Animaux, chers compagnons….

Lovely Brunette aimait les animaux, et il n’est donc pas étonnant que nous n’ayons pas conçu la vie sans eux. On avait des chats – à une époque où on s’en occupait bien peu et les pauvres mouraient les uns après les autres du typhus ou écrasés – dont Pou, Ticheliche, Minette, Bijou, Pompon, Donald, Poussi-poussinette-enfant-de-Paris (oui… c’est peu discret, mais elle s’en accommodait bien), Pepsy-chou… Des chiens, toujours. Nana (Kiddy avant qu’on la rebaptise), Petit Moïse, mort de la maladie de Carré à mon grand désespoir et remplacé par son frère Poupet (qu’on appelait parfois Mimile bien qu’il ait été couronné d’un pédigrée assez usurpé dans son cas, la maman ayant eu des faveurs pour un chien d’une autre race), Mémé (Bari avant qu’on ne l’affuble de trop d’autres noms mais il les a tous compris et adoptés), Fofo (on ne saurait expliquer comment de Twist on est arrivés à Fofo) Flay-Flay (qui est mort trop jeune, dans mes bras et sous mes yeux horrifiés, avant qu’on ait eu le temps de changer son nom…), et aussi Belle, une magnifique chienne perdue qu’on avait récupérée mais que ses maîtres sont venus rechercher. Larmes de tous les côtés : la chienne pleurait de soulagement, les maîtres de joie, et nous d’arrachement.

On avait des poules et des pigeons, et des lapins. Bizarrement rien de tendre n’exista jamais entre les lapins et nous, je les regardais d’ailleurs dépiauter sans émotion, simplement curieuse. Par contre j’aimais les poules – nous avions surtout des Sussex toutes pareilles à mes yeux, et Lovely Brunette me disait que celle qui « se laissait attraper » était « Suzette ». J’ai dû manger plus d’une Suzette au curry et en bouillon, mais ne le soupçonnais pas. J’ai aussi fièrement appris à mes petits canetons – achetés de mes deniers ! – à… nager dans une bassine ! Ils en avaient peur au début puis ont vite compris. Je me sentais une âme d’institutrice pour canards. Ils sont devenus grands, et j’adorais les prendre contre moi, les serrer, leur embrasser la tête.

Avec mes canetons

 

Parmi les pigeons, nous avons surtout aimé « Pigeonnette » qui a eu une triste fin, massacrée à coups de becs par les autres pigeons… Nous l’aimions particulièrement : son infâme mari l’avait abandonnée et elle guettait le ciel en vain, je t’attendrai à la porte du garage, tu paraîtras dans ta superbe auto… et non, jamais il ne revint. Nous avons alors eu la mauvaise idée, bien innocemment, de lui acheter de la compagnie et lui avons imposé deux couples de pigeons, qui l’ont massacrée. Nous en avons été mortifiés, car nous étions responsables de l’erreur…

Il y a naturellement eu les chevaux, et une ânesse.

Mais nous avons aussi eu des poissons rouges, dont nous ne nous occupions pas vraiment, nous les voyions un peu comme des objets vivants et rien de plus, une souris blanche que l’on avait surnommée « Gros Pète » et qui n’a pas vécu très longtemps il me semble. Mais je l’aimais beaucoup malgré son gros pète peu attirant. J’aimais, elle aussi, la caresser et l’embrasser. En ces temps bénis on ne pensait pas que nous allions devenir un élevage de germes et parasites en vivant près des animaux… Nous avons eu des canaris, des bengalis, des perruches. Un perroquet, Jacquot.

Quand on a commencé à vendre des crocodiles (des bébés), nous en voulions un. Il mesurait 5 cms et nous n’imaginions pas qu’il allait grandir et grandir. Ma mère a dit « bon, si la femme de ménage accepte de venir le nourrir pendant les vacances, on en prendra un ». Heureusement, la femme de ménage n’avait pas l’intention de le nourrir un jour de sa personne et si le malheureux est certainement mort très misérablement, ce ne fut pas chez nous…

Quand nous avons eu la télévision une de nos émissions favorites fut bien entendu « Le jardin extraordinaire » et nous éclations de rire en lisant le générique : Arlette Vincent et Edgard Kesteloot présentaient avec la contribution de Marise. Marise était une héroïne, une trompe-la-mort sans égal. Tarzan l’aurait voulue comme épouse. Et elle aurait peut-être considéré sa demande vu sa qualité d’homme-singe. Car c’était Marise qui arrivait sur le plateau tenant la main d’un gorille, un condor appuyé sur le bras, un boa enroulé autour du cou, accrochée à un aigle qui cherchait à l’emporter dans les airs, laissait courir des mygales sur ses avant-bras et voler des chauves-souris dans ses cheveux, sans jamais perdre son sourire.

Ah, Marise et Suzette…

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« Qui aime les bêtes aime les gens »…

Ma mère répétait ce vieil adage, parfois avec brusquerie quand elle voulait démontrer l’esprit néfaste d’une personne. « Elle n’aime pas les animaux ». Et curieusement j’ai constaté que les animaux « sentent » aussi les effluves du cœur intime des gens. Je suis toujours extrêmement flattée lorsqu’un chien ou chat que je ne connais pas veut m’approcher ou me renifler. C’est une sorte de test que je suis satisfaite de passer sans fausse note.

La dame à l'hermine - Léonard de Vinci

La dame à l’hermine – Léonard de Vinci

 

Oriana Fallaci raconte qu’Hailé Sélassié avait un chien infaillible qui reniflait les journalistes venant le rencontrer, et qui, suivant sa réaction, allait donner le signal pour accueillir ou fermer la porte.

 

Il ne s’agit pas ici des gens qui ne savent pas fermer leur porte – ni leur portefeuille – à un animal en détresse, vite suivi de tous ses frères et sœurs et semblables, pas plus que je ne cherche à condamner qui n’a pas d’animal de compagnie pour ses raisons personnelles. Ce serait à la fois facile et injuste. Je ne m’étendrai pas non plus aux combats contre la corrida, le braconnage des gorilles dans les montagnes Virunga, le massacre des dindons et agneaux lors des fêtes allégoriques ou religieuses.

 

Non. Je mange de la viande, même si pas beaucoup, mais je l’apprécie, et si je pourrais sans doute m’en passer, je n’y tiens pas…

 

Je parle simplement de ceux qui ne voient en les animaux que des choses animées, juste bonnes à être mangées, utilisées, exploitées, négligées, brutalisées ou éliminées parce qu’il n’y a pas assez de place. Parce que ce ne sont « que des bêtes ».

 

Sans le respect pour l’animal, on n’est pas un être humain enclin à la bonté. Il n’est pas nécessaire de vouloir caresser tout ce qu’on voit, ni de leur parler, ou d’en « posséder », mais tout simplement d’être sensible à la beauté d’un plumage, d’un œil luisant ourlé de longs cils, de mimiques et attitudes, d’ingéniosité, de majesté sauvage. D’être touché par la grâce d’une existence si complète malgré l’absence du langage des mots, de l’écriture, de la notion du temps en découpages précis. On ne peut pas les sauver tous, on ne peut avoir de l’attirance pour tous (personnellement, les requins ne me donnent pas envie de « faire doudouce »)… mais ils sont là et leur perception est sensible, intelligente. Et quand ils nous « sentent » sans grogner ou s’enfuir… c’est une vraie consécration à mes yeux. Décorée de l’ordre du vieux chien ou du chat attention il est imprévisible

 

L’indifférence au monde animal, la dissociation, correspondent à une indifférence aux autres humains aussi. Et là, ma mère avait raison avec son adage venu des campagnes …

Le petit zoo d’amour de l’Avenue de Spa

Lorsque j’étais petite (on ne va pas chicaner sur le nombre d’années que ça représente), l’avenue où j’habitais bénéficiait encore des privilèges de la campagne. On avait le potager, le poulailler et le pigeonnier au fond du jardin. Poules, canards et lapins étaient nos compagnons de caresses et puis de table. On nous cachait naturellement, à nous les enfants, que nous mangions Suzette au curry ou Jeannot Lapin en sauce chasseur, nous assurant qu’il ou elle était, nous le voyions bien, en train de savourer des délices dans la basse-cour… Par chance, ils se ressemblaient tous et nous comptions peu car ils ne tenaient pas en place, n’est-ce pas!

Kiddy et Pou

Kiddy et Pou

On avait aussi un chien, parfois deux, et un ou deux chats. Kiddy (devenue Nana), Moïse (devenu Monsieur Poupet), Flay-flay, Twist (devenu Fofo), Bari (devenu Tchoupy et bien d’autres choses), Minette,  Pompon-l’amour, Pepsy-chou, Ticheliche (I, II, et III, une dynastie), Poussy-poussinette-enfant-de-Paris, Pou, Bijou…. Et les autres.

Nous avions naturellement la cage avec des bengalis et canaris, puis des perruches. Le bocal avec les poissons rouges. Une souris blanche (« Gros pète »). On a même songé – et on s’est heureusement arrêtés là ! – à un crocodile que l’on trouvait si mignon.

Novembre 1955 - Kiddy et Minette

Novembre 1955 – Kiddy et Minette

21 juillet 1950 avec Kiddy

21 juillet 1950 avec Kiddy

Tchoupy

Tchoupy

Le cheval – il y en eut plusieurs : Chipie, Conquistador, Katya, Pépito… et une ânesse, très brièvement.

Je ne m’étendrai pas sur les invasions de puces et le traitement d’alors : le DDT dont on saupoudrait chiens, chats et tapis ainsi que nos poumons. Nous avons survécu. Et eux ont eu de belles et longues vies sauf les chats qui tenaient à traverser pour aller voir si la pitance était meilleure en face.

Monsieur Poupet

Monsieur Poupet

Pompon l'amour

Pompon l’amour

On apprenait bien des choses dans ces rencontres du monde animal et humain. On apprenait par exemple que la mort n’était pas une option, que l’amour et le chagrin ne rendaient pas ces compagnons éternels.

On apprenait aussi que la personnalité n’est pas à négliger et résiste au dressage, aux caresses et attentions. Chipie a voulu me ruer dans le visage un jour d’hiver, rendue très fofolle par le gel, et j’ai dû me réfugier dans l’écurie ! Joseph, le coq, mordait les mollets en criant furieusement. Pou s’est accroché des griffes à mes narines un jour que Sibylla l’avait posé sur ma tête pour m’en faire un chapeau : nous n’avons apprécié ni l’un ni l’autre et avons beaucoup hurlé. Twist m’a mordu le pied, il avait très mauvais caractère. J’ai dû sauver Tchoupy qui insultait quotidiennement Dax, le beau coolie argenté du voisin, lequel a foncé ce jour-là sur l’impertinent pour le remettre à sa place mais comme j’ai bravement soulevé Tchoupy dans mes bras, c’est mon bras qui a dégusté la fureur de Dax. Autres mœurs alors, le voisin est venu m’apporter des bonbons et demander s’il fallait payer le nettoyage de mon imper… et ma mère n’a pas dit que je serai traumatisée à vie et que Dax était un tueur d’enfants. Et on a continué à être les bons voisins qu’on avait toujours été.

Et les animaux que nous hospitalisions ? L’hirondelle tombée du nid à laquelle j’apprenais à voler dans le vestibule, nommée Péders. Elle est morte. Je n’avais pas la recette de pâtée idéale. La tourterelle à l’aile cassée que ma mère a soignée et libérée dans un bel envol réparé. On l’avait photographiée juchée sur l’épaule de mon frère. Les nichées de souris que je me refusais à voir mourir sans que j’aie joué les Florence Nightingale en leur donnant le biberon. Le lait de vache… les souriceaux le boivent mais c’est loin d’être une potion magique ! Je pleurais à chaque mort de ces petits êtres inconnus dont je prolongeais les souffrances sans le savoir…

Mais vivre avec des animaux apprend bien des choses…

Qui aime les bêtes

Le toutou à sa mémère …

Traiter ses animaux comme des enfants …

Ne vivre que pour ses animaux…

Qu’en est-il ?

Il y a des chiens que l’on prend pour ne pas parler tout seul quand la maison et la vie se sont vidées.

Ou pour que les enfants aient un compagnon de jeu différent avec lequel ils apprendront d’autres limites, d’autres plaisirs, d’autres moyens de communication. La responsabilité aussi, car cet immense pouvoir que confère une taille supérieure et l’aide d’objets matériels ne doit pas conduire à l’abus. Quelle leçon de patience, d’écoute, d’émerveillement. Source de joies intenses.

Et puis, parce la vie de ces compagnons se déroule plus rapidement, le passage de l’enfance à l’âge adulte puis aux années de grands repos qui préparent au départ appartient à la réalité.

Kiddy et Ticheliche

Combien de chiens et chats n’ai-je pleurés, et pourtant tous ces chagrins se sont adoucis jusqu’à devenir supportables, sauf pour certains dont l’absence me fait encore mal : Pompon, mort du typhus à un an et demi. Pendant des années j’ai rêvé que, comme ce jour bien triste et bien réel, je le voyais arriver du fond du jardin, vacillant et perdu, et me disais « je vais vite le faire vacciner contre le typhus et cette fois, il ne mourra pas ». Ou Capuchon que j’ai placé chez des amis en attendant de pouvoir le reprendre en Italie, ce qui n’est jamais arrivé. Il est mort de la leucose du chat, sans jamais avoir cessé de guetter le bruit de l’ascenseur, car Capuchon m’attendait.

Pompon-l’amour et Pepsy-chou

J’ai grandi avec des animaux. Ma mère les aimait et les respectait, proclamant sans ambages que qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens. Attention, on peut ne pas en avoir, mais les aimer. On peut en avoir et ne pas les aimer aussi…  Elle les aimait, comme des amis envers lesquels on avait des devoirs puisque nous avions fait la démarche de leur ouvrir notre maison, en leur demandant d’y mettre un peu de désordre et de spontanéité. Elle disait toujours « bonjour mon petit chien » aux chiens rencontrés en chemin, et je fais souvent la même chose sans y penser, ce qui en revanche donne bien à penser aux maîtres, croyez-moi ! Mon premier chien a été « Kiddy », un berger malinois rebaptisée Nana après que l’on ait vu Peter Panau cinéma et qui a dû me faire de la place car elle était dans la famille avant moi. C’est Kiddy qui m’a appris à marcher : ma mère l’a surprise, à l’arrêt à côté de moi dans le jardin, alors que je tentais de me mettre

Capuchon

debout en empoignant son collier. Puis, maternelle et patiente, elle faisait lentement le tour de la pelouse avec moi accrochée à son cou. On avait aussi le chat Ticheliche. Nous avons eu « Gros pète » la souris blanche, des poissons rouges, canaris, perruches. Jacquo le perroquet. Ont suivi dans ma vie les chiens Flay-flay, Bari, Moïse, Poupet – pas bien beau mais adorable – , Twist et enfin Millie. Les chats Pou, Minette, Pepsy-chou, Zazou, Poussinette, Bijou, Fritz, Marie-Salope, Salomé, Saxophone, Pompon, Mirliflore, Jérémie, et ceux que j’ai maintenant.

Jamais je ne les ai pris pour mes enfants, ni n’ai même pensé qu’ils m’appartenaient. Ils sont, pourtant, des membres de la famille considérés et souvent évoqués.

Et ma vie est constellée de souvenirs qui pulsent encore en moi et dont ils furent les acteurs : le baiser de Faline, la jument de ma mère qui lui prenait un sucre d’entre les lèvres avec la douceur d’un souffle, Pompon qui s’endormait dans mes bras en tétant le lobe de mon oreille, Flay-Flay mort dans mes bras – ah, ce poids mort que je ne comprenais pas ! – Bari aveugle qui s’enfuyait encore du jardin et faisait le tour du quartier par cœur et à l’odeur, Pou s’accrochant à mon nez et m’arrachant des hurlements de douleur, Ticheliche vomissant sur la balançoire où je l’avais mis, Minette avec moi en carrousel à la fête à Heusy, Twist en pyjama, Poupet en costume marin, celui de ma mère petite …

 

Vestales de la félicité

Ils soufflent sur les braises de la vie, sur l’étincelle du bonheur, comme des vestales. Ils savent si nous souffrons, si notre humeur est parasitée par des vagues de noirceur, ou s’ils peuvent se laisser aller et se risquer à un acte de banditisme sans coup férir. Alors ils sautent sur la table et volent un morceau de jambon. Dévorent une paire de chaussures. Se pourchassent et envoient se fracasser au sol le petit pot d’argile crue acheté à Santo Domingo Pueblo. Explorent la poubelle et en sortent un os de poulet qui les rendra malades. Les chats. Les chiens. Nos compagnons.

Mais si nous sommes en peine, les voilà anxieux, prudents, déterminés à étouffer ce battement sourd du coeur qui fait vibrer notre cou comme un soufflet, qui serre nos lèvres, fronce notre front. Ils se couchent contre nous – sens ma chaleur, sens comme je respire len-te-ment, moi! Sens comme je suis là avec toi, je m’appuye autant que je le peux! Ils posent les yeux sur nous, interrogeant notre âme avec sérieux. C’est grave? Ça ne peut pas s’arranger? Si je suis bien calme, ça ira mieux?

On peut entrer dans le regard d’un chat et s’y endormir, calmé. On peu s’étendre sur le pelage d’un chien et y oublier tout ce qui fait mal. Se sentir compris et protégé, petit et futile, fragile et aidé. Ils maintiennent une flamme dansante dans notre espace, même si elle semble se plier et s’étirer dangereusement sous la poussée de la lassitude, de l’inquiétude.

Ils allongent notre vie parce qu’avec eux, elle est chaude et exigeante, se nourrit de ce merveilleux festin qui nous est servi chaque jour et qu’ils nous incitent à honorer: regarde la beauté qui t’entoure, place ton amour dans de bonnes mains, enveloppe celui qu’on te donne dans sourires et caresses.

Ce sont eux qui nous font nous lever quand nous sommes malades, quand l’envie de ne rien faire nous rôde autour, dangereuse comme un long serpent sinueux. Maussades, nous écoutons pourtant leurs appels à la routine du devoir. Ouvrir des boites, sortir des écuelles, puis leur demander d’avoir un peu de patience nom de nom, sur un ton pas toujours tendre. Mais le rituel s’impose et force le passage d’un familier cérémonial qui agit comme une contine enfantine. Le visage se déride, un voile s’en envole, les yeux croisent les leurs et leur intense plaisir pour une chose si simple, manger, fait afleurer une chanson à nos lèvres. Et ron et ron, petit patapon! Gourmands tyranniques! Bande de sans-coeur! Vous ne pensez qu’à manger alors que la fièvre me fait peser une tonne, alors que mon moral a sombré dans le magmas du centre de la terre. Et ron et ron, petit patapon. Fripouilles … Je vous adore!

Non, ce n’est pas une guérison miraculeuse. Mais ça a le parfum des bons jours, fugace mais rassurant. Et la promenade que l’on fait avec le chien, le rhume ou la mauvaise humeur rampant en frissons sur notre corps lent, nous restitue aussi des bouffées d’essentiel. Parfois il tourne la tête pour nous encourager d’un sourire, d’un balancement de la queue. Son pelage a, nous nous en souvenons alors, cette odeur un peu sauvage, ce toucher soyeux et chaud, et nous savons qu’il nous aime et sait tout de nous.

Ah, ces amitiés sans exigences!!!

Tout le monde n’a pas la même attirance pour les animaux, cette complicité qui remonte à l’ère lointaine des premiers groupes d’humains, avec ces chiens qui les aidaient en échange de la chaleur du feu et des restes, et puis ces chats qui protégeaient les greniers avec leur élégante cruauté. C’est une question de culture, d’éducation, d’habitude familiale, d’inclination, d’affinité. L’amour des animaux a aussi des visages différents: animaux d’élevage que l’on nourrit avec le sourire pour s’en nourrir un  jour, sans aucune malice ou hypocrisie. Animaux de travail, que l’on respecte et traite bien, en compagnon de tranchée, sans fioritures. Animaux trophées que l’on couvre de bijoux, manteaux, lunettes, et qui ne mangent que dans une vaisselle clamant un amour qui ne regarde pas à la dépense tant il est narcissique…

Animaux-amis, comme Shiva, un husky qui depuis huit ans parcourt l’Europe à pied avec son ami, Gianluca Ratta, parti  de – et revenu à – Turin. 37.000 kms, 1040 jours à pied depuis le 1er janvier 2000!!! Ils ont vu l’Italie, la France, la Cité du Vatican, la Suisse, le Liechtenstein, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie à la vitesse de 40 kms par jour. 1040 jours de marche silencieuse, de rencontres, d’images merveilleuses à partager à deux, l’homme et son ami chien. Fatigués ensemble, affamés ensemble, et commençant chaque nouvelle journée ensemble. Se parlant sans mots. On est bien, pas vrai? L’oreille pointée se tourne un peu, la queue a un bref mouvement de va et vient. Tu l’as dit!

Animaux surprise aussi, comme Silky. Silky qui venait mendier un peu plus à manger chez Chonchon. Chez elle, on l’aimait bien, mais on ne s’en occupait pas, au point que tout son « chez elle » est parti en vacances en la laissant dehors. Mais c’est qu’elle attendait des petits, Silky, et qu’il lui fallait un endroit douillet et sûr. Chez Chonchon!!! Chonchon qui, à la fin de l’été, a toujours le moral qui pique du nez et croit sentir partout la triste effluve des chrysanthèmes oubliés. Mais cette année, Silky a amené dans son sillage du soleil, des tournesols, des forêts de géraniums, des voiliers sur fond de ciel bleu, un air de mariachis, des graines d’anis au sucre, des confetti et serpentins… Et des petits qu’elle a poussés vers la vie sous le regard de Chonchon, dont l’humeur d’automne pluvieux s’est enfuie par la fenêtre. Les visites des voisins attendris se suivent, ils entrent avec le sourire et repartent avec le bonheur, celui dont Silky, la vestale des lieux, les saupoudre d’un clignement de paupières.

Heureux sommes-nous, nous qui les aimons, car nous ne sommes jamais sans confident ou soutien. Nous ne connaissons pas le poids de la solitude. Nos fardeaux sont moins lourds, nos horizons moins flous. Et jamais nous n’avons à nos plaindre de n’avoir rien à faire, ou de ne « servir à rien ». Nos vestales veillent sur le foyer de notre vie.