Un vivifiant cocktail

Une des merveilles de notre époque, c’est le cocktail de rencontres qu’elle nous permet de faire. Fini le temps des notaires fils de notaires qui ne fréquentaient que des avocats fils d’avocats ou des médecins fils de médecins… Qui mariaient leurs enfants sans aller plus loin que les limites de la ville par des mariages que l’on disait sournoisement d’inclination mais qui avaient été soigneusement canalisés jusqu’à la capitulation faute d’options. Qui considéraient tout qui n’avait pas leurs habitudes vestimentaires, éducatives et autres comme faisant partie « des autres »… Les autres étaient une multitude, et les gens comme il faut n’étaient qu’une poignée…

Ma cousine Françoise et moi avons parfois passé des heures à rire de soulagement au souvenir des jeunes gens boutonneux aux mains moites, le verbe faussement assuré et pâles comme des pierres de lune que nos mères et tantes cherchaient à capturer pour nous. On nous vantait leur bonne éducation et un avenir d’une certitude effrayante.

Heureusement, elles ne furent pas trop déterminées avec nous, mais nous avons des connaissances qui n’ont pas échappé à leur sort. Dans beaucoup de cas heureusement, à part un ennui mortel dont on peut espérer qu’elles ne furent pas trop conscientes, ces malheureuses étaient formatées pour ce parcours et se sont « faites » à leur sort.

La serveuse de bocks - Edouard Manet

La serveuse de bocks – Edouard Manet

Par ailleurs, quel bonheur que de travailler avec des gens que l’on n’aurait jamais approchés autrement, et de se laisser surprendre par la richesse des différences, la gentillesse bondissant de tant de mille manières, le courage dans la vie quotidienne, les histoires d’exodes, de guerres, de vies de fatigues, de grandes décisions, de coutumes qui nous surprennent et nous apprennent que le monde est vaste et que les gens comme il faut revêtent bien des aspects.

Et que partout il y a de grands appétits de découvrir  et échanger.

J’ai des amis et amies de tous les milieux, de bien des pays et opinions. Fidèle par nature, ces amis le sont depuis parfois la vie entière, et nous nous sommes accompagné/es dans toutes les débâcles et conquêtes de nos vies. Nous avons bien et mal agi, et souvent nos qualités n’ont pu avoir le dessus sur des aspects de nous que nous aurions aimé garder secrets.

Mais la constante, c’est que nous nous sommes tous et toutes enrichis à notre contact mutuel, que le monde est devenu moins étriqué et solennel, que le rire y a retenti, que nos chagrins ont été soulevés et nos joies partagées. Par tous ces gens comme il faut que je connais et qui viennent de partout, de bien des classes sociales, de passés multiples, de diverses manières de table et d’innombrables goûts vestimentaires, opinions et certitudes.

C’est un fameux cocktail !

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Ces homos qui nous font peur…

Mais qu’est-ce qui fait donc si peur ?

Zeus et Ganymède

Qu’est-ce qui fait croire qu’ils sont différents de nous ? Oh bien sûr, il y a les « folles », ou les « plombières-zingueuses » en salopette qui se déplacent avec la grâce de John Wayne. Et sa coupe de cheveux. Difficile, oui, de ne pas les trouver différents. Mais dans les bienheureux hétéros, n’avons-nous pas aussi l’excentrique, la diva qui agace et roucoule haut et fort,  dont les bretelles des robes tombent toujours à point nommé ? Ou le Tarzan qui, pour prendre un verre sur le comptoir arrive à gonfler biceps et triceps huilés pour qu’on admire le galbe de son bras ? Les je-sais-tout-et-je-l’ai-vu-bien-avant-vous ? Les éternels joyeux lurons qui animent toutes les réunions de blagues et chansons dont on ne voit pas la fin? Les péronnelles qui, les lèvres pincées, se ferment à la joie « futile » des autres alors qu’il y a tant de choses atroces qui se passent dans le monde qu’elles vous énumèrent sur un ton de tribun? Les femmes moustachues qui ne « perdent pas leur temps en falbalas » et les hommes malingres à la voix qui donne envie de leur donner un coup de pied entre les omoplates, lesquelles ressemblent à des cintres ?

Un tableau bien familier, non ?

On fait un amalgame (vilain mot à la mode) : homosexualité égale vie nocturne, amoralité, recherche du plaisir, perversion… Ne le disons pas trop haut, mais  bien des parents auraient la chair de poule de savoir ce qui se passe dans la vie rangée de leurs chers petits hétéros quand ils sortent ou partent en vacances… en tout cas de temps en temps. Et sans doute ces mêmes parents préfèrent-ils que leurs enfants ne sachent pas tout tout tout sur leur vie.

Et l’ostracisme cause logiquement la parade : je m’en fiche ! Vous ne voulez pas me voir ? Vous ne voulez pas que j’existe ? Eh bien prenez-en plein les yeux !

Homosexualité n’équivaut pas à dépravation. La dépravation n’est pas l’exclusivité d’un groupe.  Les clubs échangistes, les sado-maso, les zoophiles – et j’arrête la sinistre liste ici… – ne sont pas limités à un seul groupe de gens. J’ai des amis homosexuels. De vrais amis. Des hommes homosexuels. Et comme bien des femmes, je les aime beaucoup puisque voilà enfin des hommes avec lesquels on peut avoir le bonheur de l’échange et des confidences sans craindre les malentendus. Je ne parle pas d’homosexuelles femmes parce que je n’en connais pas d’assez près. Il y en avait une dans mon pensionnat, et nous avions peur d’elle comme si elle allait nous violer dans l’ascenseur. Je ne sais même pas si elle l’était d’ailleurs, car seule la rumeur m’en avait touché un mot.

Nous en côtoyons tous. Il y a ceux qui le font comprendre, ceux qui font semblant, ceux qui ne disent rien mais dont tout le monde pense que. Le pire pour eux est certainement de devoir cacher leur nature, faire feinte, parfois se marier pour donner le change. Et toujours craindre qu’un jour, quelqu’un saura, dira, chuchotera, rira, les démasquera… et tout serait à recommencer ailleurs. Cette peur de mettre, aussi, leurs proches, parents, compagne ou compagnon en lumière sur une scène où les autres acteurs n’ont pas été prévenus. Dans certains pays même, ils risquent leur vie en étant qui ils sont par destinée.

Cette interview à bâtons rompus est très éclairante sur la situation. Elle est un peu longue mais on peut la regarder en plusieurs fois – si on arrive à s’arrêter !

Ce serait bien qu’un jour, le terme « la communauté homosexuelle » ait disparu. Ce n’est ni une ethnie ni un groupe particulier. Dit-on la communauté hétéro, la communauté sado-maso, la communauté des derniers de classe, des boiteux, des super beaux ou des moches ?

Le monde est multiple. Ne le sclérosons pas par la peur…