Une renaissante…

Mon dernier recueil de nouvelles, La rinascente* * La renaissante, est sorti. Il a déjà eu quelques notes de lecture « officielles » et puis d’autres ici et là. De quoi ça parle ?…

Il me semble que ça parle de la force de la vie, celle qu’on trouve pour rebondir ou s’ancrer dans une situation qu’on déteste mais refuse de changer. Comment on « s’arrange », consciemment, inconsciemment, obstinément, bêtement, sagement, avec les déceptions inévitables qu’une vie impose.

Ces hommes qui ne sont pas fidèles – mais le sont-elles, leurs compagnes ? car la fidélité va bien au-delà de celle des corps -, ces mariages de jeunesse issus de bonnes intentions bien fragiles au contact de la routine, ces deuils dont l’absent prend toute la place et la garde chaude dans un cœur qui ne battra plus pour un autre amour, ces décisions étranges et souvent secrètes destinées à rendre le malheur moins mordant, ces hommes que l’on aime sans autre raison que… parce qu’on les aime, ces premières amours qui toute une vie hanteront les rêveries interdites, ces peines insurmontables qui se surmontent si bien, ces pardons que l’on peut accorder, ceux qu’on refuse pour punir et punir encore et y trouver une amère sève de vie, ces éblouissements amoureux qui foudroient quand on se croyait éteints…

Je vous livre ici la note de lecture d’Armelle Barguillet Hauteloire, qui est la dernière parue…

Je l’avoue, j’ai refermé ce livre avec nostalgie, tant l’auteur sait nous rendre proche les personnages de ses huit nouvelles écrites d’une plume délicate et précise, avec l’œil aiguisé de quelqu’un qui connait bien le cœur humain, particulièrement celui des femmes, et nous emmène à sa suite dans des pans d’existence qui tour à tour se parent d’incertitudes, de refoulements, de surprises, de nostalgie ou de rancœur. Chacun de ces courts textes est un roman à lui seul, une vie en raccourci saisie sur le vif avec un suspense qui accélère habilement notre lecture. Tous ont leurs perspectives, leurs mystères, leurs inquiétudes, tous nous dévoilent des secrets inattendus, des caractères forts ou fragiles, des ambitions refoulées ou affirmées, des tensions soudaines, d’autant que le charme de l’écriture contribue à créer mieux qu’un décor, une atmosphère.

Edmée de Xhavée a une jolie plume, elle sait attacher de l’importance à de menus détails qui confèrent à ses nouvelles un indiscutable envoûtement. Les objets, qu’elle pose ici et là, ont bien entendu une âme et sont décrits de façon subtile afin de mieux situer l’action et les personnages, à les arrimer dans une actualité, à les environner de manière à ce que le livre devienne également un tableau, que le lecteur voit surgir des images qui se placent à la fois dans le mouvement et dans le temps.

Chacun aura sa préférence pour l’un ou l’autre des récits qui tous les huit sollicitent notre imagination et notre sensibilité et ouvrent une fenêtre ou une porte sur un devenir. Le décor immédiatement planté, on entre de plein pied dans ces moments de vie, dans ces amours perdus ou retrouvés, ces sentiments floués, ces belles énigmes du passé qui resurgissent comme pour justifier une actualité poreuse. Que d’amours en suspens, que de joies remémorées dans le silence d’une solitude, que de chemins parcourus avant qu’une rencontre fasse basculer un doute, engendre un renoncement, que de visages doucement flétris par l’usure des jours, enfin que d’espérance mise au tombeau ou ressuscitée de façon soudaine et émouvante.

J’avoue avoir eu un coup de cœur particulier pour une merveilleuse nouvelle titrée « Louve story » qui se conte à deux voix, celle de l’ancêtre Octavie et de la contemporaine Louvise, deux jeunes femmes pénétrées par la fatalité d’amours irrévocables où le temps remonté justifie le temps présent et en légitime le sens. Un conte davantage qu’une histoire où le parfum des sous-bois vous prend au cœur et à la gorge quand l’air se charge « de l’odeur des graminées et des troncs chauds. »

Une autre m’a plu infiniment aussi « La sonate à Malgorzate » où Dacha tente de se persuader qu’elle est la petite fille de … On se promène de Saint-Pétersbourg à Kiev durant les affrontements de la guerre de 14/18 et de la Révolution russe. Et puis il y a le phrasé du piano en filigrane qui occulte les atrocités des combats. Une histoire en pointillé qui redistribue les cartes d’un destin. Oui, Edmée De Xhavée nous propose avec « La Rinascente » peut être son plus beau livre, celui le plus chargé de poésie, de fulgurances, jusqu’à ce tombeau où l’on sait bien que l’amour, comme la vie, n’est là qu’en état d’attente.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

Mais il y en eu d’autres, comme celle de Denis Billamboz et d’Albert Moxhet.

J’aime toujours comparer l’impression de Denis Billamboz et la mienne, ainsi que celle des autres femmes : un monde de différence, et c’est intéressant de réaliser qu’il y a plus d’un mode de lecture et de sensibilité, et que si les hommes viennent de Mars, les femmes viennent bien de Vénus, et pas dans le même vaisseau…

Le recueil prend son titre de la première nouvelle, où on suit à Turin une femme en train  de renaître, après une vie sans grands drames si ce n’est un divorce comme baisser de rideau. Plus toute jeune, elle rassemble le peu qui lui appartenait dans cette existence de mère et épouse qui l’avait dissoute : sa connaissance de l’italien, un plaisir rien qu’à elle dans lequel elle s’était évadée,  et qu’elle décide d’utiliser. Ce petit rien, ce petit peu, c’est le départ de sa nouvelle vie. Turin a donc imposé la couverture, avec le détail duveteux d’une des pièces du Palais de Stupinigi.

Oui oui, on peut le commander, mais pas sur Amazon… On peut le commander en librairie, ou sur le site de mon charmant éditeur Chloé des lys. Et comme l’équipe de Chloé des lys est composée de bénévoles et qu’on prévoit les carambolages d’avant l’été, les dernières commandes seront acceptées le 1er juin 2017, après quoi on prévoit les vacances, aucune commande n’est faite. Mais est-ce si grave ? Septembre sera vite là (oups, que ça passe vite…) et tout reprendra son cours. L’impatience débouche sur une rapide satisfaction suivie d’une encore plus rapide lassitude… Attendre renforce le plaisir d’enfin toucher à l’objet désiré. C’est comme en amour !

Beau parce que c’est cher, beau parce qu’on le dit, beau parce que c’est beau…

La notion de ce qui est beau est indéfinissable puisque, c’est bien connu : les goûts et les couleurs…. etc, etc…

Mais justement, on ne peut pas nous l’imposer. On ne pourrait pas, devrais-je dire.

A une époque où tout le monde se targue d’être indépendant, de ne pas se laisser manipuler, convaincre, diriger, embrigader etc… la réalité donnerait le fou-rire si ce n’était pas triste.

Le nombre de choses pour lesquelles on nous « guide » avec des accents de dictature est impressionnant, que ce soit au niveau alimentaire (ce qu’on peut ou ne peut pas manger, ce qu’on est monstrueux d’encore manger, ce qu’on est inconscient d’aimer malgré tout ce qu’on sait…), vestimentaire (on veut être tendance, non ? alors pantalons framboise pour les hommes et chaussures ascenseur pour l’hosto pour les femmes), décoration (l’ancien est lourd, démodé, ridicule alors que tant de nouvelles lignes de mobilier vous font un logis provisoirement très cool et moderne… jusqu’à ce que les boulons made in China ne tournent comme des toupies et que la mode ait changé), mode de vie (nous devons être zen, trouver que le tofu est délicieux et trendy, ne pas hésiter à nous inscrire dans des « ateliers » divers pour nous épanouir et resplendir de plénitude, nous ferions bien, aussi, de nous indigner de manière sonore ou en agitant des bannières sur ce que la moitié du monde ou plus fait, moitié ou plus qui en revanche nous traite de monstres dégénérés pour faire ce que nous faisons, etc…).

Et puis on « forme » notre goût. En prime.

Maurice Blum-Collectionneur

Maurice Blum-Collectionneur

Des « critiques » artistiques foisonnent, et s’exclament à la pure merveille, à l’extase garantie, faisant chorus avec les autres. Ils veulent leur place au soleil, et malheur à celui qui oserait dire que lui, il n’a pas aimé, pas compris… On décerne des « prix » littéraires ou autres sur base, trop souvent, de ce que ça rapportera et pas de ce que ça vaut. Ce n’est pas le cas pour tous les prix, généraliser rend toute théorie mensongère, et ici ce serait nier qu’il reste des gens de bonne foi parmi ces pourvoyeurs de récompenses.

Mais on voit de plus en plus des « artistes », ayant reçu de leur éditeur/galeriste/imprésario ou tout autre avaleur de conscience, une formation de démarcheur acharné, c à d sortir de leur rôle qui serait d’entrer en contact – et en douceur – avec leur public, et au contraire faire un marketing éhonté, arrachant avec insistance l’adresse mail du visiteur ou son numéro de GSM, faisant du charme, se collant auprès d’autres plus connus qu’eux pour la photo qui témoignera de cette « amitié » on ne peut plus sincère. Bref, on leur apprend à être prêts à tout pour qu’on parle d’eux, pour une minute d’antenne, trois lignes dans la presse, leur binette souriant à une binette bien connue.

Moi je veux bien, si ça leur plaît, et s’ils sont contents avec le public qu’ils se gagnent ainsi, un public parfois trop effaré pour réfléchir ou parler. Après tout, c’est ce public qui décide, en fin de compte. Soit il est vraiment séduit, soit il se fait bouffer, tout zen et coaché pour la vie qu’il est. C’est son problème, mais si l’objet ainsi vanté n’est qu’un emballage autour de rien… c’est bien dommage.

Heureusement il reste les rebelles, les merveilleux, silencieux audacieux, qui achètent une toile à un artiste peu connu parce qu’elle est belle, leur plaît, leur parle. Ils n’ont pas acheté une signature ou un investissement, ils ont acheté une œuvre qui leur fait plaisir. Qu’ils sont fiers d’avoir vue et puis achetée, même parfois un peu plus cher que leurs moyens ne leur conseillaient de faire.

Il y a ceux qui achètent le livre d’un auteur tout aussi méconnu, peut-être par sympathie après lui avoir parlé, ou parce que quelqu’un leur a dit que, ou que la quatrième de couverture les interpelle. Ils savent qu’ils n’éblouiront personne avec ce volume sur leur table à café où les estampes d’Hokusai font plus bel effet. Mais qu’importe ? Ils sont libérés de l’envie de ressembler aux autres, d’annoncer qu’ils ont lu le dernier machin-chose ou vu le tout nouveau trucmuche en avant-première.

Ceux et celles qui donnent leur chance à une styliste débutante qui a du peps, des idées, de l’enthousiasme…  et de l’originalité.

Ces gens-là, ces merveilleux silencieux audacieux, sont ceux qui, avec les artistes qu’ils couronnent de leur attention, sauvent le vrai talent et empêchent les choses de basculer dans le « tout le monde dit que »…