La splendeur du premier amour… Splendor in the Grass

Splendor in the Grass, c’est un film dont je n’ai pas compris grand-chose lorsqu’il est sorti – en 1961 – et que j’ai revu aux USA il n’y a pas très longtemps. Et il m’a bouleversée.

En deux mots, dans les années ’20 Deanie, une jeune fille de milieu modeste et le fils d’un des magnats de la ville sont amoureux. Et la passion qui s’éveille dans leurs corps envahis par la sève de la jeunesse et de l’amour les porte aux limites de ce qui était permis alors. La mère de la jeune fille l’a traditionnellement élevée selon le principe qu’une fois que les garçons ont eu ce qu’ils voulaient ils prennent la poudre d’escampette, et donc … elle tient bon. Le garçon – Bud – finit alors par se tourner vers une fille plus libre tout en n’aimant que Deanie, Deanie qui se refuse à lui malgré son propre désir… Et quand Deanie l’apprend, elle entre dans une mélancolie si profonde qu’on doit la mettre en soins psychiatriques. Survient la grande dépression de 1929, la famille de Bud se retrouve sans un sou.

A sa sortie de la clinique trois ans plus tard, Deanie retrouve la trace de Bud, qui vit modestement à la campagne. Et s’est marié. Sur le seuil, sa femme, enceinte, suit des yeux la rencontre des deux anciens amoureux. Leur vie est faite, ils se sont perdus, et l’amour est là entre eux sur le chemin de terre, aussi visible qu’un graffiti de lumière. Tout comme la tristesse qui descend sans un bruit pour s’installer, comme une hyène repue, dans un coin de leur cœur dont elle ne sortira plus…

« On n’oublie jamais son premier amour » a dit, à 90 ans, mon père à quelqu’un. Je lui ai apporté, à cette époque, une photo de son premier amour en robe du soir, et j’ai bien vu que c’était vrai. En avons-nous lues, de ces histoires de retrouvailles qui illuminent le visage de ceux qui, des années  plus tard, des kilomètres plus loin, une vie dans le dos, retrouvent leur premier amour…. Celui dont le baiser contenait l’élixir d’amour… Cet élixir dont on n’oublie jamais le goût…

Mais l’âge du premier amour est aussi celui de l’obéissance aux parents, des études et des pertes de vue contre lesquelles les projets ne peuvent rien. On n’oublie pas mais la vie étourdit… on croit que le passé est passé, faisant place à la réalité. Et au détour du hasard, la vérité aveugle : on n’a jamais oublié son premier amour ni le goût de l’élixir… C’est aussi la réalité.

 

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Crédule

Ma mère – Lovely brunette – n’aimait pas que je mange du chewing-gum. Elle trouvait que c’était affreusement vulgaire de mastiquer comme un chameau, de faire des bulles qui s’écrasaient sur joues et nez et puis d’abandonner cet immonde machin rose sous une chaise ou une semelle. Il est clair que je n’en rêvais que d’autant plus fort… J’ai donc été ravie quand ma voisine Denise, qui elle, avait la permission (ou l’absence d’interdiction) de savourer ces innommables vulgarités, avait décrété que je pourrai les avoir quand elle en serait fatiguée, c’est à dire qu’elle les aurait mastiqués jusqu’à en avoir les mandibules enflammées. Hélas nous avions aussi notre voisin et ami, Jean-Marie, interdit de « chicklets » également, qui était sur la liste d’attente, juste avant moi.

Bubble gum bis

Notre trio de comploteurs se retrouvait au fond de nos trois jardins, contigus, car nous habitions trois rues différentes et nos jardins se rencontraient. Denise offrait son chewing-gum dur et privé de toute sa saveur 100% chimique à Jean-Marie, avec un sucre pour y ajouter une touche gourmande (un geste généreux), et nous bavardions de choses et d’autres pendant qu’il se repaissait de ce plaisir interdit en salivant comme un bulldog. Et quand lui aussi avait mal aux mâchoires, c’était à moi. Avec un sucre également. C’était absolument délicieux et aussi sale qu’on puisse imaginer, mais comme j’ai une santé de fer, je conclus que c’étaient des vitamines…

Finalement, nous avons été découverts. Un vil espion a dû nous donner, je ne sais plus. Ou j’ai gardé mon morceau rose dans la poche de ma robe et l’y ai oublié, il a peut-être même fini dans la lessive puis sous le fer à repasser, faisant hurler mademoiselle d’horreur… quoi qu’il en soit, Lovely Brunette a demandé à la sœur aînée de Denise de m’en dégoûter à la première occasion. Et son inspiration fut de me dire que les chewing-gums étaient faits avec des os de Chinois morts (il valait mieux qu’ils soient morts, mais les mots os et mort l’un près de l’autre étaient supposés hérisser tout mon système pileux de frayeur). Comme elle était « une grande » d’au moins 15 ans – c’est aujourd’hui une dame très distinguée… – je l’ai crue sans trop m’étonner. J’étais assez fière d’être informée d’un tel secret de fabrication. Et ça n’a pas atteint son but car j’ai pris soin, par la suite, de déceler le goût des os de Chinois dans la pâte à mastiquer, j’étais certaine de l’identifier. Il y avait un petit je ne sais quoi en plus…

Bubble gum

Découragée, Lovely Brunette n’en a plus parlé, m’a laissé en acheter de temps à autre (ces hideux gros carrés de bubble-gum) et produire le « pop » de la bubble éclatée se collant sur mon visage. C’est ainsi que je n’y ai plus trouvé aucun attrait, et ai abandonné les saveurs post mortem de l’Asie et ses mystères…