Rien que le mal fait et les bêtises inutiles

C’est tout ce que je « regrette ». Je ne regrette pas les beaux jours enfuis, les lieux superbes qui m’ont donné l’hospitalité ou prêté leurs paysages le temps de vacances… Je ne regrette pas les amis ou grandes rencontres faites qui ont glissé dans les choses disparues de mon quotidien. Je ne regrette pas – bon… c’est un peu plus difficile, j’avoue – la jeunesse que je ne trouve plus que sur les photos.

 

Ca, c’est pas tout à fait vrai de vrai. Je me passerais volontiers des empreintes zoologiques qui me signent : pattes d’oie, cou de dindon, bajoues de bulldog (non ! je n’ai pas des oreilles d’éléphant, qui a insinué ça ?)… Mais c’est un tout compris, all inclusive tour… Pas de recul sans les pattes d’oie, pas de sagesse sans le cou de dindon, et ainsi de suite.

 

Mes villes de vie préférées furent Bruxelles, Aix en Provence et Turin. Et j’adore Liège où je suis aujourd’hui. Je n’ai pas de nostalgie autre que celle, bien voluptueuse, de me dire : « oooooooh, les agnolotti al ragù chez Mina, quel délice… je ne peux oublier ça, ou tout au moins mon palais ne le peut ! ». Ou bien « je ne savais pas la chance que j’avais quand je me baignais dans le Bayon toute habillée et étais sèche en 10 minutes de marche vers le Tholonet »… Mais ce que j’ai connu dans ces villes est en partie disparu  parce que tout change. En même temps… dans mon souvenir c’est immuable, éternellement mien exactement tel quel. Donc… que regretter ? Tout m’appartient encore.

 

Sauf ce que je ne veux pas conserver. Ce que je ne veux pas, je peux me rassurer : c’est fini, c’est passé, ça n’arrivera plus. Pas de danger. Le passé est dans un autre temps et moi je suis aujourd’hui.

 

Quant aux bêtises, il y a eu toutes celles qui n’étaient que des chemins déguisés en bêtises. Et donc sans les avoir faites je n’aurais pas appris les enseignements qui en ont découlé. Les risques « imbéciles » que j’ai parfois pris en toute innocence m’ont pratiquement fait pousser de petites antennes qui ne me trompent plus que rarement. J’ai, avec les années, appris même à arroser qui faisait le projet de m’arroser.

 

Charles-Paul Landon Les regrets d'Orphée

Charles-Paul Landon
Les regrets d’Orphée

Je ne regrette que les vacheries et bêtises inutiles. Mais ça fait aussi partie du all inclusive tour. Ça reste dans la liste des vilaines choses qui retarderont le port de l’auréole et de la tunique de sainte de quelques … qui sait ce qu’est l’unité de temps dans la salle d’attente du paradis ?

 

Mais je ne veux pas cacher qu’avoir déversé un seau d’eau par la fenêtre sur la tête d’un soupirant inopportun et vraiment trop bêlant me fait encore plaisir. Pourtant, si je l’imagine rentrant chez lui avec les chaussures faisant floutch floutch et ses illusions noyées à jamais, je me dis que j’y ai peut-être été fort.

 

Non, je mens : je suis ravie de l’avoir fait !

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