Une chanson si gaie pourtant… Indépendance chacha

J’avais alors 12 ans, et ce que j’entendais était au-delà de mon imagination. Papounet s’était installé à Léopoldville, puis Elizabethville. Devenues ensuite Kinshasa (« Kin ») et Lubumbashi. Je ne sais plus du tout si je réalisais le danger pour lui. Sans doute un peu, parce que parfois Lovely Brunette évoquait certaines atrocités qui se passaient. Mais je remisais tout ça dans un recoin de ma mémoire sur lequel « Ne pas y penser » était étiqueté.

Deux ans plus tard, je suis partie à E’ville pour y passer l’été avec papounet et sa seconde épouse, Zaza, ainsi que leurs deux enfants (un troisième était en route!), Thierry et Corinne. Lovely Brunette n’aimait pas du tout l’idée de ce voyage, pour diverses raisons. Mais il faut dire que les préparatifs avaient eu de quoi l’inquiéter.

Nous avions dû nous rendre en train à Liège (mais peut-être était-ce Bruxelles…) pour mon visa.  Au consulat, une quarantaine de personnes attendaient déjà. Il faisait chaud, pas de sièges en suffisance pour tous. L’impatience se sentait, l’exaspération – et la transpiration! – aussi. Une dame excédée annonçait d’un ton hautain: « Je connais monsieur Tshombe personnellement! Appelez-le et dites-lui que je suis ici ! ». Des murmures évoquaient l’idée qu’on nous faisait attendre pour le plaisir… Soudain, une porte s’est ouverte avec décision, et un noir est apparu, en nage et en fureur. Dans ses mains tendues, il tenait une chemise tachée de sang séché. Beaucoup de sang séché… Il s’avançait, entre les larmes et la colère, ému par un souvenir qui le brûlait, vers le groupe de blancs soudain muet et compact, et criait: « Et ça! Vous voulez qu’on vous fasse ça aussi? Vous le voulez, ça? » Il indiquait son cou, à la base duquel bourgeonnait une cicatrice.

Comme nous ne nous étions pas mêlées au groupe en arrivant, Lovely Brunette et moi nous sommes senties isolées et fragiles devant cette apparition au regard rouge et luisant. Il s’est pourtant calmé en voyant reculer tout le monde, et a refranchi la porte en sens inverse. Lovely Brunette, bien ébranlée, m’a alors dit « on s’en va! » et malgré l’absurdité de cette décision (qui aurait nécessité notre retour un autre jour) elle m’a entrainée vers la sortie.

Mais une fois dehors, un des autres candidats au visa nous a rattrapées, disant qu’on venait de nous appeler. Bien peu enthousiastes nous avons fait demi-tour, pour tomber dans un autre film : le noir dont le cou avait été si mal arrangé nous a accueillies avec un grand sourire rassurant et des égards démesurés, me nommant « Princesse ». Des oeillades perplexes s’échangeaient entre Lovely Brunette et moi. Nous sommes entrées dans un bureau où un autre noir charmant nous a souhaité la bienvenue, s’est excusé de la chaleur, de l’attente etc… tandis que le premier tirait ma chaise pour m’y installer en sussurant « et voilà, Princesse! ». Lovely Brunette a dû signer un papier, le visa nous a été délivré, et il nous fut même annoncé qu’il avait été payé! Nous n’avons jamais su par qui, car ni Papounet ni Lovely Brunette n’ont jamais payé pour ce visa! Quoi qu’il en soit, nous avions été un peu secouées par toute l’affaire!

Mais je ne peux m’empêcher de penser que ce noir, lui aussi, avait sans doute perdu plus que du sang dans l’indépendance, et que la souffrance n’avait pas eu de camp!

Je devais voyager avec Sabena. Le jour avant mon départ, on nous a dit que mon avion était changé, mais que tout le monde à Elizabethville avait été informé. Dans l’avion, qui était principalement rempli de jeunes allant retrouver leurs parents pour les vacances, j’ai eu mon petit succès en prêtant mes deux exemplaires de « Salut les copains », le premier magazine pour les jeunes. Avec Dick Rivers en couverture, ce qui a fait pâlir mon père d’effroi, car pour lui on ne pouvait pas être chanteur ou musicien si on n’avait pas la coiffure de Chopin ou le smoking de Caruso. Et, disons-le, Dick Rivers avait une tête de tueur à gages. Nous avons fait une escale à Rome, et puis une autre à Léopoldville je pense. Nous y sommes sortis de l’avion dans la nuit noire et pendant qu’on marchait sur le tarmac pour arriver à l’aéroport où une petite colation nous serait servie, le soleil, immense, s’est levé, nous apportant le jour.

Alors que nous avions repris nos places à bord, il y a eu un grand remue-ménage dehors. Et par la petite fenêtre j’ai vu Joseph Désiré Mobutu (il ne s’appelait pas encore Sese Seko) qui arrivait avec sa cour. Aussi, à l’arrivée, nous avons tous dû rester assis jusqu’à ce qu’il soit accueilli avec force fanfafe et uniformes rutilants sous les acclamations. Alors seulement nous avons été autorisés à fouler le sol qu’il venait de parcourir. On nous a ensuite entassés dans une minuscule salle d’attente où une fois de plus les sièges n’étaient pas prévus en suffisance. On nous y a oubliés dans la chaleur pendant une bonne heure, à la suite de quoi les douaniers fouillèrent soupçonneusement nos bagages en les désorganisant du mieux qu’ils le pouvaient. Et c’est au bout de ces multiples émotions que j’ai constaté… que personne ne m’attendait à l’aéroport! J’ai donc attendu, attendu, attendu dans mes petites (trop petites, mammy tu aurais dû prendre une demi pointure de plus…) chaussures Bata cuir et toile qui s’étaient décousues sous la pression de mes pieds enflés. Finalement, une hôtesse s’est inquiétée et m’a confiée à un couple qui était venu prendre un verre à l’aéroport, les Fucciarelli. Ces malheureux ont eu la tâche ingrate de faire fonctionner le tam-tam européen pour savoir où se trouvait mon père!

Car… je n’avais que son nom et un numéro de boîte postale! Je n’étais même pas certaine de savoir où il travaillait, car ça avait changé! A la poste, on a refusé de nous dire où il habitait. Le règlement c’est le règlement et on n’avait pas le droit de divulguer ce genre d’information. Assise à l’arrière de la vespa de la soeur de Madame Fucciarelli, je découvrais une ville dont les murs étaient criblés de balles, et les magasins vides.

M’inquiétais-je? Non! Pas du tout! J’adorais la vespa, et les Fucciarelli. J’étais fatiguée après une nuit en avion et des heures d’attente ici et là, et j’avais mal aux pieds. Et honte de mes chaussures déchirées.

Finalement, au bout de 4 heures de recherches, mon papounet est arrivé. De son côté, il avait vainement essayé de me trouver car s’il était bien à l’aéroport au moment où j’avais atterri (avec Mobutu…) on lui avait alors dit que j’étais arrivée la veille! Comme on le voit, l’organisation avait des lacunes…

Nous ne sommes pas restés longtemps sur place : Papounet avait demandé des permis frontaliers pour que nous puissions aller en Rhodésie, et nous les avons eus au bout de quelques jours. Mais je me souviens d’une sorte de fanfare bigarrée et de voix jeunes qui chantaient Indépendance cha cha. De la recommandation qu’on m’avait faite de ne pas ouvrir si des militaires sonnaient (et un militaire a en effet sonné, et j’ai eu peur, cette fois-là!). De la journée où on attendait l’arrivée des marchandises pour aller choisir, au magasin, entre une robe rose ou la même robe en bleu. Du boulevard frémissant de bougainvilliers. De la piscine où venaient « les onusiens ». Du pain qu’on ne trouvait pas tous les jours et qu’on remplaçait, Marie-Antoinette aurait été ravie, par du cramique.

Nous sommes restés près d’un mois en Rhodésie. J’y ai acheté, toute seule et en anglais, une paire de pantalons corsaires bleus. A Bulawayo. Il me reste beaucoup d’images sereines de ce beau voyage. Les paysans nous saluant de la main et du sourire le long de la route. Les impalas sautant en vagues gracieuses par-dessus les herbes dorées. Les éléphants s’abreuvant à un point d’eau, dans le silence d’un monde loin de tout moteur (mais il y a aussi eu l’éléphant qui nous a chargés, pas du tout en silence, celui-là!) Le motel éclairé grâce à l’éolienne qui s’endormait la nuit avec le vent. Et le bar du même motel, qui était le lieu de retrouvailles des fermiers et broussards du coin. Une dame y jouait au piano en chantant des airs repris en choeur par l’un ou l’autre buveur fatigué. Au-dehors, alors qu’on regagnait notre case, les hyènes jappaient hystériquement. L’hôtel du Leopard Rock, dont les fondations étaient creusées à même la montagne. Le matin, les nuages étaient déposés sur la pelouse, et montaient lentement vers le ciel clair et immobile. Les dos et crânes boueux des hippos sur la Limpopo. Le barrage de Kariba où pour la première fois j’ai mangé sous une paillotte. L’hôtel des chutes Victoria, où le personnel travaillait nu-pieds et une chanson aux lèvres, et où j’ai eu la surprise de manger des bananes chaudes avec du poulet. Un troupeau de moutons dans les ruines de Zimbabwe en fleurs…

A notre retour, nous avons repris la route avec le convoi militaire. (La première photo montre les voitures, mais pas les camions militaires. Si je me souviens bien, les soldats étaient Ethiopiens et nous avaient interdit de les photographier. Notre voiture est la peugeot super chargée. La seconde photo me montre chargeant. La chaise percée de ma soeur est déjà bien arrimée. On me voit avec Zaza et Corinne, Thierry un peu à l’écart comme tout grand garçon de trois ans qui se respecte!. J’ai mis mon beau bermuda tout neuf acheté à Bulawayo! ) Et là aussi, j’ai mis dans le rayon « ne pas y penser » le fait que 3 camions de militaires armés jusqu’aux dents nous protégeaient d’un danger bien réel.

Indépendance cha cha 1

 

Indépendance cha cha 2

Et peu après, c’était la Rhodésie qui explosait. Nouveaux massacres, nouvelles larmes, nouveau sang. Et j’ai eu mal de penser que ces charmants Anglais qui nous avaient reçus dans les montagnes Vumba avaient peut-être péri pour avoir été là pendant que l’histoire prenait un de ses fameux « tournants »…

Dans l’avion qui me ramenait à Bruxelles, avec une nouvelle coiffure (ma mère avait fait promettre à mon père de faire couper « mon boubou ») et nouvelles chaussures, je feignais l’habitude du danger auprès de ma voisine de siège, une jolie jeune fille de 18 ans qui avait vu des Mau mau et en était encore très perturbée. J’acquiessais à son horreur et y allais de mon tourmenteur de poste frontière -car oui, j’avais risqué gros en passant la frontière vers la Rhodésie à cause d’un douanier qui n’avait pas de bonnes intentions. Mais tout ce que je cherchais, c’était à paraître grande et émancipée tout comme elle l’était. Je ne voulais toujours pas vraiment accepter la peur dans ma vie!

 

“Indépendance cha-cha tozuwi ye ! / Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi / Oh Table Ronde cha-cha ba gagner o ! / Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye !”

 

“Nous avons obtenu l’indépendance / Nous voici enfin libres / À la Table Ronde nous avons gagné / Vive l’indépendance que nous avons gagnée”
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Ah les belles rentrées d’antan

On sortait des vacances – dont on commençait à se lasser – pour arriver à « la rentrée ». Uniforme ou tablier de classe qui avaient le pli du repassage et l’odeur du savon Persil. Des objets neufs dans le cartable, les crayons bien taillés avec la pointe luisante et dangereuse. Des gommes propres. Le petit pot de colle qui fleurait bon « le massepain ». Les cahiers qui sentaient le neuf, aux pages lisses où les fines rayures nous arrachaient la promesse jamais tenue de rester soigneuses d’un bout à l’autre. La table de multiplication au dos, qui faisait sérieux : preuve qu’on avait « fait du calcul », déjà.

On retrouvait les amies de l’année précédente, les autres aussi d’ailleurs. On se complimentait sur notre éventuelle nouvelle coiffure (un ruban dans les cheveux, des tresses, la raie au milieu ou sur le côté, une barrette –une pinette comme nous disions -, une nouvelle longueur…), rare à l’époque : on gardait souvent la même pendant des années. On se plaignait des nouvelles chaussures qu’il fallait « casser ». D’un cartable qui était celui que le grand frère avait cessé d’utiliser et sur lequel il avait fait une abominable tache d’encre.

Norman Rockwell - Happy Birthday Miss Jones

Norman Rockwell – Happy Birthday Miss Jones

On se réjouissait ou se désolait de la maîtresse qu’on allait avoir cette année : on la disait rosse, injuste, ou tellement gentille. Et fiancée ! Ça donnait un relief romantique, une maîtresse d’école fiancée. On imaginait qu’elle baignait dans une romance à temps plein. Si le fiancé montrait le bout de son nez, même boutonneux, on avait un « aaaaaaaaaah »  secret qui soupirait dans la tête. Etre fiancée devait être le plus bel état dans le monde. Un moment de grâce.

Le premier jour était léger, peu sérieux, on parlait des vacances et de ce qu’on étudierait cette année. On prenait les présences et remarquait ainsi les nouvelles venues, silencieuses et prudentes, ces « nouvelles compagnes qu’il nous fallait accueillir », ce qui prenait quelques jours.

Et j’avais beau détester mon école, celle des primaires, j’avoue que la rentrée était un jour délicieusement excitant, différent de tous les autres. L’été se terminait souvent en toute splendeur, indien autant qu’il le pouvait, on sentait déjà en imagination l’odeur des marrons que leurs cosses éclatées révèleraient, luisants, moirés, la tache poudreuse. On anticipait le plaisir des feuillages qui allaient chanter les gloires de l’automne de tous leurs feux. Le prochain congé serait celui de la Toussaint, et déjà… on l’attendait.

Lunettes de crapaud

Il y a de cela bien longtemps… Vacances avec mon amie Francine, en Grèce, dans un club du genre club med. Pour nous c’était pratique, on entrait avec le troupeau dans l’avion, on suivait le troupeau dans le bus, et à l’arrivée à l’hôtel une bande assez ridicule de « gentils organisateurs » nous accueillait avec une chanson, des colliers de fleurs, et des regards d’ayant droit au cuissage sur les filles. On riait sous cape, toute les deux.

Ce qu’on voulait était deux semaines de vacances bêtes, à bronzer, manger, et faire quelques excursions avec le troupeau.

Bien entendu, à peine avions nous posé les valises que nos Gentils Organisateurs ont commencé leur œuvre de grand rassemblement. On nous proposait de l’aérobic sur la plage, des cours de sirtaki, du yoga, des concours « amusants », chanter Big Bisous en chorale de fadas et autres jeux pour enfants à la maternelle, et nous, nous ne voulions rien faire avec eux.

AerobicCar nous, nous faisions l’aérobic sur notre balcon, jouissions de zones de farniente en riant : dehors les autres sautaient en rang sur la musique de Zorba.

Les Gentils Organisateurs n’étaient pas contents… Il leur était difficile de nous draguer et de nous ajouter à leur tableau de chasse si nous ne faisions rien « comme les autres ».

Les jours passaient, leurs statistiques étaient faussées. Ils tentèrent l’intimidation : les Bruxelloises se croyaient toujours trop bien et ne voulaient pas jouer avec les autres, c’était un grand classique.

L’un d’eux, Barry était anglais, m’arrivait aux épaules en se mettant sur les pointes, avait des tatouages sur les mains, et faisait mine de se consumer d’amour pour Francine. Il est allé jusqu’à m’assurer qu’il se noierait si elle ne voulait pas de lui. Nous avons composé une petite chanson sur lui sur l’air de Davy Crockett où il était devenu Barry Gorret. Enzo (que j’ai surnommé Enzovoort, ce qui signifie etcétéra en flamand) ne le dépassait pas d’un centimètre, et avait une chevelure afro qui le faisait ressembler à un coton tige très sale et effiloché. Lui avait conclu, sans ambages, que nous ne pouvions être que lesbiennes si nous n’étions pas intéressées par deux spécimens uniques comme eux.

Mais ce n’est pas tout. On avait dû dire aux serveurs de l’hôtel que les touristes femelles arrivaient par hordes pour découvrir, enfin, ce qu’était un homme, un vrai de vrai, et on était harcelées de leurs attentions bourdonnantes.

Cependant ma mésaventure n’aurait pas été complète sans Lunettes de crapaud.

C’était un des serveurs, un sombre grec trapu et rustre, plutôt moche au visage décoré de lunettes aux verres épais comme des fonds de bouteille, aux montures noires et rondes. Il nous fixait toujours d’un regard qu’il croyait sans doute hypnotique. Et nous avions des fous-rires chaque fois qu’il tournait le dos, le malheureux… Jusqu’au soir où, dans le dancing de l’hôtel, il est venu vers moi et m’a apporté une bouteille de Schweppes. Que je n’avais pas demandée, et donc dans le langage des signes avec quelques mots d’anglais je lui ai expliqué qu’il y avait erreur. Il a fait comprendre que non, c’était un cadeau ! J’ai remercié, très étonnée, puis ai blêmi quand il a éructé, très terre à terre : You ! And me ! Tonight ! Le temps de comprendre et il était parti, assuré du succès de son entreprise. Méfiez-vous des cadeaux des Grecs, on ne le dira jamais assez…

J’ai eu tellement peur que je suis montée me coucher à 22 heures… Et heureusement, il fut horriblement offensé et m’a boudée pendant le reste de mon séjour…

C’était, en plus, assez vexant de voir ma valeur associée au prix d’une bouteille de Schweppes ! Même pas un six-pack !

Inside of Africa

C’était en 1962. Et le voyage, je l’ai raconté ici. Et cette joyeuse chanson d’Indépendance cha-cha me fait toujours bien mal malgré sa joie dérisoire : tant de morts des deux côtés, et tant de souffrances encore. De mystères, magouilles infâmes cachées, et bon… d’histoire qui devra être ré-écrite quand tous les acteurs en seront morts et qu’on ne craindra plus des coups de latte sur les doigts – ou qu’on les coupe.

Mais pour moi, c’était mon premier grand voyage en avion toute seule comme une grande. J’allais avoir 15 ans mais à cette époque… même si forte de mon premier baiser – d’une chasteté exemplaire – je me prenais pour une vamp prometteuse… je ne dirais pas que j’avais encore la morve au nez, quand même pas, mais ma plus périlleuse aventure alors avait été de prendre le train seule pour aller à Bruxelles où mon père m’attendait sur le quai!

Non, j’avais aussi été, à 12 ans, à La Haye seule, et avais même mangé élégamment (je pense…) au wagon restaurant, un plaisir que je revis volontiers en pensée car alors… on avait des menus, de vrais couverts, un serveur sorti de “Maîtres et valets”, de la vaisselle aux armes de la société des Chemins de fer…. Bref, malgré tout un test pour une fillette de 12 ans que j’ai affronté avec le plus grand sang-froid. Mais j’ai un peu perdu de ma dignité à l’arrivée en gare où l’ami de Lovely Brunette m’attendait pour un séjour d’une semaine à La Haye. Oui, elle m’avait dit “tu descends à La Haye”. OK. Sauf qu’en Hollande, chère Lovely Brunette, on disait Den Haag et que donc je suis restée sagement assise à Den Haag, et heureusement quelqu’un du compartiment a réagi, m’a fait propulser dans le couloir tandis que ma valise passait par la fenêtre.

J’affrontais donc ici ma seconde aventure en voyageuse solitaire. Mon voyage aller, ses aléas et le succès remporté avec mes deux exemplaires de Salut les copains sont relatés dans l’autre article en lien. Je n’étais pas peu fière de ce triomphe.

Puis il y eut le voyage retour. J’étais très mécontente de ma coupe mi-Pétula Clark, mi-caniche, par contre l’expérience coiffeur m’avait plu. C’était en Rhodésie et on m’avait offert une tasse de thé. J’avais trouvé ça très distingué. Par contre, la coiffure, la politesse seule m’avait empêchée d’en pleurer. Mais la seconde épouse de mon père m’avait offert une jupe droite à elle (que j’avais raccourcie en faisant un ourlet avec assez de tissu pour m’y couper un boléro) et avec mon t-shirt salut les copains je me trouvais une allure très moderne, certaine que Claude François m’aurait remarquée dans une foule de fans. Je tenais fièrement sous mon bras une peau de chat sauvage roulée qui depuis a cédé sous l’assaut des mites après des années de séjour au mur de ma chambre. Il y a des mites qui ont de la chance dans le menu…

Embarquement immédiat

J’étais assise pendant un temps auprès d’une jeune fille qui avait vu des mau-maus et me les décrivait en frissonnant, ainsi que des enfants rebelles et drogués qui ne s’arrêtaient de tirer sur les blancs que lorsqu’eux-même étaient abattus, car tant qu’il leur restait un souffle de vie ils sautaient en hurlant et tirant. Moi je l’écoutais comme si ces horreurs étaient mon quotidien et que je savais parfaitement de quoi elle parlait. Ensuite, je ne sais pas pourquoi, elle a changé de place et c’est un garçon de 16 ou 17 ans qui est devenu mon compagnon de route, et je ne sais plus du tout de quoi nous avons parlé. Petite émotion : un des moteurs de l’aile près de laquelle j’étais a pris feu à cause d’un orage gigantesque, et il y eut quelques hurlements et surtout une sensation d’essorage. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas eu peur…

Je sais que j’ai eu beaucoup de chance de découvrir ces lieux à cette époque, et d’avoir aussi fait mes premiers pas dans l’âge tendre des jeunes filles encore fillettes hésitantes dans ces conditions.

A la piscine d'E'ville

A la piscine d’E’ville

Chaque expérience de vie parle un jour ou l’autre, si on l’écoute.

Vacances et finances…

Lovely Brunette adorait voyager. Mon papounet lui en avait donné le goût pendant leurs années de mariage. Voyage de noces sur les lacs italiens. Et même si elle a passé sa nuit de noces dans un hôtel mal-nommé “Hôtel de la cloche”, elle a aimé l’Italie et puis surtout, pouvoir raconter et raconter encore, au retour, la luxuriante beauté des palmiers et pins bordant les rives d’un lac, ouvragées de balustrades de pierre accompagnant escaliers ou sentiers s’élevant de l’embarcadère vers les secrets des villas aux volets fermés sur la fraicheur.

Ils y sont retournés après ma naissance, et elle aimait aussi, éperdument, les séjours dans la villa de Nismes, en famille.

Mammy Nismes 1949

Nismes en 1949

Il y avait aussi la mer, et la Suisse – qui représenta mon premier voyage en avion – , Nyon, Montreux, Genève.

Quand leur mariage a pris fin, elle a dû renoncer à bien des choses mais jamais n’a abandonné son goût du voyage. Elle est allée au Portugal, retrouver Vladimir, le chimiste de la tannerie, ce Russe né en Mandchourie qui avait trouvé son chemin jusque dans notre vie familiale, et s’était installé à Porto avec sa femme Olga et leurs enfants. Elle voyageait en dame, par la célèbre Agence Cook. L’Agence Cook la conduisit aussi en Grèce.

Grèce 1955

Grèce, 1955

Elle retourna en Italie avec une amie. Et puis, mon frère et moi avons grandi comme des plants de pois de senteur. Et puis il y avait désormais des agences moins prestigieuses que Cook qui se chargeaient de concocter des voyages pour tous. Moins chères.

C’est ainsi que nous sommes partis en Italie avec Hôtel Plan. Elle était très hésitante, car elle aimait se déplacer en “dame”, gâtée par l’habitude de longues années. Les prix Hôtel Plan la ravissaient, mais si elle l’avait pu, elle aurait demandé qu’on lui soumette le nom et le CV de tous les gens qui feraient le même voyage pour se préparer.

Un taxi très malodorant nous a embarqués sur la place Vieuxtemps au petit jour, mon frère et moi hébétés, ma mère lançant des regards suspects sur les deux autres personnes qui attendaient au même endroit. Nous sommes allés à la gare de Trois-Ponts, et de là avons pris un train pour Milan où nous changerions pour Rimini, où elle était allée un an ou deux plus tôt avec son amie.

Et elle a compris qu’Hôtel Plan ne serait jamais Cook…

Dans notre compartiment se trouvait une aimable dame horriblement bavarde qui voulait nous étouffer de caramels et se nettoyait la nuque avec un tampon d’ouate imbibé d’eau de Cologne, qu’elle montrait ensuite fièrement alentour pour que l’on admire à quel point elle était sale la minute d’avant… Lovely Brunette n’était pas vraiment intéressée par ce point, et au contraire, aurait apprécié ne pas être informée. Et elle aurait désiré lire en paix. Mais la dame nous annonçait le nom de toutes les gares, détaillait le contenu de sa valise, espérait qu’on ne nous “bourrerait pas de macaroni”, se re-nettoyait la nuque, se massait les chevilles qui gonflaient, nous offrait des caramels que nous refusions, nous faisait un interrogatoire digne du KGB sur nos “succès” scolaires, se demandait ce qu’on mangerait le soir… Bref, jamais Lovely Brunette n’avait autant attendu la nuit pour qu’enfin la conférencière se taise.

Une fois arrivés, l’hôtel n’avait rien des palaces victoriens dans lesquels elle descendait habituellement, mais tout d’un bloc de ciment avec des fenêtres. Il était toutefois très confortable et il nous suffisait de traverser la route pour être sur une plage où nous allions nous aligner parallèlement aux autres. Des hauts parleurs hurlaient de la musique – une dizaine de succès en boucle que nous aurions pu chanter par coeur après trois jours -, les enfants braillaient, ça sentait l’huile solaire, on entendait claquer les pages des magazines et toutes les heures les dames en bikini changeaient la face à rôtir. Nous, mon frère et moi, nous sommes transformés en lépreux et avons laissé s’envoler des couches de peau au vent joli…

Bien entendu… ce n’était pas la plage réservée d’un ancien palace à laquelle elle était habituée. Mais elle savait, avec adresse, obtenir des privilèges d‘exception, toujours. On nous avait mis à une moche petite table près des toilettes, qu’elle refusa avec superbe. Et on se retrouva devant la baie vitrée. Elle fit remarquer au maître d’hôtel – cérémonieux dans un pimpant uniforme, avec une moustache en lacet et une chevelure gominée luisant de tous les feux du plafonnier – que nous n’avions pas assez de beurre au petit déjeuner, ce qui nous amusa beaucoup pendant tout le séjour car il arrivait chaque matin en lui demandant “Vouzavézassé dé bourré?”. On en avait trop, du coup. Et il lui fit “gagner” – en le lui faisant comprendre grâce à une multitude de clins d’yeux empressés – une bouteille de Moscato lors d’un quizz vintage.

Ce furent nos premières vacances Hôtel Plan, qu’elle surnomma gaiement Hôtel Crasse. Bon, les moyens n’étaient plus ce qu’ils avaient été, et comme elle avait de l’humour et de la gentillesse, et l’art de se faire choyer un peu plus que les autres membres du groupe… eh bien nous avons fait bien d’autres vacances avec cette agence, et nous sommes toujours amusés.

Et la dame qui voulait changer de chambre pour ne pas être près de l’ascenseur, qui refusait la table du groupe mais aurait aimé une table personnelle, qui demandait plus de beurre ou de pain, faisait réchauffer un plat refroidi, qui renvoyait un vin bouchonné… c’était elle, vérifiant qu’elle était toujours bien celle qui, autrefois… voyageait en dame avec l’Agence Cook.

Fripetta et Créponetta « in Bruges »

Et les voilà, du haut de leurs trois fois vingts joyeuses années, partant à Bruges. Faisant gémir les roulettes de leurs petites valises bondées (oui, on ne sait jamais… faut penser au soleil, à la pluie, au vent, à un coup de gel estival, les tricostérils, le bouquin, trucs au cas où, la trousse de toilette…) sur les pavés (sous lesquels il y a, on le sait, la plage) en direction de l’hôtel elles riaient déjà. Et elles ont ri tout du long, et à chaque repas, et en ayant mal aux pieds, et en faisant des photos, et en évoquant les vacheries du bon vieux temps, et en abusant des surnoms et sobriquets, et en soupirant j’ai mal au dos, je suis fourbue….

Bref… tout fut parfait, jusqu’au dernier jour, où elles ont décidé de faire la traditionnelle promenade sur les canaux. Ben oui… In Bruges, on fait ça, et année après année ça reste un délice. Sauf les “capitaines commentateurs” qui se prennent pour Surcouf Baedeker. Mais on les écoute à peine… si on les écoute.

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Fripetta et Créponetta s’installent sagement, et Créponetta mitraille cygnes, ponts et vieux murs avec sa camera. Parfois oui, elle lance une impertinence et Fripetta rit, mais il y a quelque chose d’un peu coincé dans son rire. Pour tout dire… parfois elle rit jaune.

Surcouf Baedeker annonce qu’on arrive au bout de notre intrépide traversée et rappelle que si nous avons apprécié ses commentaires rien ne nous empêche de l’en récompenser avec munificence. Créponetta n’hésite pas à suggérer à Fripetta de se faire passer pour des Italiennes, puisque les explications n’ont pas été données dans cette langue, qu’elles sortiront d’un air affairé de la barque en disant “spaghetti, ravioli, buongiorno, signorina, dolce vita” etc… Une conversation soutenue, quoi. Et elles rient avec la complicité de complotteuses de longue date.

Mais soudain, Créponetta croise le regard de l’élément masculin d’un jeune couple assis en face d’elles. Un regard menaçant, désapprobateur, méprisant, froid. Elle n’en rit que de plus belle, à la vue de ce jeune homme qui, si tôt dans la vie, a un sens de l’humour censuré. S’il en a…

« Il me fixe ainsi depuis le début de la promenade » murmure Fripetta…

Elles quittent la barque en se faisant muettement traiter de vieilles biques par Surcouf Baedeker, le jeune couple – tous les deux affichant un visage de pierre, deux gisants debout… – sur leurs talons. Mais bon, In Bruges, c’est pas si grand et les probabilités d’avoir quelqu’un qui respire dans votre cou sont élevées.

Mais… attendez un peu : elles tournent à gauche, les gisants tournent à gauche. Elles s’arrêtent, les gisants s’arrêtent. Elles repartent, ils repartent. Ils tentent même de faire connaissance par un bonjour à l’accent bizarre, qu’elles ignorent. Ils se séparent, un semble avoir disparu, puis ils resurgissent, un à gauche et l’autre à droite, sans jamais se parler. Pire… le gisant mâle se met à siffler, inlassablement, l’air du Parrain.

Fripetta et Créponetta tentent tous les stratagèmes… elles marchent vite, frôlant le galop, ou ont le pas d’une procession funéraire. Zigzaguent. S’arrêtent pile en bêlant “oh que c’est joliiiiiiiii” devant des montagnes de pralines ou bijoux, peu importe. Prennent des virages en épingle à cheveux. Décident même d’aller perdre du temps aux toilettes. Mais quand elles en sortent… les gisants sont là, et ils ne rient pas, et lui, il siffle.

Bon… au début, elles riaient bien un peu, parfois même beaucoup. Mais au bout de 20 minutes (et non, pas un seul policier en vue…) le rire est devenu un peu nerveux. Palsambleu, c’est leur dernier jour de vacances, et elles n’entendent pas que ce soit leur dernier jour tout court. Ce sifflotement sinistre a le souffle de la démence. Non, on ne les aura pas, même si on les chasse en couple, gisant mâle et femelle alpha trottinant à distance.

Créponetta empoigne le petit bras de Fripetta sans avertissement, la forçant à faire un splendide demi-tour et en avant toutes au pas de course In Bruges. Elle ne peut s’empêcher de sentir le potentiel comique de la scène et arrive à dire presque en riant : C’est ici qu’on lève nos sacs au-dessus de nos têtes en hurlant au secouuuuuuuuuuuuurs!!! Pataclop pataclop, lâchées comme deux juments de nuit (oui, on pouvait s’attendre à quelques nightmares par la suite!) elles s’engouffrent dans un magasin bondé de décorations de Noël. Fripetta, déjà petit format, se sent une taille de géante et s’accroupit craintivement en gémissant “pourvu qu’ils ne nous aient pas vues!” tandis que Créponetta surveille la rue dehors et… voit passer les gisants. La femelle alpha la repère, la pointe du doigt, éclate de rire, et… ils passent leur chemin.

Repérés trop ouvertement, ou lassés du “jeu”? Partis à la recherché d’autres victimes courant moins vite?

Comme quoi, In Bruges, l’aventure est aux aguets.

Qu’il est long le heuh mooooooooooooon !

Et voilà que la Yougoslavie se sentait prête pour le tourisme organisé, et que mon père, attiré par les vestiges romains de l’Istrie, opta pour un « pourquoi pas ? »… Hop ! Nous voici embarqués dans l’avion et puis un car de touristes hébétés (dont nous faisions partie) qui nous déposa à notre destination finale, Pula, en bord de mer. A noter que durant le trajet mon frère et moi avons rabattu les oreilles des autres avec la chanson « Les toutous, les toutous, les touristes » et je pense que tout le monde avait hâte de se débarrasser de nous. J’ajouterai que nous les avions baptisés de surnoms qui les ont suivis tout le séjour, il y avait « Lambique » (un Belge très très très moyen qui trouvait que tout était mieux en Belgique), « La femme de Lambique », « BB et Mijanou » (deux jumelles) et j’ai oublié les autres…

L’hôtel – dont mon père, ingénieur, remarqua avec surprise les lignes hésitantes là où elles auraient dû être droites (mais il tient toujours…) – était composé d’un bâtiment central en bord de mer où on prenait les repas et dansait les slows de l’été sur la terrasse, et de petits pavillons à deux appartements disséminés dans une pinède retentissant du chant de cigales très pétulantes.

Les sables d'or

Notre appartement était muni d’un chauffe-eau pour le bain, et même d’un mode d’emploi pour l’allumer, rédigé dans un français mystérieux : pousser bouton A puis tenir manette 1. Si contact pas marcher, tirer  bouton 3. Le hic c’est que le mode d’emploi et les dessins étaient pour un autre modèle que le chauffe-eau. Mais avec un papa ingénieur, nous fûmes assurés de nos douches chaudes quotidiennes.

Tout était à l’avenant. Des flèches, le long du chemin, indiquaient la direction pour le magasin de souvenirs acceptables. Ou celle du friseur pour dames. Mais pour nous, c’étaient des vacances magnifiques, au point que l’année suivante j’ai supplié Lovely Brunette – ma mère – d’y revenir avec moi. Nous avons retrouvé les souvenirs acceptables où nous avons fait bombance de loukoums et avons même acheté un 45 tours d’un chanteur local que nous ne comprenions pas, ne connaîtrions jamais, ce qui ne nous a pas empêché d’en user les sillons au retour.

Au restaurant nous discutions longuement sur comment faire comprendre aux serveurs (russes, souvent) qu’il manquait un couteau, une fourchette, une serviette à table, car immanquablement ils nous regardaient avec des yeux dévoués et revenaient au galop avec une carafe d’eau ou la salière alors que nous avions pensé qu’ils devineraient que couteau voulait dire la chose qui coupe la viande. Nous tentions aussi de ruser pour qu’ils ne nous servent pas comme s’ils voulaient nous faire participer au concours de Miss grosse dondon en fin de séjour, pour ensuite nous fustiger d’un regard indigné parce que nous n’avions pas tout mangé. La technique de bloquer leur main qui nous servait en disant assez assez assez n’a jamais fonctionné.

Le soir, nous allions sur la terrasse regarder les danseurs des slows de l’été.

Et c’était un régal. Le groupe était local, de braves types certainement très heureux d’avoir un contrat tous les soirs de la saison touristique, et ils avaient eu à cœur de mémoriser les tubes favoris de leurs touristes : ils chantaient donc en anglais, allemand, français et italien. C’est ce que nous pensions, tout au moins, jusqu’à ce qu’ils nous surprennent avec Ma vie d’Alain Barrière. C’était une version phonétique, et pas une seule phrase n’était identifiable. Maaaaaaaa ah viiiiiiiiiiiiie… j’en aivou dè zamaaaaaaaaaaaaaaaan ! Maaaaaaaaaaaa ah viiiiiiiiiiiie… l’amour, çafoulkaaaaaaaaaaaaaaaaa…. Et ça avait le don de nous mettre de très bonne humeur, au point que parfois le malheureux crooner nous regardait en souriant, un zeste de perplexité dans le regard.

Un soir qu’il chantait « en anglais » Strangers in the Night, un jeune Anglais qui dansait avec sa bien-aimée s’approcha, lui prit le micro, et continua une bonne partie de la chanson d’une manière qui força le silence de tous les bavards et l’immobilité des danseurs médusés. Sa version était parfaite, la bien-aimée très fière, et notre crooner Yougoslave un peu penaud, mais il reprit son micro dès qu’il lui fut à nouveau tendu et hélas aussi sa version massacrée – sous les applaudissements des touristes pas encore remis de l’interprétation inattendue. Mais les slows de l’été servaient surtout à danser et éprouver des pulsions de grand amour, aussi, finalement… ils convenaient très bien…