Qu’un lion la mange et qu’on n’en parle plus…

J’ai regardé Mogambo l’autre soir à la télévision. Distraitement, c’est vrai. Mais je l’avais vu « en son temps » (et le mien) avec Lovely brunette. Lovely brunette n’avait aucune compassion pour les faibles femmes gnangnan. La Grace Kelly de Mogambo était du genre à lui inspirer de charitables malédictions comme celle qui figure en titre de ce billet. La fragile Anglaise délicate comme une rose sous la pluie, qui vient dans la jungle, s’y promène comme si elle était dans un jardin du Kent pour forcer notre bon Clark à tuer une panthère mise en appétit par son eau de Cologne ; la cruche qui pousse des iîîîîîî sonores en face des gorilles (mais pourquoi donc n’avait-on pas un King-Kong pour l’enlever, la faire sa Queen-Kong et qu’on n’en parle plus ?), s’évanouit, pique des crises de nerfs… mais enfin, pourquoi a-t-elle accepté de suivre son mari dans la jungle, terrible jungle où le lion pourrait la mordre ce soir au lieu de jouer au bridge avec Miss Marple en attendant que le mari revienne avec son rouleau de photos et quelques piqûres de moustiques ou  de mouche tsé-tsé ?

Mogambo

Evidemment, le film est amusant grâce à Grace. Mais Lovely brunette m’a bien drillée et ce genre de femme nous gâchait tout le film. Dans les westerns elles arrivaient dans un fort poussiéreux encerclé d’indiens tomahawk au poing, et ne sortaient jamais sans leur ombrelle à volants, la boucle tire-bouchonnant avec élégance autour de leurs joues pâles, et elles gâchaient tout le film en hurlant, tournant de l’œil, pleurnichant, et faisant les coquettes auprès des commandants de fort, de vieux bedonnant à la barbe pointue qui leur faisaient faire un tour de salon dans une mazurka un peu déplacée dans le pays des comanches. Qu’un Indien la scalpe ou la truffe de flèches et que le film devienne enfin intéressant, pensions-nous, Lovely brunette et moi.

Car nous, nous aimions les dures à cuire, qui prenaient sur elles, qui ne confondaient pas les hommes avec leur garde du corps, porteur de choses lourdes, bricoleur attitré, infirmier, ramasseur de corps inerte mais si séduisant dans sa fragilité toute féminine…  Nous aimions les femmes qui faisaient leur part du boulot, n’étaient jamais un poids, ne se plaignaient pas, n’avaient pas mal partout, et qui, si elles avaient peur (et elles l’avaient), lacéraient leur mouchoir de leurs dents, mais en silence. Nous les aimions même un peu tannées par la vie, comme Katy Jurado qui était toujours trop décolletée pour faire « bon genre » et fumait plus que John Wayne mais avec les mêmes gestes, ou la belle Ava Gardner qui était toujours belle et pétillante, tellement qu’il était invraisemblable  que le héros viril, un peu fatigué par un long célibat, soit le premier à en avoir tâté. Ça ne nous dérangeait pas, pour autant qu’on puisse compter sur elle et pas être interrompus sans cesse par ses cris perçants et ses syncopes qui monopolisaient les attentions.

Nous ne comprenions même pas que des hommes aient envie d’épouser ces « fragiles » tyrans en jupons.

Et pourtant on les retrouvait dans tous les films, pleurnichant, bêlant, toujours à contretemps et contresens, s’effondrant dans un petit « pouf ! » au sol dans jupons et robes à paniers, fardeaux que l’on devinait ad vitam aeternam et que pourtant ces hommes endurcis par l’aventure convoitaient comme s’ils voulaient être assurés d’enfin connaître le châtiment éternel.

Faire reluire ses ors…

Ma mère me réquisitionnait pour nettoyer l’argenterie. Il est temps, on dirait de l’or, insistait-elle, amusée, car ce n’est pas que c’était une corvée mais plutôt qu’on la remettait à demain et demain et encore le demain de demain. Sur ce temps, effectivement, l’argenterie luisait de tout son or un peu partout.

On s’installait à la table de cuisine, qu’on recouvrait de papier journal. Puis on sortait du petit placard au fouillis une vieille boîte à biscuits en métal, décorée d’un sujet pastoral tout griffé et noirci par endroits – la bergère était une souillon et le pâtre sortait sans doute de la mare. Elle contenait les chiffons et les flacons de produit pour l’argenterie, une brosse à dents aux poils écartés et noircis, et des gants de caoutchouc.

Puis on allait rassembler notre devoir du jour : le service à café art déco, le miroir écossais, les plateaux, les ronds de serviette, la bonbonnière, la  boîte à biscuits d’apéritif, la casserole en Vallauris cerclée d’argent, les couverts, des couvercles perforés de vases, quelques objets éparpillés dans la maison. On en avait pour l’après-midi, et au fond… c’était une tâche que nous adorions, puisqu’elle nous occupait les mains en nous laissant l’esprit délicieusement libre, et nous bavardions. De tout.

Nous étions d’avides bibliophiles et cinéphiles. Ça nous permettait de ne jamais être à court de sujets, d’autant que ma mère n’a jamais eu de thèmes tabous. Pas pratiquante puisque dangereuse pécheresse reconnue par le Guide de la charité chrétienne de A à Z, elle se moquait volontiers des culs bénis mais pas de la foi ou de la religion. Réservée, elle riait sous cape et me suppliait de ne dire à personne que nous avions lu toute les deux « L’amant d’ébène », un livre acheté au supermarché, au thème peu rigoureux mais d’une écriture finalement assez châtiée (les scènes torrides se concluaient sur il la prit dans ses bras et lui arracha un cri rauque de plaisir). Nous compatissions en parlant cinéma à l’idée que les actrices devaient embrasser les acteurs sur la bouche, et pensions que ça devait être dégoûtant comme travail. Nous ne pensions pas aux acteurs qui devaient embrasser les actrices à la bouche pâteuse de rouge, et il est probable que nous allions jusqu’à imaginer qu’ils devenaient acteurs rien que pour embrasser des « tas de femmes ». Après tout, le petit voisin, fils du docteur, annonçait ravi qu’il allait devenir docteur pour voir des pètes de femmes… une vocation qui prenait ainsi tout son sens.

Nous remontions dans nos souvenirs par des est-ce que tu te rappelles de film allemand avec une jeune fille qui avait la leucémie et guérissait lorsque l’homme qu’elle aimait depuis toute petite l’épousait ? Oooooh oui ! Et puis elle mourrait de leucémie quelques années plus tard parce qu’elle croyait qu’il la trompait… ooooh c’était triste ! Et on enchainait sur les comédies musicales allemandes qu’on allait voir, avec d’interminables scènes de jodle dans des vallées émeraudes parcourues par des vaches enclochées, des nymphes en dirndls et princes charmants en culottes de cuir. De là on partait sur ma tante Yvonne qui adorait venir voir ces films avec nous, ce qu’on préférait aux films bibliques auxquels elle nous avait aussi invités : tante Yvonne et son mari étaient absolument anticléricaux et on avait espéré que ça nous aurait sauvés de Ben-Hur et Le roi des rois, mais pas du tout. Nous détestions la Bible revue et corrigée par Hollywood. Et ça avait valu un rituel bien agaçant pour ma mère : mon frère et moi nous délections à répondre, lorsqu’elle nous disait, impatiente, met- ça là je te dis, « oui Ben Hur ». Nous ne rations pas une occasion, non pas que nous trouvions ce trait d’esprit particulièrement génial, mais elle s’était laissée piéger avec son mets-ça là… et elle serrait les lèvres de frustration dès qu’elle le réalisait.

Fil d'Ariane 003

Pendant ce temps-là, on frottait et frottait, on s’empruntait la brosse à dents écartelée pour entrer dans les ciselures, on tenait l’objet à bout de bras pour en inspecter la brillance parfaite et s’assurer qu’on n’avait pas semé des traces crayeuses. La cuisine embaumait l’ammoniaque, et notre or redevenait argent scintillant. Le soir était tombé, nous étions repues de bavardage, d’intimité, de ce flot de mots qui auraient pu paraître inutiles – certes, nous n’avions pas changé le cours du monde – mais avaient ajouté quelques longueurs au tissu de notre lien, ce tissu qui encore aujourd’hui que ma mère n’est plus (ici), ne s’est pas rompu.

Quand je nettoie mon argenterie, elle n’est jamais loin…

Australia … de l’autre côté de la brumeuse vallée de mon enfance

Il est évident que plus on avance en âge et plus la liste des autres fois et temps jadis contient de choses. Des images de paysages et visages aimés ou contre lesquels on lutte, des  parfums et senteurs multiples qui parlent de fleurs, de porridge matinal, de bons vins, de l’odeur maternelle, des effluves de bord de mer ou d’étangs poissonneux. Des sons de voix, de rires, de train dans un tunnel, de moutons bêlant, de l’air des pêcheurs de perles jaillissant d’un phono crachotant… Tout est enfilé par épisode, et il suffit qu’une seule de ces bulles à souvenir soit sollicitée parce que la mémoire est entrouverte  pour que les autres suivent bientôt par vague, nous restituant un des points clés de notre existence dans toute sa magnificence.

Je suis allée voir – revoir – le film Australia récemment. Non, pas celui avec Nicole Kidman que je ne reverrai pas ne l’ayant pas vu pour commencer. Je ne vais pas faire une « critique » du film.

 

Australia 2Je l’ai aimé. Et il m’a aimée aussi puisqu’il me colle encore aux souvenirs. Je l’ai vu lorsqu’il est sorti en 1989, mais n’ai fait que « voir » sa surface, alors : tourné dans ma ville, par un metteur en scène de ma région, avec tous les lieux connus et aimés par mon enfance et par la vie presque entière de mes parents et grands-parents, rempli de figurants connus… j’ai alors survolé le film pour pointer le doigt sur ces détails.

 

Shame on me…Mais comme à tout pauvre pécheur, une seconde chance me fut donnée, et j’ai donc pu enfin le revoir et surtout regarder !

 
Il est bien vrai que l’on laisse un peu de soi dans les endroits qui nous ont marqués, et qu’y revenir nous le restitue, nous aveugle d’évidences. Le détachement qu’une vie ailleurs a apporté n’altère en rien l’attachement. Etrange paradoxe … Merveilleux paradoxe.

 
L’histoire raconte celle d’un Verviétois d’origine qui s’est établi en Australie où son père, qui avait un lavoir de laine,  l’avait envoyé et où la guerre l’avait fait rester assez longtemps pour qu’il décide de ne pas revenir à Verviers. Et puis l’entreprise familiale, désormais gérée par le frère, connaît des problèmes, comme toute la ville d’ailleurs dont la prospérité s’est principalement construite autour de  la laine, et il revient pour voir quelle aide il pourrait apporter. On est en 1955. Retour donc d’une Australie ensoleillée qui s‘étend sur l’herbe jaunie à perte de vue pour Verviers sous la grisaille et une inconscience feinte de cette ville qui se meurt mais pense avoir encore un peu de temps pour trouver le remède.

J’ai vécu cette période. J’étais petite, et ne comprenais pas, tout au moins c’est ce qui me semblait. Je comprenais … de ma petite taille. J’enregistrais ce que j’entendais dire, ce que je voyais, sans y donner d’autre sens que les mots, qui n’en avaient pas beaucoup. Suicides,  déménagements  « dans du plus petit », faillites, soupçons, trains de vie qui s’écroulaient soudainement, entraînant la ville dans un patatras gigantesque. On a beaucoup bu et beaucoup souffert. Beaucoup médit. Et continué sa route. Retrouvé le sourire, l’envie de tenir le coup. Certains avaient assez d’argent pour le faire, d’autres ont dû le trouver.

Mais en voyant le film… avec d’autres Verviétois de ma génération (dont certains avaient alors prêté leur maison ou leur savoir, voire leur figuration), un chagrin chaud qui contenait une joie débordante s’est installé en moi. Joie parce que le metteur en scène me rendait l’atmosphère de mon enfance, me faisait visiter un musée où êtres, paysages et choses me prenaient par la main en murmurant : tu peux revenir quand tu voudras, tout est ici

Je me suis souvenue, avec volupté, de l’odeur de la laine avant le lavage – et je ne sais pas d’où je la tiens, cette mémoire olfactive de la laine « sale », je n’en ai pas souvenir, mais je l’ai sentie lors d’une scène tournée dans un lavoir à laine, d’une beauté surréaliste – et j’ai revu le superbe papier bleu-roi qui enserrait les échantillons de laine, les fameuses « ploquettes »… J’ai revu les mannes à ploquettes qui étaient dans notre grenier, et les ai entendues gémir familièrement sous ma main qui fouillait leurs trésors. Car nous les utilisions pour y reléguer les objets décoratifs tombés en disgrâce. J’ai à nouveau poussé la porte de certaines maisons et franchi leur seuil, regardé ces tableaux aux cadres dorés à feuilles d’acanthe et volutes se perdant sur les tapisseries aux motifs compliqués. Les escaliers de la Paix n’avaient pas encore rencontré la mode des graffiti ni la main imbécile qui a volé le rameau de la statue – qu’on lui a rendu depuis. Je les ai montés et descendus sans doute des milliers de fois, et le fais encore, parce qu’aucun paysage au monde ne m’émeut plus que la statue de dos, bénissant les collines sur l’autre rive de la Vesdre. Je suis attirée par cette vue comme par une bouffée d’air pur qu’il me faudrait absolument pour survivre.

 

Esvcaliers de la Paix réduite

L’herbe soyeuse au bord de la Berwinne s’est enfoncée sous mes bottines alors que mon cousin et moi jetions dans l’eau les tabourets de traite – ce qui nous avait valu un sermon mérité. Le Grand Théâtre était bien un peu craquelé mais pas lépreux, et son charme parlait d’une bourgeoisie qui aimait le beau et la musique et leur rendait hommage en toilettes. J’ai sursauté à la vision d’une tasse brune encerclée de deux traits jaunes que l’on trouvait alors un peu partout. Mon cœur a dit « mais oui ! Je m’en souviens de cette tasse…. ». C’était plutôt vilain, mais ça m’a restitué l’arôme du chocolat chaud… et le toucher de ces grosses tasses peu gracieuses.

Là où se trouvent certaines maisons aujourd’hui – et on doit y vivre bien, et heureux, dans ces maisons ! – il y avait un grand jardin remuant d’arbres divers et fiers. Derrière cette porte muette se déployait un vestibule de marbre blanc menant vers le hall d’un bel hôtel où descendaient de riches hommes d’affaire en visite. Le brouillard et l’odeur n’ont pas changé. De beaux arbres ont continué de pousser et d’affirmer leurs ramures, conservant les secrets entrevus.

C’est chez moi…

Cary Grant, au secours!

J’ai grandi à la fin d’une époque. L’avant-féminisme. L’avant milliers de questions. Le cinéma et les romans que j’aimais lire m’avaient expliqué que l’homme était sûr de lui, protecteur et toujours dans le vrai.

 
Les histoires étaient plus simples qu’aujourd’hui. Peu « d’autres femmes » ou alors c’était une gouvernante folle et criminelle ou une sœur vieille fille rancie. On n’oubliera pas non plus la mère de Norman Bates. Mais il y avait cette simple évidence : un homme rencontrait une femme et hop, tout se déroulait entre eux deux sur fond de guerre, d’espionnage, de business. Il n’y avait pas le retour des ex, ou un(e) autre attendant son heure en haletant au moindre signe de désaccord. L’homme aimait avec élégance, certain de ses sentiments qu’il cachait au mieux, la femme restait une faible créature un peu tête de linotte, en  proie aux crises de nerfs et de larmes, pompette à l’occasion – juste de quoi rire un peu sottement et avouer sa passion – et persuadée qu’un tel homme ne pouvait vraiment l’aimer elle, humble chose, ce qui permettait de faire tenir le suspens jusqu’au happy end qui couronnait le long baiser effaçant tous les doutes !

 
Ou bien c’était une femme fatale en apparence, le jeu de paupière menaçant comme la danse d’un papillon vénéneux et la lèvre aux courbes écarlates, et elle finissait par se prendre quelques claques qu’elle savait avoir méritées et qui avaient le mérite de faire d’elle un chat dont les yeux envoient des étincelles d’adoration. Trophée inestimable pour le dompteur qui épouserait sa mégère apprivoisée qui ne se soumettrait qu’à lui.

 
L’amour était celui d’une vie. S’il y avait une ex, elle était morte.

 
Il m’est arrivé aussi de voir notamment un film que je crois être « le fils de Robin des Bois » où le fils en question était un magicien de la lame et du saut dans les branches sans déchirer ses collants, mais l’amour de la gente dame le rendait si perplexe que c’était elle qui, lasse de panser ses bobos et de changer de poulaines tous les jours pour le séduire sans qu’il le remarque finissait par lui déclarer « Vous m’aimez, Robert ». Et il se rendait à l’évidence, régalant le public du long baiser final tant attendu. Mon frère et moi étions très choqués de cet aplomb et avons joué cette scène plus d’une fois en riant devant son étrangeté.

 

Moi j’ai grandi dans un monde que l’on dira macho peut-être mais où l’homme « normal » était gentil et ferme, faisait des cadeaux, protégeait – soutenait le coude pour traverser, retenait les portes, ouvrait la portière de sa voiture, mettait à l’abri du vent et de la pluie, portait les objets lourds. Il trouvait toujours les mots et promesses pour calmer les chagrins. Tout ça avec une tranquillité rassurante.

 

Maintenant… Le cinéma nous montre un homme névrosé en face d’une femme blessée par son passé. Ou le contraire. Pendant la durée du film ils se tournent autour comme deux fauves en chaleur et affamés… quel instinct l’emportera-t-il sur l’autre ? Fini la femme qu’il fallait aider et préserver, car dans le cinéma d’aujourd’hui bien souvent elle grimpe aux échelles et barricades, attache son homme aux montants du lit pour en faire sa chose, rentre en nage le matin de son jogging forcené, tandis que l’homme mijote des petits plats, va chez le psy, donne la bouillie aux gosses et attrape des boutons quand il entend la formule « pour toujours ».

 
Le doute et l’hésitation colorent tous les films… Il faut résister aux tentations des autres… ceux et celles dont les rencontres sont devenues si faciles. Il faut accepter d’être en sueur, échevelé(e) et hurlant(e) lors des ébats conjugaux et ne pas avoir de tabous frustrants qu’un(e) rival(e) n’aura pas. Et tout comme autrefois la souriante épouse était fière de sa table bien dressée, nappée de frais d’un tissu immaculé qui avait claqué contre l’air du salon, fleurie d’un bouquet du jardin, il faut avoir le cœur à rapidement allumer trente-six chandelles dans la chambre à coucher – ça aide certainement pour la température en hiver – et choisir judicieusement l’arôme de l’huile de massage. Il faut savoir se remettre de joutes verbales effroyables au cours desquelles on vide son sac jusqu’à ne plus avoir de sac d’ailleurs, pour aller courir sous la pluie en larmes en appelant Dieu ou notre mère la terre à la rescousse.

 
Oh… où donc êtes-vous passés, Gregory Peck, Cary Grant, Rosanno Brazzi et les autres ?

 

La malédiction de la main

Alors qu’elle était prête à accoucher de moi, ma mère s’est vue conseiller par le personnel de l’hôpital d’aller au cinéma pour se distraire. Mon père l’a donc emmenée se détendre dans une salle où on donnait un film d’horreur, Les mains d’Orlac (Mad Love en anglais) avec Peter Lorre. Elle a adoré mais bon, je voulais vraiment sortir de là et une fois le film fini, elle est retournée à l’hôpital où je suis née à 2h45 du matin. Il paraît que je ressemblais à Peter Lorre, ce qui n’est pas flatteur comme je l’ai constaté il y a peu.

Peter Lorre

Bien des années ont passé… et  je suis arrivée en 2001 (comme vous tous d’ailleurs.). Mon mari et moi avions une imprimerie, et…

Pauvre petit chat de rue ! Pauvre, mais pauvre petit ! Nous avions le cœur brisé de devoir jeter « Voyou » à la porte chaque soir alors qu’il avait passé la journée sur des boîtes de carton dans l’imprimerie. Il s’y détendait et surtout s’y goinfrait tout le jour, et on le restituait aux tiques, puces, matous couverts de croûtes et ventre creux chaque soir. Puis on a découvert, en y regardant mieux, qu’il s’agissait d’une Voyelle… pauvre, mais pauvre petite chatte vouée à une mort certaine dans la rue … Alors … eh bien, on a décidé d’en faire une heureuse bestiole, et de la capturer pour y arriver.

Elle n’a pas du tout aimé ce plan, et m’a mordue avec la vigueur et la précision d’un douanier qui vous prend pour un terroriste. J’ai tenu bon. Surtout pas lâcher. Aïe-aïe-aïe-aïe pas lâcher ! C’était pour son bien, on penserait au mien après. Nous l’avons conduite chez le vétérinaire pour la faire stériliser, et  sommes rentrés travailler le cœur gros – pauvre petite chose effrayée !

Pendant ce temps-là, ma main – la malédiction de Peter Lorre – faisait si mal que je l’aurais volontiers coupée. En fin d’après-midi elle avait le volume de la main de King-Kong, et j’ai décidé d’aller effrayer notre médecin traitant en la lui agitant sous le nez. Il s’agissait d’une ravissante Asiatique qui aurait eu sa place au concours de Miss Philippines, mais pas ailleurs. Elle a regardé la chose et a calmement dessiné les contours de la partie gonflée avec un marqueur noir, et m’a dit de levenil le lendemain si ça avait empilé. Et m’a prescrit des anti-douleurs qui auraient permis que l’on me coupe en morceaux sans que je cesse de chanter.

Le lendemain, la main de King-Kong avait changé – franchement, Peter Lorre, je n’avais rien fait, moi ! C’était ma mère qui voulait voir le film, pas moi ! – et ressemblait à une pastèque de la couleur d’une pomme au sucre : un vermillon luisant du plus bel effet. Les lignes tracées par Miss Philippines n’étaient plus qu’une bouée dans une mer de lave. « Je vous envoie chez le docteul Bond » me dit-elle avec un sourire éblouissant. Mais le docteur Bond n’a pas de rendez-vous avant le lendemain après-midi.

Sa salle d’attente ravirait Barbie si elle était malade : fleurs artificielles, tableaux romantiques avec des champs plus fleuris que Keukenhof et des rivières si brillantes qu’on dirait une coulée de glycérine. Et arrive le docteur Bond qui est UNE docteur Bond. Une noire hautaine qui s’avance vers moi comme si j’étais enchaînée au mur et elle armée de bistouris trempés dans du venin de serpent. Et en effet, j’ai beau ne pas être enchaînée, elle s’empare de ma main gigantesque et tente d’enfoncer un bâtonnet là où les quenottes de Voyelle – la pauvre petite – ont fait leur entrée dans mes chairs. « Pour voir s’il y a un abcès » dit-elle avec une férocité satisfaite, tandis que je serre les dents, car je ne prenais plus de la potion magique anti-douleur. Elle constate que non, pas d’abcès, et m’informe enfin de ce qu’elle ne peut rien pour moi de toute façon car elle, son rayon, c’est la chirurgie esthétique de la main ! Magnanime quand même elle me conseille d’aller voir le docteur *&^)_%$ (oui, c’est aussi difficile à prononcer que ça !) qui lui, est spécialiste des maladies infectieuses.

Cher docteur *&^)_%$ … en voyant la chose qui termine mon bras (car elle ne me sert même plus de main, à ce stade-là…) il s’écrie : Mais vous devriez être à l’hôpital depuis deux jours ! Vous n’avez plus de sensibilité dans la paume ! Hop ! Hôpital !

Et j’y suis restée trois jours avec un antibiotique en intra-veineuse que l’on changeait toutes les 4 heures, grelottant de froid en plein mois de juillet. Pendant ce temps là, Voyelle prenait possession de ses confortables nouveaux quartiers…

Plus tard j’ai reçu par erreur les papiers de l’assurance médicale destinés au Dr Bond. L’espionne au bâtonnet réclamait $250 pour la visite (5 minutes….) et $285 pour avoir nettoyé mon abcès… Armée de l’indignation du JUSTE, j’ai bondi sur le téléphone pour informer la compagnie d’assurance de la fraude commise, pour m’entendre dire … « qu’est-ce que ça peut vous faire ? Ce n’est pas vous mais nous qui payons ! » Non, cruche, c’est moi qui payais une assurance trop cher pour couvrir les fraudes et les galanteries que les médecins se font entre eux : Miss Philippines a envoyé à l’espionne au bâtonnet une cliente qui n’en avait pas besoin mais qui lui rapporte plus de $500. L’espionne lui rendra la pareille ou  l’invitera à un dîner de gala quelconque. Et je payais.

Voyelle va bien. Le docteur *&^)_%$ a presque volé mon cœur, car il m’a bel et bien sauvé la main, celle que Peter Lore voulait me prendre.

 

Le baiser, cette mystérieuse promesse

J’ai encore connu les films en noir et blanc avec ces scenarii de grand cru et ces personnages aussi irréels que le sexe des anges. Les femmes portaient des robes aux reflets glaciaux qui épousaient des courbes auréolées d’une passion volcanique. Que seul l’homme idéal aurait la joie de mettre en musique. Le baiser était souvent la scène finale, ou centrale. On avait l’art de mettre dans cette simple image tout ce qu’on n’arrive plus à mettre dans le déballage cru qu’on nous offre maintenant. Il y avait la promesse. De tout ce qui suivrait et que le spectateur ne verrait pas.

 

J’ai encore connu aussi (et non, je ne suis pas née dans l’Ottocento, je le jure…) les chuchotements de pensionnat où certaines filles certifiaient qu’elles n’embrasseraient que leur fiancé après les fiançailles ! Je ne sais pas si elles ont tenu cette rigoureuse décision, et en tout cas je me faisais toute petite : j’avais déjà embrassé un garçon… Et pour être sincère, je n’étais pas emballée du tout… mais j’aurais eu l’air d’une vieille gourgandine si je l’avais dit, et courageusement j’ai gardé le silence.

 

La nuit de noce était le saut dans le vide. On croyait savoir, on ne savait rien, et celles qui, finalement, avaient franchi le pas dans une prairie ou sur une meule de foin ne se confiaient qu’aux « vraies amies », les épatant à bon marché avec un peu de vantardise car au fond… elles n’avaient pas, comme elles le disaient, « couché avec un garçon » mais s’étaient couchées avec un garçon qui n’y connaissait rien de plus qu’elles probablement. Je me souviens de ces livres sur le mariage qui circulaient, volés dans la bibliothèque des parents, où de savoureux conseils étaient donnés pour assurer un mariage absolument sans nuages dans le ciel de lit. « Il faut faire ça ? » demandait une avec horreur. « Oui ! tu DOIS le faire si c’est ton mari ». On riait et c’était un rire pas vraiment joyeux. Ca nous semblait absurde. Que savions-nous de la sensualité ?

 

On préférait de loin la poésie du baiser, ce baiser sur lequel la caméra s’arrêtait pour discrètement viser la fenêtre dans un travelling plein de tact.

 

« Moi, » m’a dit un jour une amie, « je croyais que c’était si bon qu’on s’évanouissait » … C’est dire si ce baiser contenait de mystères pour les jeunes filles d’alors.

 

Et c’est vrai pourtant qu’un baiser, celui donné par ce lui qui ne se rencontre qu’au gré de la bonne étoile, peut tout contenir, y-compris une vie d’amour.

 

 

Oui, ils étaient souvent beaux ces films d’autrefois, avec leur fausse pudeur, et leurs promesses d’autres choses que l’on supposait délectables !
Ils connaissaient déjà les correcteurs d’images : les visages des belles étaient lisses et bien modelés, le sourire éclatant montrant des perles de nacre, le maquillage parfait et l’indéfrisable oxygénés, puisqu’il leurs fallait être blondes, irréprochable !
Les robes savaient, à l’époque, exacerber la féminité et les bas de soie gainer des jambes de nymphes.
Les hommes étaient de beaux mâles virils, même ceux qui n’avaient jamais goûté de la femme, et les films de capes et d’épées, ou autres situations époustouflantes, nous les faisaient trouver encore plus désirables !
Et ce baiser… pour bien finir le film, me laissait toujours un peu sur ma faim. Aussi, mon esprit fertile imaginait une suite.
J’ai toujours eu du mal à quitter les personnages d’une histoire agréable, aussi, plus le livre est gros plus il me plait !
Petite confidence entre nous, mon premier baiser, bien loin de la France, je l’ai donné et reçu de mon premier amour et j’avais 20 ans !!!
Je t’embrasse bien affectueusement sur les deux joues en te souhaitant une bonne fin de semaine ma chère Edmée!
Florence
Commentaire n°1 posté par Florence le 11/11/2011 à 11h20

On gardait le mystère… les stars ne nous ressemblaient pas du tout, c’était comme la vie des dieux de l’Olympe… Les femmes s’endormaient avec faux-cils et rouge à lèvre, la mise en plis ne s’aplatissait pas, leur chemise de nuit ne se froissait pas.

Et ce baiser, ah! Ce baiser final… on ne voulait qu’en connaître un pareil ou rien. Mon premier baiser, j’avais 14 ans mais bon… je ne pense pas qu’on appellerait ça un baiser maintenant. Il avait 15 ans, et on ne savait où mettre nos nez… C’était aussi laborieux que grimper sur une corde à noeuds…

Réponse de Edmée De Xhavée le 11/11/2011 à 18h59
Une belle ode à ce « french kiss » toujours imité, jamais égalé…je me souviens, adolescente, que j’attendais avec impatience la scène où les deux protagonistes (qui commençaient en général par se détester cordialement) tombaient enfin dans les bras l’un de l’autre. Parfois, il fallait attendre de nombreux épisodes, et cet instant était chargé d’attente longtemps contenue.Souvent, s’ensuivait un moment de déception, car le baiser annonçait la fin du film, et donc du voyage…
Commentaire n°2 posté par celestine le 11/11/2011 à 11h43

C’est vrai!!!! Le baiser, récompense suprême de tout un film d’amour, était sanctionné du générique!!!! Mais avec ma mère nous remontions à pied vers la maison (une demi-heure de marche) en parlant du film… oui, elle l’aime mais ne le lui dit pas parce qu’elle croit qu’elle a une maladie mortelle … il est amoureux d’elle mais il ne peut pas quitter sa méchante femme dans une chaise roulante… ils s’aiment depuis tous petits mais la guerre les a séparés … aaaah, que c’était exquis de savoir qu’au moins… ils s’étaient embrassés!!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 11/11/2011 à 18h50
bonnes semaine et we
le canard boîteux lol
Commentaire n°3 posté par micha le 11/11/2011 à 12h29

Bon week-end, cahin caha!!! (quel accent, ce canard!!!)

Réponse de Edmée De Xhavée le 11/11/2011 à 18h45
Ah, le baiser ! Après les fiançailles ? Quelle horreur ! Mais quelle drôle d’époque ! Encore heureux que je suis née en 1963 ! Et pas vingt ans plus tôt, comme mes parents !
Commentaire n°4 posté par Carine-Laure Desguin le 11/11/2011 à 17h39

Moi je trouvais quand même qu’on pouvait embrasser avant le mariage…Mais je ne le disais pas tout haut, de peur d’être lapidée…

Réponse de Edmée De Xhavée le 11/11/2011 à 18h44
Hi hi hi, ma maman pensait comme toi, c’est certain! Ah oui, j’oubliais de te dire…Mon grand-père, né en 1909, lisait déjà de la littérature coquine …Bref, le vice est ancré dans la famille depuis pas mal de générations !
Commentaire n°5 posté par Carine-Laure Desguin le 11/11/2011 à 18h48

J’ai trouvé « La garçonne » de Victor Marguerite dans la bibliothèque de mes grands parents… aussi je pense que mon grand-père était coquin, oui!!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 00h24
Je me souviens que je regardais le baiser de Michel Strogoff à une jolie blonde tressée, en cachant mon regard de ma petite main, de peur que ma grand-mère ne me voie dévorer l’écran des yeux…. 🙂
Mon premier baiser je l’ai échangé avec l’Homme de ma vie. Mais je me suis dit: « Ah bon ce n’est « que » ça 🙂
Commentaire n°6 posté par Myosotis le 11/11/2011 à 20h28

Oooooh Michel Strogoff!!! Curd Jurgens et Maria Schell…. quel baiser que celui-là!

J’espère que l’homme de ta vie ne lit pas tes commentaires, ha ha ha!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 12h50
Bonjour Edmée,

C’est si vrai ton témoignage. Tu me fais penser aux confidences entre pensionnaires. Les grandes qui « savaient » et nous qui « gobions tout » niaises à souhait.
J’aime ce baiser point final qui laisse l’imagination libre.

Passe un weekend Edmée 😉
Martine

Commentaire n°7 posté par Martine le 12/11/2011 à 03h50

Ah, « les grandes » qui « savaient tout » à bon compte! Avec une amie de pension, nous étions tellement fatiguées de toutes celles qui disaient savoir ce que nous n’imaginions même pas que nous, on n’y a pas été avec le dos de la cuiller: on a dit qu’on était mariées mais que les soeurs nous avaient interdit de le dire et que donc il ne fallait pas en parler!

Notre mensonge n’a pas fait long feu, h ha ha!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 12h45
sourires…. C’étaient tout de même de bons moments quoique tu en dises maintenant….Tu sais, je ne regrette pas la meule de l’époque….. Rires…Et c’est moi qui était….le novice…

belle journée. amicalement

Commentaire n°8 posté par patriarch le 12/11/2011 à 10h02

J’en suis certaine, Patriarch! Mais tout dépend un peu de ce qu’on cherchait… parfois les filles ne savaient quel prétexte trouver pour étoffer un non… Les choses allaient parfois trop vite… Ceci dit, je pense que les garçons y trouvaient toujours leur compte, ha ha ha!!!!

Amicalement

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 12h35
Kikou Edmée,

Ha les baisers d’amour 🙂 combien de fois avec
mes deux soeurs,nous regardions en cachette,une
scène d’amour,on était derrière la porte du salon,où mes parents regarder la télévision,
toutes les trois en chemise de nuit,et chacune
notre tour,nous regardions ….de bons souvenirs de
gamines 🙂 un baiser ,c’est tellement beau,romantique,…
je te souhaite une bonne fin d’aprem,bisous à toi ma
belle de Mimi…

Commentaire n°9 posté par Mimi du Sud le 12/11/2011 à 16h01

Oui, on se demandait vraiment, hein!!!! Quelle extase que ce baiser!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 12h30
J’ai connu tout ça moi aussi mais je sais pour l’avoir vécu qu’un baiser peut provoquer une sorte d’extase pas loin d’un évanouissement. Pas étonnant qu’il y en ait de si belles représentations peintes ou sculptées!
Commentaire n°10 posté par marie-madeleine le 14/11/2011 à 14h07

Ooooooh Marie-Madeleine!!!! Moi aussi! J’ai cru que la voiture démarrait toute seule, mais c’était ma tête qui tournait !!!!

Ah oui…. c’est une grande grande chose qu’un baiser de cette nature!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 00h20
bisous du canard boîteux;-)
Commentaire n°11 posté par micha le 14/11/2011 à 15h52

Bisous, Mrs MacDuck!!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 15/11/2011 à 12h26
BONNE NUIT!!!!!!!!! CHèRE AMIE VISIONNAIRE!!!!!!!!!
Commentaire n°12 posté par micha le 16/11/2011 à 21h58

Bonne journée, joli canard plus si boiteux que ça!

Réponse de Edmée De Xhavée le 17/11/2011 à 10h00
Très joli billet, plein de charme Edmée. J’avance chaque soir dans votre livre auquel j’accroche parfaitement. Vous avez un beau talent de conteuse. Actuellement je finis le mien en lisant et relisant et corrigeant sans cesse avant de me lancer dans la quête d’un éditeur. J’évoqie également ma famille tout en romancant beaucoup, car écrire, c’est avant tout suivre les lacis et méandres de l’imagination.
Commentaire n°13 posté par Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE le 17/11/2011 à 11h27

Merci beaucoup pour votre appréciation qui naturellement me fait plaisir. Vous êtes une « pro », ce que je ne suis pas! Je serai impatiente de vous lire encore, en tout cas!

Réponse de Edmée De Xhavée le 18/11/2011 à 08h39
Oh ! le baiser dans « Autant en emporte le vent « …
Et mon premier baiser, j’avais 14 ans et lui 19, il ressemblait à Richard Burtont, innoubliable 🙂
Commentaire n°14 posté par Pâques le 17/11/2011 à 20h58

Dis-donc, tu as bien choisi ton premier embrasseur!!! Je comprends que tu ne l’as pas oublié … Et oui… le baiser de Rhett Butler avec Scarlett O’Hara… toute la sensualité du cinéma d’alors s’y était engouffrée!

Réponse de Edmée De Xhavée le 18/11/2011 à 08h36
bons gros bisous!!!!
Commentaire n°15 posté par micha le 18/11/2011 à 10h07

Mmmmmmmh smack!!!!

Réponse de Edmée De Xhavée le 20/11/2011 à 10h26

Splendor in the grass

C’est un film dont je n’ai pas compris grand-chose lorsqu’il est sorti – en 1961 – et que j’ai revu aux USA il n’y a pas très longtemps. Et il m’a bouleversée.

 

En deux mots, dans les années ’20 Deanie, une jeune fille de milieu modeste et le fils d’un des magnats de la ville sont amoureux. Et la passion qui s’éveille dans leurs corps envahis par la sève de la jeunesse et de l’amour les porte aux limites de ce qui était permis alors. La mère de la jeune fille l’a traditionnellement élevée selon le principe qu’une fois que les garçons ont eu ce qu’ils voulaient ils prennent la poudre d’escampette. Le garçon – Bud – finit alors par se tourner vers une fille plus libre tout en n’aimant que Deanie, Deanie qui se refuse à lui malgré son propre désir… Et quand Deanie l’apprend, elle entre dans une dépression si profonde qu’on doit la mettre en soins psychiatriques. Survient la grande dépression de 1929, la famille de Bud se retrouve sans un sou.

 

A sa sortie de la clinique trois ans plus tard, Deanie retrouve la trace de Bud, qui vit à la campagne. Et s’est marié. Sur le seuil, sa femme, enceinte, suit des yeux la rencontre des deux anciens amoureux. Leur vie est faite, ils se sont perdus, et l’amour est là entre eux sur le chemin de terre, aussi visible qu’un graffiti de lumière. Tout comme la tristesse qui descend sans un bruit pour s’installer, comme une hyène repue, dans un coin de leur cœur dont elle ne sortira plus…

 

« On n’oublie jamais son premier amour » a dit, à 90 ans, mon père à quelqu’un. Je lui ai apporté, à cette époque, une photo de son premier amour en robe du soir, et j’ai bien vu que c’était vrai. En avons-nous lues, de ces histoires de retrouvailles qui illuminent le visage de ceux qui, des années  plus tard, des kilomètres plus loin, une vie dans le dos, retrouvent leur premier amour…. Celui dont le baiser contenait l’élixir d’amour… Cet élixir dont on n’oublie jamais le goût…

 

Mais l’âge du premier amour est aussi celui de l’obéissance aux parents, des études  et des pertes de vue contre lesquelles les projets ne peuvent rien. On n’oublie pas mais la vie étourdit… on croit que le passé est passé, faisant place à la réalité. Et au détour du hasard, la vérité aveugle : on n’a jamais oublié son premier amour ni le goût de l’élixir… C’est aussi la réalité.

 

Carine-Laure Desguin m’a fait l’honneur d’une magnifique note de lecture à la suite de celle du petit Belge