Comme on fait son lit, on se couche (avec son homme)

Petite intro : j’ai commencé la grippe le 19 décembre, et elle avait une force épatante je dois dire, un virus de premier ordre, bref je me suis longuement couchée non pas avec un homme mais avec une kyrielle de microbes d’une cruauté sans pareille, et j’émerge tout doucement en chancelant encore… d’où l’abandon salutaire de mon blog pendant tout ce temps !

Mais revenons au lit qu’un homme habite aussi…

Je me souviens d’une délicieuse, jolie et très gentille Espagnole que j’ai connue à Aubagne. Filo. D’une gaieté contagieuse. Elle était veuve, et jeune, et très belle. Et un jour un fringant et beau monsieur est tombé sous le charme. Elle était folle de joie, et nous racontait avec son accent pétaradant combien il était empressé, amoureux, ardent et que c’était parti pour du sérieux. Olé ! Au lendemain d’une première nuit que l’on imagine impressionnante, elle lui a apporté son petit déjeuner au lit, sur un plateau napperonné-brodé où une rose jaillissait d’un soliflore (il y avait aussi des toasts et tout ce qu’il fallait pour le remettre en état, bien sûr, mais la touche finale qui disait te quiero mi amor était le napperon assorti de la rose).

Henri de Toulouse-Lautrec - Le lit

Henri de Toulouse-Lautrec – Le lit

Or, au second lendemain matin d’une seconde telle nuit, elle est arrivée, les yeux cernés et éperdus de bonheur, avec le plateau, les toasts, le jus d’orange, mais… partis le napperon, la rose et le soliflore. Et lui l’a remarqué tout de suite ah, on devient un vieux couple, je n’ai plus droit au napperon et la fleur ! Nous avions ri avec elle, qui avait le rire sonore et gai.

Bon, au moins elle n’a pas fait durer la comédie jusqu’au mariage pour ensuite lui crier « ton jus d’orange t’attend sur la table de la cuisine si tu daignes sortir tes fesses du lit ! ». Et ils se sont mariés malgré ce manque de constance flagrant…

Mais si les hommes ont la réputation d’être ces troufions légendaires qui sèment des chaussettes, inondent la salle de bain, constellent le divan de chips (au choix ou le tout… ou toute autre singularité…) c’est aussi qu’au début de la vie à deux, la jeune compagne ou épouse, toute à son amour, trouve ça « chou ». Ça fait un peu grand chien fou, indomptable qu’elle seule peut dompter (heu…). Elle soupire bien un peu pour la forme, mais sur un ton qui annonce que bon, elle sait que rien ne changera. Aussi… pourquoi changerait-il ? Il est ravi, mettons-nous à sa place. On ne le réprimande qu’avec un sourire,  celui de qui va une fois de plus montrer qu’elle est l’aimante et efficace reine des lieux et de la bête, hybride de madame fix-it et maman.

Ensuite, quand l’enthousiasme s’est usé, les réprimandes se font agressives et négatives, annonçant d’ailleurs qu’il ne changera jamais (alors pourquoi, encore une fois, changerait-il, puisque c’est entendu comme ça ?) qu’elle en a marre d’être devenue sa maman, et qu’il la tue avec ses manières de potache, troufion et chien fou, comme si elle n’avait pas assez de travail.

Piège fréquent, que celui de tout vouloir prendre en charge, et puis d’être écrasée par la charge. Et si on ne sait pas « se parler », c’est-à-dire exprimer, échanger, expliquer et comprendre, on ne peut plus changer les choses, en effet. Rien ne dit que le chien fou n’aurait pas aimé, lui aussi, apprendre deux ou trois tours d’adresse qui lui auraient valu applaudissements et une croquette, comme de ramasser ses chaussettes, abaisser la lunette des wc, débarrasser le lavabo de ses poils de barbe etc… (et il y a aussi celles qui, oh imprudentes téméraires du test sur la durée des sourires dans le mariage, qui ne veulent pas qu’il fasse la vaisselle parce qu’il faut tout refaire après, et ne veulent pas qu’il passe l’aspirateur parce que c’est mal fait…).

Il y a des traquenards dans lesquels on a sauté toute seule, non ? Une sorte de « publicité mensongère » créée dans le tourbillon des illusions. Si on a 18 ans, on a l’excuse d’une certaine naïveté, mais que dire de celles qui refont et refont l’erreur ? On le dit bien, pourtant, que même un âne ne se cogne pas deux fois au même endroit… Mais il est alors très injuste de tout charger sur le dos du chien fou que l’on accuse d’avoir vieilli et de baver partout, et de continuer à semer la panique là où il passe, un Attila du foyer…

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