Senteurs et couleurs…

Un 5 septembre 2008, sur un autre blog, j’écrivais ceci. Je vivais encore au New Jersey pour plus de deux ans, dans un coin où je regrettais la ville mais appréciais bien des aspects de la vie au grand air…

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Teeshah

Mes matins sont à nouveau baignés dans la nuit finissante, et ses secrets. Je me lève et m’habille sans bruit, caresse mes chats, salue Millie. A la cuisine, mes compagnons à quatre pattes et moi nous laissons aller à quelques joyeuses extravagances moins silencieuses. Je chante en général une chanson idiote d’une voix nasillarde qui est supposée être celle de Teeshah. Chaque chat a sa « voix » et son vocabulaire, et seule Millie, grâce au ciel, se tait encore! Ce pauvre Teeshah est condamné à chanter d’interminables lala-lalères tandis qu’il se rengorge en clignant fièrement des yeux: il sait que quelque chose se passe entre lui et moi, et il adore ça!

Dehors, à l’arrière de la maison vers le bois, des trouées de lumière d’un bel orange ambré s’avancent en dansant dans le feuillage. Le plumetis gris de la queue d’un écureuil distrait le regard. Une feuille racornie descend en piqué vers la pelouse fatiguée. Il a fait sec ces dernières semaines.

L’air se refroidit, accueillant la caresse du vent du Canada qui avance à grands pas dans son été indien. Quelle beauté! Le buddleia ploie sous le poids de ses grappes bleues qu’il dépose à terre, taquiné par le vol de bourdons et splendides papillons pendant les heures de soleil.

Le deck de bois se recouvre de feuilles mortes trop tôt: encore vertes, avec des bords brunâtres, ou jaunes et mouchetées de taches foncées. Mi-rougies, mi-séchées. La petite troupe de dindes sauvages – Lola et compagnie – me laisse de belles et grandes plumes rayées en hommage, plumes qui feront la joie de Connie qui s’est découverte une ascendance cherokee qu’elle soupçonnait et est passionnée d’artisanat indien.

A cinq minutes de voiture de chez nous, l’Eagle Rock Reservation nous offre les promenades du week-end avec Millie, promenades qui ont déjà l’odeur des champignons, de l’humus, de petits glands écrasés au sol. Voici plusieurs semaines qu’un groupe de biches et leurs jeunes s’y laissent voir sans trop de crainte, et nous observent, les oreilles bien déployées, et puis s’éparpillent dans le bois en quelques bonds souples.

Millie, qui fait une promenade d’aspirateur, le nez collé au sol, ne remarque pas grand-chose! Les pistes serpentent, montent sur des plateaux rocheux, redescendent vers des rus asséchés, des ponts de grosses pierres, débouchent sur des routes de terre. Parfois, une étendue d’un vert vif, pur, tremble sous la brise. La Japanese stillt grass – microstegium viminea pour ceux qui aiment les précisions – délicate comme un coup de pinceau sur soie, envahissante comme un raz de marée. Elle nous est arrivée d’Asie et détruit la flore locale, étendant son joli kimono émeraude au sol, étouffant fougères et lichens de la forêt d’origine. Mais … que c’est beau, cependant!

Les mûres ont séché sur les ronces, broyées par le soleil. Et pourtant les baies étaient pimpantes il y a quelques semaines, pointant leur petite tête dure d’un rouge acide encore timide et ourlé de vert.

Les barbecues sont toujours possible, et ce pour un bon mois. Et ce n’est pas le petit bois qui manque, ni les têtes de fleurs fanées. J’ai découvert cette année la marinade argentine chimichurri, fraîche et parfumée, et tout y a été baptisé sous le soleil, accompagné des succulentes tomates du New Jersey en salade au coriandre frais et d’épis de maïs bi-colore.

Ces dernières journées d’été s’étirent aussi tard qu’elles le peuvent encore, leurs ombres basses caressant la terre qui s’alanguit avant les grands éclats de couleurs de l’automne

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Quand j’avais le départ dans l’air…

1er octobre 2010… Je passais mes derniers mois aux Etats-Unis, j’entamais le dernier hiver. J’avais le retour en Belgique en tête… Et voici ce que j’écrivais sur mon autre blog…

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Je ferme les fenêtres…

Mon cœur se trouve dans une sorte de limbes, dans ce rêve entretenu du retour en Belgique, même si les bagages ne sont pas faits. Pourtant, mentalement je ferme les volets sur mon dernier été ici, les dernières promenades, les dernières fois que …

La maison qui me laissait imaginer ses heureux hiers ne verra plus beaucoup de lendemains : elle s’effondre sous la poussée des intempéries, des heures et semaines, des termites et de l’abandon. Au bord du réservoir d’un bleu indifférent, sous le chaud soleil qui excite les cigales elle cède, accepte le départ vers l’oubli, gardant en elle l’odeur de l’apple pie et l’écho des comptines enfantines. Ring-a-ring-a-roses, A pocket full of posies; Hush! hush! hush! hush! We’re all tumbled down. Mais je ne verrai pas sa fin.

Le parc où Millie, quand elle ne s’abandonne pas à sa paresse crasse sur le divan, consent à faire certaines de ses promenades a une immuable sérénité, veillé par l’église de Our Lady of the Lake. Les oies du Canada en sillonnent le ciel dans un bruyant vol en pointe, le héron s’élève de derrière les taillis au bord du petit lac, les fleurs sauvages sèment sans compter leurs semences dans la brise, s’assurant une nouvelle avancée pour l’année prochaine. Que je ne verrai pas.

Je suis retournée à la Maison Van Vleck et l’ai savourée dans le triomphe de l’été. Et en ai profité pour y photographier la première maison, celle où a grandi l’architecte qui nous enchante encore avec la fameuse Van Vleck house (dans la rue Van Vleck, pas de surprise !).

La floraison de mon jardin, où il n’y avait rien quand nous sommes arrivés. J’évoque une des dernières lettres de ma mère : Je repense à tous mes animaux et mes plantes … et voilà que je la comprends. J’y penserai, à mes fleurs et aux petits êtres des bois qui partagent leur monde avec moi. Lors de nos promenades, je ramasse avec un entrain de gamine les plumes que je trouve, et les garde. Comme les fleurs, leur beauté est parfaite et inégalable par l’homme. Elles parlent d’un éphémère qui se reproduit sans cesse, une chaîne sans fin.

Les soupirs de ma maison, avare en luminosité mais que l’on arrive à faire sourire quand même…

Notre vie sera différente, une fois rentrés. Plus familière puisque je n’ai jamais cessé de m’étonner de biens des aspects de celle que j’ai ici. Et que je lutte contre l’immersion totale. Non, je ne veux pas faire mes courses en training, sneakers et casquette de baseball, avec une banane sur l’estomac. Je consens à porter des jeans, mais j’ai mon joli sac Furla et mon nez en l’air d’Européenne qui se croit qui sait quoi. Et pourtant, pourtant … nous avons déjà une expression un peu perdue devant les nudités européennes quand par accident on en voit à la télévision. La pruderie acharnée de ce pays nous agace mais nous met le rose aux joues quand l’impudeur du vieux continent nous arrive : un ami m’a envoyé une bande dessinée de Robert Crumb, Mr Natural, pour me rappeler le bon vieux temps. J’habitais alors Aix en Provence et nous riions aux larmes en la lisant. Et ici, le castor et moi avons lamentablement pâli et caché ce temple du vice sous une pile de choses anodines : si quelqu’un voyait ça chez nous, les voisins nous lapideront, nous dépèceront et puis nous hacheront menu en agitant des bibles et des crucifix. Ce sera bientôt fini, cette crainte que l’on ne trouve pas chez moi … LE MAL. Ce type de « never more » me remplit de joie !

Mais la maison qui s’éteint, les fleurs, les lieux de promenades, notre chez-nous … oui, il y a un peu de nostalgie dans notre plaisir, alors que nous fermons les fenêtres une par une. Et les scellons par les volets.

La calèche de madame est avancée

Ma Lovely brunette de mère n’était évidemment pas une femme comme les autres, c’était Lovely brunette herself. Quand elle demandait un cadeau à son mari, ce n’était pas un 78 tours des Frères Jacques, un mouton doré, de jolies chaussures de crocodile. Enfin… elle a eu tout ça aussi, la futée dame ! Mais je me souviens de la merveille des merveilles, qui était… sa calandre à repasser, qu’on avait installée au « petit grenier », une petite pièce munie de deux lavabos, de cordes à linge, et du réservoir d’eau chaude. Décorée d’elfes que j’avais dessinés sur du papier épais et collés… avec du sirop de Liège, et je vous garantis que ça colle super bien et pendant des années.

La calandre était d’acier peint en vert pâle, et j’adorais repasser. On s’asseyait, on posait le pied sur la pédale, on prenait un long drap de lit dans la manne à linge, pshiiiiiiiiiiiit pour humidifier le tout et hop, sur le rouleau. Ça sentait le linge chaud, ça embuait tout l’étage et c’était tout simplement magnifique. J’aurais repassé pour toute la rue si on me l’avait demandé.

Elle a aussi eu … sa machine à faire des puzzles ! Cette machine infernale était, elle, dans le « grand grenier ». Avec une petite scie menaçante que je touchais du bout du doigt, très consciente que si j’appuyais en même temps sur la pédale, hop, plus de doigt ! Lovely Brunette faisait des pièces savamment compliquées, et ses amies lui empruntaient ses fameux puzzles pour lesquels elle avait fait faire des boites de différentes tailles. Les puzzles étaient alors un plaisir de dames pour l’après-midi, et ses amies eurent tant de plaisir qu’elles perdaient négligemment des pièces, que le chien dévorait ou que la servante faisait disparaître dans l’aspirateur. Lovely Brunette pestait et pestait, et n’a plus fait de puzzles que pour nous. Les boites ont servi de boîtes à cadeaux pendant des années, jusqu’à épuisement du stock. J’ai précieusement gardé ma Blanche Neige qui abandonne seau, savonnée et corvées pour envoyer un message d’amour à son Prince charmant. Il a presque 60 ans (Nous ne parlerons pas de l’âge du Prince…). Un collectible

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Et puis elle a eu sa calèche, noire et jaune à laquelle on attelait la Falinette, et en avant, sous la pluie, le vent, la neige, la grêle ou le plein soleil, les jambes sous un plaid ou la capote remontée, on partait faire des promenades bucoliques dans les bois et prairies, au son joyeux des sabots clairs de notre Falinette que ma mère guidait d’une caresse du bout du fouet – qui jamais ne fouettait – et de bruits secs de la gorge. Les oreilles confiantes se tournaient, enregistraient le message, et elle allait plus vite ou plus lentement, ou s’arrêtait pour que l’on cueille des myrtilles, muguets ou mûres.

En Falinette

Promenade dans les bois, 31 mai 1956

Promenade dans les bois, 31 mai 1956

Au trot dans sa bulle

Lovely Brunette (c’est-à-dire ma maman…) avait grandi dans l’amour – que dis-je… la passion – des chevaux. Leur odeur, leur toucher, la soie de leur museau, leurs cils gracieux, leurs regards qui peuvent être caressants ou, soulignés d’un blanc furieux, menaçants. Elle connaissait leurs trucs, leur folie, leur vantardise, leur affection, leur complicité. Il y avait toujours eu des chevaux chez elle, et c’était aussi nécessaire pour exprimer qui elle était que ne l’étaient ses bijoux ou son nom de famille.

Concours hippique à Spa... elle a la veste claire et a gagné le second prix

Concours hippique à Spa… elle a la veste claire et a gagné le second prix

Nismes, 1949

Jeune fille elle participait à tous les concours hippiques de la région, petite centaure en veste cintrée et toque de velours. Jeune mariée, elle aimait centaurer sur les lieux de l’enfance paradisiaque de mon père, Nismes.

Et une fois divorcée, elle se sentit sans doute bien abattue à l’idée que désormais, selles et étriers pouvaient se remiser au grenier.

C’était compter sans l’insistance de la destinée. Après tout, si on l’avait faite centaure, ce n’était pas pour la priver de ses quatre jambes. Il y eut un jour des grèves providentielles en Belgique, et un ami maquignon (qui nous en a donnés, des trucs de maquignons… mais je ne les dirai pas !) s’est retrouvé avec un petit cheval de boucherie qu’il faudrait nourrir jusqu’au moment où le personnel de l’abattoir ne serait plus en grève. Oooooh le joli petit cheval gris, nous en sommes tous tombés fatalement amoureux, et Lovely Brunette n’a pas voulu rendre sa pensionnaire mais l’a achetée… au prix de la viande ! La pensionnaire s’est appelée Faline, devenue Falinette car elle était petite et ma mère se plaignait un peu de l’allure que ça lui donnait à elle, quand elle la montait avec ses longues jambes, mais bon… La gloriette où mes grands-parents avaient autrefois pris le thé fut agrandie et devint l’écurie, et dans notre garage une ravissante calèche jaune et noire sommeillait entre les promenades. Alors, la campagne étendait encore ses herbes folles presque sur le seuil et notre village en était encore un… en quelques minutes on était dans les chemins de terre, cailloux et bordés de bosquets et haies, en direction des bois. Où le loup n’était pas. Les prairies sentaient les champignons en saison, et un semis de renoncules et de trèfle donnait au beurre d’Alfred Legrand un goût incomparable.

Falinette et ma mère, 1956. On voit la petite calèche

Assis dans la calèche, les genoux protégés d’un plaid, un petit poste à transistor qu’il fallait réorienter à chaque tournant contre nous, nous prenions l’air au son de Tino Rossi et du joyeux clip clop des sabots luisants de Faline, que ma mère encourageait de petits bruits de gorge.

Je ne sais plus quelle fin Faline a faite, peut-être nous l’a-t-on cachée, à nous les enfants. Mais quelques années plus tard, même scenario : grève, pensionnaire équine pour quelques jours, achetée au prix de son nombre de côtelettes et filets et baptisée Chipie, ce qu’elle était. Chipie devint une chipie de selle, et fut suivie de Katia, El Conquistador (dont je me souviens surtout parce qu’il pétait très fort en toussant, cause de bien des fous-rires quand on recevait ma tante BCBG au jardin), Pepito et je ne sais plus trop qui.

Au fil des années, la campagne avait singulièrement reculé. En face de chez nous, un supermarché rempli de néons et de rayonnages métalliques avait remplacé la jolie villa et son parc de notre voisine. Un gros parking bétonné, des voitures envahissant jusqu’à notre trottoir, des charrettes coincée contre les soupiraux, le bus, le trafic. Et, imperturbable, Lovely Brunette (dont la chevelure avait brusquement blanchi depuis ses 32 ans…) continuait sa vie d’écuyère sans se soucier de rien de tout ça. Elle était chez elle, elle était née à Heusy, et avait vécu dans cette avenue depuis son mariage. Ça lui donnait des droits incontestables, à la fin ! Elle bloquait les voitures impatientes, décontenançait les clients du supermarché, pestait contre ceux qui erraient en zigzag comme des ivrognes avec leur charrette, et s’en allait vers les chemins de terre et de cailloux qui désormais commençaient bien plus loin à cause des travaux de l’autoroute. Les bois eux aussi avaient perdu du terrain, mais si son monde avait perdu en taille, il restait le sien, elle ne rencontrait aucun regard, ne suivant des yeux que ce qui restait de ses anciennes promenades.

Des changements du monde autour d’elle, elle ne prenait que ce qu’elle aimait, et ignorait le reste. Moi j’adore me souvenir que tant qu’elle a pu chevaucher et entretenir un cheval, elle l’a fait… en face d’un supermarché, avec une écurie au fond du jardin.

Et lors d’un voyage aux USA en 1970… elle a participé à une parade dans la ville de Snyder…

1970 - Elle prend part à une parade au Texas

J’ai eu de la chance d’avoir cette mère qui savait, gentiment, qui elle était…

Promenades avec mammy

Ma mère aimait les promenades, et quand on a une maman qui aime les promenades, on en fait !  Au lieu « d’habiller ses doigts de pieds en soldats » et de « rêver la bouche ouverte devant l’armoire à jeux béante », on va prendre l’air. Lorsque j’avais une douzaine d’années, nous avions facétieusement décrété avoir fait « un pacte avec le diable ». Rien de moins. Le pacte consistait à faire une promenade durant le week-end, quel que soit le temps, et de ramener une belle photo.

Nous partions dans les chemins boueux de campagne en papotant, emmitouflées ou les bras nus offerts au soleil selon la saison. Nous caressions ânes, chiens et vaches par-dessus les fils barbelés. Evitions – bien ou mal – les bouses de vaches dans les prairies où jaillissaient encore des champignons parfumés. Emplissions nos poches de noisettes, nos bouches de mûres.

Le chien se hérissait de « plaque-madames » et attaquait les poules de ferme, ce qui faisait un concert de glapissements cocasse : les poules, la fermière et nous.  Je suppose que nous débattions de ce qui était alors notre monde : la confiture Materne était-elle plus juteuse que la Marie Thumas ? Ou même que celle de tante Suzanne ? Irions-nous voir le film dont nous avions vu les lancements mercredi après-midi ? Pourquoi ne pouvais-je lire « Agathe, ou la femme aime à être battue »  puisque c’était dans la bibliothèque ? Était-ce encombrant d’avoir des seins ? Oui, disait ma mère, surtout pour dormir !

Le merle chantait trop pour être honnête, il fallait nous dépêcher si nous voulions échapper à la pluie. Et ce pauvre chien de ferme toujours enchainé et hurlant aux voix lointaines. Le petit Jean avait-il vraiment été mangé par les loups au lieu-dit La croix du petit Jean ? Mais oui disait ma mère pendant la guerre on avait encore vu des loups pas bien loin. Et La croix des fiancés.., les fiancés étaient-ils vraiment morts de froid là ? Nous imaginions le sommeil glacial qui les avait engourdis, le réconfort qu’ils avaient cherché à se donner, la confiance amoureuse qu’ils avaient eue dans le fait qu’ils étaient ensemble : invincibles.

Au retour nous étions heureuses de la photo exceptionnelle de ce jour. Moi caressant un âne, un rayon de soleil perçant les nuages au-dessus des bosquets,  la vue d’un village dans la vallée, un poulain aux longues jambes laineuses.  Il faudrait patienter jusqu’à ce que le rouleau soit terminé pour en voir le résultat, car alors on savait attendre et le plaisir des choses qu’on ne pouvait hâter était aussi grand que celui éprouvé lorsqu’enfin le temps était venu. C’étaient souvent de petites photos carrées en noir et blanc au bord dentelé, couvertes d’un film brillant, et ce simple morceau de papier contenait plus qu’une image : il restituait un instant, une promenade, une émotion, le sens du miraculeux…

Nous rentrions par le garage, un grand porche à la porte de chêne dont la poignée avait la forme d’un lézard (volé au décès de Lovely Brunette), et de là dans la cuisine. Ceci pour éviter les foudres de Mademoiselle (Sibylla) qui, chacun le savait, exigeait sans le dire que l’on marche sur la tête si elle avait nettoyé le vestibule. Le goûter nous attendait, et nous le prenions là, dans la cuisine, assises sur de vieilles chaises de Herve peintes en gris. Du thé et des biscottes Heudebert avec de la confiture (Materne ou Marie Thumas ?) ou du pindakaas que Mademoiselle nous rapportait de Maastricht.

On savait bien peu que l’on vivait des étincelles de bonheur. Qui, heureusement, reviennent animer le feu heureux de mes souvenirs….