Xmas atmosphère

Voilà, moi je ne vis pas Noël comme la plupart des gens. Mais je le vis comme la plupart des autres, car nous sommes légions je pense à être dans cette situation.

noel-lafayette-1J’ai eu de beaux Noëls, dont je me souviens très bien. Le  vrai sapin qui sentait bon la sombre et vigoureuse forêt, les vraies bougies rouges sur des petits bougeoirs à clips (ciel, et dire que personne n’a jamais mis le feu à la maison, puis la maison voisine, la rue et quartier !!!), les cheveux d’anges qui – aïe ça piiiiiiiique! – coupaient les doigts, les guirlandes de papier brillant rouges, argent et bleues, les boules (et on en cassait une par an au moins, pour découvrir aussi dans la boîte « celles qui s’étaient cassées toute seules »), la crèche. Les cadeaux, la dinde aux marrons … J’ai eu tout ça. Les visites chez Tante Didi, chez Bon papa et Bonne mammy, trop de bonbons, (mais j’en veux encore à ma pauvre marraine pour ces ignobles bonbons au rhum – oui, au rhum ! – que j’ai fini par offrir à une petite fille que je n’aimais pas trop, et qui les a adorés…), un filet de vin dans l’eau servie dans un beau verre à pied comme les grands, de la bûche (que je détestais aussi…) et tout et tout.

Et ça ne me manque pas du tout, même si ça s’est brusquement interrompu à la suite du divorce de mes parents. Ma mère n’avait plus envie, mon frère et moi avons boudé deux ou trois ans, on a continué à faire au moins la crèche, et puis on a lâché prise, et personnellement je m’en souviens avec plaisir mais sans nostalgie. Je m’en fiche tout à fait et suis ravie de ne rien faire en ce qui concerne les décorations, et de ne pas devoir leur trouver une place pour les remiser tout le reste de l’année. Je les apprécie chez les autres, franchement, mais n’ai même pas une étoile ou un père Noël ou un bœuf appuyé sur un âne, ni un chameau ni une pincée d’encens ou un Jésus. Rien.

Et jamais de chants de Noël mais je vis peu en musique. Et depuis toute petite… ils m’énervent pour la plupart. Les seuls que j’adore sont Il est né le divin enfant et Les anges dans nos campagnes. Et je les chantais même à mes chats, dans la mêlée des émotions agréables. Je pense qu’ils aimaient bien…

Et je continue d’y voir une fête de famille, l’occasion d’un bon repas, de (petits) cadeaux, une sorte de renouvellement des affections et de leurs expressions. J’y tiens, chéris cette période, me réjouis de ce que je vais cuisiner, de qui je vais revoir. Je suis impatiente, un grand bonheur m’habite, tant que je ne me laisse pas agacer par tout l’aspect commercial en musique et imposition d’idées. Lorsque je suis seule lors de ces célébrations – et ça arrive – je suis un peu perdue c’est vrai, et par le passé il m’est même arrivé d’en être très triste, de m’apitoyer sur mon pauvre petit moi tout seul dans le monde indifférent. Mais si j’étais triste, c’est que d’autres tristesses venaient se nourrir sur ce prétexte, bien aisé alors à sortir de son chapeau.

Ce n’était pas Noël ou les fêtes qui me faisaient mal mais bien le fait que ces fêtes arrivent justement alors que moi, dans ma vie, je déplorais telle ou telle chose à chaudes larmes ou cris de colère.

Oh cette pénible impression que le monde entier danse et boit autour d’un sapin illuminé alors que nous, nous, eh bien nous… allez, une larme, deux, monde cruel et vie ingrate !

Et donc, à tous ceux et celles qui voient arriver « les fêtes » avec un mouvement de repli, je dis qu’autant se souvenir qu’elles vont passer, et que tant qu’elles passent… eh bien puisez-y ce qui vous fait plaisir : de la bonne chère, du bon vin, des décorations féériques dans les magasins et maisons, les joues rouges et excitées des enfants, et aussi ce qu’on appelle « l’esprit de Noël » que l’on ne peut négliger. La malchance passera comme les fêtes, et il mieux vaut ne pas se vautrer dans la pitié de soi excessive sous peine de basculer sans l’avoir voulu …

Et je vous souhaite, à tous, au monde entier, un heureux passage lumineux, un chaleureux retour de flamme envers tous ceux que vous avez un peu/beaucoup oubliés, un chant de cœur muet devant les objets de votre amour, et un grand merci s’écoulant comme un délicieux vin chaud dans vos veines… Vive la vie, vive l’amour,  vive la famille et les amis, vivent ceux que nous avons choisis comme amis,  vive nos animaux chéris, vive le bûcher qui fera fondre la neige et illuminera le ciel d’hiver pour l’amener au printemps…

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La magie de Noël

Parfois magie noire… Quels sortilèges contient donc cette célébration née autour du solstice d’hiver ? Car qui est triste est plus triste à Noël, qui est seul est plus seul à Noël, et tous les regrets et mauvais souvenirs enfouis au plus profond resurgissent sans pitié, rendant la période des fêtes une épreuve étrangement répétitive, dont la souffrance est inusable. On ne guérit jamais des mauvais Noëls, peu importent les guirlandes, cheveux d’anges, cadeaux, dinde croustillante et purée de marron, le vin chaud, les pitreries du chat dans le sapin, l’excitation des enfants dont on protège la joie.

Noel de Norman Rockwell

Je ne suis pas une personne triste, et j’ai rarement passé Noël dans la vraie solitude. Il ne m’est rien arrivé de catastrophique lors d’un fatal Noël que je n’arrive à oublier. J’ai même, au contraire, quelques bons souvenirs remontant loin dans l’enfance, du sapin, des pinces avec de vraies bougies (on était des trompe-la-mort, en ces temps-là !), des cheveux d’anges qui me coupaient les doigts, des boules somptueuses, des visites familiales un peu trop et bien arrosées parfois, des cadeaux – le papier qu’il ne fallait pas déchirer pour s’en servir pendant l’année, et les ficelles ou rubans que l’on enroulait soigneusement pour la même raison -, des marrons délicieusement brûlés par la cuisson, des pilons de dindes en tutu de papier blanc… Mes souvenirs sont, pour la plupart, bons. Et ceux qui sont moins bons le sont sans agressivité.

 

Et pourtant chaque année Noël reste un cap redoutable à passer,  toujours aussi houleux, menaçant, avec le rayon du phare fidèle éclairant par endroit Charybde, Scylla et la pieuvre géante de 20.000 lieues sous les mers.

 

Si j’aime assez les illuminations de Noël dans les villes, les chants de Noël me donnent l’envie de mettre des boules Quiès. Le pire était aux USA dans la petite ville où je travaillais, la voix du pauvre Trini Lopez jaillissait comme un cacafougna (mot wallon pour un jouet représentant un diable monté sur un ressort qui surgit lorsqu’on enlève le couvercle de sa boîte) de micros mal réglés et placés partout dans la rue, me faisant sursauter avec son Feliz Navidad nasillard. Je rentrais de mes courses de très mauvaise humeur, même si on le remplaçait par l’irremplaçable White Christmas qui me déprimait à fond.

 

Ce solstice d’hiver semble être la tanière de la tristesse, pour beaucoup de gens. Le coffre des jamais plus,  des aimés qui ne sont plus, du passé envolé. Peut-être cette fébrilité scintillante, cette exposition tapageuse des joies familiales illuminées aux chandelles et chaudes de sourires et embrassades nous aide-t-elle, tout simplement, à ne pas entendre la porte qui se referme sur le passé. L’année est passée, elle ne reviendra plus. Dans une petite  semaine, Janus, le dieu aux deux visages, fermera les yeux à ces douze mois et projettera son regard vers les douze qui sont à vivre.

 

Je n’aime pas Noël, parce que c’est ce que je ressens. Je sais ne pas être la seule. C’est pour moi le retour d’une épreuve. Que je sais pouvoir surmonter comme toutes les autres années. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les repas en famille ou entre amis. On traite le génie de Noël avec faste, des mets qui eux aussi scintillent – sur la langue !

 

Le solstice, cet ancien rituel de lumière qui partage l’année en deux cycles, ne se fête pas toujours avec un esprit de fête, mais il se vit, comme tous les cycles. Vivons le donc au mieux. A tous et toutes, un très heureux Noël, que ce soit joyeux ou laborieux, léger ou « il faut bien tout »… ça reste un moment de passage, de mise au point, de résumé des épisodes précédents, de résolutions, de prise de conscience, et surtout, surtout, le moment de « count our blessings » : compter les grâces qui nous sont données.

 

Joyeuses fêtes à tous et toutes !

 

Déception

Rejoyce, la lumière est de retour

Noël et son esprit, eh bien malgré toute ma bonne humeur, non.

Je fais partie de ceux qui attendent nerveusement que les fêtes s’en aillent, emportées loin par la Befana, les rois Mages ou les camions poubelles qui ramassent les sapins morts et les bouteilles de champagne laissées au pied des containeurs débordants.

Les regrets et les absents pèsent bien plus lourd pendant « les fêtes » et il me faut vraiment aller plonger dans mes réserves d’optimisme pour ne pas faire une cure de sommeil qui ne me réveillerait une fois les Mages passés et partis derrière la Befana.

Pourtant, paradoxe, je tiens au repas de Noël, enfin… à un « bon repas » si possible en famille. Mais les seules décorations de Noël chez moi sont les vœux reçus. Et ma bonne humeur, bien réelle parce que pétrir et dorloter la nourriture fait bouillonner la vie en moi, en dépit de tout. Ca sent bon, ça grésille, les épices s’unissent, la chaleur ambiante titille l’appétit, on parle de banalités qui font rire et unissent en douceur.  On fait tchin tchin avec tendresse, on s’est faits beaux, on laisse la santé, les factures et les soucis sur le trottoir. On évoque les images d’autres Noëls lointains, les cheveux d’anges qui coupaient les doigts mais à l’attrait desquels on ne pouvait résister, les pinces porte-bougies qui faisaient ployer les branches du sapin, le chat de la maison qui perdait la tête devant les boules, l’ange du sommet qui n’avait plus de couleur tant il était vieux, et le fait que nous ne croyions pas au Père Noël et savions très bien qu’il n’existait pas, alors que Saint Nicolas, lui… c’était du sérieux, et en prime on ne devait pas aller à la messe pour lui.

Je fête le solstice, la lumière qui revient, avec ses promesses de chaleur et de vérité. De triomphe sur la mort, l’engourdissement, la torpeur, le non-vivre, le mal-vivre. Ce n’est pas une résurrection, une explosion, non… c’est le signal d’un lent cheminement qui va frissonner sans cesse jusqu’à ce qu’il se fasse passage bourgeonne, grandisse, fleurisse et produise des fruits de soleil. Dans le sol des veines iridescentes se gorgent et soupirent au chant muet de la lumière, courant d’un bulbe à l’autre, d’une racine à l’autre, caressant le pelage de ces petites boules hibernantes et respirant à peine. Dans le ciel la vie scintille et souffle une haleine qui traverse le gel d’une buée subtile et le transforme en perles éphémères. Dans les eaux une multitude d’étincelles fugaces court en léchant les roches, les algues, les écailles et les peaux de la vie fluide, lui annonçant que la vie va rebondir et exulter.

Puissiez-vous donc célébrer ce solstice avec ceux qui vous sont chers en pensée ou en proximité, et suivre la lumière qui vous éclaire le chemin du futur !