Un patchwork de visages aimés

Finalement, créer des personnages, c’est souvent faire un patchwork de tous ces gens rencontrés au fil du temps. Pour autant qu’on ait bien observé et construit un dessin précis dans sa mémoire. Car l’extraordinaire n’est pas rare. Beaucoup de gens ont au moins une période extraordinaire dans leur vie. Pour d’autres, l’extraordinaire est un banal quotidien.

Et c’est avec bonheur que je ressors ces acteurs de mon passé, leur donnant un rôle dans mes récits. Parfois ils sont presque la fidèle réplique de ce qu’ils furent, comme Michel dans Les romanichels. D’autres m’ont fait la surprise de ne pas vouloir tenir dans le script que je leur avais choisi, comme Mr Dupage dans De l’autre côté de la rivière, Sybilla, qui suivrait la parution des Romanichels. Inspiré d’un de mes oncles, il n’a pas eu de plaisir dans cette vie que je lui imposais et en a exigé une autre. Et puis il y a ceux qui sont inventés sur base d’éclats de personnes réelles.

Aix en Provence, c’est ma sortie de léthargie, d’un mariage destructif, d’une observance des conventions qui m’éteignait. Et j’ai tout un kaleidoscope de souvenirs aux couleurs multiples et gaies, une palette de visages et silhouettes qui ont enrichi ma pensée et m’accompagnent encore aujourd’hui.

Comme Jonathan. Il avait été le photographe des Beatles jusqu’à l’arrivée dans leur vie de Linda McCartney, avec laquelle il ne s’entendit pas. Tant d’argent gagné si vite! A Londres, il vivait alors sur une péniche où, généreux et inconscient, il recevait sans compter une multitude de parasites. Un nuage de hashish épaississait le fog londonien, et les poissons de la Tamise devaient avoir la gueule de bois en permanence. Les descentes de police étaient devenues banales. Une fois son argent parti … en fumée (! ), il avait vendu la péniche et était arrivé, sans regrets, à Aix. Un grand type blond-roux, barbu, dégingandé aux doux yeux clairs un peu protubérants, et qui éternuait tout le temps. Chaussé de godillots à semelles compensées de bois, ce qui, avec sa haute taille – très haute! -, le faisait marcher du pas raide de la créature de Frankenstein. Mon ami pendant un peu plus d’un an, alors que nous habitions au même endroit sur terre. Il venait souvent me voir, et nous parlions inlassablement des Indiens, et des fantômes.

Il avait acheté une maison à retaper qui avait appartenu à Philippe Encausse, le fils du célèbre Papus, (membre d’un ordre kabbalistique rosicrucien, spirite, adepte du tarot etc…) et un fantôme s’était presque matérialisé sous ses yeux, vapeur blanchâtre flottant au-dessus d’une porte alors qu’un froid glacial envahissait la pièce. Les gens qui allaient chez lui en voiture voyaient leur moteur s’éteindre, inexplicablement, lorsqu’ils quittaient la route et empruntaient l’allée de terre. Enfin… c’est ce que Johathan disait en tout cas…

Quand je l’ai connu, il recommençait à zéro – et même -5 je dirais -, et passait le torchon – en souriant – sur le sol des Deux Garçons (Les deux G comme on disait… ) cours Mirabeau, ce qui indignait le chef de salle. Quoi! Avoir eu la chance de faire de bonnes études, d’avoir eu de l’argent, d’être – eh oui! – un authentique Lord écossais, et jouer les Marie-clape-sabots, c’était plus qu’il ne pouvait comprendre!

J’ai souvent essayé de retrouver Jonathan, sans succès.

Ou comme Charlie Pye-Smith. Anglais et souriant, ami de mes amis Peadar, Jonathan, et Nicholas. Sérieux, l’allure d’un futur savant, concentré. Avec lui, Michel, Peadar et Nicholas, j’ai fait une interminable promenade sur le Causse Méjean, et il nous pointait tous les détails qui faisaient de cette longue marche la découverte de l’intense vie secrète des habitants des bois. Une crotte de renard ici, l’empreinte d’un sanglier là, le cri d’un lapin … Vingt kilomètres! Ça creusait l’appétit et bandait les mollets!

Et oui, avec lui aussi les fantômes animaient les conversations. Un de ses amis avait un jour rencontré un moine sur une plage déserte, et ils s’étaient arrêtés pour parler un moment. Puis le moine l’avait intrigué en affirmant avoir la sensation étrange de ne pas savoir s’il était vivant ou mort. Lorsqu’ils s’étaient salués pour reprendre chacun leur route, l’ami de Charlie s’était retourné… le moine n’était nulle part en vue! Enfin… c’est ce que l’ami lui a dit en tout cas…

Maintenant, Charlie habite en France et est l’auteur de nombreux livres sur l’environnement, la nature, l’écologie, l’Inde, le Népal… On se reverra peut-être un jour, on se l’est promis, d’une de ces promesses suspendues à bien des aléas !

Et Peadar et Nicholas, très souvent ensemble, bien que j’aie connu Nicholas en premier lieu. A l’époque, ils alternaient « faire la manche » avec la tonte des moutons. Ils se trouvaient à Carcassonne alors qu’on y tournait « Un lion en hiver » avec Peter O’Toole, et entre Irlandais, ils avaient partagé plus d’une cuite fraternelle à la Guinness en ville, reconduisant l’acteur en zigzaguant dans leur effrayante voiture dont les portières ne fermaient plus vraiment, pour reprendre le tournage.

Peadar était un Irlandais né au Kenya, où son père possédait une grande ferme. Tout jeune il avait appris à piloter un avion pour se rendre d’un point à l’autre des terres paternelles. Il avait grandi avec les Masaïs. Il était pour moi un ami véritable, impassible et serein, attentionné. Je me souviens encore de la joie qui avait soulevé mon coeur quand il a un jour franchi, alors que je ne l’attendais pas, le seuil du magasin où je travaillais. Il a épousé une Française et vit en Californie.

Nicholas avait la plus belle voix du monde, et ressemblait alors à un gros angelot. Joues d’un beau rose Rubens, boucles blondes, joli sourire et yeux innocents. Il était né dans le Vermont d’un père sicilien (descendant du fameux Nicolà Porpora, compositeur d’opéra baroque) et d’une mère Irlandaise. Il ne fichait pas grand chose, sauf chanter, jouer de la guitare et dessiner.

 

Mon chat Jérémie – Dessin Nicholas Purpora

 

Michel – Dessin Nicholas Purpora

 

Le cours Mirabeau Nicholas Purpora

Je le considérais un peu comme un jeune frère, et Peadar et lui débarquaient régulièrement chez Michel et moi à l’improviste, revenant de Carcassonne, de la Montagne noire, d’Irlande où ils avaient joué avec Ted Furey « à la bonne franquette » et vu une Banshee dans le bus (enfin… c’est ce qu’ils disaient), de Sardaigne ou d’ailleurs. On mangeait, chantait, buvait, et ils dormaient avec l’abandon de la jeunesse sur des coussins par terre, parcourus par ma meute de chats, Marie-Salope, Salomé, Saxophone, Fritz, Jérémie… Rien n’était plus beau que la voix de Nicholas quand il chantait Les Tuileries de Victor Hugo, mis en musique par Colette Magny. Nous sommes deux drôles – Aux larges épaules – De joyeux bandits – Sachant rire et battre – Mangeant comme quatre – Buvant comme dix. J’avais les larmes aux yeux d’un bonheur trop intense quand il arrivait au dernier couplet Nous avons l’ivresse – L’amour, la jeunesse – L’éclair dans les yeux – Des poings effroyables – Nous sommes des diables – Nous sommes des dieux! Cette phrase, nous la hurlions dans un sourire, tandis que je formulais à chaque fois un souhait muet: que je l’entende encore une fois! Ça fait plus de trente ans que je ne l’ai plus entendu, et cependant … j’ai toujours sa voix dans l’oreille!

Nicholas s’est marié, a deux enfants et élève des chèvres près de Carcassonne. Mais il a résisté contre le téléphone et l’internet. Nous nous sommes revus et même reconnus malgré trente ans de rides et cheveux gris ou blancs. Nous étions les mêmes. Et nous nous reverrons. C’est lui qui m’a envoyé ces dessins venus des riches heures du fan club de Michel…

Et je ne peux oublier Jeff, perdu de vue comme bien d’autres. Jeff qui était Gallois, et ne pouvait retourner en Angleterre sous peine d’y être arrêté pour … hold-up à main armée dans une banque! Il avait donc fui son pays avec une jolie fille de bonne famille qui était trop amoureuse pour abandonner son gangster de Jeff, et en prenait un soin jaloux. Tout le monde lui avait décrit les Français comme portant un béret et une baguette sous le bras. Et le premier Français qu’il a vu en France portait effectivement un béret et un baguette! Pour gagner sa vie, Jeff lavait des vitres de magasins, et avait la charge des vitres – et des clés!!! – de la BNP… Le gangster était loin! Il venait d’un petit village gallois où on conservait dans l’église une ancre provenant d’un voilier qui était apparu, flottant dans le ciel, et qui s’était accrochée dans le clocher. Une mauvaise bagarre lui avait valu un coup de poing, le privant de la vue d’un oeil. Deux ans plus tard, l’assurance l’avait « dédommagé », et il avait fêté ça dans le même bistrot. Tournée générale. Bagarre. Et pan dans l’oeil de nouveau. Cette fois, il était crevé! Mais bon Dieu, que le Jeff que je connaissais était serein…

Et les filles, dans tout ce monde d’hommes et garçons? Adèle et rien qu’Adèle, si j’exclus des relations superficielles mais sympathiques avec des collègues, (« Jaja », « Crème Fraîche », Jocelyne, Mireille, « Titi », « Sécotine » …) et des rencontres de courte durée comme celle avec Christelle, une jolie Alsacienne qui fut, pendant un moment, la compagne d’un ami.

Adèle est de Verviers comme moi, et m’avait tant vanté Aix et ses glorieuses beautés que j’y suis partie. Quelques mois plus tard, elle est arrivée chez moi: « J’en avais marre de Verviers, j’ai tout planté là et me voici! » Elle en a bavé un peu, car au début elle n’avait trouvé à se loger que dans une maison habitée par une série de locataires qui semblaient sortis de la cour des Miracles, dont une certaine Rose que tout le monde appelait Cirrhose et qui déambulait, les joues rouge vif et le cheveu emmêlé d’un noir Belle-Color terne, ses amples formes emballées dans une sorte de parachute rouge, comme un gros mongolfière ivre. Mais elle a fini par habiter un très joli petit studio dans un hôtel particulier de la rue des quatre dauphins, et a eu, en prime, la joie de finir dans les bras d’Alain Delon alors qu’elle sortait de chez elle au pas de course.

Un jour sa soeur Jane est venue nous retrouver en auto-stop pour le week-end. « J’ai dit à maman que je partais aux courses de Francorchamps! » nous a-t-elle dit en riant.

Amie loyale, elle m’a une fois demandé ce qu’elle pouvait me rapporter de Verviers, où elle allait rentrer pour une huitaine de jours. Du fromage de Herve, ai-je dit sans hésiter. Et elle a supporté le regard soupçonneux de ses voisins de compartiment dans le train à chaque fois qu’elle entr’ouvrait son sac.

Adèle a rencontré Patrice, qui collectionnait les reptiles et d’autres animaux, et à partir de ce moment-là, elle a souvent eu des pansements aux doigts parce que l’iguane ou les loirs l’avaient mordue. Il faut dire que jamais elle n’aurait encouru le risque de se plaindre à Patrice, parce qu’elle en était folle! Il aurait pu la mordre lui-même qu’elle aurait fait semblant de ne pas le remarquer… Un jour elle m’a confié, radieuse, qu’elle avait fait un rêve au cours duquel elle se voyait mariée avec lui, assise dans une pelouse devant une maison, et ayant trois enfants.

Ensemble on allait à la chasse aux couleuvres à colliers et tortues, ou à la chasse aux émotions tout court. C’est Patrice et elle qui m’ont emmenée la nuit près des ruines d’une tour, m’obligeant à marcher à la lueur d’une bougie (que je maudissais la brise, ce soir-là!) et m’ont fait croire que les ruches à miel de bois étaient des cercueils de nouveaux-nés! Eux-aussi aimaient les chats: Papus, Merlin (l’emmerdeur) et Cassiopée habitaient alors avec eux.

Ils se sont mariés et ont trois enfants! Et une pelouse devant la maison, ce qui est plus facile sans doute.

C’est à la même époque que j’ai rencontré, lors d’un voyage en stop à Paris avec mon compagnon, le sculpteur Michel Guino, qui était son ami. Michel est le fils de Richard Guino, le sculpteur espagnol qui fut les dernières mains de Renoir, alors incapable d’utiliser les siennes pour peindre à cause de l’arthrite. Une « guerre » entre les familles Renoir et Guino anime les tribunaux à ce sujet encore aujourd’hui. J’ai logé chez Michel et sa compagne Corinne rue Daguerre, enthousiasmée de leur accueil bon enfant, et tous ensemble – avec leur fille Arianne et leur beau-fils il me semble – nous sommes allés à une soirée chez Claude Clavel, un peintre qui n’est plus à faire découvrir et est aussi le père d’Olivia Télé Clavel, membre fondateur du groupe Bazooka. Je n’ai pas grand souvenir de cette soirée sauf la vue merveilleuse que nous avions depuis son balcon rue de la Capsulerie, sur un Paris la nuit qui frémissait de lumières. Je dois aussi avouer que n’ayant pas prévu ce genre d’occasion, j’étais embarrassée de m’y trouver avec ma fatigue d’auto-stoppeuse, en jeans et cuissardes de laine, et je crois 10 francs en tout et pour tout en poche pour rejoindre Aix parce que « mon » Michel avait été dépenser les 10 autres à La Couronne avec des amis! J’ai été très gnan-gnan, et en suis encore confuse…

Michel et Corinne vivent toujours entre l’atelier de la rue Daguerre et leur maison de Bretagne, et nous avions prévu de nous revoir, ce qui risque de ne pas arriver car le temps ne fait que défiler.

Mais l’ami peintre parisien que j’aimais le plus, c’était Jacques, dit « Le Maréchal ». Maigre, doux, apaisant, discret, attentif, sachant écouter, regarder. Il habitait un duplex Porte d’Italie, avec sa compagne et Gwen Ha Du, (blanc et noir en breton), son chien. Un chien qui dormait le jour pour suivre son maître noctambule avec plus d’entrain. J’ai le souvenir d’une rangée d’avocatiers en pots, le long des fenêtres, d’une hauteur impressionnante. Et d’un appartement bien rangé qui allait bien avec cette paix qui émanait de Jacques. Il est venu ensuite chez moi dans l’Aveyron, et Michel et lui sont allés à la cueillette aux champignons avec la joie d’adolescents tranquilles.

Visages merveilleux de mes années extraordinaires, soyez bénis car je vous aime encore!

 

 

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Richard Guino, le nom effacé

Il s’appelait Ricard Guino, et des images de femmes bondissaient de ses mains, pétries ou arrachées à la matière. Des femmes belles et pulsantes de vie, de sensualité, d’érotisme aussi. Des femmes sur les courbes desquelles se lovait le soleil. Des femmes pour le regard et le toucher de l’homme, pour le confort de leurs enfants, pour leur propre triomphe. Il était un tel magicien que le grand Maillol, alors déjà un maître de la sculpture qui n’avait plus à faire ses preuves, l’a voulu pour assistant.

Et c’est ainsi que Ricard a quitté sa Catalogne natale, son quartier, le goût fabuleux de son quotidien sous le soleil pour Montparnasse. Il a posé sa valise et son coeur, et amené ses espoirs rue Daguerre, cette rue Daguerre qui encore aujourd’hui a gardé des relents de peuple, avec l’odeur du bon café, les gens qui se hèlent, rient, ou s’engueulent, les moineaux intrépides pépiant sur le trottoir malmené, les artistes des ateliers avec leurs routines et leur itinéraire immuable. Il devint Richard Guino. Et il se mit au travail avec la passion fourmillant au bout des doigts, une chanson de chez lui bien au chaud dans les souvenirs, et un avenir où se bousculaient les promesses. Sculptures et croquis magnifiques sortaient de son atelier comme un cantique céleste, splendides et puissants.

Ailleurs, bien ailleurs, il y avait un génie de la toile vieillissant, ses mains s’éteignant sous l’emprise de l’arthrite rhumatoïde. Recroquevillées comme des serres, enveloppées de bandages pour qu’elles ne lui lacèrent pas les paumes, objet de chagrin et d’impuissance. Car Auguste Renoir avait encore des choses à dire, mais ses mains le faisaient taire. Il avait réalisé autrefois une sculpture, un médaillon représentant son fils Coco (Claude) à six ans. Pourquoi ne pas sculpter, maintenant, avait-il songé. Et il chercha des mains, comme un aveugle cherche un guide. Maillol et lui avaient le même marchand d’Art, Ambroise Vollard, et c’est par lui que le miracle Renoir et Guino eut lieu.

 

J’ai trouvé vos mains, annonça-t-il à Renoir. Je ferai votre fortune, promit-il au jeune Guino.

Une communion étrange fondit les deux hommes en une seule vibration de l’esprit, un même sens des formes, de la femme, du passage de la vie dans la matière. Ils se comprenaient d’un mot, d’un regard, et Guino ne fut pas que les mains, il fut la force, l’inspiration, la passion créative de Renoir. Il plongea entièrement dans l’âme du vieillard passionné. De 1913 à 1918 ils firent ensemble 37 sculptures dans la propriété de Renoir, Les Collettes à Cagnes-sur-mer. Dans le bel atelier vitré du fond du jardin habité par des oliviers centenaires, au chant des cigales ou dans le silence de la saison froide, le jeune Catalan habité par la vision artistique de ce vieil homme que très vite il ressentit comme un ami, faisait, seul, les croquis et les sculptures. Au premier étage de la grande maison le peintre qui désormais marchait à peine continuait de peindre comme il le pouvait, les pinceaux attachés aux mains, et regardait par la fenêtre ses vieux arbres tordus et forts, et la belle ferme ancienne de la propriété. Rassuré. Là en bas, ce jeune homme dont les doigts parlaient d’amour et de vie ne trahirait pas son idée. Lorsqu’une sculpture était terminée, il le savait : il y découperait un morceau d’argile pour le lui apporter, et lui y  inscrirait alors son nom. Que Richard retournerait insérer sur la sculpture. Leur osmose était totale, miraculeuse, au point que Renoir pleura en voyant « Maternité », représentant sa femme Aline morte depuis peu.

Vollard pourtant, loin de lui apporter la fortune, veilla à la sienne : sachant que Renoir se vendrait mieux si on pensait que Guino n’était qu’un assistant parmi d’autres, c’est la rumeur qu’il laissa errer. Il ne parla même pas de ce mystérieux épisode dans sa biographie.

Renoir mourut en 1919 et Guino, très amer, chercha la reconnaissance avec son nom seul. Ivoires, céramiques, majoliques, verres, bronzes, terres cuites, dessins et peintures disent encore aujourd’hui quel artiste exceptionnel il fut. Et les sculptures qu’il a faites pour Renoir se trouvent dans les plus grands musées : Le Tate, l’institut Courtauld, le musée d’Orsay, le Louvre. Ces mêmes sculptures qui, dans les années ’60, permettaient aux enfants et petits-enfants d’Auguste Renoir de contrôler de nouvelles éditions de bronze et d’en recevoir les profits des ventes. Poussé par son fils Michel – sculpteur de renommée lui aussi -, il attaqua en 1969 la famille Renoir pour être reconnu comme co-auteur. Rien d’agressif, juste une mise au point. Il était personnellement ami avec l’acteur Pierre Renoir et son frère Jean, le cinéaste, qui lui dit alors : « Faites comme vous voulez, je le sais que vous avez travaillé avec mon père, et je vous souhaite bonne chance ». Il voulait simplement que son nom et son travail soient reconnus, le travail de ses vingt ans, quatre ans de sa vie passés à donner le soleil de ses mains aux formes que le vieil artiste voulait encore donner à l’Art.

En 1971 sa qualité de co-auteur fut reconnue  après une longue enquête : témoignages, lecture de lettres, analyses de documents etc… et ce n’est que 9 mois après sa mort, en 1973, qu’elle a été définitivement établie par la cour de Cassation.

C’est peu après que j’ai eu le bonheur de rencontrer Michel et sa famille dans l’atelier de Richard, et d’être enveloppée de toute la simplicité et la générosité qui survivait là. Des artistes par amour, et pas par glamour. Des artistes parce que c’est ce qu’ils font : de l’Art, de la vie, et ses drames et joies. Merci cher Michel pour avoir dit au monde que ce beau garçon de Catalogne a donné à Monsieur Renoir ses dernières mains, et toute sa confiance, pour lui permettre de sortir cette ode ultime à la femme.

Oui vraiment, merci Michel Guino. C’est un honneur de te connaître et d’avoir mangé à votre table !

 

Merci de m’avoir fait découvrir cet artiste et cette histoire que je ne connaissais pas du tout. Bon week-end Edmée!
Commentaire n°1 posté par Un petit Belge le 22/08/2009 à 11h10
Nous sommes peu à la connaître car finalement, ce sont surtout les tableaux de Renoir qui sont connus, et pas ces sculptures… Bon week-end à toi aussi!
Réponse de Edmée De Xhavée le 22/08/2009 à 13h35
Re-mar-qua-ble. Rien à ajouter…
Commentaire n°2 posté par Bob le 22/08/2009 à 14h00
Merci Bob!
Réponse de Edmée De Xhavée le 23/08/2009 à 13h32
Bonsoir,

J’avoue humblement…je ne connaissais pas Guino!
Merci pour cette lecture enrichissante
Amicalement
Marcelle

Commentaire n°3 posté par pâques marcelle le 24/08/2009 à 20h32
Oh Marcelle, si tu savais tous ceux que moi, je ne connais pas…
Réponse de Edmée De Xhavée le 24/08/2009 à 23h41
J’avoue que j’ai aimé être provocatrice avec toi lors de mon dernier commentaire…je suis envieuse quand je vois une artiste et que je me jure qu’un jour, j’essaierai d’atteindre son niveau et ici c’est le cas! CHAPEAU et puis accessoirement ma mère a été la Folcoche d’Hervé Bazin…ou maman Poil de Carotte(il n’ y en a pas beaucoup qui savent vu que je joue avec ceci pour écrire;-))), on a tous nos déserts affectifs…moi j’ai comblé par la soif de savoir…bisous affectueux!
Commentaire n°4 posté par zabou le 24/08/2009 à 22h04
Ah aaaah! Faudra que je me re-renseigne sur cette Folcoche!

Mais oui, on passe notre vie à guérir. Tout va bien si on veut guérir et si on trouve la potion magique ad hoc: la soif de savoir, celle de donner, celle d’aider etc…

Malheur à ceux qui portent leurs blessures comme des bannières: je suis un martyr, on m’a fait ci, on ne m’a jamais dit ça…

Bisous aussi, et bonne soif inextinguible de savoir!

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/08/2009 à 23h44
Impressionnant !!!!
La prochaine fois que je me promerai dans le quartier Montparnasse en attendant le train, je me ferai pèlerine de cette mémoire !
Commentaire n°5 posté par Kate le 25/08/2009 à 01h25
Ooooh, j’adore cette idée! Merci!
Réponse de Edmée De Xhavée le 25/08/2009 à 02h47
Bonjour Edmée,

La plage aux romantiques, c’était de Pascal Danel si je me souviens, mais vu le commentaire précédent, « Il y a le ciel, le soleil et la mer » c’était bien de François Deguelt…..tout ceci pour dire qu’à notre époque, les chanteurs avaient de la voix, sinon des textes, j’étais gamin, et je les connais par coeur.
Merci de votre passage sur mon blogs, je vous ai recommandée à trois amies blogueuses qui sont aussi un peu poètes, mais pas comme vous, bien sûr.
Une bonne journée à vous.

Commentaire n°6 posté par André PEETERS le 27/08/2009 à 00h27
Merci! Oui, je pensais à François Deguelt, évoqué dans mon post « seize ans » etc…! On ignorait complètement, alors, que le rap allait nous tomber dessus, ou le heavy metal avec ces voix de crapauds ….  Les scènes d’amour avaient de la classe, maintenant ils se ruent l’un sur l’autre dans l’ascenseur ou contre les tiroirs de leur bureau, roef-roef, on compte les bleus après…
Réponse de Edmée De Xhavée le 27/08/2009 à 12h28
En ce qui concerne l’art et les artistes, je suis très ignorant mais je me soigne.
Je viens de visiter le musée Magritte à Bruxelles et j’ai été charmé par certains tableaux. D’autres me font horreur mais bon, on ne peut pas être ouvert à tout.
Commentaire n°7 posté par Philippe D le 28/08/2009 à 21h54
Tout à fait, on ne peut pas tout aimer! D’accord et encore d’accord! Et je n’aime pas tous les artistes non plus!
Réponse de Edmée De Xhavée le 29/08/2009 à 00h08
En ce qui concerne l’art et les artistes, je suis très ignorant mais je me soigne.
Je viens de visiter le musée Magritte à Bruxelles et j’ai été charmé par certains tableaux. D’autres me font horreur mais bon, on ne peut pas être ouvert à tout.
Commentaire n°8 posté par Philippe D le 28/08/2009 à 22h14
J’ai, moi aussi, profité de cet été pour visiter le nouveau Musée Magritte à Bruxelles qui connaît beaucoup de succès (plus de 100.000 visiteurs en trois mois!). Comme Philippe, il y a des choses qui me plaisent et d’autres beaucoup moins. J’ai parfois eu un peu de mal à trouver le rapport entre la toile et son titre! Mon coup de coeur, c’est l’oiseau et les nuages qui était le symbole de feue la Sabena. Il me fait rêver et donne une impression de liberté.
Commentaire n°9 posté par Un petit Belge le 30/08/2009 à 11h22
Je l’aime aussi beaucoup, celui-là! C’est vrai que parfois on cherche en vain un sens à ce qu’ont voit, mais au fond je trouve que ce qui compte, c’est « est-ce que ça crée en moi une émotion agréable? » Après tout, nous n’avons pas la même approche des choses, et ce qui émeut les uns peut laisser les autres indifférents. Pas de raison pour que l’Art nous dise à tous la même chose …
Réponse de Edmée De Xhavée le 30/08/2009 à 13h49
Comme tu le sais, je suis allée visiter l’expo Renoir à Paris (décembre 2009). Période : 1880-1919. Post impressionnisme. Retour à une certaine forme de classicisme.Influence sur les artistes de la 1ère moitié du XXes. La période Cagnes-sur-mer est bien-sûr plus qu’évoquée… Trop de brouhaha ont fait que j’ai vécu cette salle sans me souvenir de ton article… Ce n’est que partie remise… Grâce à toi, Richard Guino est bien là, ancré dans un petit coin de ma petite tête… J’ai un boulot où j’erre régulièrement du côté de Montparnasse dans l’attente d’un train… J’ai pas oublié qu’un jour j’irai pélégriner rue Daguerre… Promis, j’irai.
Commentaire n°10 posté par Kate le 26/12/2009 à 16h05
Une larmichette émue rue Daguerre, oui oui, tu verras!
Réponse de Edmée De Xhavée le 26/12/2009 à 16h37
Merci pour ce récit …Je ne connaissais pas du tout cet épisode ..les créateurs sont souvent servis par un paquet d’ingratitude et puis le paquet se déballe et les lacets de la justice se dénouent …parfois …
Commentaire n°11 posté par carine-Laure Desguin le 13/08/2010 à 19h22

C’est un peu parce que cette histoire n’est pas très connue, et que j’ai bien connu Michel Guino et sa femme, que j’avais envie aussi de participer à rendre à Guino ce qui est à Guino!

Réponse de Edmée De Xhavée le 14/08/2010 à 00h04