Ça me ferait tant plaisir…

Petite phrase qui quémande si gentiment, si humblement, avec tant de discrétion. C’est tellement poli, et en apparence dénué de pushing-forcing-begging.

Et pour autant… est-ce un argument ?

Si à vous ça demande une privation disproportionnée, ou une servitude ré-affirmée que vous ne voulez pas/plus, qui n’est pas indispensable ?

Ça lui ferait plaisir que vous ne voyez plus telle ou telle personne. Que vous aimez voir. Vous avez tort ou raison mais surtout … vous avez l’âge de raison, celui d’assumer vos erreurs si elles en sont. Vous pouvez marcher sans garde-fou, oui oui oui.  Même si ça lui ferait tant de plaisir que vous vous sépariez de cette personne qui ne lui plaît pas du tout mais n’a que ça sur sa liste de méfaits. Ne plaît pas à monsieur ou madame.

Ça lui ferait plaisir que vous n’appeliez pas votre mère – votre père, votre ami/e, votre frère – tous les jours parce qu’au fond… ça pèse sur l’argent du ménage, donc le sien aussi. Ça lui ferait plaisir d’aller voir son frère-sa sœur-sa cousine pour la Toussaint alors que vous, c’était pourtant annoncé, vous aviez prévu un délicieux et voluptueux repos à-ne-rien-faire.

Ça lui ferait plaisir, mais pas à vous.

Etes-vous un(e) ignoble égocentrique si vous tenez bon ? Il y a l’effort qu’on consent, de bon cœur, dans l’enthousiasme de… faire plaisir, justement, ou alors parce que ce petit sacrifice n’est que justice à ce moment donné. On s’offre le bonheur d’une générosité, parce que c’est bien vrai, on ne vit pas que pour soi et la bienveillance envers l’autre apporte aussi le plaisir de donner.

Mais… point trop n’en faut. On parle de donner et non pas de prendre. D’accueillir et non pas d’en faire la règle du dû parce que je le vaux bien.

Chacun/e peut prendre soin de son propre plaisir pour beaucoup de choses, et supporter aussi que parfois celui de l’autre le contrarie. Il/elle veut absolument aller voir untel à tel moment qui tombe si mal pour moi, eh bien après tout il n’y a pas danger de mort et donc… qu’il/elle prenne la voiture, le train, l’avion ou son balai de sorcière et s’y rende seul/e.

Picasso : Femme qui pleure

Picasso : Femme qui pleure

L’utilisation des mimiques et suppliques est une arme. Une arme lâche mais dont nous avons tous vu l’éclat. Le visage qui vacille sous une onde de chagrin – bien calculée, faudrait pas se défigurer et être moche, quand même ! -, ou les sourcils en toit de chalet et les lèvres faisant mine de contenir une émotion incontrôlable. Voire l’expression murée du petit soldat une fois de plus humilié dans sa confiance mais trop fier et noble pour vider son cœur.

Parce qu’on ne leur fait pas plaisir.

Et qu’ils supportent tant, stoïquement. Sans jamais se plaindre

Les bons et les mauvais

La lutte de la lumière contre les ténèbres. On nous la mentionne dès l’enfance, et il ne faut pas longtemps pour en sentir le déplacement d’air. On est en plein dedans.

Raphael Sadeler - Dieu le Père sépare la lumière et les ténèbres

Raphael Sadeler – Dieu le Père sépare la lumière et les ténèbres

Ça commence doucement avec le petit frère qui systématiquement vous accuse de tout ce qu’il casse, perd ou abime. C’est pas lui, c’est vous. Avec ce regard sournois que vous lisez parfaitement : ils me croiront et pas toi. Et comme il est petit, mignon, qu’en prime peut-être on ne l’attendait plus mais qu’il a rabiboché le mariage des parents, eh bien c’est vous qu’on accuse d’être méchante. Jalouse (l’accusation passe-partout qu’on offre aux femmes pour leur rabattre le caquet : tu es jalouse…).

Et si ce n’est pas le petit frère, c’est la petite cousine qui a eu la méningite et que depuis on gâte et entoure à outrance, et qui a découvert son savoureux pouvoir : elle pleure avec une mine pathétique en arrivant avec vous pour le goûter et tout de suite on vous demande ce que vous avez encore fait à la pauvre petite Ludivine qui est si courageuse. Et le regard de Ludivine a un éclair luciférien que seule, vous voyez. Mais vous êtes une enfant et savez qu’il ne sert à rien d’en parler car… ils ont des yeux et ne voient point, même Jésus l’a dit. Par contre ils entendent les gnangnanteries de Ludivine, ça oui !

Les Ludivines et petits frères grandissent ainsi que tous les autres monstres en devenir, et leur pouvoir s’affirme, que ce soit tout simplement dans un cercle privé (pauvre famille otage…) ou bien parce que leur ambition les place sur quelque siège important. Ils ne pleurent plus, bien sûr, leur goût du mal et de la manipulation jouit d’un autre savoir-faire, plus mûr. Bien que ceux qui se limitent à la famille et les proches utilisent encore volontiers la larme et la litanie de reproches. C’est pour mieux vous culpabiliser, mon enfant. Un reproche lâché au bon moment équivaut à une faveur aisément conquise.

Mais les grands méchants – les grands méchants loups – sont plus assertifs, et plus directs : les « autres » (ceux qui ne sont pas comme eux) sont des cons, n’ayons pas peur des mots, et c’est à cause d’eux que tout va mal. Donc, en avant les « malins » (et finalement, oui, le malin n’est pas loin…) pour rectifier les choses sous leur commandement éclairé.

Mais je sais aussi que, aussi mal qu’insultes, dols, traitrises peuvent faire, le bien qu’un sourire, un toucher de la main, une bonne action exercent est plus puissant parce qu’il allume un monde entier dans le cœur. Les bonnes pensées sont peut-être (peut-être…) moins nombreuses que les mauvaises, mais leur pureté les rend suffisantes pour garder la lutte active : les ténèbres ne s’installeront que sur le versant sombre, le soleil de l’amour viendra ensuite l’illuminer tandis que la lune des fureurs ramènera le combat. Sans cesse.

Il n’y aura, à mon avis, jamais de paix durable ou complète, jamais de justice profonde, jamais de monde idéal, jamais d’équilibre tel que nous le rêvons. Mais il n’y aura jamais non plus un chaos installé sans résistance, une résistance douce mais persistante. Et quand on me dit que les couvents ne servent à rien, je réplique détrompez-vous, peu importe leur foi et la langue de leurs cantiques, et peu importe aussi combien y sont pour le service de leur foi ou simplement pour une vie à l’abri, ceux et celles qui prient retiennent eux aussi les ténèbres, avec la force de l’amour.

saint-michel-archangeLa méchanceté, le mal humain, c’est une maladie. On l’a dès la naissance ou on peut aussi y basculer avec l’âge. Bien qu’alors ce ne soit qu’une expression d’agressivité de surface, déconcertante mais pas réellement dangereuse. Il est plus facile d’être « mauvais ». C’est le chouchou qui veut le rester ; c’est celle qui hait autrui pour être plus gai, talentueux, beau, vivant ; c’est celui qui attend des autres, avec des exigences impérieuses et un manque de satisfaction cent fois affirmé, qu’ils lui rendent la vie agréable et simple et lisse et indolore… Celle qui se grise du pouvoir de la manipulation-séduction. Ils nuiront toute leur vie, à grande ou petite échelle. Et en face d’eux certains se briseront, et d’autres auront l’armure de l’innocence.

Therapon, mon Japon

Alors que j’avais onze ou douze ans, mon Papounet est allé en vacances en Grèce. Et à Athènes il a acheté des cartes postales à un adolescent dans la rue qui parlait le français ! Et voilà donc que mon Papounet, le trouvant si méritant et déluré, prend son adresse et me propose d’entamer une correspondance avec lui – j’adorais la  correspondance, passe-temps d’autrefois que Lovely Brunette avait pratiqué avec ferveur -, ce qui lui permettrait de pratiquer son français. Pourquoi pas ?

ParthénonNous nous mettons donc à échanger des lettres de loin en loin. Avec Lovely Brunette nous chantions « elle vendait des cartes postââââ-les – et aussi des crayons ! » de Bourvil en remplaçant elle par il. Ce n’était pas une moquerie, quoi qu’on puisse en penser, mais il était rare d’avoir un correspondant via son échoppe ambulante de cartes postales, avouons-le. Et comme nous aimions beaucoup chanter, eh bien le Madeleine de Brel (Madeleine, c’est mon Noël, c’est mon Amérique à moi) est devenu Therapon, c’est mon Japon, c’est mon Amérique à moi

C’est bien plus tard que j’ai réalisé que Therapon était son nom de famille, et j’avais toujours commencé mes belles missives par Cher Therapon … il devait se demander pourquoi… Peut-être se le demande-t-il encore.

De quoi parlions-nous ? Je ne sais plus. Je devais lui raconter que je n’aimais pas la géographie – ni les fractions -, que j’avais été voir un film de Zorro, que nous partions à la mer, que le chien avait été malade. Que nous avions un cheval et que je nettoyais l’écurie… Et lui ? Sans doute aussi, ses matières préférées, son souhait de voir Paris un jour…

Vint le jour où il m’a envoyé une photo (on ne voyait pas grand chose, il était dans l’ombre d’un arbre et il aurait aussi bien pu être le sosie de Michel Simon que de George Clooney) et m’en a demandé une. Ma mère a fait – spécialement ! – une photo de moi en train d’étendre de la pâte sur la table de cuisine, en tablier, avec mon serre-tête blanc et mes lunettes. Super concentrée sur l’épaisseur de ma pâte et à ne pas bouger car c’était encore  l’époque où avoir l’air naturel sur les photos tenait du miracle.

Et vlan !

Cette photo déchaine  la passion la plus inattendue chez Therapon. Imaginez-donc : une petite ménagère, « riche », qui n’aime pas la géographie, fait de la pâtisserie… Il m’écrit qu’il aimerait tant se promener au Pirée avec moi le long de l’eau, la main dans la main, et m’emmener sur la plage… Je présume qu’il aimait Claude Nougaro et chantonnait rêveusement « rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la cuisine »….

Lovely Brunette et moi n’en revenions pas de l’effet foudroyant de ce cliché. Je ne m’intéressais pas du tout aux garçons, pas plus lui qu’un autre, je devais avoir treize ans, et encore ! Je réponds en évitant toute allusion au Pirée, les mains unies et le son imaginaire des violons (ou bouzoukia…). Je reprends mon monologue littéraire de petite fille : j’aime beaucoup Cary Grant, je suis en plein examens, mon frère est tombé, je joue dans une pièce à l’école, notre chien est mort.

Imperturbable, Therapon me traite en fiancée désormais, rassuré sans doute par le vieil adage que qui ne dit mot consent. Il a montré, dit-il, ma photo à ses parents qui sont conquis, il aimerait que je vienne à Athènes cet été, il réussit super bien à l’école et va devoir choisir une orientation, il compte aller à l’université.

Les mois passent. Je continue mon petit bavardage insipide. Lovely Brunette s’amuse un peu, après tout où est le danger, il est loin, Therapon ! Nous imaginons que bientôt il rencontrera une Soula, Vasso ou Demetria qui distraira son esprit et lui fera des kadaïfis qui lui feront oublier ma pâte sablée.

Et puis les écailles tombent de nos yeux. Il se jette à l’eau, non pas depuis le Pirée, mais il ne peut plus attendre que je lise entre les lignes ou que je grandisse pour tomber follement amoureuse de lui : mon père ne pourrait-il lui offrir ses études d’aviateur ? Il veut devenir aviateur, na. Et comme mon père est riche d’une part et qu’il veut, quant à lui, me prendre par la main en bord de mer, c’est quand même évident, non ? Jointe à cette lettre, une photo « de lui » genre studio de Hollywood. Lovely Brunette, indignée d’ailleurs, diagnostique tout de suite que ça ne peut être lui.

Mon papounet, qui vivait en Afrique à ce moment et dont les écailles venaient aussi de tomber des yeux, a fait rédiger par un ami grec un contrat selon lequel Therapon s’engageait à rembourser le montant de ses études lorsqu’il travaillerait et sillonnerait le ciel dans son bel avion tout brillant.

Et plus personne n’a jamais entendu parler de Therapon, mon Japon…

La corde pour se pendre est tissée de mensonges

Mensonge blanc, mensonge pieux, mensonge bénin, gros mensonge… C’est une grande famille que celle des mensonges. Mais le pire est sans doute celui qui arrive seul, pour une bien mauvaise cause, et doit rameuter tous les siens – les petits mensonges accessoires – pour survivre.

Car il tue.

Je ne parle pas des « non je n’ai pas fait les soldes, c’est un cadeau de Mireille », « je ne sais pas comment ça s’est cassé, je l’ai trouvé comme ça », « Monsieur le directeur, vous qui partez à la retraite, nous vous regretterons tous… ».

Je parle de ce mensonge immonde né de la colère, de la jalousie, de la perfidie ou du désir d’avoir raison quand on ne l’a pas. La chose affreuse que l’on invente ou déforme pour bien démontrer qu’on a subi un dol, un dommage, une offense. Deux clans vont s’affronter : ceux qui s’allient au Pinocchio diabolique, offensés pour lui, scandalisés, portant haut ses couleurs d’innocence. Et les autres, ceux qui peut-être ne connaissent pas les motivations de Pinocchio mais par contre n’ont pas une hésitation : il invente.

Il ment.

Le temps passe et le mensonge reste là, hérissé de piquants incandescents. Pinocchio, dans son besoin d’avoir raison – d’autant qu’il sait qu’il a tort – n’existe plus qu’en mode comment pouvez-vous croire que je mens ? Insinuez-vous dire que je mens ? Il ne supporte pas les pauses et temps morts, car il lui semble alors qu’on l’oublie. Il brandit donc sa bannière et revient à la charge : on ne l’a pas encore dédommagé, on ne s’est pas excusés, on n’a pas reconnu le tort qu’il a subi. Sa vie n’est plus que ça. Ses fidèles refont chorus au premier rappel des troupes.

Le Mesnil-Aubert - La médisance

Le Mesnil-Aubert – La médisance

Les adversaires, plus calmes mais lassés de ce duel qui use les patiences, produisent l’un ou l’autre fait déroutant. Des raisonnements logiques. Des preuves. Et là, Pinocchio ne peut plus qu’appeler un autre mensonge à la rescousse pour protéger le premier. Et un autre pour protéger le second. Ce n’est pas vrai, il a été mal compris, ce papier est un faux, la photo est photo-shoppée, ce témoin l’a toujours détesté, ce n’est pas du tout ça qu’il a voulu dire, il est formel mais… Chœur sonore de ses adeptes qui, instinctivement, ont désormais choisi de ne plus réfléchir. Il est quand même gênant de se faire pincer en délit de défendre un coupable en faisant tout ce tintamarre, non ?

Dès lors Pinocchio et ses Pinocchietti s’installent dans le déni, refuge confortable. Si les Pinocchietti sont mis le dos au mur par une réflexion des opposants, ils courent en zigzaguant comme le lièvre à travers les champs pour le dire à Pinocchio, lui laissant le soin de les rassurer. Ce qu’il fait d’une nouvelle pirouette. Aux mensonges s’ajoutent les « je ne suis plus tout à fait certain du jour mais », « je peux me tromper sur un détail mais », « évidemment maintenant c’est trop loin et je ne saurais plus le prouver mais »…

Le clan des Pinocchietti est désormais un château de cartes : que l’un bouge et ils tomberont tous. Ils se surveillent les uns les autres, et glapissent de peur à la moindre lueur de doute dans le regard des autres, et retiennent leur respiration, des cernes sous les yeux et toute leur énergie de vie concentrée sur … pas bouger, ni le corps ni les pensées. Pinocchio et ses Pinocchietti ont l’air de dormir, nuit après nuit, dans un champ de mines. Défaits, le regard fuyant, le doute et la mauvaise foi se disputent leur santé. Quant à Pinocchio, il s’est pendu haut et court avec sa corde en tissu de mensonges : alors qu’il fut une période au cours de laquelle il aurait pu avouer en expliquant sa colère, il a maintenant charge d’âmes autrefois crédules et à présent sous auto-hypnose : les Pinocchietti.

Et il meurt lentement, oscillant au bout de sa corde, sous le regard de ses fidèles qui, mollement, feignent de croire que le pauvre… tout ça aura eu raison de lui…

Les monstres en costume de ville

Jadis (joli mot désuet mais il n’a pas besoin d’un lifting, je trouve que son petit air d’antan lui va à ravir)… jadis donc, nous avions une femme de ménage, Marie-Louise. Comme elle était petite, il va de soi que nous l’appelions Marie-Minus. Désormais il est bien connu que j’ai vécu dans une famille qui rebaptisait tout un chacun. Et je continue la tradition. Il y a eu Marie-Bourrine, Marie-Boulette, Jeanne la Borgne (qui n’était pas borgne du tout mais s’appelait Jeanne Laborde), Zaza la camée, Mac’laine, Palace à mites, Camembert, Meuh-Meuh, Catalinetta Bella Tchi Tchi (un garçon, au passage), Poïon (« Poussin » en wallon, un jeune homme – dont, NON, je n’étais pas amoureuse)… enfin il faudrait un article entier sur ce captivant sujet.

Mais pour en revenir à Marie-Minus (qui aimait son surnom, d’ailleurs…), elle fut la première victime de mes contes improvisés. Dans la cuisine alors qu’elle repassait, d’une voix sinistre je lui racontais des histoires horribles, faisant grincer la porte, imitant des ricanements réfrigérants, et, jouissant de son effroi consenti, je finissais toujours par m’approcher d’elle, les mains tendue (et aussi ressemblantes à des mains de squelette décorées d’ongles de mandarin que je le pouvais) et terminant mon récit par la fin atroce qu’elle allait subir là, le fer à la main. Et la pauvre hurlait vraiment, un hurlement qui était mi fou-rire mi horreur, et c’est alors que je lui faisais grâce. Elle était un public de tout premier ordre.

Il faut dire que j’avais joué à « l’assassin du dimanche » avec mon amie Annick, jeu extrêmement simple qui consistait à ce qu’une se cache et que l’autre la cherche en grondant d’un air sinistre « Je suis l’assassin du dimanche »… On avait tellement délicieusement peur d’ailleurs qu’il suffisait que l’assassin entre dans la pièce où la pauvre future victime se cachait en frémissant d’une exquise terreur pour que ladite victime gémisse de peur et se fasse achever dans les cris et les étranglements de rire. Ma Lovely Brunette de mère devait nous interdire d’y jouer plus de trois fois sans quoi il nous aurait fallu une tarte au Prozac pour le goûter et un jus de Valium.

Et pourtant je n’écris pas d’histoires d’horreur. Enfin pas au sens habituel. Je conviens que certaines personnes, dans mes romans ou nouvelles, sont des monstres finalement assez familiers, de ceux qui vous ficellent dans une toile et puis tirent sur les fils, lentement, en vous souriant non non mais pas du tout… rien n’a changé voyons… en vous écoutant émettre de faibles gargl-glup d’agonie.

DraculaTous ces monstres en costume de ville, je les ai connus. Ou les connais encore. Je ne connais pas que des monstres, rassurez-vous. Mais je les reconnais assez vite sauf, comme tout le monde, quand ils sont sous mon nez. Cependant vient un jour où, à force d’avoir trouvé des excuses (l’enfance difficile, le manque d’argent, un papa sévère…), des explications (un moment personnel difficile, le manque d’argent, un conjoint sévère), des atténuantes (la BA faite en 1982, le manque d’argent…) encore et encore, il faut bien que j’aie un diagnostic : il s’agit bel et bien d’un monstre (ou d’une monstresse) en costume de ville !

Et hop, comme il/elle s’est nourri/e de mes forces, je m’en sers de modèle pour mon vilain ou ma vilaine. Au moins, qu’ils servent à quelque chose de bon !

La porte au nez

StockholmJe sais claquer les portes au nez. J’hésite longuement, j’y pense, abandonne l’idée, y reviens, prends de la distance, me laisse « avoir » une fois de plus, celle de trop, et puis je claque la porte au nez. Bam! Sans l’ombre d’un remords. L’hésitation, je l’ai eue. Et j’ai conclu que je ne voulais plus de cette situation, tout simplement.

Rien n’est « pour toujours » sans qu’on y travaille chaque jour. Je ferme la porte à la situation telle qu’elle est aujourd’hui, envisageant la possibilité que ce soit « pour toujours » mais sans m’imposer solennellement de ne plus jamais changer ma position. La vie est trop surprenante que pour décider que dans cet échange-là, je suis au bout de mes surprises…

Savoir reconnaître qu’une relation est toxique, même si ça fait mal, même si on est taraudé par la petite musique chrétienne qui fait « mais ce n’est pas sa faute, il/elle a eu une enfance malheureuse/une vie difficile/un passage douloureux, ne sait pas empoigner la vie, l’aimer, s’exprimer, ce n’est pas bien de lui tourner le dos… » etc… vient un point où se laisser maltraiter pour qu’un autre puisse donner libre cours à ses rancunes et son mal-être a pas de sens.

Le bien que fait ce « lâcher prise » est sans prix. Peu à peu on cesse même de penser à cette présence hostile du passé, ou alors c’est avec le sentiment d’être hors de cette vie-là, cette vie qui était empoisonnée par le mal de vivre de l’autre. On guérit, on reprend ses billes, et on réalise qu’on marche mieux, qu’on n’a plus mal au ventre, qu’on digère à nouveau des briques, qu’on dort comme un loir, qu’on n’a plus ce petit malaise fugace mais trop perceptible en entendant s’ouvrir la porte d’entrée, sonner le téléphone ou ouvrant un courriel… craignant la malveillance qui n’attend qu’à pouvoir s’exprimer.

Croyez-moi, on peut vivre happily ever after.

L’invasion des cacafougnas

CacafougnaLe mot va tellement bien avec l’objet, le Cacafougna. Il surgit de sa boite et vous saute au nez, hilare. Et pour le forcer au calme et à l’immobilité… c’est loin d’être simple.

Sur le net et les résaux sociaux, ils surgissent comme les taupes d’un champs de taupinières. Et nous avons beau nous dire que ce sont “juste des malades” et nous maudire de les avoir acceptés comme “amis” et de leur avoir permis de remonter le fil de tous nos autres amis… ils ont, qu’on se le dise, une longueur d’avance sur nous, et quelle longueur!

Car eux, s’ils se sont approchés de nous avec le sourire du loup au petit Chaperon rouge et d’innocents propos – “Ooooooh nous avons habité dans la même ville/rue, avons fréquenté les mêmes lieux…” “Mais c’est-y dieu pas possible, vous aimez exactement les mêmes vers que moi dans ce poème” “Diantre mon amie, j’attends justement des nouvelles de votre éditeur, quel hasard” “Je n’en crois pas mes yeux, vous connaissez vous aussi Perlinpinpin de Pinco Pallino?” – … ces innocents propos cachaient difficilement leur rire hystérique de triomphe quand nous sommes tombés dans le panneau.

Jerry Lewis

Traitreusement ils s’emparent de tous nos amis qui pourront leur servir. Notamment à placarder sur leur mur la lassante affiche de ce qu’ils font – ou mieux… disent faire : des poèmes, des photos, des tableaux, des textes… Ils s’abandonnent aussi – toujours avec ce rire hystérique aigu de sorcière shootée à l’héroïne – à la satisfaction de leur mental déréglé : vol de photos personnelles, plagiats, manipulations, traficotages informatiques s’ils en ont le pouvoir, messages privés destinés à semer la zizanie ou l’inquiétude, provocation. Commentaires transformés ou effacés à peine y avez-vous répondu de telle sorte que le vôtre n’a plus de sens.

Ils vous inscrivent d’emblée sur leur “page” qui en fait n’est fréquentée par presque personne mais dont tous les membres ont été kidnappés comme vous, inscrits à leur insu, et ré-inscrits s’ils ont eu toupet de se retirer sur la pointe des pieds. On ne sort pas de ma page, j’ai dit! La prochaine fois, je sévirai (rire strident se terminant dans une crise de convulsions…). On ne met pas fin non plus à cette saine amitié sans s’en expliquer et se faire menacer de représailles…

Personne n’a vu en ligne un tutoriel sur “comment replier un cacafougna dans sa boîte en cinq gestes seulement”?…