Les faux prophètes sont lâchés, garons-nous!

L’internet et les réseaux sociaux (chuuut, je ne nomme personne hein…) sont devenus l’arme favorite des racoleurs et prêcheurs. Beaucoup de gens en mal d’importance ont la prétention de faire partie des justes et d’être chargés de sauver le monde en balançant ici et là – et surtout partout – des maximes zen, pacifiques, pour la terre (notre mère la terre agonisante en général pour laquelle nous ne faisons rien), les animaux (qui sont tellement meilleurs que l’homme et pour qui nous ne levons pas le petit doigt sauf pour cliquer sur j’aime), des extraits d’auteurs coupés de leur contexte et qui disent tout et n’importe quoi – quand ils ne sont pas, en prime, mal traduits ou truffés de fautes… Il y a même des phrases mielleuses qui engluent l’esprit avec des litanies sur l’amitié et l’amour vrais signées de parfaits inconnus que l’on s’échange comme des révélations divines et que l’on répand comme le choléra au grand plaisir hystérique de leurs « créateurs ». Perlin Pinpin trouve que l’amitié est un bijou qui se porte sur la peau nue, et La mère Michel affirme sans frémir qu’aimer c’est donner sa vie en chantant Cadet Rousselle….

Et on prend bien soin d’essayer de faire de chacun de nous le maillon indispensable à la grande œuvre de nettoyage des âmes en nous défiant de déposer « ceci sur notre mur si nous avons le courage de nos opinions », ou de faire suivre ce message à sept femmes que nous trouvons merveilleuses (rien de moins…), ce qui va d’ailleurs nous faire assister à un petit miracle inattendu sur notre ordinateur une fois mission accomplie. « C’est incroyable et ça marche », proclame le message. « Regardez bien l’eau du vase de fleurs une fois que vous aurez envoyé vos 7 messages et vous n’en reviendrez pas ».

Et, insidieux, ce non-dit – enfin, je dirais non-hurlé, car il est bel et bien dit – : on vous surveille. Car le message que l’on doit faire suivre, il faut aussi l’envoyer à qui nous l’a envoyé. Les lâcheurs sont donc identifiés. Ou bien la technique en vogue annonce que « si toi aussi tu es contre l’injustice, ou le racisme, ou l’abus de pouvoir, ou le retour de Sheila sur scène… mets ceci sur ton mur ». Donc ceux qui ne claironnent pas quotidiennement ce contre et pour quoi ils sont… sont de vils impies.

Moyen de diffusion privilégié des preuves de la malveillance de certains que l’on prend en cible, avec photos truquées à l’appui, statistiques fantaisistes, études de scientifiques américains enseignant dans une université de niveau sous la barre du zéro – si seulement ils existent et savent écrire « science » sans faute -… et on partage avec l’indignation du juste, vous avez vu, vous avez lu? C’est honteux ce qu’on nous fait « croire ».

Fin du monde

Je ne critique pas ces outils, dont je me sers. Beaucoup, même. J’y passe finalement pas mal de temps, du bon temps. Mais attention aux faux prophètes et leur façon presque ludique d’embrigader les inattentifs. Un clic pour faire comme les autres et on peut glisser très loin. Moi je mets mes chaussures à crampon et je suis la mauvaise qui casse les chaînes, ne fait pas les jeux, n’est jamais d’accord avec ceux qui pleurent sur les animaux, les femmes battues, la faim dans le monde, les OGN, le nucléaire, le dernier lifting de Mireille Mathieu ou la disparition du boulier compteur. Ce que je pense à ces sujets reste personnel. Ce qui reste de personnel dans ce nouveau monde. Comme on finira par nous faire voyager tous nus suite aux consignes de sécurité dans les avions – pour notre bien naturellement -, il ne nous restera que nos opinions de privées… à ne partager qu’en lieu sûr.

Le temps des prêcheurs – et délateurs – est revenu.

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Que disaient les Poppys ?

Non, non, rien n’a changé.

Et  contrairement à tous ceux qui disent que « ça », ça a bien changé, je souris et dis que non, pas en profondeur, pas aussi nettement qu’on le clame.

Quoi ?

Le corralling des couples vers le mariage. Vous vous souvenez des westerns, quand on « corrallait » le bétail entre des barrières étroites pour rassembler les bêtes dans le même enclos ? Puis on les marquait au fer rouge…

On a beau dire que les jeunes maintenant ne veulent plus de ça, si c’est vrai pour certains, on n’est pas sortis de l’enclos !

Bien sûr désormais les parents ne sont plus honteux de dire que leur fille veut rester célibataire et aime son travail. Ou que leur fils n’a pas l’âme d’un mari et que ma foi, autant qu’il vive sa vie et soit bien. Et ceux qui n’ont aucune hâte à rentrer dans les rangs peuvent le dire devant tout le monde, même le soir de Noël en famille, sans risquer de rencontrer des regards incrédules à la limite de l’inquiétude.

C’est vrai aussi que les mariages forcés vraiment forcés… OK, chez nous c’est fini. Pas de baïonnette dans le dos et de « autrement tu finiras au couvent, ou gouvernante sans le sous chez Edward Rochester qui ne t’épousera peut-être que quand il sera aveugle et ruiné et tu l’auras  bien cherché ». Mais il reste ici et là le « bon écoute, ça fait trois compagnons que tu plaques, on finit par être gênés papa et moi, et on aimerait bien te savoir casée. De quoi avons-nous l’air, nous ? Même ta cousine Armandine s’est mariée, oui même elle, avec ses moustaches et sa transpiration abondante. Qu’est-ce que tu lui reproches, à Victor-Charles ? Il est très bien… Un peu vieux jeu dis-tu ? Moche ? Quelle futilité ! Il ne te trompera pas et tu en feras ce que tu voudras ».

Les garçons ne sont plus menacés d’être privés de rente s’ils ne se glissent pas dans les rangs, mais dans les mêmes ici et là que ci-dessus on leur explique sans relâche que le mariage donne sa carrure à une carrière. Elle est parfaite la petite Trucmuche, un peu fade et nunuche peut-être mais obéissante, bien à sa place, elle ne fera pas ombre à ta sœur. Elle apprendra vite à te seconder. Et nous on l’aime bien.

Et si vous pensez que ça n’existe plus, c’est que vous ne fréquentez que les gens qui vous amusent. Rencontrer les casse-pieds est éclairant, croyez-moi…

Ensuite, si le mot mariage est souvent accompagné d’un faussement insouciant « oh non, ha ha ha, qui veut encore de ce vieux contrat de nos jours ? » on se pacse, on se met ensemble à l’essai, et pendant l’essai on fait des enfants, on achète des biens à deux, on fait des dettes que les parents respectifs se partagent en serrant les lèvres, et on se retrouve dans un enclos qui ne s’appelle pas mariage mais a les mêmes barrières hérissées de fils barbelés. Cependant on est fiers de dire qu’on n’a pas fait comme les parents, ah non, pas fous ni folles les guêpes et les bourdons !

Et en ce qui concerne la chasse au mari, que l’on dit plus démodée que la chasse à courre, la battue est pourtant bien réelle. Ça taïaute et taïaute encore, et fort. Ah non ? A l’heure des pilules, préservatifs, stérilets et tous les rites incantatoires pour protéger sa liberté de choix, il reste des bébés qui se sont imposés tous seuls, oui. Souvent alors que justement on allait rompre, que les choses viraient à l’acide. Ces bébés plus futés que les bisons, qui profitent de préservatifs troués, de stérilets qui ont bougé, de pilules traîtresses, ces vieux pièges qui ont fait leurs preuves depuis des générations.

Et même s’il s’agit de cinéma où ni art ni talent ne se rencontrent jamais, bien des films « romantiques » ou « comédies romantiques » ne font rien d’autre que délirer pendant une heure et demi pour se ruer dans l’enclos final, l’autel, le curé, la robe blanche et le « I do » et les demoiselles d’honneur s’entre-tuant pour le bouquet.

Les Poppys ont raison, pour encore un bon bout de temps !