Quand le cœur ne rit pas de peur d’en mourir

Les excuses sont faites pour s’en servir…

C’est une autre de ces petites vérités chères à Lovely Brunette. Judicieuse comme toujours. Oui, une explication n’est en rien… une excuse. Surtout lorsqu’elle est incomplète. Et les excuses, on se cache derrière elles pour dire « ce n’est pas ma/sa/leur faute si… ».

Il est difficile d’affirmer que quelqu’un d’éternellement tiède, renfermé, austère, robotique ou tout autre qualificatif que l’on peut remplacer par des images allant d’ennuyeux comme la pluie à méchant comme une teigne est ainsi par sa faute et sa faute seule. Mais sa responsabilité entre en jeu malgré tout.

Et il faut supporter ce compagnonnage maussade, voire parfois sinistre sous prétexte que son père/sa mère n’était jamais là (ou était tout le temps sur son dos), qu’il y a eu des épisodes pénibles dans son enfance, que sa santé n’était pas bonne, qu’on déménageait souvent, que l’école était trop dure/laxiste etc…

C’est comme installer la notion de fatalité en affirmant que tous les gens qui n’ont pas eu une enfance ressemblant à celle de Martine (à la ferme et souriante, petite maman aux yeux étincelants, en vacances en train de rire, à l’école et ravie, grande sœur et chantant des berceuses…) ont de bien bonnes excuses pour être ces adultes qui ne savent pas aimer, s’amuser, prendre dans leurs bras, toucher du bout des doigts ou du plat de la main, se détendre, écouter, partager, exprimer de la chaleur et de la joie.

Emile Munier - 1840 - 1895 - Portrait d'une mère et sa fille

Emile Munier – 1840 – 1895 – Portrait d’une mère et sa fille

C’est anéantir alors l’optimisme que choisissent – souvent non sans peine et efforts – les autres comme étoile de vie, ceux qui eux non plus n’ont pas eu l’enfance fabuleuse de Martine au paradis, et pourtant ont fait fleurir en eux le courage de vivre en couleurs, ont ouvert la voie aux émotions. Ont pris le risque d’aimer, de ne pas se replier devant les refus ni se recroqueviller devant les échecs.

Ont, un jour, osé se dresser devant la peur et lui faire face, pour empoigner leur vie, la leur, et non pas une qu’ils prétendent leur être imposée par le choix des autres, contre lesquels ils ont des ressentiments muets qui les gangrènent.

On peut croire avoir manqué d’amour et ne pas l’avoir reconnu, cet amour. Ne pas l’avoir accepté de peur de le perdre par la suite. On peut aussi avoir été tellement chouchouté que ce premier rôle devient indispensable et qu’on fait de l’ombre à tout le monde, ne partageant rien car il n’y en a que pour soi.

Nous sommes enfants le temps de l’enfance seulement. Comment alors mettre sur le dos des parents et d’épreuves vécues alors la médiocrité des dizaines d’années dont on a la garde et que l’on peut réclamer comme siennes, siennes uniquement ? Pourquoi ne pas embrasser cette existence avec élan, ces rencontres chaleureuses jalonnant le chemin, ces étapes de grands et petits bonheurs et peu à peu délacer le corset de cette fameuse enfance ? Pourquoi enfermer autrui dans une prison de glace que l’on a érigée soi-même avec des murs de peurs, rancœurs et … excuses ?

« Forgiving our Fathers » de Dick Lourie

How do we forgive our fathers?

Maybe in a dream?

Do we forgive our fathers for leaving us too often,

Or forever, when we were little?

Maybe for scaring us with unexpected rage,

or making us nervous because there never seemed to be any rage there at all?

Do we forgive our fathers for marrying or not marrying our mothers?

or for divorcing or not divorcing our mothers?

And shall we forgive them for their excesses of warmth or coldness?

Shall we forgive them for pushing or leaning, for shutting doors?

For speaking through walls,

or never speaking, or never being silent?

Do we forgive our fathers in our age, or in theirs?

Or in their deaths, saying it to them, or not saying it?

If we forgive our fathers, what is left?

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