Mais où a donc fini l’indépendance d’être et de penser ?

Les réseaux sociaux sont agaçants, utiles, addictifs parfois, et en tout cas ils font partie de « notre époque ». Qu’on les aime ou pas, on n’arrêtera pas le phénomène, qui trouvera sa mort ou ses métamorphoses sans doute de manières que nous n’imaginons pas.

Car rien n’arrive jamais comme on l’avait conçu, même si Jules Vernes et Nostradamus semblent me donner tort, mais si le bon Jules avait bel et bien imaginé dans quelle direction les inventions se dirigeraient – comme Leonardo dà Vinci, d’ailleurs – leur revers de médaille n’avait pas été envisagé. Quant à Nostradamus… heureusement qu’il a ses interprètes une fois chose faite…

Bref, ce que je voulais dire est que les réseaux sociaux mettent en évidence la fragilité humaine embarquée dans un grand show, d’une longue file indienne de lavés du cerveau qui n’en finit pas…

On pourrait se trouver dans de jolis salons de discussion, entre gens éclairés et éclairants, que ce soit dans du résolument ancien ou du résolument moderne, mais en tout cas avec ceci en commun : l’ouverture d’esprit et le plaisir de la découverte des autres. Car les autres sont une multitude enfin à notre portée : ceux qui aiment la musique, les animaux, la nature, les promenades, les livres, le bien manger, la philosophie… de quoi varier les discussions à l’infini. Mais il s’agit trop souvent de salons de disputions.

Car on a surtout les justiciers en colère contre tout. Pas d’amalgame disent-ils mais les flics sont pourris, le gouvernement corrompu, tel discours sent la récupération politique, tel autre est une insulte aux femmes, émigrés, migrants, noirs, jaunes, animaux, chômeurs, pensionnés, handicapés… et la liste n’a pas de fin. Un rouleau de papier WC collé à deux autres n’y suffirait pas. Il est interdit d’interdire, disent-ils mais on devrait interdire les radars routiers, la viande, la chasse, les contrôles dans la rue, les marches blanches, les arbres de Noël, les statues de Jeanne d’Arc… Là aussi, la liste ferait le tour du monde.

Et gare à qui ose lever un doigt tremblant et dire « mais il ne faut quand même pas oublier que… », la réaction est parfois plus que déconcertante. Ce n’est même pas un sobre « réfléchissez voyons, que dites-vous de… ? », non, c’est une bordée d’insultes rageuses et franchement, je me dis souvent « Dieu fasse que ces gens n’aient jamais un uniforme et une arme, sans quoi on serait vite le dos au mur et les yeux bandés pour avoir eu un col de fourrure sur son manteau à 10 ans ou avoir été enfant de choeur. Ne parlons pas d’avoir mangé un steak à midi ou d’avoir eu un ancêtre toréador…

Dialogue ? Pas question, c’est à celui qui hurle et insulte le plus vigoureusement ». Sourd à tout ce qui ne sort pas de sa bouche (de gargouille…). Tout est blanc ou noir. Ceux qu’on n’aime pas parce qu’ils sont communistes, aristos, prolos, féministes, bobos, passéistes, vieilles biques, ou quoi que ce soit ne peuvent jamais, jamais, jamais, avoir une opinion intéressante. Un point de vue qui mérite l’arrêt-réflexion. Non. Ce sont les mauvais, et donc rien de bon ne peut sortir d’eux. Et qui n’est pas avec eux ou refuse le full-package est un ennemi.

Je pèse mes mots. Les vulgarités monstrueuses utilisées pour « définir » les esprits contraires sont aberrantes. Mais que des « parents disent ça devant leurs enfants » leur mérite la suppression des droits parentaux, hop hop au créneau avec drapeaux et slogans.

Faudrait savoir, les gars.

Kate Pfeilschiefter

Kate Pfeilschiefter

Haine et suffisance dominent les commentaires, soi-disant des « échanges ». On ferait mieux que tout le monde, surtout que les dirigeants (et on ne s’explique pas pourquoi dans ce cas « on » est sans emploi depuis des lustres, ou que les « amis » se détournent inexplicablement, ingrats qu’ils sont), et il suffirait de demander à qui sait tout (suivez mon regard et mon statut….). On se rue sur les « échecs » de vie de ceux qu’on n’aime pas (leurs divorces, leurs pertes d’emploi, leur mauvaise santé) pour absoudre les mêmes échecs chez ceux qu’on a la générosité d’aimer. Ceux-là… on aurait fait comme eux, ils n’en peuvent rien, la société-la vie-le monde du travail-les familles décomposées et infâmes-la maladie si injuste…

Il faudrait surtout ré-apprendre à avoir son opinion, ne pas faire partie d’un groupe vociférant nous avons raison, ne pas tout aimer ou tout haïr de tout, croire qu’un régime alimentaire (qui peut en effet être miraculeux pour certains) est la panacée pour tous comme si on était des clones les uns des autres, se défendre des mouvements « de foule au clavier », des « si tu as un cœur mets ceci sur ton mur » ou « je sais bien que les gens sans courage ne partageront pas mais… ». On se moque des guerres de religions et des esprits étroits, mais… qu’est-ce d’autre ?

Personnellement j’aime les réseaux sociaux, même si c’est aussi une cause d’agacement très souvent, mais je « zappe » mentalement sur bien des choses, et n’ai pas un moment d’hésitation à bazarder un « ami » qui devient plus nuisible qu’un taon. Mais on y observe de terribles frustrations.

C’est aussi, finalement, un test d’indépendance. Et de « laisser pisser le chameau »….

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L’amore litigarello

Avec la Toussaint, et puis l’arrivée des fêtes dont on sait qu’elles pourraient être les dernières pour ces êtres en départ que nous chérissons d’autant plus, me sont revenues les essences de ceux que je regrette.

Et il ne reste que … l’essentiel, qui est presque toujours le positif. La mauvaise foi, le caractère soupe au lait, les tics et manies, une éventuelle pédanterie innocente, coquetterie exagérée, un désordre oh combien agaçant … tout ça est devenu amusant, anecdotique. Attachant, même.

Mais, dénudée de ces ajouts surgit l’essence même, toute simple, celle qui nous rend fiers d’avoir côtoyé cette personne gentille, si gentille. Dont on voit enfin les sacrifices, la force de caractère, le toucher radieux sur notre vie.

Ce n’est donc pas par pudeur qu’aux enterrements on ne trouve souvent que du bien à dire. C’est que, finalement, les chamailleries et agaceries n’ont été là que pour, une fois encore, proclamer l’amore non è bello se non è litigarello (l’amour n’est pas beau s’il n’y a pas un peu de bagarre)