Un visiteur dans la neige…

Mon ex-mari et moi aimons les animaux, ce n’est plus un secret. Il y a plus d’une dizaine d’années maintenant, nous avions une imprimerie. A l’arrière, une de ces ruelles qu’on appelle « coupe-gorge » passait entre d’autres commerces et débouchait sur un parking et la courette d’un garage. C’est là, entre les vieux pneus éventrés, batteries rouillées, morceaux de carrosseries, jantes cassées, briques, grillage envahi de liserons qu’une colonie de chats survivait. Olgo, Tommasina, Voyelle, Annie, Lolo, Mini-Olgo et bien d’autres venaient, silencieux et furtifs, manger le repas quotidien que nous leur servions dans la ruelle. Parfois quelqu’un manquait à l’appel, et on le regrettait, on pensait à lui, on avait le coeur gros. L’hiver on leur dégageait le passage à la pelle, ou on leur apportait le repas derrière une congère du parking, sachant qu’ils avaient trop peur pour manger à découvert. Témoignage d’une rage de vivre, leurs traces de pas dans la neige nous remplissaient de tristesse.

Nous avions sympathisé avec Maree, serveuse dans un diner de la route 46 qui, chaque nuit avant de rentrer chez elle, leur apportait des restes. Elle en avait même adopté quatre. Nous, nous avions eu Teeshah et Fifi dans un refuge, et capturé Voyelle (qu’on avait cru être un Voyou avant d’y voir plus clair…). C’était plus qu’assez.

Mais un jour d’hiver cruellement froid, alors que nous pleurions la mort de Lolo que malgré nos bonnes résolutions nous avions attrapé afin de l’adopter pour hélas découvrir chez le vétérinaire qu’il avait le sida, Maree nous a informés d’un nouveau-venu, un jeune chat noir très amitieux qui lui faisait du charme en disant avec les yeux, selon elle, « Take me, take me! » Il avait un oeil légèrement voilé. Elle lui avait installé une boîte en carton avec un trou sur le côté et des lainages à l’intérieur. Bien sûr, mon mari est allé voir le jeune félin qui, juché sur une vieille batterie de voiture, miaulait un chant de séduction comparable à celui de la Lorelei.

Il n’y résista pas plus d’une nuit blanche d’hésitations. Il faut dire qu’elles étaient froides, ces nuits-là! Moins 20 degrés, et venteuses…

Un peu inquiets quant à la méthode pour l’attraper – Voyelle m’avait coûté trois jours d’hôpital après m’avoir mordue, et Lolo nous avait fait faire un rodéo dans l’imprimerie – nous sommes allés à sa rencontre avec une boîte à chat ouverte dont s’échappaient les effluves de Friskies au filet de boeuf en jus, et … hop!, il y est entré d’un seul élan en pensant « Je vous ai bien eus, maintenant vous me gardez! »

Le rendez-vous chez le vétérinaire nous a appris qu’il avait la leukose du chat. Voulions-nous le supprimer comme Lolo? Noooon, nous le pleurions encore, Lolo, pas question, on allait voir… Il avait aussi des puces, des vers, une sale toux et deux testicules ne demandant qu’à servir. On l’a débarrassé du tout et il est resté deux mois dans l’imprimerie, pour habituer graduellement nos trois chats à cette nouvelle odeur que nous ramenions avec nous et voir comment évoluait sa santé. Le week-end, j’allais passer plusieurs heures avec lui (notamment à la rédaction des Romanichels!). On lui laissait le chauffage.

Et bien souvent… on le surprenait qui grattait sous la porte donnant sur le coupe-gorge, reniflant un visiteur assidu. Quelqu’un lui rend visite, pensions-nous, tristes pour lui et son fidèle ami.

Au bout de ces deux mois, Zouzou – il s’était gagné un nom! – était rétabli et comme j’avais lu que la leukose du chat ne menaçait pas les chats adultes en bonne santé et pouvait même disparaître, il a fait son entrée officielle chez nous. Dans une fanfare de farouches feulements et chants de gorge. Mais les démonstrations de force et virilité entre Teeshah et lui finirent par se calmer, et nous pûmes nous abandonner au plaisant sentiment d’avoir fait une bonne action. Mais quatre, c’est vraiment le maximum disions-nous avec conviction.

C’était compter sans Maree. J’étais en Belgique, ayant laissé derrière moi quatre chats et un mari seul, innocent et influençable. Et Maree, paniquée, lui donna un coup de fil: Annie, la petite chatte – seule survivante du parking, fille de Tommasina et soeur de … Voyelle! – n’avait plus où aller et passait de sous une voiture à l’autre, terrifiée. Apparemment le garagiste avait mis de l’ordre dans sa courette et l’avait délogée. Son dernier petit avait disparu, sans doute dévoré par le raton-laveur qui maintenant mangeait aussi ses repas. Et alors que depuis des années elle fuyait les trappes que Maree et d’autres âmes charitables plaçaient pour tirer ces malheureux chats d’affaire, elle avait consenti, à bout de forces, à s’y laisser prendre. Maree l’avait fait stériliser mais ne pouvait la garder.

Et c’est ainsi qu’à mon retour de Belgique il y avait un nouveau « chat sauvage » (Annie et Voyelle étaient nées sauvages et n’avaient jamais eu de contacts avec les humains, mais leur mère Tommasina, très douce et caressante, fut adoptée à Boston). Isolée dans une pièce, tapie sous le radiateur, le regard fou, si maigre et affaiblie qu’on la voyait littéralement mourir jour après jour. Il fallut l’endormir pour la porter chez le vétérinaire. Un autre que le premier qui aimait trop l’euthanasie à notre goût, et nous ne pouvions oublier Lolo. Cette fois nous allâmes chez « le » vétérinaire qui passait pour la réincarnation de Saint François d’Assise, le docteur Cameron. Un vétérinaire qui donnait des bisous à ses  patients et dépensait tous ses revenus à aider les chats abandonnés. Un saint je vous dis.

Alarmé de son état – elle n’avait plus aucune masse musculaire! – et conquis par notre esprit chevaleresque (il est vrai que personne n’aurait trouvé Annie mignonne et attachante à ce stade-là!) il nous a fait une grosse ristourne sur un traitement qui, malgré tout, restait bien cher. Mais Annie se mourait de bartonella.

annie-fourmiPeu à peu elle s’est remise, circulant furtivement de sa chambre à la cuisine où se trouvaient la nourriture et la litière. On devinait une ombre grise le long du mur, on n’avait jamais le temps de la voir. Elle était si menue qu’elle ressemblait à une fourmi, avec son petit visage triangulaire et grave. Sa queue avait l’épaisseur d’un ver de terre…

Les autres n’y avaient porté aucun intérêt tant qu’elle était mourante et isolée, mais bien vite une chose devint évidente: Zouzou et elle s’adoraient! C’était à qui lècherait l’autre avec le plus d’amour. Elle se comportait en mère avec lui, et lui en gamin espiègle, jouant tendrement pour finir par s’exciter et dépasser les bornes, se méritant alors une bonne rouste.

Le visiteur nostalgique dans la neige, c’était elle…

annie-et-zouzouBien nourrie, bien soignée et surtout, le coeur au paradis pour avoir retrouvé son « fils adoptif », elle s’est littéralement épanouie. Elle devint vite une petite grosse, jouette et extrêmement intelligente, d’une mauvaise foi crasse en ce qui concernait son galopin de fils. A deux ils tendaient des embuscades au pauvre Teeshah pour lui piquer sa place préférée au soleil, et quel que soit l’acte sournois de ce flibustier de Zouzou, elle lui donnait son soutien inconditionnel. Elle a reconnu sa soeur Voyelle aussi, après deux ans de séparation, mais de natures différentes elles s’occupaient peu l’une de l’autre.

Pour qui se le demanderait, aussi bien Voyelle qu’Annie ont utilisé la litière immédiatement, ce qu’on dit « impossible » pour des chats nés sauvages. De plus, Annie avait été en contact avec Lolo qui avait le sida et Zouzou qui avait la leukose du chat (qu’il n’avait plus!), et elle-même n’avait aucune de ces maladies.

Quant à Zouzou, la tache laiteuse qu’il avait à l’oeil ne l’a pas gêné pendant cinq ans, et puis soudain les choses ont mal tourné et il fallu l’énucléer. Mais il est resté un impitoyable chasseur de tamias, geais bleus et lapereaux, et débordait toujours d’amour pour Annie.

zouzin

Il est mort le 24 décembre 2016 au petit matin, et sa maman adoptive Annie n’ira plus loin non plus, une vieille dame de 16 ans qui a passé ses premières années dans la rue et est maintenant percluse de rhumatismes, plus une allergie récurrente qu’on ne peut soigner qu’à la cortisone. Mais sans nous… elle serait morte en 2005…

Les animaux de compagnie ne sont pas « que » des chats, chiens, perruches etc… Ils ont leurs affections, leurs violences, leurs courages, leurs gourmandises, leurs peurs, leurs générosités. Et chacun d’entre eux a, pour qui les aime, le privilège d’être unique, et laissera une trace unique.

Qui aime les bêtes

Le toutou à sa mémère …

Traiter ses animaux comme des enfants …

Ne vivre que pour ses animaux…

Qu’en est-il ?

Il y a des chiens que l’on prend pour ne pas parler tout seul quand la maison et la vie se sont vidées.

Ou pour que les enfants aient un compagnon de jeu différent avec lequel ils apprendront d’autres limites, d’autres plaisirs, d’autres moyens de communication. La responsabilité aussi, car cet immense pouvoir que confère une taille supérieure et l’aide d’objets matériels ne doit pas conduire à l’abus. Quelle leçon de patience, d’écoute, d’émerveillement. Source de joies intenses.

Et puis, parce la vie de ces compagnons se déroule plus rapidement, le passage de l’enfance à l’âge adulte puis aux années de grands repos qui préparent au départ appartient à la réalité.

Kiddy et Ticheliche

Combien de chiens et chats n’ai-je pleurés, et pourtant tous ces chagrins se sont adoucis jusqu’à devenir supportables, sauf pour certains dont l’absence me fait encore mal : Pompon, mort du typhus à un an et demi. Pendant des années j’ai rêvé que, comme ce jour bien triste et bien réel, je le voyais arriver du fond du jardin, vacillant et perdu, et me disais « je vais vite le faire vacciner contre le typhus et cette fois, il ne mourra pas ». Ou Capuchon que j’ai placé chez des amis en attendant de pouvoir le reprendre en Italie, ce qui n’est jamais arrivé. Il est mort de la leucose du chat, sans jamais avoir cessé de guetter le bruit de l’ascenseur, car Capuchon m’attendait.

Pompon-l’amour et Pepsy-chou

J’ai grandi avec des animaux. Ma mère les aimait et les respectait, proclamant sans ambages que qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens. Attention, on peut ne pas en avoir, mais les aimer. On peut en avoir et ne pas les aimer aussi…  Elle les aimait, comme des amis envers lesquels on avait des devoirs puisque nous avions fait la démarche de leur ouvrir notre maison, en leur demandant d’y mettre un peu de désordre et de spontanéité. Elle disait toujours « bonjour mon petit chien » aux chiens rencontrés en chemin, et je fais souvent la même chose sans y penser, ce qui en revanche donne bien à penser aux maîtres, croyez-moi ! Mon premier chien a été « Kiddy », un berger malinois rebaptisée Nana après que l’on ait vu Peter Panau cinéma et qui a dû me faire de la place car elle était dans la famille avant moi. C’est Kiddy qui m’a appris à marcher : ma mère l’a surprise, à l’arrêt à côté de moi dans le jardin, alors que je tentais de me mettre

Capuchon

debout en empoignant son collier. Puis, maternelle et patiente, elle faisait lentement le tour de la pelouse avec moi accrochée à son cou. On avait aussi le chat Ticheliche. Nous avons eu « Gros pète » la souris blanche, des poissons rouges, canaris, perruches. Jacquo le perroquet. Ont suivi dans ma vie les chiens Flay-flay, Bari, Moïse, Poupet – pas bien beau mais adorable – , Twist et enfin Millie. Les chats Pou, Minette, Pepsy-chou, Zazou, Poussinette, Bijou, Fritz, Marie-Salope, Salomé, Saxophone, Pompon, Mirliflore, Jérémie, et ceux que j’ai maintenant.

Jamais je ne les ai pris pour mes enfants, ni n’ai même pensé qu’ils m’appartenaient. Ils sont, pourtant, des membres de la famille considérés et souvent évoqués.

Et ma vie est constellée de souvenirs qui pulsent encore en moi et dont ils furent les acteurs : le baiser de Faline, la jument de ma mère qui lui prenait un sucre d’entre les lèvres avec la douceur d’un souffle, Pompon qui s’endormait dans mes bras en tétant le lobe de mon oreille, Flay-Flay mort dans mes bras – ah, ce poids mort que je ne comprenais pas ! – Bari aveugle qui s’enfuyait encore du jardin et faisait le tour du quartier par cœur et à l’odeur, Pou s’accrochant à mon nez et m’arrachant des hurlements de douleur, Ticheliche vomissant sur la balançoire où je l’avais mis, Minette avec moi en carrousel à la fête à Heusy, Twist en pyjama, Poupet en costume marin, celui de ma mère petite …

 

Vestales de la félicité

Ils soufflent sur les braises de la vie, sur l’étincelle du bonheur, comme des vestales. Ils savent si nous souffrons, si notre humeur est parasitée par des vagues de noirceur, ou s’ils peuvent se laisser aller et se risquer à un acte de banditisme sans coup férir. Alors ils sautent sur la table et volent un morceau de jambon. Dévorent une paire de chaussures. Se pourchassent et envoient se fracasser au sol le petit pot d’argile crue acheté à Santo Domingo Pueblo. Explorent la poubelle et en sortent un os de poulet qui les rendra malades. Les chats. Les chiens. Nos compagnons.

Mais si nous sommes en peine, les voilà anxieux, prudents, déterminés à étouffer ce battement sourd du coeur qui fait vibrer notre cou comme un soufflet, qui serre nos lèvres, fronce notre front. Ils se couchent contre nous – sens ma chaleur, sens comme je respire len-te-ment, moi! Sens comme je suis là avec toi, je m’appuye autant que je le peux! Ils posent les yeux sur nous, interrogeant notre âme avec sérieux. C’est grave? Ça ne peut pas s’arranger? Si je suis bien calme, ça ira mieux?

On peut entrer dans le regard d’un chat et s’y endormir, calmé. On peu s’étendre sur le pelage d’un chien et y oublier tout ce qui fait mal. Se sentir compris et protégé, petit et futile, fragile et aidé. Ils maintiennent une flamme dansante dans notre espace, même si elle semble se plier et s’étirer dangereusement sous la poussée de la lassitude, de l’inquiétude.

Ils allongent notre vie parce qu’avec eux, elle est chaude et exigeante, se nourrit de ce merveilleux festin qui nous est servi chaque jour et qu’ils nous incitent à honorer: regarde la beauté qui t’entoure, place ton amour dans de bonnes mains, enveloppe celui qu’on te donne dans sourires et caresses.

Ce sont eux qui nous font nous lever quand nous sommes malades, quand l’envie de ne rien faire nous rôde autour, dangereuse comme un long serpent sinueux. Maussades, nous écoutons pourtant leurs appels à la routine du devoir. Ouvrir des boites, sortir des écuelles, puis leur demander d’avoir un peu de patience nom de nom, sur un ton pas toujours tendre. Mais le rituel s’impose et force le passage d’un familier cérémonial qui agit comme une contine enfantine. Le visage se déride, un voile s’en envole, les yeux croisent les leurs et leur intense plaisir pour une chose si simple, manger, fait afleurer une chanson à nos lèvres. Et ron et ron, petit patapon! Gourmands tyranniques! Bande de sans-coeur! Vous ne pensez qu’à manger alors que la fièvre me fait peser une tonne, alors que mon moral a sombré dans le magmas du centre de la terre. Et ron et ron, petit patapon. Fripouilles … Je vous adore!

Non, ce n’est pas une guérison miraculeuse. Mais ça a le parfum des bons jours, fugace mais rassurant. Et la promenade que l’on fait avec le chien, le rhume ou la mauvaise humeur rampant en frissons sur notre corps lent, nous restitue aussi des bouffées d’essentiel. Parfois il tourne la tête pour nous encourager d’un sourire, d’un balancement de la queue. Son pelage a, nous nous en souvenons alors, cette odeur un peu sauvage, ce toucher soyeux et chaud, et nous savons qu’il nous aime et sait tout de nous.

Ah, ces amitiés sans exigences!!!

Tout le monde n’a pas la même attirance pour les animaux, cette complicité qui remonte à l’ère lointaine des premiers groupes d’humains, avec ces chiens qui les aidaient en échange de la chaleur du feu et des restes, et puis ces chats qui protégeaient les greniers avec leur élégante cruauté. C’est une question de culture, d’éducation, d’habitude familiale, d’inclination, d’affinité. L’amour des animaux a aussi des visages différents: animaux d’élevage que l’on nourrit avec le sourire pour s’en nourrir un  jour, sans aucune malice ou hypocrisie. Animaux de travail, que l’on respecte et traite bien, en compagnon de tranchée, sans fioritures. Animaux trophées que l’on couvre de bijoux, manteaux, lunettes, et qui ne mangent que dans une vaisselle clamant un amour qui ne regarde pas à la dépense tant il est narcissique…

Animaux-amis, comme Shiva, un husky qui depuis huit ans parcourt l’Europe à pied avec son ami, Gianluca Ratta, parti  de – et revenu à – Turin. 37.000 kms, 1040 jours à pied depuis le 1er janvier 2000!!! Ils ont vu l’Italie, la France, la Cité du Vatican, la Suisse, le Liechtenstein, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie à la vitesse de 40 kms par jour. 1040 jours de marche silencieuse, de rencontres, d’images merveilleuses à partager à deux, l’homme et son ami chien. Fatigués ensemble, affamés ensemble, et commençant chaque nouvelle journée ensemble. Se parlant sans mots. On est bien, pas vrai? L’oreille pointée se tourne un peu, la queue a un bref mouvement de va et vient. Tu l’as dit!

Animaux surprise aussi, comme Silky. Silky qui venait mendier un peu plus à manger chez Chonchon. Chez elle, on l’aimait bien, mais on ne s’en occupait pas, au point que tout son « chez elle » est parti en vacances en la laissant dehors. Mais c’est qu’elle attendait des petits, Silky, et qu’il lui fallait un endroit douillet et sûr. Chez Chonchon!!! Chonchon qui, à la fin de l’été, a toujours le moral qui pique du nez et croit sentir partout la triste effluve des chrysanthèmes oubliés. Mais cette année, Silky a amené dans son sillage du soleil, des tournesols, des forêts de géraniums, des voiliers sur fond de ciel bleu, un air de mariachis, des graines d’anis au sucre, des confetti et serpentins… Et des petits qu’elle a poussés vers la vie sous le regard de Chonchon, dont l’humeur d’automne pluvieux s’est enfuie par la fenêtre. Les visites des voisins attendris se suivent, ils entrent avec le sourire et repartent avec le bonheur, celui dont Silky, la vestale des lieux, les saupoudre d’un clignement de paupières.

Heureux sommes-nous, nous qui les aimons, car nous ne sommes jamais sans confident ou soutien. Nous ne connaissons pas le poids de la solitude. Nos fardeaux sont moins lourds, nos horizons moins flous. Et jamais nous n’avons à nos plaindre de n’avoir rien à faire, ou de ne « servir à rien ». Nos vestales veillent sur le foyer de notre vie.