Voyage en train

Billet de juin 2013… mais je n’ai pas changé mes louanges!

 

J’aime prendre le train. Et je le prends souvent, pas par choix mais parce que je n’ai pas de voiture. Secrètement je prie pour ne plus jamais en avoir, car je déteste conduire.

 

Mais le train, quel régal. Et, si on a le temps, le train qui ne va pas trop vite, c’est encore mieux. En cette presque fin juin, alors que la nature enfin a compris qu’il fallait se mettre en tenue et température estivales, que le parcours est beau !  J’avais un livre d’Hugo Pratt – Una ballata nel mare salato – dans mon sac, au cas où. Surtout au cas où une dame bavarde aurait eu envie de confier à une inconnue les arcanes de sa vie. J’aurais écouté poliment pendant cinq minutes puis aurais feint d’avoir perdu l’ouïe en m’évadant dans les pages de Mr Pratt et de Corto Maltese qui venait à peine de se trancher au rasoir une ligne de chance dans la paume car il en manquait. Et tout le monde se doit d’en avoir une.

 

Mais le compartiment était presque désert si ce n’est pour la chaleur qui avait décidé ce jour-là qu’en plus d’une ligne de chance tout le monde avait aussi besoin de quelques degrés en trop. Le train avait un air art déco bon marché, avec des miroirs posés de part et d’autre de la porte, de tailles et à hauteurs différentes comme pour une jolie salle de bal. Le contrôleur me demanda joyeusement si j’avais assez chaud et le pauvre, c’était une question généreuse car lui devait supporter son uniforme. Et il le faisait avec beaucoup de bonhomie.

 

Et dehors, des kilomètres de ma terre défilaient dans une explosion végétale et architecturale.

 

De vieilles et robustes fermes flanquées du tas de purin et de pneus de camions. Des coquelicots exubérants. Des clochers de dentelle ou carrés dans le style roman, les tuiles luisant contre le ciel bleu. Des acacias regorgeant de grappes déjà brunies. Une belle construction ancienne dont le toit a de surprenantes tuiles multicolores. Des champs de blé vert. Des routes dont on devine le parcours aux arbres paisibles qui les longent. Un homme qui promène un chien paresseux le long d’un champ labouré. Des dos de maisons modestes et vétustes, aux toits de tuiles courbés, avec des jardinets venant mourir près des rails. Des potagers assurant de bonnes soupes et la conscience qu’on vit encore comme il se doit. Des blocs de paille ficelés sur de l’herbe jaunie. Des buddleias foisonnant de partout. Des bouquets d’arbres majestueux. Des vaches musclées cherchant la fraîcheur dans un reste de boue. Un chat s’étirant sur un mur. Le beau château d’eau de Landen, décoré de gouttes d’eau et de robinets. Des petites gares dont le nom est brouillé par la vitesse du train. Des chevaux à la robe comme un miroir, à la queue agressive envers taons et mouches. Des lotissements encore trop neufs pour être beaux ou laids. Des liserons arborant leurs corolles blanches en étouffant les barrières. Des usines désaffectées. Un homme pansu dans son jardin. Deux femmes sur une petite terrasse, bavardant sans vigueur derrière des pots de basilic. Des châteaux de pierres claires sur des pelouses soignées bordées de buis taillés. Des talus hérissés d’orties et ronciers féroces. De rares bleuets. L’envol de trois faucons qui flottent sur l’air chaud. Et souvent, en surimpression fantomatique, mon visage dans le reflet de la vitre sale.

 

Et puis on arrive à Liège. On voit les collines, les terrils, le dégagement qui s’offre sous le soleil. Des clochers et coupoles, des gratte-ciels, des grues, des drapeaux. Le vent secoue les feuilles aux arbres des squares, avec bienveillance. La fusée de Tintin attend sur le quai. Je suis chez moi. Enfin, presque. J’ai encore 25 minutes de marche. Ou 10 et puis 10 ou 15 de bus. Je choisis donc toujours la marche que je fais sur la piste ravel  – balades pédestres et en vélo – dès que je le peux, longeant la Meuse où les péniches et bateaux mouches se réjouissent du beau temps enfin de retour…

Budleia réduit

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Un siège côté fenêtre

Quand j’étais petite, prendre le train était toute une excitation. Nous allions avec ma mère soit à Bruxelles voir notre tante Micheline « pour manger une feuille de papier de soie avec des concombres» disait ma mère, car tante Micheline ne cuisinait pas et le lunch était un grignotage du bout des dents. Une tranche de roast beef de l’épaisseur du fameux papier de soie et une salade de concombres, que je détestais.

Et d’autres fois on allait voir ma marraine à Liège, bien moins loin. Mon frère et moi adorions abaisser les vitres du compartiment et respirer à pleins poumons la saine fumée noire de la locomotive dans les tunnels – ils ne manquaient pas puisque notre belle vallée est aussi vallonnée. On sentait la fraicheur humide des pierres du tunnel, et aspirait l’arôme de charbon et de métal que nous offrait généreusement la cheminée de la locomotive.

J’ai fait ce trajet maintes et maintes fois, et c’est bien entre Liège et Verviers que je me sens chez moi, que mes racines frétillent, que l’enchantement de la vallée de la Vesdre me prend. Hier, le printemps à peine né nous offrait du soleil et une température estivale. Les bourgeons n’étaient encore que de timides protubérances brunâtres sans le friselis de teintes fragiles se déployant à la vie en forçant leur sortie. Les branches sont encore nues. L’herbe par contre est enfin libérée de son morne repos hivernal, de la boue, des pousses brûlées par le gel, et court au sol comme un velours d’émeraude, prête à accueillir marguerites et pissenlits, renoncules et chardons et tout ce qui viendra chanter sa ritournelle durant les mois qui viennent. Le soleil poudrait le tout avec éclat.

 

De ma place près de la fenêtre je n’ai pu m’empêcher de reconnaître le paysage cent fois vu déjà mais tant aimé de ce magnifique petit coin du monde et de sentir que le monde entier y était contenu…

 

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ah cette maison…
Commentaire n°1 posté par françoise le 24/03/2012 à 10h19

Je sais…. je la regarde depuis des années…. ou c’est elle qui me regarde passer. Elle sera encore là que je ne passerai plus depuis belle lurette!

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 18h45
Un texte-madeleine pour tous ces enfants et grands enfants qui ont pris le train et laisser courir leurs regards, leur imagination sur la campagne traversée.
Commentaire n°2 posté par éric le 24/03/2012 à 14h21

Oui… mais ce qui est si beau, c’est que cette partie du trajet n’a presque pas changé… je peux presqu’imaginer que le temps n’a pas passé du tout!

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 18h46
Coucou Edmée par ce magnifique samedi qui me fait un peu mieux supporter les mauvais jours qui sont les miens en ce moment !
Comme tu as bien fait de prendre ces photos de ton siège côté fenêtre !
Ta campagne est vraiment belle et je comprends pourquoi tu l’aimes autant ! C’est vallonné, boisé, riant avec ces rivières qui gardent en elles un peu de ciel et de la nature environnante ! Les bêtes paissent paisiblement et ne regardent même pas le train qui passe et toi qui les captures pour nous, elles sont blasées comme certains humains ! Les maisons y sont belles, qu’elles soient fermes ou propriétés de maîtres ! Oui, très bel endroit que tu nous offres là !
C’est bon et en même temps cela fait mal, ce genre de pèlerinage au cœur de notre enfance !
Je n’ai pas pris le train dans ma prime jeunesse, car étant née en 53, mon père venait de s’acheter une voiture ! La 1ère fois que j’ai pris le train, c’était l’été 69 avec ma sœur aînée, et pour moi aussi, c’était un pèlerinage, car je retournais vers le lieu qui m’avait vu naître et vivre ma petite enfance, profitant du bicentenaire de la naissance de l’Empereur pour revoir Malmaison, le Dôme des Invalides, l’Arc de Triomphe, la colonne etc…
Plus tard, j’ai fais de nombreux voyages vers ce même lieu, et comprenant mieux les choses de l’âme, j’avais les larmes aux yeux en même temps qu’une bouffée de bien-être à chaque tour de roue qui me rapprochait de chez moi ! Car, bien que j’ai de multiples berceaux, et des pays de cœur, le ciel qui m’a vu naître est , et restera Mon Ciel !
Je te comprends parfaitement et je trouve très beau ta façon d’évoquer tout cela !
Bonne journée ma chère Edmée avec de bons bisous !
Florence
Commentaire n°3 posté par Florence le 24/03/2012 à 15h13

Désolée, chère Florence, que tu aies de mauvais jours, et j’espère que le temps radieux t’a aidée et soutenue!

Oui, les lieux de l’enfance sont ceux qui nous possèderont toujours, où que l’on soit. Cette campagne a très peu changé depuis mes jeunes années, les praries sont toujours aussi belles, la Vesdre serpente, je me sens chez moi!

Bonne semaine chère Florence, et porte-toi mieux

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 18h53
Quel talent tu as chère Edmée, pour raconter ta vie à travers la vitre d’un train…Je n’ai pu m’empêcher de songer à un roman d’Agatha Christie où une dame est témoin d’un assassinat à travers la vitre d’un train: les paysages que tu photographies me rappellent la riante campagne anglaise…
Commentaire n°4 posté par celestine le 24/03/2012 à 18h05

C’est vrai, ha ha! Je pense avoir en réserve dans mon imagination deux ou trois personnes que j’aurais parfois aimé faire assassiner à l’Agatha… ce serait une idée pour quelques nouvelles « les cadavres exquis de la vallée de la Vesdre »…

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 19h10
Prendre le train et traverser les contrées qu’on aime, respirer ce qui est soi, jusqu’au plus profond de nos tripes ( c’est un terme moins élégant je sais mais …). Que du bonheur !
Commentaire n°5 posté par Carine-Laure Desguin le 24/03/2012 à 18h47

Comme tu dis! Je suis de bien des lieux, mais là, c’est le moi initial…

Ben oui, j’ai des tripes aussi

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 19h15
Merci pour cette jolie balade en train, c’est un univers que j’apprécie, on peut rêver, le temps semble suspendu…
Bon week-end chère Edmée 🙂
Commentaire n°6 posté par Pâques le 24/03/2012 à 20h48

Bon week-end, Marcelleke! Oui, et on peut lire en train, si il pleut… rien que du bon. Vive le train!

Réponse de Edmée De Xhavée le 24/03/2012 à 22h45
Ton article me porte vers 1939. J’avais bien sur déjà pris les autocars, mais jamais le train. La première fois, ce fut en 39 pour aller en colonie de vacances à Tatihou (une île). J’ai alors traversé toute la France, de Verdun (55) à St Vasst la- Hougue. Je ne m’attendais, 8 mois plus tard, retraverser la France de Verdun à Rochefort-sur-Mer, comme évacué….Des souvenirs…..pour moi. Belle journée avec bises.
Commentaire n°7 posté par patriarch le 25/03/2012 à 10h31

Ouh là, Patriarch! Un fameux contraste entre ces deux voyages!

Bonne semaine cher ami! Bises

Réponse de Edmée De Xhavée le 25/03/2012 à 22h17
Je suppose que ces souvenirs sont les tiens. C’est bon d’aimer à se souvenir de ses souvenirs. 🙂
Commentaire n°8 posté par Maurice Stencel le 25/03/2012 à 10h43

Oui, ce sont les miens, c’est pour ça qu’ils sont si bons

Réponse de Edmée De Xhavée le 25/03/2012 à 22h20
J’aime cette belle campagne paisible qui s’éveille, la rivière que les branches à peine bourgeonnantes ne cachent pas encore. De la vitre du train, on absorbe le paysage, on saisit une fois de plus l’image des lieux que l’on connaît, mais où on découvre toujours quelque chose de plus. Et quand on traverse un paysage inconnu, on voudrait revenir dans ce village trop vite disparu, marcher dans ce champ couleur de chocolat, et arriver dans une maison amie…
Commentaire n°9 posté par Anne Renault le 25/03/2012 à 15h16

Oh oui… et on a le temps, malgré la vitesse que met l’image pour s’en aller de notre champ de vue, d’imaginer le bonheur de vivre là, l’effet de toucher les vaches et de courir dans l’herbe, d’avoir son jardin qui s’arrête à la rivière….

Réponse de Edmée De Xhavée le 25/03/2012 à 22h22
Kikou Edmée,De bien belles et agréables photographies,
de ta belle région,c’est bien vert,plein de
verdure,c’est trés beau …
J’adore le train,mieux que la voiture.
Quand je vais en Corse,je prend la micheline,
pour aller sur Bastia ou Calvi,c’est sur que c’est plus
long que la voiture,presque 5 heures de train,mais
on voit de magnifiques paysages que nous ne voyons pas en voiture 🙂
je te souhaite une bonne fin de week-end,bisous à toi
ma belle…
Commentaire n°10 posté par Mimi du Sud le 25/03/2012 à 18h29

Je préfère aussi le train, de loin… le temps qu’on y passe est vraiment à nous… on se laisse transporter…

Bisous et bonne semaine Mimi!

Réponse de Edmée De Xhavée le 25/03/2012 à 22h24
Tu apportes le printemps dans ton article et la campagne belge est bien attirante !
Commentaire n°11 posté par Nadine le 26/03/2012 à 10h11

Merci Nadine… c’est vrai que la wallonie vallonée est un tout beau coin!

Réponse de Edmée De Xhavée le 26/03/2012 à 11h27
c’est très joli!!!!
Commentaire n°12 posté par micha le 26/03/2012 à 13h35

N’est-ce pas….

Réponse de Edmée De Xhavée le 27/03/2012 à 11h16
Quelle jolie promenade dans le passé tu m’as fait faire! J’ai tout reconnu. C’est comme si j’y étais!
Commentaire n°13 posté par adele le 28/03/2012 à 09h47

Oh oui!!! Rien n’a changé, même pas mon reflet dans la vitre

Réponse de Edmée De Xhavée le 28/03/2012 à 11h02
un bisou en passant;-)
Commentaire n°14 posté par micha le 28/03/2012 à 13h17

Smack!

Réponse de Edmée De Xhavée le 30/03/2012 à 14h22
Et moi, je vais te raconter ma dernière histoire de train qui a eu lieu le premier week-end de mars 2012. Malgré un week-end chargé, je décide d’aller en vitesse qqs heures le dimanche après-midi à la Foire du Livre de Bruxelles. Je reprends le train en gare du Nord mais il s’arrête à Hal. Rupture de catenair, la ligne vers Mons est bloquée. L’accompagnateur nous propose de retourner vers Bruxelles et de reprendre un train via Charleroi. Puis, une personne sur le quai me fait remarquer que ce serait plus facile pour moi via Ath et Tournai. Pas très convaincu, je suis quand même son idée et prend un train qui arrive 1/4h plus tard et prend la ligne de Tournai. Enervé, je rentre dans le train et m’assieds à la première place disponible…sans me rendre compte que je me suis assis…à côté de Colette Nys-Mazure (dont je t’ai déjà parlé).Elle reconnaît mon visage (j’ai déjà été la voir à plusieurs séances de dédicaces), s’arrête de lire et commence une discussion de 3/4h avec moi sur la lecture, l’enseignement, les maisons d’édition. Un moment de pur bonheur et un souvenir inoubliable pour moi avec cette Grande Dame de la littérature belge. Je rentre avec 1h30 de retard chez moi mais ce n’était plus un souci…P.S. Très belles photos de ta région que je connais très peu (dans ce coin-là, j’ai déjà vu la Maison de la Science à Liège, la cascade de Coo et le circuit de Francorchamps).

Commentaire n°15 posté par Un petit Belge le 29/03/2012 à 18h07

Eh bien petit Belge…. il n’y a pas de hasard, tu le savais bien! Maintenant, combien de personnes ont eu leur journée gâchée pour que ton rendez-vous non programmé avec Colette Nys-Mazure puisse s’avérer… nous n’y penserons pas!!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 30/03/2012 à 14h26
Ce chemin, je l’ai fait l’année passée et moi qui , contrairement à toi, ne voyage jamais en train, j’ai beaucoup aimé apprécier le paysage. J’ai reconnu quelques endroits et il me semble…les vaches 😉
Bisous
Verdinha
Commentaire n°16 posté par Verdinha le 29/03/2012 à 18h22

Mais bien sûr, les vaches ne changent pas souvent de robes, je suis certaine que tu as pu les reconnaître!

Bisous

Réponse de Edmée De Xhavée le 30/03/2012 à 14h37
et bin c’est compliqué de trouver pour te répondre sur chez moi lol:-)
Commentaire n°17 posté par micha le 30/03/2012 à 17h53

Ah?

Réponse de Edmée De Xhavée le 30/03/2012 à 22h19
baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh;-)
Commentaire n°18 posté par micha le 31/03/2012 à 18h45

Wouaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh!

Réponse de Edmée De Xhavée le 31/03/2012 à 19h35