La magie de Noël

Parfois magie noire… Quels sortilèges contient donc cette célébration née autour du solstice d’hiver ? Car qui est triste est plus triste à Noël, qui est seul est plus seul à Noël, et tous les regrets et mauvais souvenirs enfouis au plus profond resurgissent sans pitié, rendant la période des fêtes une épreuve étrangement répétitive, dont la souffrance est inusable. On ne guérit jamais des mauvais Noëls, peu importent les guirlandes, cheveux d’anges, cadeaux, dinde croustillante et purée de marron, le vin chaud, les pitreries du chat dans le sapin, l’excitation des enfants dont on protège la joie.

Noel de Norman Rockwell

Je ne suis pas une personne triste, et j’ai rarement passé Noël dans la vraie solitude. Il ne m’est rien arrivé de catastrophique lors d’un fatal Noël que je n’arrive à oublier. J’ai même, au contraire, quelques bons souvenirs remontant loin dans l’enfance, du sapin, des pinces avec de vraies bougies (on était des trompe-la-mort, en ces temps-là !), des cheveux d’anges qui me coupaient les doigts, des boules somptueuses, des visites familiales un peu trop et bien arrosées parfois, des cadeaux – le papier qu’il ne fallait pas déchirer pour s’en servir pendant l’année, et les ficelles ou rubans que l’on enroulait soigneusement pour la même raison -, des marrons délicieusement brûlés par la cuisson, des pilons de dindes en tutu de papier blanc… Mes souvenirs sont, pour la plupart, bons. Et ceux qui sont moins bons le sont sans agressivité.

 

Et pourtant chaque année Noël reste un cap redoutable à passer,  toujours aussi houleux, menaçant, avec le rayon du phare fidèle éclairant par endroit Charybde, Scylla et la pieuvre géante de 20.000 lieues sous les mers.

 

Si j’aime assez les illuminations de Noël dans les villes, les chants de Noël me donnent l’envie de mettre des boules Quiès. Le pire était aux USA dans la petite ville où je travaillais, la voix du pauvre Trini Lopez jaillissait comme un cacafougna (mot wallon pour un jouet représentant un diable monté sur un ressort qui surgit lorsqu’on enlève le couvercle de sa boîte) de micros mal réglés et placés partout dans la rue, me faisant sursauter avec son Feliz Navidad nasillard. Je rentrais de mes courses de très mauvaise humeur, même si on le remplaçait par l’irremplaçable White Christmas qui me déprimait à fond.

 

Ce solstice d’hiver semble être la tanière de la tristesse, pour beaucoup de gens. Le coffre des jamais plus,  des aimés qui ne sont plus, du passé envolé. Peut-être cette fébrilité scintillante, cette exposition tapageuse des joies familiales illuminées aux chandelles et chaudes de sourires et embrassades nous aide-t-elle, tout simplement, à ne pas entendre la porte qui se referme sur le passé. L’année est passée, elle ne reviendra plus. Dans une petite  semaine, Janus, le dieu aux deux visages, fermera les yeux à ces douze mois et projettera son regard vers les douze qui sont à vivre.

 

Je n’aime pas Noël, parce que c’est ce que je ressens. Je sais ne pas être la seule. C’est pour moi le retour d’une épreuve. Que je sais pouvoir surmonter comme toutes les autres années. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les repas en famille ou entre amis. On traite le génie de Noël avec faste, des mets qui eux aussi scintillent – sur la langue !

 

Le solstice, cet ancien rituel de lumière qui partage l’année en deux cycles, ne se fête pas toujours avec un esprit de fête, mais il se vit, comme tous les cycles. Vivons le donc au mieux. A tous et toutes, un très heureux Noël, que ce soit joyeux ou laborieux, léger ou « il faut bien tout »… ça reste un moment de passage, de mise au point, de résumé des épisodes précédents, de résolutions, de prise de conscience, et surtout, surtout, le moment de « count our blessings » : compter les grâces qui nous sont données.

 

Joyeuses fêtes à tous et toutes !

 

Déception

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