On croit que les enfants….

On assume beaucoup de choses au sujet des enfants. Et souvent on se plante. Mais on se plante sur une multitude d’autres sujets confiés aux errances de statistiques, experts, « scientifiques » (de Harvard ou de Cambridge University fait encore plus sérieux), rapports (Kinsey pour n’en citer qu’un…) et délires de psys. Mille et un billets à venir si on explore cette liste…

Mais en ce qui concerne les enfants, j’ai vécu deux situations qui, selon les meilleures statistiques et divagations en cours, auraient dû m’assurer des insomnies jusqu’à la mort, accompagnées de névralgies et d’une addiction au choix, mais certainement spectaculaire.

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Mes parents ont divorcé à une époque où le divorce était réservé à Hollywood, et en conséquence j’ai été rejetée par mon école et mes compagnes de classe.

Or, s’il est vrai que je me souviens du divorce de mes parents et surtout du désespoir de ma mère, et d’une période trouble juste avant la décision, je ne peux pas dire que personnellement j’étais affectée. En tout cas pas en pleurs. Bon, il faut admettre que mon père avait depuis longtemps de longues absences, et j’étais plus habituée à la vie sans lui qu’avec lui, et ça a dû jouer. Mais j’ai bien compris que « papa aimait une autre femme et allait quitter mammy ». J’ai réalisé assez vite que ça imposait des changements dans notre quotidien : ma mère triste et irritée, et mon père qui désormais n’allait pas revenir pour de vrai et faisait sa vie ailleurs. Bientôt même un petit frère. Je me suis tout simplement détachée de ce que je ne pouvais retenir, après d’ailleurs avoir tenté de le retenir pour faire plaisir aux grandes personnes qui me le demandaient :

Lovely Brunette m’a envoyée en messagère, un jour que mon père était grippé au lit, pour lui demander de ne pas épouser l’autre dame, et il m’a expliqué qu’il ne pouvait me faire ce plaisir. Et à l’école les sœurs, affolées par l’odeur du péché et de la fornication, m’ont encouragée à prier comme un moulin à prières pour tout arranger. J’en ai eu marre de prier, et ne voyais pas bien pourquoi Dieu me ferait plaisir à moi et pas à mon père par exemple.

On dira que ça a affecté mon idée du mariage, de l’attachement, de la famille par la suite. Certainement. Mais je n’y aurais pas échappé non plus si mes parents étaient restés ensemble, déçus de leurs vies et renoncements, malheureux et distants. On n’échappe pas aux leçons de la vie, les bonnes et les mauvaises. Il faut admettre qu’on n’a jamais un jeu de carte avec uniquement des donnes gagnantes. Personne absolument personne, ne naît dans le décor idéal. Et en général… on s’y fait !

Et donc en même temps, les chères sœurs qui savaient si bien parler de charité chrétienne n’avaient aucune idée qu’elle aurait dû s’appliquer à tous, cette charité, et de petite fille comme les autres je suis devenue petite fille à tenir à l’écart mais à garder en classe par amour du Christ qui nous le rendra au paradis. J’espère qu’il leur aura donné une volée de baffes en tout cas…

Les fillettes qui jouaient avec moi – mes petites amies – n’ont plus pu le faire : les parents avaient peur de la contamination. Et je n’ai plus eu d’amies. Ni même d’amie, dans cette école. Et si j’ai accusé le choc par des comportements bizarres pendant un moment… j’ai aussi géré la nouvelle configuration de ma vie. Alors que d’élève brillante je dégringolais au statut de cancre en quelques mois, isolée, au fond de la classe… (près du radiateur, lalalère) j’ai simplement découvert que ce qu’on est aujourd’hui on ne le sera peut-être plus demain (et déjà Lovely Brunette m’avait mise au parfum avec la ruine de ses parents). Je n’avais que 10 ans.

Je n’ai pas trouvé ça injuste. Ce fut difficile mais supportable. Ce fut surtout, à long terme, un atout indéniable.

Et je dors comme un loir, sans aucun médicament ni tisane ni berceuse. Depuis toujours !

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