Cinq générations au paradis

Oui, le bon Théodore  avait acheté un coin de pur paradis. Il ne l’avait sans doute pas choisi pour sa beauté bouleversante mais elle imprégna vite le sens de l’esthétique et des vacances de toute sa famille. Et nous y avons tous été heureux pendant de longues années, certains même toute une vie, comme celle de leurs parents. Et on le sait, le souvenir ensoleille tout, amplifie l’odeur de la menthe et de la rivière poissonneuse, le son d’un air de jazz, le goût d’une tarte aux abricots, l’épaisseur d’un bosquet derrière lequel on nous disait habiter un loup ou se cacher « monsieur au grand sac ». Il efface avec douceur les piqûres de moustiques et celles des orties, les arrêtes des truites avalées de travers, les humiliantes minutes passées « dans le coin » pour une impertinence ou une rébellion. Je me souviens pourtant d’avoir pleuré jusqu’aux hurlements dans ma chambre, et de ma tante Monique entrouvrant la porte pour me dire que j’aurai des yeux comme des oignons le lendemain si je ne me calmais pas. Mais ai-je-eu des yeux comme des oignons ? Sans doute…

La villa, la Roche à Lomme et l'eau blanche

La villa, la Roche à Lomme et l’eau blanche

Installé dans la fidèle barque l’Eclair son fils Henri – mon arrière-grand-père – quittait l’embarcadère de la villa, sa petite famille prête pour une promenade au fil de l’onde. A deux pas on voyait la tannerie, celle qui produisait des courroies de moteur connues dans le monde entier puisqu’avant la révolution russe notre Théodore se rendait en Russie lui-même avec ses échantillons.

A bprd de l'Eclair

A bord de l’Eclair (D.R.)

Oh Théodore, je t’imagine bien mal, avec ton accent limbourgeois – car tu es né Karel Theodoor -,  tes belles moustaches et l’intrépidité indéniable d’entreprendre ces longs périples sous des climats qui  demandaient aussi une belle robustesse.
Mais à bord de l’Eclair Henri longeait les petites chutes rugissantes et passait sous le pont. Sous ses voûtes, plusieurs générations d’enfants ont crié pour savourer la grande joie de l’écho qui se mêlait au volètement de la lumière tremblant sur les pierres. Puis il y avait le superbe « tournant marquise » et on arrivait, la coque de la barque caressée par les nénuphars et les reflets du soleil, à la cabine de bains. Il y avait des écrevisses d’eau et des truites, les premières ayant déjà disparu lorsque mon père fut en âge de les y chercher.

Les chutes et le pont

Les chutes et le pont (D.R.)

Le tournant marquise

Le tournant marquise (D.R.)

Plus tard c’est à bord de l’Albert Ier qu’on faisait la promenade familiale, avec Suzanne, la fille d’Henri rayonnante d’amour sous les yeux de son fiancé, conquis autant par la belle que par cette escapade au paradis dont elle était fière de lui entrouvrir les portes dorées.

L'Albert 1er

L’Albert 1er (D.R.)

Et puis, une fois mariée, elle continuera d’y venir avec son époux et leur fils (mon père) ainsi que sa sœur Yvonne et ses propres enfants. On se gorge de nature, de famille, de baignades, de complicités entre sœurs et de rires heureux en voyant les enfants qui s’entendent aussi bien… qui mangent leurs tartines épaisses avec les confitures maison comme des fauves, sont sonnés à l’heure de la sieste… C’était une famille joyeuse, d’artistes anticonventionnels, de gens riches et généreux, droits, simples.

La cabine de bain

La cabine de bain (D.R.)

Ma mère devant la cabine de bain

Ma mère devant la cabine de bain (D.R.)

Encore plus tard, le petit Jacquie devenu un adulte fera découvrir ce lieu familial à ma mère. A la recherche du temps perdu, oui, car ce fils unique a perdu ses deux parents à la fin de la guerre, et Nismes est l’écrin magique de sa mémoire. Ma mère  y découvrira être jolie : il la photographie souvent, et visiblement elle aime ça. En bikini (oui ! en 1949 elle en portait déjà…), en tenue coquette, en culottes d’équitation – car elle en fait là-bas aussi. Ils font les fous, la guerre s’est enfin endormie, et on se jette avec l’appétit de la jeunesse sur tout ce que la vie offre, avenir y-compris. On esquisse des pas de danse sur la roche à Lomme, on trouve des vestiges romains, on va à pied à Mariembourg. Ma mère aime les promenades sur la roche à Lomme, la montagne aux buis, la pêche dans l’étang -, les balades derrière Kiddy la chienne.

Sur le balcon de la villa, 1949

Sur le balcon de la villa, 1949 (D.R.)

Et puis je suis là, mon frère aussi. On continue d’aller passer les vacances à « La villa ». On y retrouve les oncles et tantes, qui se partagent les chambres et les services de Zélie et Robert, et des invités venus pour la journée. Sur la longue terrasse on s’égaye, on se complimente, on échange des nouvelles sur d’autres membres de la famille, les fiançailles et les naissances. On se raconte les premières vacances à l’étranger : la Suisse, le lac de Garde… On boit des jus de fruit et mange de la tarte. Maison naturellement. Faite par Zélie. Ma mère fait admirer ma parfaite éducation en me faisant apporter les boissons ou petits biscuits d’apéritif, elle est fière. A l’époque – et je ne parle pas du 16ème siècle ! – les parents étaient fiers d’avoir des enfants bien élevés, auxquels ils avaient appris à manger de tout, à se tenir droits, ne pas se lever de table avant la fin du repas, ne pas interrompre, ne pas se salir. Et nous n’étions pas des martyrs du tout, la liberté est tout autre chose. Je faisais la révérence, je disais merci.

(D.R.)

(D.R.)

C’était le paradis. Pas un paradis perdu puisque je sais qu’il a existé, que chacun a le sien, et le conserve avec toutes ses fragrances s’il le désire. On n’y revient jamais puisqu’il n’existe plus que dans la mémoire, mais le bonheur d’y avoir été ne s’émousse guère, bien au contraire.

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Taches de bonheur sur une palette

Buste en bronze représentant Charles Houben

Qui aurait cru qu’un article déposé sur mon blog ferait sa vague et que quelques mois plus tard, son sujet cesserait de n’être un nom et aurait un visage, des amis, des passions, et une vie bouillonnante à imaginer ? Charles Houben, mon arrière grand-oncle, ce peintre impressionniste dont les tableaux sont aussi familiers pour les membres de sa famille que leurs propres visages…

Car lors de la rétrospective que mon cousin Thierry Houben a organisée à l’abbaye de Stavelot il y a quelques années, plus de 63 oeuvres ont été décrochées des murs du clan Houben (les Zouben comme on les appelait, a rappelé Thierry dans son introduction pleine d’humour) pour commémorer ce grand monsieur avec l’enthousiasme que l’évènement demandait. Je laisse la parole à Thierry pour présenter notre parent, car il l’a fait avec une classe que je veux garder sienne :

« Depuis son décès, en 1931, ne s’était plus tenue qu’une seule exposition : la rétrospective de son œuvre, à Bruxelles du 16 au 29 janvier 1932. Plusieurs tableaux présentés à Stavelot le furent, pour la dernière fois, à Bruxelles en 1932, il y a 73 ans ! Charles Houben était un de ces artistes que n’obsède pas le désir, sous doute très légitime en soi, de donner un tour nouveau à l’interprétation des spectacles de la nature.

 Il se contentait de faire, avec modestie et sincérité, tout simplement figure de probe paysagiste.

Pour parler de Charles HOUBEN, il convient, selon moi, de replacer le peintre dans le contexte de son époque. Fils d’un industriel-courroyeur venu du Limbourg hollandais s’établir à Verviers, Charles a baigné, toute sa jeunesse durant, dans l’univers du cuir. La courroierie paternelle  avait intégré les services d’une tannerie, située à Nismes (aujourd’hui Viroinval) dans le Namurois, aux confluents de l’Eau Blanche et de l’Eau Noire – lesquelles forment le Viroin – dont l’influence sur les œuvres du peintre est tout à fait patente. Peindre la Tannerie, et tout le côté sombre de celle-ci, mais surtout  ses environs, les rivières Eau Blanche, Eau Noire et Viroin, les chemins vers le village de Dourbes, la Roche à Lomme ou la Montagne aux Buis, était pour Charles HOUBEN une occasion rêvée de laisser filer le pinceau sur une  toile ou un bois. On s’étonnera de ne pas trouver, comme pour les autres paysagistes de la région de Verviers, d’œuvres picturales de la région des Hautes Fagnes. On parle donc bien de l’Ardenne – wallonne – mais plutôt de l’Ardenne du fin fonds de la Belgique que de celle  ses conifères. Je laisse aux passionnés de la peinture le soin d’évoquer ses autres périodes :les Flandres et le grand nord de l’Europe,  la France de l’Oise et de la Seine, l’Italie de Venise, la Tunisie et le Maroc ».

C’est à croire que l’oncle Charles ne demandait qu’à nous parler encore. Nous parler de la douceur de Nismes, du clapotis du Viroin, de la tannerie familiale, de nous rappeler que oui, les paysages changent, les arbres ont poussé, d’autres ont été abattus, les noms de villages ont parfois changé, mais le chant du Viroin reste le même, l’odeur de la mente embaume encore, et la tannerie, c’est notre passé à tous, les Zouben et apparentés. Et de nous expliquer au passage sa vision de Venise, une Venise qu’il a vue et visitée dans cet après-guerre tourbillonnant aux accents du jazz.

 

Charles Houben – Venise

 

Car lors de ce premier article, un petit commentaire est apparu sur mon blog. Peter, un Allemand passionné par l’impressionnisme et par Charles Houben, avait écumé les eaux du Web et été intrigué. De courriel en courriel, nous avons mis en commun nos informations, nos suppositions et découvertes. C’était comme une enquête. Peter, qui représente le groupe ScientiaArtis, m’envoyait des photos d’œuvres et me demandait si, à mon avis, elles étaient bien de Charles Houben. De notre Charles Houben, car en plus du Saint, il y a un autre peintre du même nom, mais au style tout à fait différent. Parfois j’étais en mesure de lui dire que tel tableau n’était pas un cours d’eau anonyme, mais l’Eau blanche ou l’Eau noire, à tel endroit précis, et lui envoyais une photo prise par mon grand-père au même endroit. Une grande joie animait nos échanges, qui se sont agrandis avec mon cousin Thierry, mon père et mon oncle Yves. Les informations jaillissaient sous diverses formes. Peter complétait son catalogue d’informations et dénichait, sur les sites de ventes d’art, des tableaux que je faisais suivre à mon père (un des rares à avoir encore connu Charles Houben et les lieux représentés dans le même état). Oui, disait-il, et ses souvenirs remontaient aux jours de son enfance, dans les senteurs de la Montagne aux Buis, la Roche à Lomme ou sur la route de Mariembourg, c’est par ce chemin qu’arrivaient les amis de mes parents pour le goûter… ou bien oui, ce tournant de la rivière est juste avant le pont, et je me vois encore les reflets de lumière qui bougeaient sous la voûte du pont comme des papillons translucides, et de l’écho merveilleux qu’on y avait … Un paradis nous fut rendu, inchangé, idyllique, cadeau des couleurs de ce farceur de Charles.

Car il en était un, comme beaucoup de Houben d’ailleurs. Voici ce que Thierry a raconté lors de l’inauguration de la rétrospective : « Dans toutes les grandes familles, il y a toujours un Oncle Paul dont on raconte aux plus jeunes les plus belles histoires. Je vais donc vous raconter  l’une des plus belles pages de l’oncle Charles. On le dit tour à tour gouailleur, spirituel et facétieux. Il paraît que ses bons mots et ses farces lui avaient assuré une réputation qui dépassait sa notoriété de peintre.

Engagé comme volontaire de guerre sur le front de l’Yser, il se retrouve, après l’armistice du 11 novembre 1918, cantonné jusqu’à sa démobilisation à la caserne de Namur. Vous savez sans doute qu’un deuxième pont, à coté de celui de Jambes, a été jeté après la grande guerre sur la Meuse. C’est à Charles HOUBEN qu’on le doit. Les faits sont rapportés par la presse de l’époque!

Par une journée ensoleillée qui incitait à la flânerie, Charles et 2 autres comparses militaires s’arrêtent au bord du pont existant, avec une longue corde et un carnet de notes. Un des 3 compères  traverse le pont en déroulant la ficelle, dont l’autre camarade tient l’extrémité. Lorsque le fil fut tendu d’une rive à l’autre, les 3 hommes s’éloignent d’une centaine de pas du parapet, laissant la ficelle s’incurver sur la surface de l’eau. Charles HOUBEN prend des notes, intriguant badauds, promeneurs et curieux. C’est l’instant que le peintre choisit pour entrer en scène et mettre les curieux au courant de la nécessité de doubler le pont existant. Le Génie Militaire s’en occupe ! Charles HOUBEN, les mains en porte-voix crie à son copain de l’autre coté de la rive : « 3 pas à gauche », mais ce dernier ne bouge pas. Charles est repris en chœur par les spectateurs groupés autour de lui. Il confie même l’extrémité de la ficelle à un quidam, gonflé d’orgueil par la confiance qui lui est faite. Charles traverse le pont et rejoue le même scénario avec les spectateurs de l’autre rive.

 Nos 3 compères décident d’abandonner les spectateurs intrigués par la notoriété du génie militaire. Il vont s’installer à la terrasse d’un café, et reviennent, plus de deux heures après, en constatant que la ficelle était toujours tendue d’une berge à l’autre, tandis que grossissent de part et d’autre du fleuve les attroupements respectifs des deux rives. »

De son côté, mon père raconte que l’oncle Charles, assistant à un mariage, a quelque peu malmené l’amour-propre d’un serveur en l’utilisant pour une autre pitrerie. Avec des amis complices, ils ont discuté devant l’infortunée victime de la théorie de l’adhérence. Cette théorie – née de son imagination – soutenait que si l’on arrivait à appuyer un objet contre le plafond, il y adhérerait. Pour la démontrer, ils ont fait monter le serveur sur une table, puis sur une chaise, et lui ont tendu une assiette pour que, à bout de bras et sur ses pointes de chaussures, il en touche le plafond et constate qu’en effet elle y restait collée… Faut-il dire que le pauvre s’est retrouvé tout seul, ayant à choisir entre casser l’assiette ou finir par tomber ?

Charles avait étudié la peinture à Liège, et puis l’architecture à Bruxelles. Il eut pour maîtres Alfred Bastien pour la peinture et Jef Lambeaux pour la sculpture, qu’il pratiqua aussi un peu. Beaucoup de peintres fameux de son époque furent ses amis : Pros de Wit, Géo Bernier, Jean Gouweloos qui en fit le portrait. Il épousa la jolie Jane Kufferath, violoniste et fille de Maurice, directeur du théâtre de la Monnaie et violoniste lui aussi. À Bruxelles il se fit construire en 1924 sa maison/atelier par Ribaucourt, au 20 rue Alphonse Renard. Elle fait partie maintenant du patrimoine architectural.

 

 

Mais vous savez, ce qui me ravit, et me fait sentir vraiment une parente de ce personnage à la vie de lumière, c’est cette délicieuse sensation de familiarité. Car ses traits se retrouvent encore aujourd’hui chez certains de ses arrière-petits-neveux. Le même nez, la calvitie (dont je pense qu’ils se seraient tous passés…), le teint.Le visage de mon oncle Yves pourrait se superposer à celui de Charles, avec, un coup de chance, une belle chevelure. Jusqu’au sens de l’humour pas toujours charitable que j’ai connu chez l’un ou l’autre et auquel je n’ai pas échappé non plus.

Les Houben sont les marrants de la famille, disait ma mère avec admiration. Qu’elle aimait rire, et qu’elle se serait entendue avec le légendaire Charles, dont elle a tant aimé les tableaux…

 

Collection ScientiaArtis – Charles Houben

 

Photo publiée ici avec la permission de Peter, de ScientiaArtis, et venant de leur collection. Merci à Adèle qui a su nous donner le nom du village représenté: Saint-Ceneri-le-Gerei dans l’Orne, au bord de la Sarthe.

Malheureusement, depuis la publication de cet article en mars 2010… Peter a disparu de ma vie après avoir eu une attaque cardiaque. Je le suppose donc mort. Il a eu le temps de faire un magnifique catalogue sur Charles Houben dont il m’a donné la copie électronique. RIP, Peter…

L’amour au fil de l’eau

Cette jeune fille d’un autre temps est ma grand-mère paternelle, Suzanne. Elle se dresse de tout son bonheur de jeune fiancée dans la barque familiale, l’Albert 1. Debout comme elle, son père,  Henri. Elle est si heureuse. Entourée d’amour et de joie, elle a grandi avec sa soeur Yvonne et son frère Paul dans une grande maison remplie de merveilles, et est amoureuse de … son voisin, mon grand-père. Elle était alors une des plus jolies filles de la ville, avec sa peau mate, son long cou élancé, sa joie de vivre, sa simplicité. Elle chantait toujours, me dit mon père, ou elle jouait du piano. Mon grand-père en était fou, et restera très épris toute sa vie.

Moi aussi je chante toujours, j’incline la tête comme elle, et ai reçu son long cou. Plus son amour des iris. Et sans doute une ressemblance qui va et vient, plus affirmée lorsque j’étais plus jeune puisqu’aux funérailles de Paul, ma tante Yvonne était si bouleversée qu’elle ma prise pour Suzanne, sa soeur et la première à s’en être allée avant même que mes parents ne se rencontrent, et m’a dit désolée: “Oh Suzanne, il t’a réclamée tout le temps…”

Mais à l’époque plus heureuse de cette photo et du temps de leur jeunesse, bien souvent le fiancé – mon futur grand-père – fut-il invité à séjourner à la villa de vacances au bord de l’eau blanche dans le namurois, et il s’éprit des lieux avec l’enthousiasme du jeune-homme qu’il était. Et bien que la photographie fut alors un coûteux passe-temps, nous lui devons de précieux moments de la vie de la famille.

 

Qu’elle se sentait jolie, la petite Suzanne, avec son chemisier neuf et sa longue jupe marron sur l’eau ensoleillée où dansaient, furtives, les truites mouchetées. Non loin de là sur la gauche, il y avait les chutes, que l’on n’approchait pas mais dont on voyait le bouillon rugissant. On passait au contraire sous le petit pont parcouru de taches de lumière, et sous la voûte duquel on s’amusait à faire rebondir l’écho de la voix. Toute la paix simple se trouvait là, je l’ai éprouvée aussi bien des années plus tard, alors que Suzanne reposait depuis trop longtemps dans une tombe auprès de son époux – qui ne lui a survécu qu’un an, amour oblige: même la mort ne les a pas tenus séparés longtemps.

 

Plus loin sur la rivière, il y avait une petite cabine de bain entourée d’herbes hautes, nénuphars, et menthe à l’odeur chantante. Les sauterelles faisaient trembler les herbes, éclairs verts qui s’accrochaient parfois aux jambes nues, cause de rires et de sautillements amusés. Quand Suzanne et sa soeur eurent leurs enfants c’est avec le goût du souvenir de leur propre enfance dans l’onde tiède qu’elles les y emmenèrent, retrouvant leurs parents et les délices d’un été en famille. Quel bonheur que d’êtres filles et mères à la fois, responsables de petites vies mais cajolées par des parents pour qui elles restaient les petites. On prenait la barque au pied de la villa, les hommes ramaient un peu et la baignade était presque à portée de voix, au-delà de la chute, au-delà du pont. S’il y avait des journées de pluie, personne ne s’en souvenait, seul le soleil habite encore la mémoire de mon père, l’unique survivant parmi les gais enfants de cette photo.

 

Le frère de Suzanne, Paul, avait épousé une pétulante jeune fille de Daelhem – un regard délicieux qu’elle a donné à sa fille, le plaisir de faire les confitures, et ce commentaire qu’elle m’a un jour fait dans la cuisine “Ah ! Que la voix de certains hommes peut être troublante!” – , tandis que son cousin avait jeté son dévolu sur la soeur! Deux ravissantes coquettes qui ont eu tant de goût à la vie que l’une d’elle n’est partie qu’à 99 ans et l’autre à 104. On allait donc aussi à Daelhem, où mon grand-père a aimé garder pour toujours le souvenir de cette promenade le long de la Berwinne. Suzanne – qui aimera toujours les chapeaux – lui sourit avec la confiance d’une femme qui est la femme de la vie de quelqu’un, lui donnant dans son sourire quelque chose d’elle que lui seul connait et décèle.

 

 

C’est encore une belle tranche de vie que tu nous offre là ! Et c’est écrit avec tant de détails que l’on croit les avoir un peu connus…Que de souvenirs doivent te remonter en mémoire ! Merci de nous faire partager tout cela, c’est un régal.
Bisous depuis la Belgique
Flo
Commentaire n°1 posté par fauvette le 01/08/2009 à 08h18
Merci Flo … Autant d’amour ressenti alors n’a pu que rester dans l’air pour me pénétrer quand ce fut mon tour d’aller me délecter de ce lieu béni…
Réponse de Edmée De Xhavée le 01/08/2009 à 13h40
Un petit coucou,en vitesse,je vais pas tarder
à monter au Beausset,je te souhaite une bonne
journée,bisous à toi,ma belle
Mimi.
Commentaire n°2 posté par Mimi du Sud le 01/08/2009 à 10h02
Merci Mimi jolie, amuse-toi!
Réponse de Edmée De Xhavée le 01/08/2009 à 13h40
Le bonheur tout simplement… Très beau texte Edmée!
Commentaire n°3 posté par Un petit Belge le 01/08/2009 à 10h54
Merci, et merci de ta fidélité à me lire aussi!
Réponse de Edmée De Xhavée le 01/08/2009 à 13h40
Bonjour Edmée,
C’est un bien beau récit que tu nous narre là.
L’histoire d’une vie de famille riche en souvenirs.
Je savais pas que tu l’avais inventée … la machine à remonter le temps lol.
Passe un excellent samedi, bisous.
Commentaire n°4 posté par Universdel le 01/08/2009 à 15h17
J’ai été la maîtresse secrète du professeur Barabas! Tu ne savais pas?
Réponse de Edmée De Xhavée le 01/08/2009 à 23h24
« Elle lui sourit avec la confiance d’une femme qui est la femme de la vie de quelqu’un »
C’est très beau, et ça laisse bien songeuse…
Commentaire n°5 posté par Nath le 01/08/2009 à 18h56
C’est vrai, hein… il l’a aimée toute leur vie … quand elle est morte, il l’a suivie un an plus tard, juste à la libération, car il voulait mourir « libre »!
Réponse de Edmée De Xhavée le 01/08/2009 à 23h27
c’est étrange comme je reconnais une sensation étrange de dire au revoir aux siens sine die sans y parvenir facilement pour autant….
Commentaire n°6 posté par zabou le 02/08/2009 à 18h36
Si vrai, Zabou! En même temps, c’est bel et bien « au revoir ». Je n’ai jamais connu la jolie Suzanne, mais mon père l’avait tant chérie que c’est comme si elle était présente. Avec l’âge, cette sensation mystérieuse se renforce, parce qu’elle s’est amusée à me donner certains de ses traits – physiques ou intérieurs – et que ça m’aide à … la comprendre! Tout comme ma mère. C’est comme avoir enfilé des morceaux de quelqu’un d’autre, un peu de sa personnalité, de son coeur…
Réponse de Edmée De Xhavée le 02/08/2009 à 20h07
Ah ! Edmée et ses souvenirs…

Elle va finir par nous faire croire que tous ses ancêtres font aussi partie de notre famille.

Nous aussi, nous oublions les jours de pluie pour ne garder que le souvenir du soleil dans le ciel ou dans nos cœurs. Et c’est bien ainsi…

Commentaire n°7 posté par Micheline et Louis le 03/08/2009 à 07h45
Merci!

Je trouve en effet important de savoir sortir les ancêtres de leur cadre et se pencher sur leur vie, leurs espoirs et bonheurs. Ils sont une partie de nous, ils sont ce qui nous attache à cette longue lignée d’ancêtres et d’ancêres d’ancêtres…

Réponse de Edmée De Xhavée le 03/08/2009 à 12h58
Avec la grisaille sur toulon,et mon mal au dents,
je passe quand même faire un petit coucou à mes
amis blogueurs qui pensent à moi et à mon blog
bon lundi à toi ma jolie
Bisous de Mimi.
Commentaire n°8 posté par Mimi du Sud le 03/08/2009 à 12h28
Bonne chance avec tes quenottes et merci de ton passage!
Réponse de Edmée De Xhavée le 03/08/2009 à 12h58
je sentais donc bien;-)
Commentaire n°9 posté par zabou le 05/08/2009 à 15h42
Eh oui!
Réponse de Edmée De Xhavée le 05/08/2009 à 23h31
Juste pour te souhaiter une bonne soirée Edmée.
Faites de doux rêves, bisous.
Commentaire n°10 posté par Universel le 05/08/2009 à 20h51
Zzzzzzzzzzzzzzzz Zzzzzzzzzzz
Réponse de Edmée De Xhavée le 05/08/2009 à 23h32
Je viens te souhaiter un bon début d’aprem,
ici le soleil cogne bien fort lol !! direction la
piscine pour cette aprem,
bisous à toi,ma jolie
Mimi.
Commentaire n°11 posté par Mimi du Sud le 07/08/2009 à 14h48
Que de souvenirs se retrouvent ici!
Je ne pourrais pas écrire un texte sur ma famille. Je n’ai pas connu mes grands-parents. Je n’ai pas eu la peine de les voir partir mais je n’ai pas eu non plus l’amour qu’ils auraient pu me donner.
De plus, il existe peu de photos d’eux (aucune de mon grand-père maternel qui est mort lorsque ma mère avant 2 ans). J’aimerais pourtant écrire leur histoire. Il faudrait que j’interroge mes parents tant qu’il en est encore temps mais je sais qu’ils ne connaissent pas grand-chose de leur histoire familiale. Dommage! Ce sont des années envolées en fumée sans aucune trace!
Commentaire n°12 posté par Philippe D le 12/08/2009 à 14h07
C’est en effet une perte importante. Il faudrait pouvoir retrouver ce qui reste, des parents ou amis, et retrouver une impression d’eux. C’est trop dommage ….
Réponse de Edmée De Xhavée le 13/08/2009 à 13h01