy, Twist en pyjama, Poupet en costume marin, celui de ma mère petite …