Mais si, mais si… on a été RACISTE envers toi, mais si!

Ecrit pour Pulp.com le 19 juillet 2009

 

Tout avait bien commencé pourtant : c’est sans doute en chantant et chahutant un peu qu’un groupe d’enfants noirs et latinos s’est rendu à la piscine d’un club de natation non loin de Philadelphie. Un club fréquenté par des blancs. Mais le jardin d’enfants avait obtenu cette permission spéciale pour l’été.

Que s’est-il passé exactement, on ne le saura jamais, mais « quelqu’un » à la peau ivoire aurait demandé à « quelqu’un d’autre » ce que faisaient tous ces petits noirs dans l’eau. Surprise, racisme, curiosité, inquiétude pour ses propres enfants, on ne sait pas, puisque le « quelqu’un » est resté anonyme et ses propos impossibles à prouver. Toujours est-il qu’au lieu de mettre une sourdine à ce commentaire malencontreux, on lui a mis un haut-parleur.

Les TV locales sont arrivées comme un essaim de guêpes, et camionnettes, antennes, spots, techniciens, reporters ont rapidement entouré les victimes. « Tu as des larmes aux yeux, pourquoi ? » demanda perfidement une reporter à un petit noir boudeur et mal à l’aise qui, le front froncé, racontait ce qui s’était passé. Il a alors imité de son mieux un désespoir infini et a dit « parce que je croyais que c’était fini, moi, ces histoires de racisme… »

De télévision en télévision, le volume montait, ne laissant aucune chance aux enfants d’ignorer que, peut-être, quelqu’un avait eu une remarque délibérément blessante. L’incident faisait plus de bruit qu’une attaque d’escadrille d’avions. Les médias se délectaient, le visage du petit garçon en larmes passait et repassait sur les écrans. Les parents, interrogés, avaient la fumée qui leur sortait des naseaux. Le manager du club a été renvoyé : il fallait une tête en sacrifice. Et c’est avec des excuses emballées dans du papier d’argent que l’on a demandé aux chères têtes brunes de revenir s’amuser dans la piscine. Mais la réponse fut que non, ils étaient désormais marqués à vie.

Les bien pensants soupirent d’aise. L’honneur des petits noirs est sauf. Le manager est décapité en preuve de notre détermination à dénoncer le racisme partout où il se cache!

Et le germe de la haine a été planté en fanfare.

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