Silencieux tumultes, les secrets dans le sang

Et voilà, c’est officiel, il est né, il étire ses pages en baillant, enfin prêt pour partager son contenu, mon tout dernier roman. Silencieux tumultes.

Les tumultes ne manquent pas dans une vie, on le sait. Chaque existence en a son lot. De certains on sort plus forts, d’autres on reste blessés, et il y en a même qui ne font pas de quartier. Et chacun sa résistance…

Mais ils sont aussi souvent silencieux, ce qui décuple leur énergie. Car on craint, à tort ou à raison, de les révéler. On vit – ou survit – donc avec le poids écrasant que sont ces secrets qui ne trouvent pas que les mots soient une sortie saine. Alors… ces confessions qui auraient pu être si simples à dire, ou pas, mais qui auraient fait courant d’air, mise à neuf, départ à zéro… crient sans bruit, et tentent de se faire comprendre autrement : Maine arrondit son corps et en fait un noyau de douleurs multiples, tout en posant un regard perplexe sur la joie d’autrui. Marco explose dans un chagrin profond comme l’infini et expie dans le travail et l’éloignement de son bonheur. Christine n’oublie pas mais ne risque plus : son bonheur elle le tient, et pas de sensiblerie inutile. Pavlina sait sans tout comprendre, et ne dira rien. Mais elle, elle ne veut garder que l’appétit du bonheur…

Couples heureux ou malheureux, couples qui auraient pu être heureux si, couples qui l’ont été malgré tout, couples qui le furent et qu’un secret a brisés, couples dont le bonheur se terre dans le secret… Tous ont confié leurs larmes et espoirs aux murs de la maison, cette jolie maison que Jean achète pour Maine en lui disant, fier de lui avoir fait plaisir « c’est celle que tu souhaitais le plus »… Elle changera au fil du temps et des goûts, le papier peint suivra les modes, les vases Gallé seront remisés au profit de souches d’olivier ou statuettes étranges, le salon Adams ira se reposer au grenier pour faire place à l’air du temps, et le jardin verra des balançoires remplacer le délicat gazon japonais et une statue aux courbes folles fera oublier les arceaux de rosiers…

Et quelque part, une jeune fille à l’éventail se souvient de son amour…

Sur la couverture, l’éventail de Suzanne ma grand-mère paternelle, Suzanne jeune fille mutine, Lovely brunette heureuse sur la digue d’Ostende, et une maison dessinée par l’oncle Alfred, architecte, dans le carnet de poésies de Suzanne. Mais rien, dans le roman, ne se rapporte à eux. Sauf peut-être m’ont-ils soutenue…

Il est déjà disponible ici : https://www.editionschloedeslys.be/catalogue/1072-silencieux-tumultes.html

Et il faut de la patience, comme pour toutes les bonnes choses : Cholé des lys travaille avec un atelier protégé dont on protège les nerfs aussi…

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Le bonheur, c’est en nous qu’il naît et grandit

Rendre quelqu’un heureux… L’image à laquelle les faibles – ces faibles si forts ! – s’accrochent en y enfonçant les ongles. On ne les rend pas heureux. Ce n’est pas leur faute s’ils sont « comme ça ».

Mais l’ouverture au bonheur est quelque chose qu’on a ou pas, qu’on a et qu’on chérit. Ou qu’on rejette, comptant sur les autres pour le planter en nous, le faire germer, grandir, et foisonner. L’autre va nous aimer, nous choyer, nous apporter une vie si belle que peut-être on nous l’enviera. Ce sera… le bonheur!

Carte 13

Un mari ou une épouse ne rendra pas son conjoint heureux. Il apportera sa joie de vivre personnelle dans la vie du couple, et travaillera aux certitudes ou semi-certitudes envisageables pour l’avenir. Mais il/elle ne peut en aucune manière faire entrer le bonheur dans la vie, le regard, le cœur ou le sourire de l’autre. Surtout si cet autre « attend qu’on le lui apporte ».

Et qu’il est donc difficile de se dire que, quel que soit le chemin que l’on prend, on n’arrive pas à aider l’autre à trouver son bonheur. Il accompagne, maussade comme une ombre de pluie, parfois grimaçant un sourire qui dit « c’est bien pour te faire plaisir ».

Et parce qu’il ne s’aime pas, il n’aime pas non plus. Il ne le pourrait pas, il ne sait pas plus comment on aime que comment on est heureux. Il s’accroche, oui, mais pas avec le cœur.

Et en face d’eux on se sent honteux de ne plus avoir envie de donner, de n’agir que par devoir. En face d’eux on cherche en vain l’éclair de la joie dans la présence, dans la complicité, l’échange. On guette un retour. Et on trouve le silence. Des yeux qui se posent familièrement sur nous au matin sans qu’on y trouve les mots muets « Oh toi, que j’aime quand tu fronces le front de cette manière… et cette mèche jamais coiffée, quelle tendresse elle fait vibrer en moi… ».

Il est bien dur d’être celui qu’on accuse de n’avoir pas rendu heureux !

Les vrais bons et mauvais

Chien qui aboie ne mord pas. Méfiez-vous des eaux dormantes. Trop poli pour être honnête…

On nous le dit, pourtant. On nous l’a dit sur tous les tons.

Mais voilà, souvent quand on les a sous le nez, on ne voit plus que le show qu’on agite sous ce fameux nez qui d’ailleurs nous empêche de voir plus loin que son bout, et l’essentiel y disparaît.

Prenons cette dame. Maman. Maman se met en pétard pour rien, c’est presque devenu une légende dans la famille. Papa, qui est toujours calme en revanche, se contente de lui dire, d’un ton patient comme celui qu’emploie le docteur, que si c’est pour à nouveau se mettre à crier ou pleurer, c’est aussi bien qu’elle aille se coucher tout de suite. Maman a alors des yeux comme des révolvers, tremble, serre les poings, semble chercher ses mots et puis se décide à se lever de table, renversant la chaise, des larmes fumantes de rage égarée lui striant les joues, et elle sort en claquant la porte. Il arrive même qu’une assiette murale se détache. Papa se tourne vers les enfants, secouant la tête d’un air perplexe et soupire un moment, puis il explique calmement à l’aîné que les femmes sont vraiment des bombes à retardement et qu’il faut veiller à ne rien leur passer, sans quoi ce serait encore pire. Ensuite il se tourne vers la petite sœur, lui assure qu’elle ne sera pas comme ça, elle, et que bon… maman ne supporte aucune remarque, c’était quand même vrai que la purée était trop sèche, et il l’avait déjà dit gentiment pas plus tard qu’hier… Et que c’est quand même malheureux que la précieuse assiette de Delft qui avait traversé plus de cent années fasse les frais des fantaisies caractérielles de maman. Bonne maman allait être si triste !

Devant les invités, papa a toujours le mot pour rire, fait des clins d’yeux quand maman a oublié le sel, ou renverse un peu de sauce sur la nappe, ou trébuche en débarrassant. Maman finit bien des soirées en pétard. C’est qu’elle n’a pas un caractère facile, maman. Mais comme papa le dit, ce sont toujours les bons types qui se retrouvent avec des furies, c’est une loi de la nature …

Mais dans une autre maison, pas bien loin, on a un papa toujours furieux. Il pique des colères stupéfiantes, dont on n’a plus peur depuis longtemps car on connait la chanson : il crie, menace de châtiments éternels, s’isole, et se fait tout penaud par la suite. Maman, elle, est pourtant douce et sans aspérités. Jamais elle n’élève la voix, par exemple. Tout au plus dit-elle des petites choses tranquilles et rassurantes comme Les enfants, ne fatiguez pas votre père, vous savez qu’il a une une looooooooooooooongue journée de plus. Ou bien, quand il est parti sur un de ses « dadas » comme elle dit et commence une conversation sur le nouveau plan d’urbanisme, elle sourit et dit ah non ah non ah non, pas de nouveau ton urbanisme et tes espaces verts, les enfants n’y comprennent rien. Papa en vient même à dire qu’ils ne comprendront jamais rien à rien si on ne leur parle que des pokémons, insiste que c’est pour leur bien s’il engage des conversations qui amènent la réflexion, qu’il aimerait que l’on développe des idées, et pas juste qu’on parle la bouche pleine, et déjà à ce stade il s’agite, alors que maman dit avec un petit sourire qu’à propos de bouche pleine, il est en train de postillonner de la soupe aux tomates et ressemble – pas vrai, les enfants ? – à un gros champignon vénéneux et couvert de taches rouges. Et comme les enfants s’esclaffent, papa se lève, furieux, tend le doigt vers maman et bégaye ah toi… toi… alors qu’elle, en revanche, ne perd pas contenance et fait juste un chuuuuuuuuut les enfants, on se calme, n’énervons pas papa un peu plus en continuant de découper sa côtelette.

 

Ces couples, nous en avons vus. Parfois nous avons été dupes, trop prompts à voir une mise en scène grossière, à accepter sans esprit critique d’appeler ces bourreaux discrets des victimes, et de nous émerveiller qu’ils tiennent le coup