La porte au nez

StockholmJe sais claquer les portes au nez. J’hésite longuement, j’y pense, abandonne l’idée, y reviens, prends de la distance, me laisse « avoir » une fois de plus, celle de trop, et puis je claque la porte au nez. Bam! Sans l’ombre d’un remords. L’hésitation, je l’ai eue. Et j’ai conclu que je ne voulais plus de cette situation, tout simplement.

Rien n’est « pour toujours » sans qu’on y travaille chaque jour. Je ferme la porte à la situation telle qu’elle est aujourd’hui, envisageant la possibilité que ce soit « pour toujours » mais sans m’imposer solennellement de ne plus jamais changer ma position. La vie est trop surprenante que pour décider que dans cet échange-là, je suis au bout de mes surprises…

Savoir reconnaître qu’une relation est toxique, même si ça fait mal, même si on est taraudé par la petite musique chrétienne qui fait « mais ce n’est pas sa faute, il/elle a eu une enfance malheureuse/une vie difficile/un passage douloureux, ne sait pas empoigner la vie, l’aimer, s’exprimer, ce n’est pas bien de lui tourner le dos… » etc… vient un point où se laisser maltraiter pour qu’un autre puisse donner libre cours à ses rancunes et son mal-être a pas de sens.

Le bien que fait ce « lâcher prise » est sans prix. Peu à peu on cesse même de penser à cette présence hostile du passé, ou alors c’est avec le sentiment d’être hors de cette vie-là, cette vie qui était empoisonnée par le mal de vivre de l’autre. On guérit, on reprend ses billes, et on réalise qu’on marche mieux, qu’on n’a plus mal au ventre, qu’on digère à nouveau des briques, qu’on dort comme un loir, qu’on n’a plus ce petit malaise fugace mais trop perceptible en entendant s’ouvrir la porte d’entrée, sonner le téléphone ou ouvrant un courriel… craignant la malveillance qui n’attend qu’à pouvoir s’exprimer.

Croyez-moi, on peut vivre happily ever after.

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« Comme avant » fait un lifting…

Il y a toujours des passages que l’on franchit, qui ne se sont pas annoncés en fanfare mais ont ouvert grandes leurs portes. On a le choix : ne pas passer ce seuil, rester comme avant. Sauf qu’une fois les battants entrouverts, on sait que comme avant n’est plus sécurisant, alors on saute dans le vide. Qui n’est jamais aussi profond qu’on l’a craint…

 

Alice

C’est une « dispute », une « mise au point », un déballage de constatations, une prise de conscience. Peu importe. On a bien des occasions au cours d’une vie de choisir ou de refuser ce lifting de nos exigences. C’est toujours soudainement très important, alors que parfois on n’y pensait pas un mois avant. Ou on pensait qu’on pouvait encore attendre, tenir le coup, avoir l’élégance de garder nos propos gazeux pour nous. Et là, pshhhhhhhhhhht, eh bien ça a jailli de toutes parts, et c’est pantelant qu’on se retrouve de l’autre côté de ce portail, fatigué, interdit, titubant vers une pelouse sur laquelle un banc nous invite au repos sous un soleil apaisant et le chant d’heureux oiseaux. Car voilà… on vient en quelque sorte de naître à une nouvelle configuration de notre routine future. On frémit, on a peur, envie de pleurer peut-être mais aussi il y a cette joie étrange qui chante sans bruit.

Sur le banc, on y reste un peu, ou un peu plus que ça. On a le vertige.

Et ce n’est plus comme avant. On ne peut dire « rien » ne sera plus comme avant, car il reste ce qui devait rester. C’est le lourd, le pesant, le faussé, le superflu, l’insupportable qui est parti. On n’a rien « perdu ». Non. On a juste réparti le poids autrement : le poids de ce qu’il ne faut pas prendre sur nos épaules est parti et on le remplace par celui du nouvel effort que l’on veut faire. Et ce poids, curieusement, a la douceur et la force d’un envol.

 

Liberté

 

Ne pas prendre de décision… est-ce vraiment une « décision » ?

C’est plutôt une apathie. Et la négation de sa propre liberté, de sa prise de responsabilité. Puisqu’on s’en remet alors à ce que les autres vont décider, ou ce que « la vie » va apporter comme changements. On se place dans le rôle de feuille – assez morte – au vent. Le regret est souvent plus lourd à porter que le remord. Les « si seulement » et « j’aurais dû » déclenchent un processus de mort. Alors qu’agir nous met au gouvernail de notre vie, au lieu de nous asseoir dans un train fantôme.

 

Décider, choisir, quand il le faut, est un épisode terrifiant. « On sait ce qu’on a, et on ne sait pas ce qu’on aura ». Derrière nous, c’est passé, bien ou mal. Peu importe désormais. Aujourd’hui nous marchons sur un sol hostile depuis longtemps, et savons que, parce que nous avons tenté ce petit subterfuge de l’autruche sans succès, que les choses ne vont pas s’arranger toute seules. Mais devant nous, une effrayante incertitude : en agissant, nous allons perdre ceci et cela. Nous allons blesser les uns, bouleverser les autres, être critiqués, avancer sans parapet… qui sait jusqu’à quand ? Pouvons-nous compter sur qui nous a dit « je suis là » ? Tiendrons-nous le coup ? Aurons-nous le minimum de soutien pour traverser cette zone de turbulences sans trop de dommages ? Car si on avance, on ne peut plus reculer ni faire les choses à moitié. Il faut sauter sans parachute.

 

Eh bien mon petit « déclic » personnel, ce qui me donnait le coup d’envoi, c’était cette toute simple question : est-ce que je veux encore être là où je suis aujourd’hui dans 6 mois, et puis un an, et puis dix ? Est-ce que je veux arriver à la fin de ma vie dans ce scenario ? Ou est-ce que je préfère envisager la traversée du désert sabre au poing, prête à pourfendre les dragons et les monstres ailés pour qu’au contraire… une fois mes chaînes brisées et les obstacles pourfendus, je sois sauvée de ce qui m’étouffait, ainsi que de la nécessité de me redresser, dont j’entendais l’appel depuis un bon moment déjà, et que j’ignorais au nom de barrières érigées par ma peur ?

 

Bien entendu… ça fera mal, aussi. Mais qui arrive devant le mur incandescent du choix à faire sans y avoir été poussé par la souffrance, de toute façon ? Rester sur le mal de vivre jusqu’à la mort… appellerions-nous vraiment ça « vie » ?

 

La réponse m’a toujours armée du courage nécessaire, et une fois mon action commencée, je la sentais de plus en plus juste et vitale, et ma force se décuplait …   Je n’ai jamais eu à le regretter. Je préfère de loin les cicatrices aux maux qui rongent dignité et liberté, ne laissant d’elles que des mots dont on a oublié le sens.

Frida Kahlo - La colonne brisée

Frida Kahlo – La colonne brisée

 

Et pour faire écho à ce billet, par un de ces clins d’yeux comme le sort sait si bien en faire, Marcelle Pâques, que j’ai connue par son blog alors que je commençais le mien, me communiquait hier cette phrase de Guy Corneau :

 

“ Lorsqu’on ne prend pas sa place, on devient victime et on attend que l’autre change.

Lorsqu’on la prend, on devient responsable et on découvre l’amour de soi et parfois, à notre grande surprise, le respect des hommes”