Jamais, toujours, pas question…

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Le serment du jeu de paume 20-06-1789 Merson Luc Olivier

Des serments qui n’ont de force qu’au moment où on les profère, et qui ne reflètent que l’intention à ce moment.

On aimera toujours, on ne quittera jamais… Avec le temps « aimera » devient souvent haïra, respectera, aidera, qui sont aussi des composantes liées à l’amour mais ne sont plus l’amour du jour du serment. Elles peuvent contenir le fumet de l’affection, ou le sens du devoir, mais amènent au domaine des concessions, domaine que l’on ne pensait pas un jour visiter. « Quittera » change pour abandonnera, délaissera, d’autres engagements importants mais qui ne sous-entendent pas que le cœur est resté attaché au cœur de l’autre.

Pas question que l’on supporte une infidélité. Jusqu’au jour où elle est là. Mille raisons peuvent faire qu’on la supportera et parfois mieux qu’on ne le pensait : on est loin d’être un cas unique ; on aime encore et désire patienter ; on n’aime plus mais on se cramponne à la représentation « Un mariage qui dure » ; on n’a jamais vraiment aimé et bien que l’on soit très vexé, après tout c’est le mariage qu’on a épousé et pas le conjoint ; on a peur de la solitude, ou on préfère supporter ça que se retrouver avec un seul salaire. Mais on supporte ce qu’il n’était pas question qu’on supporte. Pas tout le monde, bien entendu, mais beaucoup.

Pas question que l’on accepte un travail en-dessous de ses capacités. Et puis voilà que c’est quand même une meilleure option que ne plus pouvoir payer son loyer, ou de perdre le ressort du travail.

Jamais je ne vivrai avec un autre partenaire, mon indépendance est trop agréable. Et s’il est bon de se délecter des avantages liés à certaines situations au lieu de s’en plaindre, c’est une erreur de s’y enfermer. Un jour il se peut que la situation où vivre avec un ce lui ou une cette elle que l’on n’attendait plus se présente et l’indépendance sera revisitée autrement…

Avec le temps on évite d’être aussi affirmatif, et c’est alors que l’on se libère de ces interdits, de ces fils barbelés qu’on a enfin coupés après les avoir jalousement entretenus. On se fie à soi, à sa capacité de s’adapter en souplesse à la réalité que l’on a acceptée. En chassant d’un coup de pied ce qu’un jour on a proclamé avec naïveté.

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Quittés, quitteurs, trompés et trompeurs : même combat

Moi, on ne m’a jamais quitté/e… Ah bon ? Est-ce un tel privilège, et ensuite… est-ce si vrai que ça ? Car on peut quitter quelqu’un sans partir. On ne s’y intéresse plus, on se replie dans l’amertume ou on s’épanouit dans « sa vie » dont on ne sort que pour les apparences rassurantes. Ils sont toujours mariés. Ils sont toujours ensemble. Hum. Si mariés signifie unis par papiers, dettes, enfants et frousses diverses, en effet.

Au départ il y eut l’amour. Vrai, imité, imaginé, profond, juste assez pour harponner, ça va venir avec le temps, si c’est pas maintenant il sera trop tard et ça deviendra plus difficile, c’est la même loterie pour tous, ça durera ce que ça durera mais entretemps il y aura les enfants, le ciment bien connu. Etc…

Mariages groupés

Et tant de choses se passent pendant ce départ dans la vie et le mariage que bien malins ceux qui y voient clair. Tout en devenant un couple, on prend aussi la barre de sa nef de vie  – remplie d’échéances, de plan de carrière, d’un fils deux filles ou deux fils, de choses qu’on veut faire, de lieux qu’on veut voir. Tout va si vite et si fort que puisqu’on est là tous les deux et qu’on aime aller au cinéma le soir, inviter les couples d’amis qui ont des enfants jouant ensemble, choisir les destinations de rêve pour les vacances… on n’a pas le recul pour comprendre si les maux de tête permanents, la boulimie du travail, les insomnies, le changement de poids, d’humeur etc… sont dus à un héritage génétique indécent ou… à la nébuleuse conscience d’avoir fait, un jour, fausse route et de vouloir la quitter. Ou la rectifier.

Alors, que l’on trompe ou soit trompé, que l’on quitte ou soit quitté, le fait est qu’on n’est pas mal tout seul dans son mariage, il faut être deux pour être heureux ou malheureux. Et il appartient à chacun de faire face, à chaque couple d’accepter le signal, et de faire de nouveaux plans. Adaptation, changements, séparation – provisoire ou décisive –, concessions… Le mariage peut survivre et même « live happily ever after » si amour un jour il y eut, et que seules des erreurs d’aiguillage ont été faites.

La seule mauvaise formule est la geôle fermée d’une porte qui dit « Tu m’appartiens ». Elle est la preuve qu’amour il n’y eut jamais.