Pauvre, mais encore?

Ecrit pour Pulp.com le 15 mars 2009

Et voilà donc que les magazines et shows télévisés se sont donné le mot et regorgent de judicieux conseils pour arriver vivants à la fin de cette récession qui a brutalement interrompu l’American Dream. Le réveil a sonné. Et crevé quelques tympans.

Et on se hasarde même à suggérer que cuisiner et manger chez soi fait réaliser des économies insoupçonnables. Qui l’eût cru ? L’eussiez-vous ? (cru )?

Mais ici, le baromètre de la pauvreté c’est : en êtes-vous encore à éplucher vos légumes, enlever les nerfs de la viande bon marché, faire votre ratatouille-maison et recycler les restes comme le font les derniers arrivés, les hispaniques ou asiatiques qui n’ont que la peau sur le dos ? (Peu importe si l’expérience prouve que de cette façon, ces derniers arrivés sortent de la pauvreté en une génération travailleuse et économe, et envoie ses enfants à l’université).

Ou bien êtes-vous un pauvre issu d’une longue génération de pauvres incités à le rester mais qui a malgré tout ses graduations : quel est le prix de votre menu quotidien à KFC, Subway, Wendy’s, MacDonald, Taco Bell, Popeye’s ou autre centre nourricier à bas prix ? S’agit-il du spécial à $1,50, ou montez-vous jusqu’à $2,50 ? Vous permettez-vous une portion extra de frites, de tacos ou de coca-cola ? Peut-être même, pauvre de vous, ne prenez-vous que deux portions de frites ou tacos en tout et pour tout, sans coca ?

Mais cuisiner à la maison… Quoi ?! On a son standing à tenir, on n’est pas les derniers arrivés, nous.

La cuisine à la maison est une affaire de riches (la petite bonne de Puerto Rico est une perle irremplaçable n’est-ce pas, Arthur B ? You’re darn right, Charlene dearest) ou trendy : il est si chic et moderne d’avoir un sac de toile – fibre recyclée, estampillée Wholefood – regorgeant de branches de céleri et d’une botte de carottes à la vitre arrière de la voiture, et de n’employer que du sel de Mongolie ou du lac Titicaca. Cuisiner est so much fun, comme dans un film. Et s’il fait chaud près de la casserole, on s’évente avec la dernière copie de pulp.com qu’on lit pour à la fois rafraîchir son français et son front…

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