Chassez ce naturel-là… il ne revient même pas au petit trot…

L’autre jour j’ai revu – avec une joie sincère – un cousin perdu de vue alors qu’il était un petit garçon et qui maintenant est un monsieur charmant et toujours plus jeune que moi. Comme quoi le temps ne se rattrape pas.

Nous avons parlé de sa mère que j’aimais beaucoup, et d’une photo d’elle en particulier que son père avait prise et qui contenait tout ce qui faisait qu’elle était elle et pas une autre : les beaux cheveux soigneusement mis en plis, les sourcils brefs et nets, les paupières un peu celtes qu’elle tenait de sa mère, cet air secret, avec le sourire intime d’une femme qui sait qu’un  homme qui la trouve belle la photographie, complice de la lumière qui la rend encore plus belle.

Alors que je lui détaillais justement ce sourire qui n’était que le sien, inimitable, il m’avoua qu’il retrouvait sur ma bouche un petit quelque chose de ce léger mystère. Car oui, j’ai beau avoir principalement le sourire de ma mère, j’ai aussi, héritage génétique venu d’on ne sait qui de la famille maternelle de mon  père, de petits muscles particuliers au coin de la lèvre supérieure qui font qu’elle prend exactement ce même pli, un peu contenu, un peu sinueux de ma tante. Et j’ai remarqué ce trait il n’y a que quelques années, avec sans doute ce qu’on appelle le « vieillissement » qui est en réalité l’apparition des empreintes familiales. L’âge apporte ceci : les racines de l’arbre généalogique affleurent. Et c’est une merveille que de lire, sur les photos de membres de la famille, les phrases qui commencent à apparaître sur les nôtres.

Et si j’avais fait de la chirurgie esthétique, jamais ces mots du passé ne seraient lisibles. Parce qu’il s’agit d’un cadeau qui ne pouvait se manifester qu’après que la jeunesse ait enlevé ses rondeurs, calmé une expression moins sereine…

On prend du volume ou devient osseux comme certain membre de la famille dont on a aussi reçu en partage la voix, la tendance à l’eczéma ou la santé de centenaire. On reproduit les mêmes gestes, les joues se creusent de la même façon, on développe le même goût tardif pour la poésie ou le sherry. De vieux clichés sépia pourraient être des montages photo-shop tant on dirait que la vieille matriarche en robe noire et empesée ou le nonagénaire vigoureux s’appuyant sur sa canne… c’est nous. Les calvities révèlent les mêmes crânes et larges fronts sillonnés par la vie. Le sceau de la famille est de plus en plus évident.

Et on commence à entrevoir un peu d’éternité et continuité.

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