L’intérêt du mariage, c’est…

10338334_706991316025275_6726976154795483984_nMariage, amour.

Mariage d’amour.

Amour dans le mariage.

Est-ce si extravagant que ça, si improbable ?

Et je ne parlerai pas du « grand amour », ce don sur lequel on ne peut pas compter car il est ou n’est pas, un peu comme la foi ou la joie de vivre.

Non, l’amour. Dans sa belle simplicité. Son humble simplicité.

Mais ce qui peut détruire un mariage de l’intérieur, c’est bien cette panne d’électricité : la lumière de l’amour ne s’allume jamais parce qu’un intérêt bancal a été le but de cette union. On a aimé la vie qu’on imaginait avoir avec cette personne. C’est ça qu’on a épousé et promis d’aimer toute la vie. Cette fille que tout le monde nous admire d’avoir conquise et qui démontre qu’on est meilleur que tout le monde, justement. Ce garçon qui a fait de brillantes études de … et nous introduira dans un milieu prestigieux. L’argent confortable qui accompagne la mariée, pas bien belle mais bien nantie et ma foi… autant faire son nid dans du velours, non ? Les relations d’un beau-père à l’œil un peu égrillard mais qu’on espère inoffensif et doué dans les relations publiques.

Il y a également la personne qu’on épouse non pas pour elle mais pour ce qu’on en retirera. Et ne pensez pas que ceci soit toujours le fait de gens intéressés au sens habituel, avides. Non. Ils le sont souvent par de petits intérêts qui ne tapent pas dans l’œil. Il y a la fille qui se marie parce que son horloge biologique tourne et qu’il est temps : elle se choisit un géniteur. Celle qui se marie pour partir de chez elle, et se choisit un sauveteur. Le garçon qui se marie pour qu’on ne comprenne pas qu’il est gay : il épouse un miracle pense-t-il. Celui qui se décide à ne pas rester seul : il convole avec une gouvernante qui l’écoutera et sera « d’accord » avec lui.

1614099_1003783886346015_2946602108575496361_oEt pourtant, avoir un intérêt dans le mariage n’est pas forcément une mauvaise chose, s’il est partagé. Par exemple chacun des deux veut « se marier », aller dans la vie en étant monsieur ou madame. Ou bien ensemble ils savent faire une équipe formidable et pouvoir mener leur affaire (magasin, entreprise, placements, recherches scientifiques, aventure artistique…) le plus rondement possible, au roulement du tambour. Ou encore ils ont toujours rêvé d’avoir une famille nombreuse et trois chiens, tous les deux. Ces gens risquent fort d’être heureux ensemble, parce qu’en effet ils travaillent en tandem à la réussite de leur rêve commun. Leur amour ne sera pas romantique mais pragmatique, et les suivra jusqu’au bout, très amical et loyal.

J’exclus les rêves communs du type Bonnie and Clyde ou couple infernal, naturellement… car ils existent aussi mais c’est plutôt un intérêt « association de malfaiteurs »… Peu de place, je pense, pour l’amour et beaucoup pour la déconnexion de la réalité.

Par contre quand chacun a son propre objectif solitaire dans ce mariage, eh bien adieu romance, bonheur, partage, union réelle. Chacun prend son chemin, et en veut silencieusement à l’autre de l’obstacle qu’il représente, ou de n’être pas devenu ce qu’on attendait qu’il devienne. Ce qu’on croyait qu’il deviendrait. On partage les murs, les amis « du couple », les rituels, les enfants et un jour les petits-enfants, les vacances en famille et tout ce qui en fait n’a rien d’un vrai partage, car on aurait pratiquement pu faite cette vie avec un ami ou une amie… si on exclut les enfants.

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Dis-moi comment tu souriais…

Et je te dirai qui tu es devenu.

 
Toute vie comporte, dès son début, ses drames, même si d’autres yeux ne les voient pas ainsi. Sans aller chercher les drames visibles et sonores (guerres, violences, accidents…) l’univers mouvant de la vie d’un enfant rend son monde imprécis et il lui faut sans cesse s’adapter à de petites révélations. On déménage, on part en pension, des gens meurent et naissent, les parents éprouvent des joies et peines que l’on ne comprend pas, votre animal favori disparaît ou vous mord, on sent que la tante machin nous déteste sans savoir pourquoi, on  est malade et au lit et la souffrance, si elle nous vaut des câlineries en plus, nous laisse un souvenir de douleur et d’impuissance (Je me souviens encore très bien de mes otites effroyables)…

 
Mais… quel est notre sourire lorsqu’on nous le demande ou qu’il s’impose ? Que ce soit pour une photo ou pour accueillir des amis des parents, ou en recevant un cadeau. Fermé-forcé-contraint-maussade ou ouvert, qui monte au regard, rebondit les joues, entre dans le cœur pour s’y répandre comme un boum  tiède ?

 
Si nous la possédons, cette capacité à saisir la joie nous reste à jamais, quoi qu’il arrive. Tout comme l’incapacité est une fermeture à l’élan de vie, de partage, de communication. Sourire est communiquer, pour autant qu’il s’agisse d’un vrai sourire, sans quoi il envoie un refus à l’autre, et est une façon de dire « poliment » : non merci beaucoup mais je ne suis pas vraiment ici, moi. Et n’y viendrai pas.

 
Je ne parle pas du « sourire » Pan american, cette grossière imitation commerciale de la cordialité heureuse qui ne trompe personne.

 
PapaMon papa avait un sourire merveilleux, qu’il a toujours gardé. Sa vie peut sembler à certains semblable à une promenade dans l’Eden parce qu’il n’a jamais  vraiment manqué d’argent, sans être riche. Il a pourtant connu la guerre jeune homme, y a perdu un œil, s’est retrouvé orphelin à 25 ans, a vu des horreurs en Afrique – il a aidé à enterrer des gens assassinés dans une école, dont les corps avaient gonflé et cédaient sous les doigts, des amis ont été mangés par les crocodiles… etc – et a eu son lot de détresses personnelles et espoirs déçus aussi. Mais jusqu’à la fin de sa vie il a été prêt à la plaisanterie, généreux de ses sourires et complicités joyeuses, et tout le monde l’aimait. Il mettait de l’animation aux repas, et n’était jamais indifférent aux soucis des autres s’il s’en rendait compte. Car ce sourire spontané est aussi une des expressions de la générosité.

 
Voir la vie du bon côté est l’aimer. Echanger ses bonheurs avec les autres, c’est aussi l’aimer. Les aimer.