Silence, les administrateurs anonymes !

Et voilà… Le terrible brasier de Notre Dame est, lui aussi, l’occasion pour les gestionnaires anonymes et non-qualifiés d’expliquer à leur lectorat de mécontents tout ce qu’il faudrait et ne faudrait pas faire. Les aides arrivent sous forme de bois, d’expertise, de travail, d’élans du cœur, le monde s’émeut et vibre, sauf nos enragés perpétuels qui hurlent à la trahison en rameutant derrière eux les bien-pensants des autres causes. On aurait dû, on aurait pu, on devrait.. c’est UNE HONTE, une exposition écœurante d’EGOISME. Ils en transpirent, tiens, là, derrière leur écran avec leur tasse de café ou leur ballon de rouge, si ça continue ils vont avoir des aigreurs d’estomac. Ce monde les dégoûte, et en avant qu’ils en dégoûtent tout le monde, leur expliquant que pour nous, les victimes de la mondialisation, de l’exclusion, du capitalisme, de l’eugénisme, du racisme, du sexisme (et leurs cohortes), on n’aurait pas levé le petit doigt ni récolté trois centimes… Qu’on peut crever, tiens… autant le dire franchement !

 

On peut toujours faire autre chose que ce qu’on a choisi de faire. Chaque option fait des heureux et des exclus. Chaque décision est discutable. L’argent qui vient ici ne va pas ailleurs. Mais n’est-il pas bon aussi de contempler l’enthousiasme, le rassemblement ? De voir ce qui est fait, qu’on agit, qu’on se mobilise. Que des malheurs, des mendiants, des sdf, des crimes, des riches sans cœur et des enfants joyeux, Notre Dame en a vus par milliers sur son parvis au cours des siècles, et elle est toujours là. Nous passons, les « choses » passent moins vite et sont un lien.

Les réseaux sociaux sont véritablement une porte ouverte sur le monde si on s’en tient à quelques petites règles de prudence : se méfier de qui on accepte comme « ami », ne pas user ses phalanges à donner son avis aux hyènes qui ne sont là que pour le mettre en pièce (et après tout, on s’en fiche, non, de ce que pensent de nous des gens que nous ne connaissons pas… ), ne pas agiter et ne pas s’agiter. Sans quoi c’est The Hell Gate, ni plus ni moins. Car si on peut ne pas être de notre avis, et nous offrir ainsi une occasion de nuancer, de corriger le nôtre ou celui d’autrui, la plupart de ces justiciers bavant de l’acide ne sont pas dans l’échange mais l’imposition, on ne discute pas la moindre virgule de ce qu’ils ont écrit, un « oui mais » avec un petit doigt levé et hop, on vous le coupe, le doigt !

Les névroses sortent à découvert. Les monstres ont la parole et la donnent à leurs suiveurs terrifiés, qui n’osent même plus montrer qu’ils ne sont pas si certains que ça…. Les têtes tombent vite ! Les invectives presque bibliques s’abattent sur les traîtres…

Et pourtant, quoi qu’il y ait derrière les offres de bois, de main-d’œuvre, de savoir-faire, d’argent… pour rendre sa splendeur à Notre Dame, eh bien tout simplement je me dis que la vieille dame mérite qu’on la câline et répare, elle qui a certainement réparé bien des chagrins. Quand l’Arno est sorti de son lit à Florence, je me souviens que mon école avait signalé une demande d’étudiants qui auraient passé leurs vacances à nettoyer les murs et sauver ce qui pouvait l’être. À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas.

Et personne ne s’est vu reprocher de ne pas avoir utilisé son temps et énergie à faire autre chose « de tellement plus utile »….

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Quand vous voyez des petites vieilles…

… chemisier rouge et cheveux blancs…

Eh bien si le troisième âge est un âge où il fait bon vivre la plupart du temps, il est un combat régulier dans certaines occasions.

Vieille femme grotesque - Quentin Metsys - 1513

Vieille femme grotesque – Quentin Metsys – 1513

Prenez les bus ou trains. Si les places manquent, elles sont pour les jeunes, parce qu’ils doivent s’asseoir pour smartphoner en paix et dans le plus grand confort, eux. Les petites vieilles pimpantes n’ont qu’à, après tout, assumer et rester debout. Elles veulent faire les jeunes, eh bien qu’elles se plantent sur leurs gambettes, qu’elles offrent leur place aux encore-plus-vieilles s’il en reste et jouent à Sheetah suivant Tarzan au bout de sa liane, cramponnées à la main courante. Après tout, c’est elles qui le veulent. Elles n’ont rien à faire, personne ne leur envoie d’autres sms que « j’arrive, Mémé » ou « je t’appelle demain si j’ai le temps », et elles ont toute la journée pour circuler. Si elles choisissent les heures de pointe eh bien debout la vieille garde, nous on sms et on écoute nos chouettes musiques trop cool et hyper bien.

Pareil pour le train, non madame moi j’ai un grand sac sur le siège à côté et il est trop lourd pour le hisser, désolée. Ou mon enfant doit s’asseoir, oui il a sa poussette qui bloque le passage mais le pauvre petiot y est depuis si longtemps et puis il aime la banquette du train. Vous trouverez certainement plus loin…

Au super marché, eh bien… madame, puis-je passer avant vous, JE suis pressé(e). Mais quoi de plus naturel, je n’ai rien à faire, juste attendre la mort. Place à ceux qui travaillent (peut-être) ou ont hâte de retrouver leur feuilleton favori (faudrait pas s’étonner…).

J’ajouterai que dans les trains, les hommes – en général – sont des goujats : si on a passé l’âge d’être « intéressante » eh bien on se casse le dos pour hisser notre valise, et la récupérer. Ils sont sourds à tout soupir et absolument fascinés par un article parlant de nouvelles pilules de jouvence, d’épilation sourcils pour messieurs ou de vacances insolites à discuter au bar à vins. Rien ne les en distrait. Pire, si nous perdons l’équilibre, emportée par le départ du train combiné au poids de notre balluchon, un furieux « mais faites attention, enfin ! » jaillit de leur regard.

Bref, nous payons au quotidien le fait que nous ne soyons pas des petites vieilles chenues et tremblantes, avec un cornet auditif, une canne, du poil dur au menton et des chaussures Mémé confort. Là… je suppose que (et encore ?) on nous donnerait le crédit de l’âge.

Je me dois quand même de terminer sur une note positive : les Belges et les Français sont en général les plus goujats dans l’absolu, mais Asiatiques et Africains sont des princes en armure rutilante dans ces situations. Je leur rends grâce avec toute ma reconnaissance de pimpante dame du troisième âge.