Ah les belles rentrées d’antan

On sortait des vacances – dont on commençait à se lasser – pour arriver à « la rentrée ». Uniforme ou tablier de classe qui avaient le pli du repassage et l’odeur du savon Persil. Des objets neufs dans le cartable, les crayons bien taillés avec la pointe luisante et dangereuse. Des gommes propres. Le petit pot de colle qui fleurait bon « le massepain ». Les cahiers qui sentaient le neuf, aux pages lisses où les fines rayures nous arrachaient la promesse jamais tenue de rester soigneuses d’un bout à l’autre. La table de multiplication au dos, qui faisait sérieux : preuve qu’on avait « fait du calcul », déjà.

On retrouvait les amies de l’année précédente, les autres aussi d’ailleurs. On se complimentait sur notre éventuelle nouvelle coiffure (un ruban dans les cheveux, des tresses, la raie au milieu ou sur le côté, une barrette –une pinette comme nous disions -, une nouvelle longueur…), rare à l’époque : on gardait souvent la même pendant des années. On se plaignait des nouvelles chaussures qu’il fallait « casser ». D’un cartable qui était celui que le grand frère avait cessé d’utiliser et sur lequel il avait fait une abominable tache d’encre.

Norman Rockwell - Happy Birthday Miss Jones

Norman Rockwell – Happy Birthday Miss Jones

On se réjouissait ou se désolait de la maîtresse qu’on allait avoir cette année : on la disait rosse, injuste, ou tellement gentille. Et fiancée ! Ça donnait un relief romantique, une maîtresse d’école fiancée. On imaginait qu’elle baignait dans une romance à temps plein. Si le fiancé montrait le bout de son nez, même boutonneux, on avait un « aaaaaaaaaah »  secret qui soupirait dans la tête. Etre fiancée devait être le plus bel état dans le monde. Un moment de grâce.

Le premier jour était léger, peu sérieux, on parlait des vacances et de ce qu’on étudierait cette année. On prenait les présences et remarquait ainsi les nouvelles venues, silencieuses et prudentes, ces « nouvelles compagnes qu’il nous fallait accueillir », ce qui prenait quelques jours.

Et j’avais beau détester mon école, celle des primaires, j’avoue que la rentrée était un jour délicieusement excitant, différent de tous les autres. L’été se terminait souvent en toute splendeur, indien autant qu’il le pouvait, on sentait déjà en imagination l’odeur des marrons que leurs cosses éclatées révèleraient, luisants, moirés, la tache poudreuse. On anticipait le plaisir des feuillages qui allaient chanter les gloires de l’automne de tous leurs feux. Le prochain congé serait celui de la Toussaint, et déjà… on l’attendait.