Malades et mal aidés

Ce n’est pas un secret, je ne regrette pas tout de ma vie là-bas mais il serait injuste de dire que tout y fut mauvais.

J’y ai approché des « Indiens » dans leur quotidien, et ce fut une précieuse expérience qui m’a libérée de deux images aussi fausses l’une que l’autre : le noble sauvage écolo et le débris humain alcoolique. J’ai mangé dans leurs maisons, en ai vu de farouchement anti blancs, anti autres tribus, anti alcool, anti civilisation, anti cheveux courts, anti mariage, anti travail, anti Dakota, anti Oklahoma, anti touristes, anti cérémonies religieuses etc… Finalement… ils sont comme nous mais pas anti les mêmes choses. J’en ai connu des gentils, des méfiants, des très  dangereux/ses, des beaux et des vraiment très moches.

J’ai aussi été émerveillée – et ça ne me quittera jamais – de la beauté des paysages et oui, c’est une terre sacrée où il fait bon se promener pieds nus.

Il y a de l’histoire, même si pas aussi ancienne en vestiges que la nôtre, mais au fond la piste de Santa Fe est encore habitée par le souvenir de ces troupeaux interminables de Long Horn suivis  et précédés de cow boys poussiéreux, bagarreurs et coureurs de pauvres filles en corset happées par les bordels. Le lac Otsego abrite les âmes de John Fenimore Cooper et de son Dernier des Mohicans. Hyde Park offre son silencieux refuge à ce qui reste de terrestre de Theilard de Chardin ainsi que  la résidence de Franklin Delano Roosevelt – et j’ai vu en ligne que grâce au ciel et une personne de goût on l’a enfin repeinte car quand je l’ai vue sa teinte vert billard m’a presque donné une syncope.

Il y a la nourriture, légendairement inexistante ou presque en termes de « cuisine » mais pas aussi décevante qu’on le dit si on cherche un peu. Le T Bone et le Porterhouse steaks sont des péchés de viande à découvrir et refaire aussitôt. Les fiddleheads aussi, en saison. Et Dieu veuille que vous ne goûtiez jamais ma tarte aux cranberries-whisky-clous de girofles et pâte feuilletée car vous ne vous en remettriez pas. Oubliez cette tentation !

J’ai adoré New York – ce qui, pour moi, se limitait surtout à Manhattan comme pour presque tout le monde – et le boucan du pont de Brooklyn, et le métro si moche, et Central Park et même la Trump Tower et tout le mauvais goût qui y règne. Et le petit zoo de Central Park, et un immonde minuscule « restaurant » mexicain à Battery Park où j’ai mangé des burritos explosifs.

Il y a beaucoup de belles et bonnes choses, incomparablement belles et bonnes aux USA. Et j’ai eu de la chance d’y vivre, d’y avoir accès, et de savoir un peu de quoi je parle quand j’évoque ce lieu légendaire, l’Amérique.

Mais en ce qui concerne les soins de santé, parce que je réalise que personne ici n’y comprend rien (et je n’ai pas toujours compris non plus…) je vais « éclairer votre lanterne » du mieux que je le peux. Maintenant, d’un Etat à l’autre, d’une entreprise à l’autre, les choses sont légèrement différentes. Je ne parlerai que de ce que j’ai vécu, moi, ou sais de manière certaine. Et pas des rumeurs. Et ça reste un casse-tête pour tout le monde là-bas aussi…

Je parle aussi d’avant Obamacare, qui n’a pas changé grand-chose en réalité, à part le fait que les personnes qui autrefois n’avaient pas d’assurance – parce qu’elles ne travaillaient pas et que personne de leurs proches ne travaillait – en ont une à présent, et qu’il a fait cette prouesse en… faisant payer plus cher ceux qui payaient déjà, et non en obtenant des réductions des lobbies pharmaceutiques ou du corps médical et hospitalier comme on s’y serait attendus… Ceci dit, suite au commentaire d’Anne K qui vit aux USA (11 mars ) il faut quand même préciser que l’Obamacare permet au parents d’assurer leur progéniture jusqu’à l’âge de 26 ans et d’empêcher les compagnies d’assurances de refuser d’assurer quiconque souffrant d’une maladie chronique ou « précondition ».

Pour le reste, j’ai vécu sur l’Obamacare pendant deux ans, et n’ai vu aucune différence – sauf que je payais encore plus cher, lalalère !

Tous les employeurs ne sont pas tenus d’offrir une couverture médicale – ni de congés payés mais ce serait un autre sujet – à leurs employés. Et c’est donc en général un rêve utopique pour la coiffeuse du salon du coin, la petite vendeuse de la boulangerie, l’apprenti plombier etc… bref, les milliards de petits boulots. Quand les patrons ont les moyens d’offrir cette couverture, ils y participent pour un bon pourcentage, et choisissent la compagnie d’assurance qui leur convient. Chaque assurance a son propre fonctionnement, couvre et ne couvre pas certaines choses, certaines sont plus efficaces dans les cas d’hospitalisation imprévue (quand j’ai dû être hospitalisée d’urgence, l’hôpital devait d’abord appeler l’assurance pour vérifier qu’elle couvrirait les soins, et une idiote « brain-dead » de plus a persisté à dire – le chewing-gum en bouche et la diction nonchalante – que je n’étais pas assurée chez eux. Or j’avais ma carte, et l’employée dont le cerveau fonctionnait aux admissions de l’hôpital soupirait, levait les yeux au ciel et  gémissait que c’était toujours comme ça. Finalement un troisième coup de fil l’a mise en contact avec un être normal qui m’a tout de suite trouvée dans le fichier. Mais on avait perdu une demi-heure et j’étais en danger…).

Pour le service « mutuelle » des médecins ou hôpitaux, c’est un casse-tête puisque chaque assurance a ses propres règles et leur niveau conditionne aussi celui du paiement opéré sur place par le patient. Tout ceci génère, on s’en doute, de fréquentes erreurs.

L’employeur offre, en général, l’accès à l’assurance (pour l’employé et, pour un supplément par personne,  les membres de sa famille) au bout de six mois pour s’assurer que tout se passera bien au niveau travail. Lorsqu’on perd son travail, on perd immédiatement son assurance aussi, pour soi et les proches qui sont assurés. C’est une détresse supplémentaire et une grosse responsabilité quand on a des enfants ou un conjoint malade par exemple. La prime est assez élevée et il y a une franchise assez élevée aussi. Les médicaments en général sont très chers, mais pas mal de médicaments courants sont en vente libre au drugstore, comme l’aspirine par exemple qui ne coûte rien et se vend par petits bocaux de 100, 150 comprimés…

Mais j’ai pris un médicament là-bas que je prenais déjà en Belgique et était fabriqué en Grèce. Pour un mois il me coûtait la même chose que pour six mois en Belgique. C’est tellement vrai que dans les Etats du nord, pendant tout un temps des groupes privés affrétaient des bus pour des voyages organisés afin passer la frontière et acheter les médicaments au Canada, où les prix était plus normaux. Pareil pour les Etats du sud qui eux allaient au Mexique. Une des Busherie de Bush fut de rendre de tels voyages illégaux.

Les soins médicaux et d’hospitalisation sont à donner le vertige. Mon cousin a eu, en 2008, un accident de voiture dans le Queens et donc on l’a transporté dans l’hôpital du Queens. Je suis allée l’y voir et pour vous donner un aperçu de l’ambiance réconfortante il y avait des flics en faction assis devant certaines chambres, et il partageait la sienne avec une sorte de mafieux de dryade chinoise du plus bel effet, avec des cheveux jusqu’au creux des genoux et tellement tatoué qu’on aurait dit un collant de dentelle, un peu déchiré car il avait aussi une belle collection de balafres de toutes longueurs. Quand mon cousin est arrivé, complètement à l’ouest dans cette chambre double, on lui a fait signer un papier selon lequel il était bien informé que ça lui coûterait $ 3 500 par nuit (sans les soins) et que si son assurance ne payait pas, il payerait.

J’ai connu un fonctionnaire de la ville qui vendait sa maison pour payer « le cancer de sa fille » car l’assurance cessait de payer, ça durait trop longtemps !

Les « pauvres », qui avant l’Obamacare n’étaient pas assurés, vivaient une situation atroce. Bien entendu pour les choses graves ils étaient soignés, on ne pouvait le leur refuser. C’est d’ailleurs ainsi que les directeurs d’hôpitaux expliquaient, la bouche en cœur, le prix exorbitant des soins facturés à ceux qui payaient : il faut bien qu’on se couvre pour ceux qui ne paient pas. Mais depuis que tout le monde paie (avant que Trump ne supprime tout de nouveau…) ils n’ont naturellement pas baissé leurs tarifs !

Mais dans le cas de l’accueil des « pauvres », pour s’assurer au mieux d’être payés malgré tout, des hôpitaux leur faisaient apporter une copie de leur testament en gage, et ainsi savaient qui allait hériter en cas de décès avant que la note soit payée, et donc qui priver du peu de choses que le malheureux laisserait. L’hôpital faisait signer « un papier » et avait priorité. Bien entendu, il ne s’agissait pas de « mansions » ou de diams, mais parfois d’une vieille maison rongée par les termites qui abritait la famille depuis deux ou trois générations, et sous la maison… il y avait un terrain, capital plus intéressant. Peu à peu, n’est-ce-pas, avec ce système infaillible, on obtient tout le quartier… Ceci n’est pas une simple rumeur, car dans mon imprimerie j’ai été amenée souvent à photocopier ces testaments pour l’hôpital. Je voyais arriver de vieilles dames noires étonnantes de dignité, réchappées d’une vie de travail où la seule joie était celle de la famille, et qui devaient subir une grosse opération. Elles partaient avec leur petite valise et copie de leur testament. Priant pour rentrer chez elles avec une dette qu’on pourrait peut-être se répartir dans toute la famille – souvent ces courageuses mamas avaient conduit un fils à l’université, pas Havard ni Yale, mais une petite université sans panache qui en avait fait, de ce fils prodige, un « docteur » en quelque chose, qui pourrait peut-être aider…

La Health Insurance est un cauchemar au quotidien, dans un pays dont les films parlent d’une insouciance très illusoire…