Comprenne qui pourra

Moi je n’y arrive pas…

Les femmes, à juste titre, ont cherché à protéger celles que les hommes quittaient avec leur progéniture dans le ventre ou déjà dans la cuisine et le jardin, s’en allant batifoler ailleurs. Puis elles ont enchaîné avec le droit sacré d’avoir des enfants sans homme, des enfants qu’elles élèveraient seules et sur lesquels les géniteurs (amants objets, erreurs de passage, banque du sperme…) n’auraient ni droits ni devoirs, bien que parfois, au fond, si les choses deviennent difficiles pendant le parcours, une recherche de paternité ne soit pas exclue.

Paradoxe - pris sur le net

Paradoxe – pris sur le net

Sur les réseaux sociaux, il est de bon ton de faire de nombreux tests (dont l’aspect « scientifique » est souligné pour en certifier le sérieux) et d’en publier fièrement le résultat : tu es une personne…. (toujours extraordinaire naturellement), tu es très indépendante et tu ne te soucies pas de ce que les autres pensent de toi. Ben voyons alors on se demande pourquoi c’est publié, et suivi d’autres « tests » qui, on le sait, reviendront à la même conclusion, formulée autrement et même avec d’autres fautes d’orthographe.

Avec l’arrivée de Pâques, on nous assaille de photos d’agneaux ravissants, de porcelets adorables, qui nous supplient de ne pas les manger. On ne nous a pas encore montré des tétards ou des saumons nouveau-nés mais ça viendra, ainsi sans doute que les poussins avec du rimmel sur les cils et un noeud de satin au cou. Je n’ose songer aux œufs de lump hululant de détresse. On devrait donc manger uniquement de vieux et laids animaux, ou plus d’animaux du tout, et il est clair que dans peu de temps on nous montrera des pousses de salade et haricots en sang car, on le sait maintenant, les plantes souffrent aussi. Certains ont conseillé de manger des cailloux mais que fait-on de la mémoire des pierres ? Nous serons alors mûrs pour l’attaque finale, la bouffe synthétique qui enrichira les laboratoires gérés par des « scientifiques » fous, et en avant pour les suppositions les  plus folles, Green Solyent, les repas pris en trois pilules, une population de zombies souriants comme dans les pires des films futuristes d’autrefois… Ne serait-il pas mieux avisé d’inciter à manger moins, mieux, et de supprimer les abattoirs et élevages de la honte plutôt que de nous injecter des remords à nous qui ne sommes qu’au bout d’une chaîne où tout le monde s’est fait de l’argent avant d’empocher le nôtre.

Alors qu’on accuse les hommes de regards et intentions lubriques, et qu’au moindre frôlement on pense et hurle « tentative de viol », il est cool de s’habiller en victime d’agression sexuelle par Hulk, avec des jeans et pulls lacérés, et ne parlons pas des pantalons taille basse portés avec un string… Pour certains garçons aussi, d’ailleurs, ils se sentent relax et mode avec des pantalons qui ont glissé sur les hanches comme les mains d’Adamo, révélant oh combien plus qu’on ne souhaite en voir, et dont j’espère qu’ils ignorent que l’origine vient des prisons américaines et envoyaient le message « essaie si tu l’oses, même pas peur »…

Ça fait plusieurs décades que la mode de la nature sous toutes ses formes est numéro un au hit-parade de nos vies. On nous a expliqué-démontré qu’avant qu’on nous montre le chemin de la vie interminable, nous mangions du poison, et que ceci était toxique, que cela attaquait les cellules de nos cerveaux, et quant à tout ça, Gaia n’est pas contente du tout. Il nous faut être Zen, manger bio (à quand le dentifrice au tofu ?), nous habiller de recyclages divers bien chers de préférence, et je le rappelle, déchirés. Il nous faut accepter sereinement nos âges successifs. Nature avant tout. Mais même les pharmacies se sont recyclées en supermarchés de la beauté éternelle, avec tout ce qu’il nous faut pour résister aux marques des âges successifs. Il va de soi que pour rester dans la ligne nature-simplicité, tout vient de la mer morte, des rives du Titicaca, des steppes sous les bouses de bison, du pistil de fleurs de l’Amazone, du lait d’hippocampe et j’en passe. Et les lèvres siliconées, les joues et fronts botoxés, les dents blanchies à faire peur, les semelles du docteur Scholl afin de  supporter les hauts-talons pour aller de la voiture au cinéma, les extensions, tout ça bien sûr crie nature, nature !

Moi… je suis perdue, mais je m’amuse quand même !

Le droit ? Le devoir de zigzaguer dans les paradoxes

Drôle comme de nos jours on mâchonne tellement le mot « droit » qu’il en est devenu une bouillie insipide et dont la recette reste inconnue. Les droits acquis, le droit à ceci ou cela, le bon droit… Alors qu’en réalité, eh bien, si on ne l’empoigne pas soi-même, ce fameux droit, on nous rappelle qu’on aurait dû  le faire valoir car… qui sait ce qu’il en est advenu ?

On se souviendra de Clinton forcé d’avouer à la TV que l’alors momentanément glorieuse Monica et lui avaient succombé à l’attrait de petits jeux privés. Et hop ! qu’on jette dans l’assiette des scandalisés la photo de la robe (ouh , Monica, et le teinturier, connais pas ?), les confidences de la peu discrète et consentante partenaire de jeux,  les présentateurs de chaînes télévisées postillonnant avec indignation sur tous les écrans de la nation. Et le droit à Chelsea à continuer son adolescence dans la paix, qu’en faisait-on, dans ce pays qui clame que l’enfant est roi, la famille impératrice, et la privacy un droit ?

On peut désormais vous poursuivre pour le moindre écart de mots, la moindre phrase spontanée que l’on n’aurait pas pris le temps d’expurger de dangereux vocables comme « arabe, aveugle, tantouze, pouffe, nettoyeur de rues… » alors qu’on se sent autorisés à ridiculiser, parodier, critiquer imbécilement hommes (et femmes) au pouvoir. Sarkozy est mis en pièces parce qu’il a dit « pauvre con » (ce que je ne trouve pas bien subtil non plus, mais le débat n’est pas celui-là) cependant  il est tout naturel de le mettre en scène de mille et une façons humiliantes par des vignettes, des caricatures ou montages vidéos, des blagues plutôt lourdes, et Hollande a reçoit le même traitement, tout comme tous ceux dont on parle. Le droit au respect et à la vie privée, ils semblent l’avoir perdu avec le consentement de la nation toute entière qui défend le sien avec fureur…  et brandit les lois qui le lui « garantissent » comme un bouclier impénétrable.

Quant au droit à la simplicité des choses, autant l’oublier : dans une société où on nous parle sans cesse de recyclage, de prise de conscience de l’environnement, au droit à nos enfants et successeurs de vivre dans un monde sain, on ne nous donne pas d’autre choix que de polluer d’avantage en ne nous vendant plus que du bientôt obsolète parce que, voyez-vous, il faut respecter le droit au travail des uns et à la survie de l’entreprise des autres.

L'Ange, la Chaloupe d'Or, le Pigeon (qui a eu l'honneur d'abriter Victor Hugo en ses murs)

L’Ange, la Chaloupe d’Or, le Pigeon (qui a eu l’honneur d’abriter Victor Hugo en ses murs) – Bruxelles

Mais nous avons le droit d’admirer tout ce qui est beau, et foisonne, ainsi que celui d’aimer cette vie qui se déroule dans un monde dont les laideurs ne devraient jamais cacher les beautés au point de croire qu’il ne contient que douleur et misère. C’est un droit… et aussi un devoir.