Éloge du baiser d’amour

«Vous croyez encore que l’on n’embrasse qu’avec les lèvres ; mais les vrais baisers sont des sourires. » Denys Gagnon…

 

C’est ce qui m’a interpellée sur le mur d’une amie Facebook. Merci Sandra, de m’avoir titillée avec cette citation que tu as choisie…  Honnêtement je pense que les baisers – certains, du moins – donnés avec les lèvres sont aussi de  « vrais » baisers. Si on aime. Ceux que l’on pose sur la joue de soie chiffonnée d’une grand-mère ou sur celle, râpeuse et évidée de ses rondeurs, d’un grand père. D’une amie qui sent bon et nous fait rire.

 

D’une personne que l’on aime.

 

Tous ceux que reçoivent des parents que l’on n’a pas vus pour une période de vacances. Ceux, aussi, que l’on échange avec la personne qu’on aime… si on l’aime vraiment.

 

Car si on n’est pas vraiment aimé, l’envie de croire à ses illusions peut faire taire l’inquiétude haletante d’une petite âme bousculée par une soudaine froideur, l’absence de l’étincelle que tout cœur devrait produire quand le désir étire ses membres et se fait enveloppant, exprimant par le toucher ce que les mots ont déjà dit dans leur langage.

 

Et si on n’aime pas, ce qu’on aime dans le baiser est ce qu’on va obtenir : le corps, l’argent, les cartes de visite Monsieur Madame Machin, les enfants avant que l’horloge biologique ait rendu son dernier tic-tac, le trophée d’une épouse qui rend jaloux ou d’un époux que l’on envie. La promotion dont on rêve en prenant les raccourcis. Ce n’est pas un baiser d’amour, mais un baiser d’avoir.

 

Nous connaissons tous de ces couples trop bécoteurs avec l’ostentation d’une comédie bien rôdée au profit de l’entourage. Qui nous abreuvent aussi  d’ allusions, au bord de l’indiscrétion, à la voracité passionnée de l’un ou l’autre que l’autre ou l’un révèle un peu lourdement, soulignant qu’il ou elle n’est pas en reste. Histoire de dire sans le dire « Nous, on s’aime. Et nous, on part au septième ciel en missile, enviez-nous donc… ».

 

En tout cas moi j’en connais, et je sais aussi ce qui se passe en coulisses une fois costume de scène rangé et maquillage enlevé. Les missiles restent au garage, et on range les baisers jusqu’à la prochaine réception. Et comme c’est strictement leur affaire, ça m’est tout à fait égal sauf que je voudrais leur dire qu’une telle emphase dans leur jeu fait souvent trop théâtre de guignol pour qu’on tombe dans le panneau.

La fiancée juive - Rembrand

La fiancée juive – Rembrandt

 

Mais les vrais baisers, oui, ils peuvent n’être que des sourires. Un sourire aimant peut contenir une déclaration d’amour. Mille déclarations d’amour. La lumière de l’enchantement resplendit sur les lèvres qui proclament, sur la brillance du regard qui confirme, sur la soie de la peau qui, jeune ou vieille, se détend et parle de bien-être et de bien-aimer. On peut s’embrasser de loin, ainsi, au déclic d’un coup d’œil. On peut s’embrasser de moins loin, avec la simple distance dont « les autres » ont besoin pour ne pas se retrouver en péché d’indiscrétion malgré eux. Un toucher du plat de la main sur l’épaule ou l’avant-bras, un sourire, un clin d’oeil… c’est un amoureux « qu’on est bien d’être ensemble, mon amour » muet qui sort comme un cri heureux envoyé et reçu aussi furtivement que le saut d’une truite qui crève la surface d’une rivière.

 

Et dans le sommeil qui suit une journée qui a pu avoir des visages et décors multiples, la nuit contiendra un dernier baiser d’amour : le toucher d’un bras alangui qui se dépose autour des flancs, ou d’une main apaisée qui s’en vient dormir contre un sein familier. C’est dans l’obscurité de l’oubli nocturne , dans l’innocente vérité émise par haleines et mouvements inconscients que l’amour nourrit ses énergies, refait peau neuve, pour avoir, au lever du jour, l’étincellance de deux devenus un à jamais. Au matin, le réveil sera nimbé d’une somptueuse pensée, aussi somptueuse qu’un délicat voile de soie posé sur la peau : Nous sommes ensemble

 

Mains fiancée juive

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