Satire et malotru

J’avais 16 ans. On m’avait mise en pension, une pension tenue par des carmélites d’où nous partions toutes le matin pour nos différentes écoles et où nous revenions le soir. J’y étais très mal, et sous haute surveillance puisqu’il m’était interdit de dire que mes parents étaient divorcés : on ne m’avait acceptée que par pure charité chrétienne, une charité qui n’était qu’un mot dans une phrase. Pareil pour l’esprit chrétien, d’ailleurs.

C’était mon premier éloignement longue durée de chez moi, ma première expérience d’une discipline autre que celle en vigueur chez moi, et la réassurance que non, tout le monde n’est pas égal. Car si l’argent de mes parents sonnait et trébuchait avec la même gaité dans le coffre de la Mère Avare que celui des autres, mon traitement de fille de grands pécheurs était d’une autre teneur : j’avais une chambre au troisième étage avec une fenêtre qui fermait mal, un linoleum gondolé qui menait gentiment l’eau de pluie d’un creux à l’autre jusqu’au pied de mon lit, un couvre-lit troué et un robinet dont la pression anémique ne m’apportait pas l’eau chaude.

On ne s’étonnera pas que cette année j’ai donc été punie d’une bronchite et de l’apparition de douloureuses névralgies dues au froid.

Bref, en dehors d’une ou deux amies qui osaient braver l’interdit de trop m’approcher, je fus donc la proie – relative – de la campagne de séduction d’un satire. Dont l’impatience a causé le dysfonctionnement de ses pièges, même si d’autre part je sais que ce qui le faisait rêver n’a jamais fait rêver que lui car je n’ai jamais été dans le rayon « Sugar Daddy ».

Le satire était un ancien ami d’armée ou d’école de mon Papounet, qui vivait alors en Afrique, où ils s’étaient revus je ne sais trop à quelle occasion. Etant un manipulateur-né il offrit alors à mon Papounet “de me sortir” un peu à Bruxelles, en père. Bof… qui se méfie de son vieux pote d’école ou de régiment?

Voici donc le satire qui se présente au parloir de la Mère Cerbère et lui montre une autorisation de Papounet à me distraire et me cultiver pendant mes loisirs.

Une aubaine pour moi. J’aimais me faire un peu gâter, me sentir importante. Il m’emmenait à la laiterie du bois de la Cambre et m’offrait glaces et chocolats. Cafés dans des endroits chics. Restaurants à l’ambiance feutrée. Nous circulions en taxi uniquement (“Les gens vraiment riches à Bruxelles circulent en taxi et pas en voiture”). Ça faisait très Breakfast at Tiffany’s. J’ai vu Jacques Brel à l’ancienne Belgique avec lui.

C’était un vantard, un affabulateur-né, un escroc. J’ai su bien longtemps après qu’il avait un gang et volait chez ses relations… il a “fini en tôle” avec panache…

Mais alors il avait encore des amis – ceux qu’il n’avait pas encore dévalisés et ne le soupçonnaient pas – et faisait même de timides incursions dans la politique car le journal satirique Pan en avait fait une caricature. Qu’il m’avait montrée naturellement. J’étais impressionnable, qui ne l’est pas à 16 ans? Et 16 ans d’alors… c’était l’enfance! Il me persuada même de dessiner une affiche électorale pour lui, qu’il prit et dont il m’assura qu’il la soumettrait à son organisateur de campagne.

Un jour nous sommes allés au bois, et “discrètement” il m’a montré un revolver qu’il “cachait” dans sa poche, me disant qu’il y en avait qui voulaient lui faire la peau mais qu’il était prêt. C’était même très probablement vrai, le club des cambriolés devait s’agrandir peu à peu… Moi j’avais l’impression d’avoir glissé dans un film avec Humphrey Bogart, je n’étais pas loin de m’acheter un trench et des lunettes noires. Peur? Mais non, pas le moins du monde, juste délicieusement inquiète d’entrer ainsi dans le monde “de la politique”… comme dans un bon Hitchcock.

Je n’étais pas non plus dans la séduction ou la romance. Mais je croyais avoir une magnifique amitié avec un homme qui se comportait paternellement et me consacrait beaucoup de temps. Entre deux cambriolages sans doute, car je suppose qu’il ne faisait rien d’officiel.

Il me parlait de son ami (cambriolé depuis?), bourgmestre d’une ville rupin toute proche, et me disait que nous serions bientôt invites à une soirée chez ce dernier, qu’il me présenterait plein de gens et qu’on logerait sur place. Je pense que c’est là qu’il comptait ferrer la petite sirène idiote. Moi. Qui ne me rendais pas compte que je n’étais pas dans un polar mais bien dans une nouvelle version de Baby Doll.

Mais vinrent les vacances d’été, et la fatidique soirée n’avait pas encore eu lieu. Il avait très peur de ce qui allait bien pouvoir m’arriver durant ces deux mois d’été loin de ses jalouses attentions et… il vint me voir en train – 130 kms de déplacement, son affolement devait être grand! – après avoir su que ma Lovely Brunette de mère était partie en vacances en me confiant la maison. Je n’exclus pas non plus la visite de repérage, il devait être champion au jeu d’une pierre deux coups. La sirène était donc seule à la maison, pensait-il, haletant dans le train…

Que nenni, le diable arriva mais la bonne Sibylla était venue prendre la relève pour veiller sur sa petite Puce avec son époux Herman, et il s’en alla bredouille – je me souviens qu’il pleuvait à seaux, en prime… Bredouille et trempé, ayant perdu son temps, les sabots glissant sur le trottoir.

La Mère Cerbère, quant à elle, m’avait renvoyée, ayant découvert que j’avais osé dire que mes parents étaient damnés pour l’éternité en ayant divorcé, et ma rentrée eut donc lieu dans un autre pensionnat – un délice de pensionnat, celui-là, avec des “chères soeurs” gaies et bonnes.

J’en informai le satire, puisque moi, je n’avais encore rien compris à ses projets. Lovely Brunette par contre ne les imaginait que trop bien et nous avions eu de grandes disputes (l’ado déchainée contre la mère dépassée) à son sujet. Mais peut-être alors ai-je eu une sorte de méfiance inconsciente aux aguets.

Et surtout… notre satire se sentait trop près du but à présent et a fait le faux pas qui ne pardonne pas.

Il m’a envoyé “anonymement” une lettre ridicule intitulée Les 10 commandements de l’amour. Evidemment vulgaire, salace, grossière et d’un niveau peu édifiant. Et, en prime, truffée de fautes d’orthographes. Horrifiée de découvrir que Lovely Brunette avait raison, que le père charmant avait les pieds fourchus et des papattes recouvertes d’une folle toison, j’ai montré que j’étais déjà bien qui je suis encore : j’ai entouré toutes les fautes d’orthographe en rouge et lui ai renvoyé la lettre. Sans commentaires.

Le faune mordu, Jef Lambeaux -1903

Le faune mordu, Jef Lambeaux -1903

Quelques jours plus tard, alors que je sortais de mon nouveau pensionnat, il “passait justement devant” et s’arrêta, surpris, avec un “oh, c’est ici que tu habites maintenant? Je ne m’en rendais pas compte… Quel hasard!”. Froide et dédaigneuse je lui ai reproché sa lettre et il a d’abord nié en être l’auteur puis, a finalement admis qu’il me l’avait envoyée par erreur et qu’elle était destinée à une amie.

Mais du coup je n’étais plus la gentille, naïve et polie adolescente de bientôt 17 ans, mais la déesse de l’indignation elle-même, un comment osez vous, vil pervers de bas-étage ? dans un phylactère jaillissant de mes lèvres scandalisées.

Ceci dit… drôle de copain pour les politiciens de l’époque!

 

2 maris contre un fiancé

J’avais 17 ans et de la malice à revendre, et dans ce pensionnat bruxellois, j’ai fait la connaissance de Rosalie, dite Slie. C’était une longue et mince fille couronnée de cheveux couleur lin, qui venait d’un quartier huppé d’Amsterdam, avec de grandes dents qui scintillaient dans son sourire, et des lunettes de potache. Sans le moindre complexe. Arrivées un peu avant la rentrée des classes, nous avions eu quelques jours pour sympathiser et, n’ayons pas peur des mots, devenir de parfaits « partners in crime ».

Après tout, nous étions là, un peu perdues après un été de vacances en famille, attendant chez ces aimables religieuses d’entamer notre année scolaire. Le soir elle me « recevait » dans sa chambre et nous faisions une cure épaississante de chips et coca, je crois même que nous fumions, non pas que nous aimions vraiment ça mais nous voulions vraiment être des jeunes filles à la page que rien n’impressionnait. Elle avait un pick-up et des disques, et nous ronronnions de concert en écoutant Elvis Presley et un chanteur hollandais dont j’ai tout oublié sauf l’air d’une chanson qui parlait d’une jeune beauté blonde en vélo près d’une terrasse d’Amsterdam.

 

Mes héroïnes préférées, Mad et Gloria

Mes héroïnes préférées, Mad et Gloria

Et puis au bout de quelques jours les chères sœurs souriantes nous ont dit que nous ne serions bientôt plus seules, que « les autres » arriveraient pour la plupart durant le week-end. Et ça ne nous arrangeait pas du tout. Nous ne voulions pas d’intruses dans notre routine, et avons ourdi notre complot.

Nous avons d’abord attendu de sélectionner notre victime, qui serait la fille la plus insupportable du nouvel arrivage. Dès le premier soir, elle a gagné haut la main.

Imaginez un réfectoire carrelage et formica avec vue sur la courette intérieure du couvent, une cinquantaine de filles sagement habillées (on est fin des années 60…), les cheveux lisses traversés d’un serre-tête blanc, bleu ou noir, et une heure de repas fixée à 19 heures. Et voici notre grande gagnante qui arrive à 19h20, en petite robe noire habillée, collier de perles, gros diamant agité sur un doigt tenu en l’air, mise en plissée de frais, et un you hou je suis en retaaaaaaaaaaaard ? couiné sur un timbre gluant de snobisme. N’avaient manqué que le roulement de tambour trente seconde avant son apparition et un spot braqué sur sa personne. Slie et moi avons échangé un regard qui n’avait pas besoin d’un seul mot, et de concert lui avons fait un sourire dont la bonté la séduisit illico.

Personne ne la supportait à table (il faut dire qu’elle avait raté son entrée). Le nez levé et le sourcil à l’angle hautain elle tentait des essais de conversations à sa gauche et sa droite, et finit par dire, avec suffisance, qu’elle était fiancée, elle, tentant sans succès d’obtenir des reflets aveuglants sur le diamant avec l’aide du néon du plafond. Le fiancé n’était, on s’en doute, pas un garçon quelconque comme celui que nous allions trouver, nous, mais un futur baron ou comte ou en tout cas blasonné, financièrement rembourré, un cerveau hors pair, une mère qui la vénérait naturellement, etc, etc, etc.

Pendant deux jours nous lui avons aimablement souri, et peaufinions notre plan le soir en mangeant ces chips délicieux et stimulants. Et puis Slie l’a invitée à boire un coca et manger des chips dans sa chambre. Elle est arrivée, cling clinguant son diam et caressant ses perles du bout de ses ongles vernis, et nous a demandé d’un air mondain si nous étions fiancées, nous.

Ici il faut une parenthèse : Slie avait naturellement un accent, et j’en ai pris un aussi, car nous avions convenu de dire que nous étions cousines. Mon accent était discret malgré tout car bien qu’elle se trouvait loin de nous à table, je ne voulais pas devoir le conserver face aux autres.

Fiancées, nous ? Non, nous sommes mariées ! Elle a presque avalé ses perles. « Mais ne le dis pas, car les sœurs ne le savent pas et nous renverraient ! ». Toute excitée malgré tout, bien qu’humiliée avec ses simples fiançailles alors qu’en face d’elle elle avait deux femmes mariées qui connaissaient la vie et tous ses mystères, elle nous promit le silence. Je ne sais plus très bien comment nous avions arrangé notre histoire, mais en gros, nous étions mariées en secret : nos parents le savaient mais pas notre grand-mère car… le mari de Slie était un milliardaire Américain et notre grand-mère, très influente, était Russe (on comprend que c’était un amour impossible). Mon mari, je pense qu’il était Italien et je ne sais plus pourquoi notre grand-mère n’aimait pas les Italiens non plus. Bref, comme nous étions mineures, nos parents respectifs trouvaient qu’il ne fallait pas ébruiter nos mariages avant de l’y avoir préparée et nous avaient donc mises en pension pour nous permettre de continuer nos études. Nous allions toujours en pension ensemble, dans des pays différents (oui, on n’y allait pas avec le dos de la cuiller) et parlions donc couramment le néerlandais, l’anglais, l’allemand, le russe… et je ne sais plus quoi encore. Nous avions poussé la perfection jusqu’à, comme par inadvertance, nous échanger quelques mots ça et là en « russe » ou autre idiome déroutant puis nous excusions, très femmes du monde, et reprenions le fil avec nos accents impétueux.

Elle nous a quand même demandé, très intéressée et haletante, si nous avions « couché avec nos maris » et nous avons un peu cafouillé, puis modestement déclaré que c’était privé. On aurait eu du mal à l’éclairer.

Elle a tout gobé ! Slie avait un petit ami en Amérique, et ne se privait pas d’agiter discrètement les lettres qu’elle recevait à table avec un clin d’œil à notre gardienne du secret, et je faisais de même avec les lettres que je recevais d’Italie.

Elle a tenu le coup pendant une ou deux semaines, puis n’a pu s’empêcher de révéler notre savoureuse histoire à une autre qui s’est mise à rire. Et je me vois encore un jour, descendant avec ma valise par l’escalier car l’ascenseur était en panne, pour passer le week-end chez moi, et la croisant qui montait. L’œil noir et le ton méprisant elle m’a sifflé « Tu pars pour le week-end avec ton mari ? »

Un elfe en loden…

Un jour, j’avais 16 ans environ, mes parents prirent des décisions pour moi. Ils m’ont inscrite dans une école à Bruxelles, ainsi que dans une « pédagogie », sorte de pensionnat tenu par de terrifiantes carmélites qui nous logeaient et nous nourrissaient. Chichement dans mon cas ! Dès le matin, les pensionnaires s’égaillaient dans la ville vers leurs diverses écoles, les parents rassurés sur les vertus de leurs chères filles à marier, qui ne courraient aucun danger car nous avions les minutes calculées et contrôlées, entre la fin des cours et notre retour pour le goûter.

 

Ma mère m’y a conduite un matin, et j’avais le cœur lourd comme si je partais au bout du monde, et ne pourrais en revenir qu’au prix d’une longue traversée d’océans et remontée de fleuves meurtriers. Après m’avoir présentée à Sœur « Zeke » (surnommée ainsi dès mon premier week-end à la maison car la douce créature de Dieu ressemblait à Zeke le loup en robe brune avec bavette), et m’avoir abandonnée à son accueil d’une froideur de cimetière, elle est repartie. Sans doute était-elle aussi perdue que moi, ma pauvre mammy, car soudain nos vies changeaient de cours.

 

Ma chambre me sembla à peine plus riante que l’orphelinat de Jane Eyre – et j’avais vu juste. Je pense que même Jane Eyre ne l’aurait pas aimée. Elle était glaciale, moche, peu confortable, la fenêtre n’était pas étanche, le radiateur chauffait à peine, le linoléum était troué et gondolait, le couvre-lit était mité et la couverture avait l’épaisseur d’un papier de toilette. Et j’y accédais par un dédale horrible de couloirs et escaliers à monter puis redescendre, car le couvent s’étendait sur deux maisons qui avaient été réunies.

 

Après une première nuit lugubre dans ce qui devait être ma chambre pour 4 ans – mais heureusement… je me suis fait renvoyer,  merci mon Dieu, et ai pu aller ailleurs ! – je suis descendue (et remontée, et redescendue) au réfectoire pour le petit déjeuner. Une seule autre jeune fille s’y trouvait déjà, un elfe blond et pâle aux longs cheveux, portant le même uniforme que moi, signe que nous nous rendions dans la même école. D’un bond elle s’est levée, ravie, en couinant un clair petit : « Olenka ! Tu es ici aussi ? »… Elle m’avait prise pour Olenka de Pl…i, que je n’ai jamais connue mais qui, paraît-il, était mon sosie. Mais c’en fut assez pour faire de nous des amies.

 

Tamara de Lempicka - Jeunes filles - 1927

Tamara de Lempicka – Jeunes filles – 1927

Elle fut ma première amie de l’âge tendre. Nous étions très différentes et nous en amusions. Je la trouvais extrêmement jolie avec ses cheveux presque blancs, les yeux myosotis, le teint rose, un visage triangulaire et un sourire sans contrainte. On la sentait aimée et protégée chez elle, « bien élevée », petite sœur de deux jeunes femmes déjà mariées, habituée aux réceptions un peu pompeuses de province.

 

Inlassablement, nous écoutions des chansons romantiques d’Alain Barrière, dont nous aimions la sensibilité. Pensez-donc : cet homme n’osait aimer une fille trop jolie pour son vilain nez. Moi, déjà très aspirée par le monde italien, je lui faisais apprécier des chansons désespérées de garçons suppliant leur bien-aimée de les pardonner de les avoir trompées (ça commençait bien) et affirmant – les goujats ! – que l’autre n’était rien.

 

Elle parlait inlassablement des garçons, ceux rencontrés à des soirées, ceux qui lui semblaient intéressants, ceux qui conduisaient déjà la belle voiture de papa, qui faisaient de belles études. Ou étaient les précurseurs de ces jobs de vacance, comme un certain Baudoin qui se dévouait dans les wagons-lits de la SNCB en juillet et août au lieu d’aller au Zoute.

 

Elle était parfaitement préparée à la course au mariage que-la-meilleure-gagne. Me mettait en garde très sérieusement : il nous fallait absolument être fiancées à 20 ans au plus tard, sans quoi les places seraient prises par celles qui auraient couru plus vite. Si nous sortions en ville le mercredi après-midi, vêtues de nos lodens, repoussoirs certains contre le malin et ses artifices, elle s’irritait si je toussais ou éternuais : on pourrait en conclure que j’étais irrémédiablement malade et ne jamais m’épouser !

 

Le soir dans sa chambre –  ayant un père « à la maison » et donc des revenus certains, elle jouissait d’une jolie chambre spacieuse au premier étage, et naturellement la mienne l’angoissait… – elle imaginait à perdre haleine tout ce qu’elle mettrait dans sa valise de voyage de noce. Le fiancé n’existait pas encore, mais les toilettes étaient choisies. Moi, décidément peu romantique, j’avais un gros souci : pouvais-je décemment laver mes bas le soir de mon mariage et les faire sécher dans la salle de bain de l’hôtel ? Pouvais-je, oh… pouvais-je ? fermer la porte à clé pendant que je ferais ma toilette ? Mais certainement pas, me disait-elle, c’est ton mari, tu dois avoir confiance ! Je n’aimais pas du tout cette idée-là ! Elle me décrivait inlassablement son premier baiser – et le seul, à cette époque -, moment d’une extase miraculeuse qui me laissait interdite.

 

Nous avions des fous-rires inextinguibles, l’enfance n’étant pas encore loin. Nous nous aidions à étudier et je ne peux oublier la fois où, lui faisant répéter son examen d’histoire de l’art, elle était si lasse que le Scribe accroupi est devenu le Scroube accripi, et que nous en avons ri pendant des jours, si bien que par la suite elle n’a plus jamais su parler de ce malheureux scribe sans s’esclaffer.

 

Puis j’ai été renvoyée, pour mon salut, et nous avons perdu contact. On se voyait encore ça et là dans les couloirs de l’école mais nous n’étions pas dans la même classe ni section, et ce n’est qu’un an plus tard que je l’ai rencontrée dans un tram. Elle était rayonnante : enfin fiancée. Elle se marierait l’année prochaine. Elle a conclu… « ouf ! Je suis casée »… J’ai compris que nous étions vraiment différentes…

Chères soeurs…

Photo Alison Gibb

Photo Alison Gibb

Ah oui, les nonnettes n’ont pas été mes meilleures amies en général, mais il y eut les belles surprises. L’école (le pénitencier) où j’ai fait mes primaires et une classe de latin a été un paradis pour certaines de mes congénères et l’antre de la géhenne pour les autres. Je pourrais ouvrir un club avec toutes celles qui m’ont dit en avoir gardé un souvenir cauchemardesque, mais il y a aussi celles qui y ont grandi paisiblement. Je suis d’humeur charitable aujourd’hui et ne ferai pas mon analyse des pourquoi et comment de cette discordance entre les perceptions.

 
Mais en ce qui me concerne, je n’y ai pas été bien traitée, aussi objective que je sois. De sœurs assez chères pour que je les mentionne il y en eut  deux : « Sister », une religieuse Anglaise ou Irlandaise qui n’était là que pour un court moment, et nous étions, nous les petites filles, toutes, absolument toutes, amoureuses d’elle. Elle avait un accent ! Elle venait d’ailleurs ! Était arrivée en avion ! Elle souriait ! Elle nous apprenait un poème en anglais (ba ba black sheep) et j’ai bêlé pendant des semaines en anglais devant ma mère ravie car elle adorait cette langue. Et puis  Sœur Eve-Marie, que j’aimais beaucoup mais qui savait, paraît-il, être odieuse avec une de mes amies qui m’a avoué l’avoir giflée et donc été renvoyée pour cet acte de barbarie, ce qui lui fait encore plaisir de nos jours. Et la gifle, et le renvoi. Mais en sept ans dans les lieux, en ce qui me concerne… voilà… c’est comme à Sodome et Gomorrhe, on trouve trop peu de justes pour sauver les lieux. D’ailleurs Sister était repartie dans son pays (nous avons même cru voir son avion passer au-dessus de la cour de récréation) et sœur Eve-Marie était morte.

 
Mais comme j’ai doublé – ce qui, il me semble, était le but recherché car quand j’ai demandé quand je devais venir pour les examens de passage, une chère soeur au regard fielleux m’a dit : pas d’examens de passage pour toi! – , bref comme j’ai honteusement doublé on m’a mise à Sainte-Claire. C’était une école plus « populaire », dans le bas de la ville. Mais quelle différence! J’ai retrouvé une lettre datée du 9 septembre 1961 et envoyée à mon papa qui l’a conservée, où je dis : « Les sœurs ne sont pas béguines du tout ! Elles sont tout à fait à la mode : quand nous sommes arrivées à l’école, une des sœurs nous a dit mes enfants, vous pouvez glisser dans les corridors, nous les avons faits en carrelage pour ça, mais n’en abusez pas ! Pour la gym nous n’avons pas besoin de ces affreuses culottes bleu foncé qui nous serraient de partout mais nous pouvons mettre des shorts ! ». Plus tard,  le 12 octobre, je continue avec le même enthousiasme : « J’aime beaucoup mon école où les sœurs sont moins béguines qu’aux Saints-Anges ! Ce que l’on pense de moi ? Je n’en sais rien mais apparemment on ne me déteste en tout cas pas et ne m’assaille pas de « doubleuse » de tous les côtés comme ça aurait été le cas aux Saints-Anges ! »

 
Et puis à Bruxelles, une fois que j’ai été, à ma grande chance, renvoyée d’une « péda » austère et classiste (gérée par des carmélites) pour être placée dans une autre, ce fut le bonheur. Les sœurs chantonnaient tout le temps, souriaient, étaient tolérantes devant les extravagances qu’une horde de jeunes filles pouvait amener entre les murs de leur paisible couvent. Qui gagnait ainsi un peu de couleurs et de bruit. Je me souviens avoir dansé déguisée dans les couloirs pour être surprise par une sœur alarmée par les gloussements à plusieurs voix que ça suscitait et n’avoir été punie que d’un « ça ne m’étonne pas du tout de vous ». Quand les caricatures peu charitables que j’avais faites d’une malheureuse fille un peu coincée, et collées sur le mur de sa chambre furent découvertes, Sœur Pietepeut m’a reproché le fait qu’il faudrait repeindre le mur à cause de mon exubérance. Pareil quand nous avons – je ne dévoilerai pas le nom de ma complice dans ce crime à quatre mains – détaché le nom de la porte d’une autre qui n’avait pas l’heur de nous plaire pour le coller sur la poubelle de la toilette. Nous avons trouvé la blague très bonne et Sœur Pietepeut nous a juste dit, un peu exaspérée quand même, qu’on avait dû chercher le nom partout…

 
On ne peut donc pas généraliser, et je présume que l’esprit de la supérieure d’un couvent entrait pour beaucoup dans la qualité de l’air qui y circulait, tout comme des chefs de bureau bilieux arrivent tout de suite à rassembler une cour de serviles tous dévoués à pratiquer la délation et les complots…

Le diable au pensionnat

Messes noiresJ’étais au pensionnat ou plutôt, comme nous disions alors, « en péda ». Une cinquantaine de jeunes filles comme moi logeaient, mangeaient et surtout papotaient beaucoup dans un logis tenu par des sœurs. Mais nous allions chacune à notre école, avec notre uniforme. C’était strict. On devait être rentrées de nos cours endéans une heure raisonnable – on arrivait à escamoter une demi-heure pour boire un milk-shake au Sarmalux – , boutonner nos manteaux, ne pas se faire accompagner par des garçons, ne pas rester dans les chambres l’une de l’autre après 21 heures, prier dévotement dans la petite chapelle le mercredi soir avant le repas.

 
J’ai d’abord été chez des carmélites, sorte de camp de concentration snob  où le rang social et l’argent qui l’accompagnait souvent étaient considérés comme la couronne terrestre que Dieu déposait sur la tête de ses élus. Les autres avaient certainement mérité leurs malheurs et leur vie d’économies et ce n’était pas à ces « chères sœurs » de rectifier le tir de l’arc divin. La sœur portière, visiblement, ne venait pas du  « milieu » approprié et était ouvertement méprisée par la supérieure que ma mère et moi appelions Zeke le Loup. Et son bras droit, ses yeux et ses oreilles étaient Marguerite de Bourgogne, un laideron aux lèvres boudeuses et molles qui marchait sur la pointe des pieds dès 21 h 01 et collait ses tempes perfides aux portes des pensionnaires pour être certaine que rien de suspect ne se passait sous sa garde vigilante.

 
Heureusement pour moi j’ai été renvoyée de ce petit paradis sur terre car Zeke le Loup ne m’avait acceptée que sous la promesse si je meurs je vais en enfer que jamais même sous la torture je ne révèlerais aux autres jeunes filles si bien et si pures que mes parents étaient divorcés. Je devais donc mentir par omission. J’avais promis et rompu mon serment dès la première semaine. Comment s’en sortir quand on vous demande ce que fait votre papa et que vous dites qu’il est ingénieur civil et qu’on vous demande où est son bureau et que vous dites qu’il travaille « au Congo » et qu’on s’exclame avec horreur « mais alors pourquoi n’y êtes-vous pas tous aussi ? »… Tiens tiens, mon Parfait petit guide du mensonge en dix leçons n’avait pas prévu ce cas de figure. Donc Zeke a frémi d’indignation car du coup son établissement si bien fréquenté devenait un vrai lupanar avec une fille de divorcés dans les murs, et j’ai été renvoyée.

 

Je pense qu’on a dû aérer et désinfecter ma chambre pendant tout l’été mais je n’exclus aucune contamination par la suite…

 
Alléluyah, ce fut ma chance. Je suis allée dans une autre « péda »  tenue par des religieuses de Jésus-Marie et là, la directrice était « sœur Pietepeut » (je ne sais d’où lui venait ce surnom qu’une pensionnaire hollandaise lui avait donné). Sœur Odile l’Alsacienne était aux commandes de la porterie et sœur Sophie servait à table en chantonnant  « Jésus est mon berger » ou autre balade pieuse et romantique tout en nous versant l’eau de la carafe. C’était un couvent où on souriait. D’ailleurs même les coiffes des sœurs étaient pimpantes, avec des sortes de petits bigoudis amidonnés autour des tempes au lieu de l’habituel pansement pour fracture du crâne ou des ailes imméritées. Les règles étaient aussi strictes que de l’autre côté mais appliquées avec une indulgence pour le péché dont nous avions bien besoin parce que l’adolescence, c’est un zeste de folie quand même.

 
Mon amie proche était, la première année dans cette péda, Monique. Nous nous échangions conseils de beauté – les rondelles de concombre sur les yeux, les baumes à base d’œufs et cognac pour avoir une chevelure de gente dame permettant au Prince de se hisser jusqu’au balcon – , nous aidions à nos devoirs et mémoriser nos leçons, lisions des poèmes en nous pâmant, écrivions des histoires que nous nous faisions lire et critiquer (et nous ne tarissions pas d’éloges, en bonnes amies que nous étions), et allions à la même école, ce qui fait que nous faisions aussi nos trajets à pied ou en tram ensemble, tout comme la pause milk-shake.

 
Et… nous étions dans une phase Belgique occulte et mystérieuse, Les noirs secrets de Bruxelles, Messes noires et belles dentelles, Le bouc dans la bergerie etc… Nous étions insatiables sur le sujet. Le grimoire du grand et du petit Albert – auquel nous ne comprenions rien naturellement ! -, le dictionnaire du diable, des recettes pour « nouer l’aiguillette » (mais il fallait des poils de verge de loup, un ingrédient assez difficile à se procurer et puis… à qui donc nouer l’aiguillette pour voir si ça fonctionnait ?) etc… Une amie de classe, Martine, m’assurait que son cousin participait à des messes noires à Bruxelles, ce que j’avais raconté en haletant à Monique.

 
Mad et GloriaEn face de nos chambres se trouvait un musée. Donc désert la nuit. Nous en voyions l’arrière, qui était une énorme vitre arquée en haut, derrière et contre  laquelle courait, sur deux étages, l’escalier. Quelqu’un nous avait dit qu’on donnait des cérémonies secrètes dans ce musée les nuits de pleine lune. Nous voulions être les Mad et Gloria du monde occulte et donc nous nous sommes installées derrière la fenêtre de ma chambre, sur le lit, à la première nuit de pleine lune. Chips et chocolat pour tromper l’attente. Toutes lumières éteintes pour qu’ « ils » ne voient pas notre astucieuse surveillance. Et puis… nous les avons vus ! Des gens qui montaient l’escalier, six ou sept personnes avec des bougies à la main et de longues robes, des sortes de turbans sur la tête. Nous nous sommes mises à trembler, le nez raplati sur la vitre pour en voir un peu plus et nous chuchotions nerveusement comme s’ils pouvaient nous entendre. Et soudain, la personne de tête, une femme, s’est tournée vers nous – qui étions dans le noir, mais peut-être la lune nous éclairait-elle ? Après tout nous n’étions que des détectives très novices ! -, et, bien qu’on ne pouvait naturellement pas distinguer son regard, nous l’avons imaginé menaçant, jaune et cruel et avons eu si peur que nous avons hurlé et nous sommes ruées sous le lit ! Après quoi nous avons ri pour secouer la terreur, et nous sommes bravement rassurées : nous étions dans le noir, la femme ne nous avait pas vues.

 
Moi, après ça, j’ai dormi comme un loir. Monique a passé une nuit sinistre.

 
Nos chambres donnaient sur un long couloir au bout duquel il y avait non seulement la chapelle mais une cabine téléphonique. Et aux petites heures de ce jour une Sud Américaine a téléphoné chez elle pour dire qu’elle ne se sentait pas bien et a eu un malaise dans la cabine. Monique et moi, pétrifiées de peur, entendions des gémissements lugubres et des sortes d’appels suppliants provenant, pensions-nous, de la chapelle, des cris que nous ne comprenions pas (la pauvre se plaignait, en plus, dans son dialecte indien !) et nos imaginations nous faisaient voir le diable en personne à notre recherche… Vers 7 h 30 Monique, livide, est venue me sortir du lit, bafouillant d’effroi : elle avait entendu « l’être » frôler sa porte et maintenant… il y avait une horrible empreinte de main dessus ! Or dans notre grimoire il était bien dit que le diable venait mettre son empreinte sur la porte de sa prochaine victime…

 
Je ne sais plus comment nous nous sommes calmées. Le fait est que nous nous sommes débarrassées de toute notre panoplie de chasseuses de vampires et démons, et sommes revenues à nos poèmes de Paul Eluard et les marionnettes de Bali ! Nous avons eu une overdose de Elle était si jolie d’Alain Barrière et de Le ciel, le soleil et la mer de François Deguelt, passant d’une carrière à la Harry Dickson au fan club de la suave romance.

 
Et je ne veux pas savoir ce qui se passait dans le musée…

Seize ans… qui allait donc m’aimer?

Seize ans et le pensionnat: la période la plus propice pour savourer à l’avance un “amour pour la vie” qui n’aura jamais ce goût-là! Car pour nous à l’époque, l’amour c’était le résumé de François Deguelt: Il y a le ciel, le soleil et la mer… Qu’on se rassure, j’aimais beaucoup Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine de Nougaro, mais c’était un aspect de l’amour que je ne pouvais pas percevoir convenablement à 16 ans!

Notre idée d’une passion éternelle n’allait pas au-delà des baisers et peut-être d’une exploration polie des contours du soutien-gorge. Mon amie F*** et moi passions des soirées entières à revivre notre premier baiser, son odeur et son bruit, et ce qu’il avait dit avant et après, et comme nos joues étaient pudiquement chaudes ce jour-là. Monique, une grande fille longiligne et angulaire aux cheveux de Marie-Madeleine nous avait dit d’emblée qu’elle, elle n’embrasserait que son futur mari, et encore, quand elle serait fiancée! F*** et moi nous sentions une âme de gourgandines en face d’elle, si pure et idéaliste. F*** avait un tout petit peu de ventre, et était ravissante avec ses teintes de porcelaine: peau blanche et rose, yeux myosotis et une chevelure de soie d’or. Baignée de “ce que pensent les hommes” depuis l’enfance, elle m’assurait que cette petite protubérance attendrissait les garçons, leur faisant imaginer quelle jolie future maman elle ferait plus tard. Lorsque nous nous promenions en ville avec nos tristes lodens et nos chaussures plates, elle me conseillait de me retenir de tousser si le besoin s’en présentait car les candidats au mariage – qui sans nul doute nous suivaient avec le plus haut intérêt – pourraient penser que j’étais affligée d’une maladie incurable, ce qui me condamnerait au célibat, sort abominable entre tous. Toute son adolescence l’avait préparée à la chasse au mari, et elle la faisait avec naturel et toute la douceur d’une jolie et naïve jeune fille de bonne famille. J’étais dépassée et n’osais avouer mon hideux secret : je n’avais aucune envie de me marier. Oui, je voulais inspirer des vers à François Deguelt et Alain Barrière, et m’en repaître, et passer des heures sur la plage à embrasser un garcon, mais mon rêve stoppait net sur cette plage sous ces baisers sans visage d’ailleurs, car je me contentais alors d’un amour par correspondance assez tiède qui menaçait bien peu mon rêve éveillé. Dans lequel je me vautrais avec F***.

Jean Jacques Tissot (1836 - 1902) - Rêverie

Jean Jacques Tissot (1836 – 1902) – Rêverie

Au bout d’un an, nos vies se sont séparées car j’ai été renvoyée du pensionnat. La directrice – une carmélite terrifiante que ma mère et moi avions tout de suite surnommée “Soeur Zeke” en référence à Zeke le loup – m’avait pourtant bien prévenue: si je disais que mes parents étaient divorcés, dehors! Et j’avais abusé de sa grande charité puisque la rumeur atroce du péché mortel de mes géniteurs circulait dans ce lieu saint. Et Zeke m’a donc montré la porte d’un doigt pointu et acéré comme un clou de cercueil.

Un autre pensionnat – de religieuses plus amènes, enfin! – m’a vue arriver, sans exiger de moi de cacher les crimes familiaux. Et là, comme au fond je n’avais toujours que dix-sept ans, les confidences murmurées entre filles ont repris leur air de violons. Je me suis liée avec trois Sud Américaines venues étudier le français. Lupita, Eugenia et je ne sais plus qui. Fiancées tout les trois, elles m’affirmaient avec sagesse que le temps le plus beau de la vie était celui des fiançailles, qu’elles feraient durer plusieurs années, et que le mariage était une toute autre histoire. Et, dans la salle d’étude, nous passions des heures à écrire des lettres d’amour sans fin – et certainement jamais lues jusqu’au bout! – que nous terminions avec une signature écrite avec notre sang et décorées sur les bords d’encoches faites à la brûlure de cigarette. Nous comparions nos résultats et étions très fières de tout ce temps perdu à faire une lettre tout compte fait vraiment écoeurante. Au son de petits 45 tours rayés, nous dansions des slows très tendres avec … les lampes, dont on pouvait ajuster la hauteur depuis le plafond. C’était pour mieux éclairer nos devoirs, mon enfant, et non pas pour tenir lieu de partenaires de danse, mais il est un fait que nous passions pas mal de temps à la salle d’étude. Une pensionnaire blonde et coiffée comme Sylvie Vartan nous arrachait des oh et des oooooh sirupeux: à dix-sept ans elle allait se marier et partir à la Martinique, où la famille de son fiancé avait des plantations de cannes à sucre. Du pur Victoria Holt – celle qui précéda Barbara Cartland. L’amour, la plage, les tropiques, les palmiers, un lointain ailleurs où s’oublier, se perdre et renaître en “celle qui a épousé le petit machin-chose”. L’amour dans un emballage cadeau!

Un jour j’ai revu F*** dans le tram, enfin fiancée après un an de chasse à l’homme. Ouf! M’a-t-elle dit, je suis casée! Elle avait eu chaud. Je n’ai toujours pas osé lui dire que je préférais continuer de rêver, fermer les yeux.

Il est vrai qu’alors, j’avais vu la photo de François Deguelt et n’avais aucune envie de m’allonger sur le sable avec lui. Les illusions étaient tellement plus attrayantes….