Un grillage de sacrifices

Prenez-moi à la place de mon fils (et fusillez-moi). Mes économies, je les verrai volontiers fondre pour sauver ma femme-ma fille-ma mère… Partez en avant, je retiendrai l’ennemi, avec mon fusil déficient, mes lunettes cassées, ma tremblotte et mes 85 ans.

Il y a de ces sacrifices qui font de la mort un instant qui glorifie la vie de quelqu’un. Mais n’est pas héros qui veut, le courage n’est pas toujours là où et quand on aurait cru le trouver, et puis… l’acte d’héroïsme ne frappe pas à toutes les portes. Nous sommes tous des héros ou des lâches en puissance et ne le saurons jamais parce que l’occasion n’est pas au programme.

Et ces sacrifices-là, je les comprends et les admire. Et espère en être capable si de besoin.

Et il y a les plus petits et innombrables sacrifices anodins. On regarde un film qu’on n’a aucune envie de regarder, parce que ça « lui » fait plaisir. On mange plus de ceci ou moins de cela parce que ça fait partie de « son » régime. On accepte, la mort dans l’âme, d’emménager dans une maison ou une ville qui ne nous attire pas, parce que ça va « arranger » la vie de quelqu’un d’autre, la rendra plus facile. On renonce à des vacances parce que la belle-mère est malade et que qui sait ce qui pourrait arriver si on s’éloigne trop.

Ou bien, aussi, on offre son existence à une cause, religieuse, humanitaire, militaire (bon ou mauvais usage selon où on se trouve…), recherche scientifique, c à d qu’on ne se laissera détourner de rien de ce qui semble la lumière à suivre pour s’accomplir et donner un sens à son existence.

Des sacrifices, on en fait, à la pelle, sans compter. Parfois avec la joie de voir celle qu’on donne au prix de cet effort, parfois un peu frustré mais en sachant que l’effort n’est pas inutile.

 

Mais je ne comprends pas le sacrifice comme directive de vie, l’assassinat de ses propres enthousiasmes, de sa nature, sur l’autel de l’égoïsme et de la manipulation d’autrui.

Les conjoints qui, à force de chantage, de soupirs ou accusations d’être délaissés, sont des crampons et sucent la vie, armés de leur envie de ne pas se prendre en main, jamais ! Les enfants qui usent tout le temps libre de leurs parents, leur passant la pommade avec un « il n’y a que toi qui me comprenne, maman », pour se déresponsabiliser de toute initiative en arrachant conseils ou approbations qui leur permettront ensuite de dire « mais tu étais d’accord avec moi ». Ou de ne pas réfléchir eux-mêmes à ce qu’ils doivent résoudre. Leur collant leurs enfants parce que, c’est bien connu, c’est une telle joie d’avoir des petits-enfants. Oui, certes, mais plus pour « en jouir » chaque jour ou chaque vacances, et se débrouiller avec les vomis, les cauchemars, les disputes, les bobos si, justement, on aspire à la jouissance de son temps après avoir accompli sa mission de parent. Et puis il faut les occuper intelligemment puisqu’on a le temps. Rendre service, oh oui, et oui, ça fait plaisir. Vraiment plaisir. Mais ça fait aussi plaisir d’avoir ses heures et journées à disposition sans être vu comme des égoïstes qui n’ont rien à faire et se vautrent sur ce rien… Ce temps qu’ils ont mérité et qui devrait être principalement pour eux, mais qu’on leur remplit à ras bord et ras le bol. Ces parents âgés qui tyrannisent, exigent, et ne ratent pas une occasion de souligner qu’ils se rendent bien compte qu’on veut les abandonner dans un home comme un chien à une borne kilométrique. Il y a eu – et il y a encore sans doute – des enfants qui dès leurs premiers trottinements étaient choisis pour être le bâton de la vieillesse des parents, auxquels ont présentait la chose comme un destin de privilège « tu ne devras pas te marier, tu resteras avec papa et maman ». Certains de ces bâtons ont peut-être eu un refuge apprécié, et d’autres se sont sentis emprisonnés. Et autrefois on se sentait l’âme d’un criminel si on rêvait à une vie toute à soi, sans s’occuper de papa et maman vieillissants comme unique passe-temps. Ça a sans doute disparu en grande partie mais j’en ai connus, et en connais encore : tous les prétendants sont déclarés nuls par maman, qui rassure : tu peux trouver bien mieux. Ensuite on passe à « tu es si bien toute seule, regarde tes amies cocues, divorcées, battues, abandonnées, sans le sou… Et tu m’auras toujours, moi ! ».

Vivre et laisser vivre. Simple mais bien beau. Et impossible d’oser l’appliquer quand on ne s’est pas mérité l’affection d’autrui mais qu’on l’a arrachée par des stratagèmes : dettes importantes et communes, chantages affectifs à répétition, enfants qu’on n’attendait pas mais qui, surprise, ont jailli d’un chapeau, menaces variées « si tu pars je… ». Alors se met en place la grande œuvre d’élever de hauts grillages : les innombrables sacrifices qui sont autant de menottes, fers aux chevilles, colliers de métal, le tout relié à des chaînes cliquetantes. Ce sont ces passions d’une épouse que l’on étouffe parce que maintenant… elle a des choses sérieuses à faire, le ménage, le travail, et les enfants. Adieu donc la joie d’écrire des poèmes, de faire du modelage, d’aller au cinéma, de créer des modèles de sacs, d’apprendre des langues, d’aller à l’académie des Beaux-Arts pour se plonger dans l’aquarelle ou le croquis. Ce sont les solitudes respiratoires d’un époux que l’on efface : oui oui il est libre de faire tout ce qu’il veut, il le sait bien, mais pas ce w-e, les Trucmuches viennent, le w-e suivant c’est maman qui arrive pour une quinzaine, ensuite on aura besoin de lui pour le déménagement des machins et à Pâques il sait bien que les enfants auraient le cœur brisé s’il ne vient pas à la mer. Et puis il a eu sa soirée entre copains il n’y a pas 6 mois… quel égoïste, déjà que les enfants le voient à peine ! Et s’il rentre tard, il le sait bien, très bien, qu’on ne peut s’endormir avant d’avoir entendu qu’il était là et refermait la porte d’entrée. C’est la liberté d’une fille devenue grande que l’on enferme dans de mots de ferronnerie : Ah, tu vas aussi loin en vacances cette année? J’espère que rien n’arrivera à papa, tu sais il n’est pas trop bien, n’oublie pas de nous appeler tous les jours… ou encore De nouveau ce Cédric? Je trouve qu’il grossit à chaque fois que je le vois, si-si je t’assure, on dirait un potiron!

Ces sacrifices-là, c’est l’immolation de la dignité d’autrui. Des sacrifices inutiles et subis plus que consentis, menant à une vie racrapotée, souvent niée d’ailleurs, déguisée en mais non, tout va bien. Derrière le masque, des larmes sèches et de l’amertume. Le rêve d’un enlèvement.

 

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Chance

Count your blessings, comme on dit.

J’adore cette injonction. Car faire l’inventaire de ses malheurs, c’est bien facile, qui n’en a pas ? Et je n’ai pas envie de faire le concours de la plus méritante et vaillante des reines de la résilience. C’est mon histoire, et je suis encore là pour y repenser quand c’est nécessaire, et me dire que ouf, c’est loin derrière et que même… ça me fait parfois rire. Mes propres mésaventures m’aident à comprendre les autres. Pas ceux qui ne sont qu’un long ululement lugubre de drames et souffrances, là je ne cherche surtout pas à comprendre. Mais les autres, les ceux qui encaissent, qui ont des successions d’années noires et se rétablissent dès qu’arrivent les éclaircies, peut-être un peu cabossés mais bien contents de retrouver le soleil ou même la pluie le matin.

Alors moi, ma grande chance (c’est ma chance, c’est ma chance, c’est ma très grande chance, air connu…), c’est d’être née dans une famille hétéroclite, avec un papa né ici, un grand-père né là, des ascendances hollandaises (oui je sais, ce n’est pas vraiment vraiment exotique mais bon… eux-mêmes provenaient de Hollandais partis à Batavia sur un immense voilier au 18è siècle pour « affaires », et c’est pas vraiment banal ! ), et d’autres grands-parents provenant de lignages plus sédentaires mais qu’on pouvait qualifier « d’originaux » pour la branche de ma grand-mère Edmée. Un mélange explosif. Et donc très vite j’ai appris quelques rudiments essentiels : partout où on va, les codes changent, et tout le monde a raison, ou au moins ses raisons !

Chez bon-papa Jules, on était vissés au même sol depuis des générations et on était gentils, bien élevés, on aimait bien boire et bien manger, la belle vaisselle et les élégants couverts, être bien habillés sans se faire remarquer. Chez bonne-mammy Edmée, on était vraiment très très sans façons, un peu trop pour le goût de Lovely Brunette, car entre nous on riait des sandales de moine franciscain de bonne-mammy, ainsi que de ses affreuses jupes rayées en coton. Elle était aussi très bien élevée et polie, mais impertinente et cédait trop vite « pour avoir la paix », ce qui lui a assuré une bien triste fin. Elle riait volontiers, était généreuse et farceuse. De ces deux grands-parents là, je pouvais voir en promenade ou sur des cartes postales et vieilles photos, les habitations qu’ils avaient occupées, eux petits, leurs parents, leurs grands-parents. Ça donnait l’impression que le monde avait été « à nous » avant notre naissance, morceaux par morceaux, l’un et puis l’autre. C’était amusant. Et ça reliait au passé.

Mes autres grands-parents, Albert et Suzanne, étaient morts avant que mes parents ne se rencontrent. Mais leurs deux maisons voisines existaient encore, et nous allions les voir en pélérinage… Elles n’appartenaient plus à la famille depuis « belle lurette » mais ça ne changeait rien. Et surtout, il y avait plein de photos d’eux ailleurs, très loin ailleurs, d’eux et les parents. Suzanne avec un agneau dans les bras, en Uruguay. Suzanne dans un parc public extraordinaire à Rio de Janeiro, ou sur l’ile de Madère, avec un chapeau cloche et tout le chic des années 20. La maison en Argentine, avec l’institutrice familiale sur le balcon, et on ne sait qui dans une belle calèche rutilante. L’oncle Adolphe que je trouve bien beau, et qui a connu une mort si bizarre que personne n’a jamais voulu dire ce qui s’était passé, là, en Argentine, mais le bruit courait, chuuuut chuuut, qu’il y avait une femme là-dessous et une histoire pas très catholique. Du côté de Suzanne, il y avait son grand-père venu de

Punta del Este, Uruguay

Punta del Este, Uruguay

Hollande avec je suppose de l’argent mais en tout cas l’esprit d’entreprise, avait acheté un moulin à tan dans le Namurois, et assuré la fortune de la famille. Mais en bon batave, sa descendance n’avait jamais ressemblé aux Kardashian, on avait certes de belles maisons et des voitures, et un train de vie cossu, mais… on n’était pas dans l’éblouissement des paillettes et diams. Et on avait un côté humain délicieux qui est toujours resté. Les « gens de maison » avaient leur place et importance et ne subissaient ni hauteur ni méchanceté. Mon arrière-grand-père a renvoyé sans hésiter son garde-chasse qui avait délibérément tiré sur le chien de famille, on aimait beaucoup les animaux aussi. Moins les garde-chasses. Et du côté d’Albert, eh bien en tant qu’acheteurs de laine, il leur fallait bien aller la chercher, la laine, et la trier, la choisir. Alors on partait là où se trouvaient les moutons les plus bouclés et généreux, comme tant d’autres, faire sa vie ou un morceau de vie en Argentine, Uruguay, Algérie ou Australie. On mourait parfois bien loin du cimetière familial, et les au-revoir étaient auréolés d’un espérons que ce n’est pas un adieu quand même, car la route était longue. Ainsi on apprenait à profiter des gens présents, les chérir, les regarder. J’ai compris que ceux qui partaient ne revenaient pas toujours. Et puis on écoutait leurs aventures, et on essayait d’imaginer ce qu’ils ne raconteraient pas. Et on avait des objets venus de partout, des disques de cire qui chantaient ay-ay-ay-ay chiquita !, des calebasses à maté, des carapaces de pangolins, des bijoux achetés au Brésil avec des ailes de papillons bleus, des chopes à bière venues d’Argentine, des boites du Kasaï, des cendriers en malachite… des tissus étranges, des recettes encore plus étranges, des tics de langage qui ressemblaient à des codes secrets. Papounet allait « choper » et pas manger. Il donnait un « matabiche » et pas un pourboire. Sa grand-mère avait été Mamita. Son grand-père Corta Viento, surnom qu’on lui avait donné à Buenos Ayres.

Vivre dans un patchwork de cultures et habitudes, c’est un privilège. Car on se débarrasse de ce carcan qu’est le jugement hâtif, le « ça ne se fait pas », « c’est pas comme ça que… ». Le monde est immense et fantastiquement varié. Et vivre dans plusieurs langues vous apprend la pudeur ou l’indécence de certaines expressions, des multiples manières que l’amour, les affaires, les problèmes ont pour s’exprimer. Ou pour se taire et se faire comprendre. Ça vous donne plusieurs chemins pour la pensée. Vous êtes riche à jamais et partout. Et surtout, vous êtes libres !

Les casseroles de Bon-Papa

Quand mon Bon-Papa Jules est mort, Lovely Brunette a été déchirée de voir qu’elle ne pouvait pas tout récupérer de sa vie. La vie de son père. Je ne parle pas des choses importantes et chères qui ont été partagées comme ça se passe souvent lors des successions (nul besoin d’être plus claire je pense…), mais surtout de la « bimbeloterie » souvent très mal en point et non-monnayable comme par exemple son service en Limoges pour 48 personnes entreposé dans un buffet, des lames de couteaux échappées de leurs manches, des manches orphelins d’autres lames, des survivants de verres à vin blanc et rouge, à porto, à cognac, à je ne sais plus quoi… Il les avait gardées, ça venait de son mariage à lui, ou de celui de ses parents, il avait pris soin de tout ça, et voilà qu’elle se lançait dans Save the Private Useless avec passion.

J’ai ainsi hérité, en partie, de ça aussi quand ce fut son tour de disparaître. Enfin, de ce qu’elle a sauvé parce qu’elle avait la place pour les entreposer, mais moi je n’ai ni greniers ni mansardes ni placards ni cave. Et moi, j’utilise, je mets dans le lave-vaisselle, quand ça casse c’est bye-bye, et comme tout est de plus en plus dépareillé, il m’arrive d’offrir deux petites tasses à moka ici et là pour célébrer l’amour de quelqu’un, n’est-il pas bon d’avoir deux jolies tasses au passé presque historique pour apprécier un bon petit café en tête-à-tête, surtout quand elles bourdonnent d’amour, ces têtes ? Bref, je suis moins respectueuse qu’elle, place oblige.

Inutile d’expliquer que le service de Limoges a été vendu à un prix défiant toute concurrence, comme on dit, en grande partie au décès de Bon-Papa Jules, car qui fait encore des réunions de 48 personnes, hein ? À part les pensionnats ou homes, qui peut-être auraient grand plaisir à servir les repas dans du beau pour changer. Ça leur vaudrait des noms changeant la donne : Les enfants de Versailles, et Vieillir à Schonbrünn

Lovely Brunette avait notamment repris… les casseroles de Bon-Papa, de très belles casseroles de fonte émaillées d’une belle couleur vert tendre (petits pois de printemps….), et dont elle n’avait aucun besoin puisqu’elle avait les siennes. Mais je me souviens d’avec quelle dévotion elle suggérait : prends la casserole de Bon-Papa pour les pommes de terre…

Impatiente, je ne comprenais pas. Elles pesaient plus lourd qu’une enclume (avec le marteau et une grosse dame assise sur le tout…), on avait les poignets mutilés et les paumes grillaient sur les poignées, alors qu’on possédait désormais des petites casseroles légères, avec des oreilles de bakélite, et les motifs design de l’époque, ceux qui reviennent à la mode et me font frémir aujourd’hui. Des petites frises à carrés et triangles sur fond crème… comme chez les Femmes de Stepford, et il fallait presque les cheveux laqués et le regard d’une poupée (avec cils pelucheux) pour être assortis aux casseroles « nouvelle vague » que je préférais à celles de Bon Papa. Je réalise que nous n’étions pas du tout assorties et je ferai amende honorable quand je saurai à qui.

Oh ciel, j’allais oublier le fer à repasser de Bon Papa, qui devait déjà avoir dix ans et a vécu vingt ans de plus. Et son horloge à carillon Westminster qu’on avait mise au mur de la cuisine, pour profiter de son appel very british. Oui, c’était le chant de Big Ben…

À présent que ma Lovely Brunette n’est plus, pas plus que mon Papounet, je comprends cet attachement qu’elle avait pour ces vieilleries. Je comprends, disais-je, parce que tout ça, c’était des petites choses quotidiennes qui la reliaient à son père, lui permettaient de l’évoquer mine de rien, de toucher ce qu’il avait touché, de sentir sa trace, son passage, de retrouver une anecdote. Je le comprends puisque moi-même je me suis mise à polir avec amour ce que je lui ai vu cirer si souvent, me disant « ce saint bonhomme était en bas de l’escalier chez Bonne – son arrière-grand-mère – et elle me l’a laissé ». Le saint bonhomme est un moine tenant un crâne dans la main, l’air assez surpris ce qui est sans doute assez normal : une chope de bière aurait mieux sa place dans cette main monacale. Comme à la maison nous l’avions mis sur une commode dans le vestibule, mon oncle Yves s’amusait à enfoncer sa cigarette dans un des orbites oculaires pendant qu’il enlevait son manteau…

Je mange mes œufs à la coque dans de petits coquetiers en argent qu’elle a sauvés de je ne sais où, très abîmés d’ailleurs, ils ont perdu tout ce qui pourrait faire dire « ooooh, tu manges dans de l’argent, quel chic … » car franchement, ils ont piètre mine. « Ça fait pouilleux », aurait-elle d’ailleurs dit, en riant !

Mais voilà… moi aussi j’aime toucher ces petites choses anodines, délaissées qu’ils ont touchées, et ainsi établir un contact matériel entre eux et moi. Eux, mes « chers disparus », pas oubliés mais juste disparus derrière le mur…

Bienvenue! Vous allez voir… c’est comme une grande famille

Eh oui, ça l’est. Ces familles dont on a souvent du mal à prendre des distances dans la vie « de famille », voilà qu’elles nous encerclent aussi au travail, ou dans tout groupe dans lequel nous entrons.

Il y a les patrons. Le père ou la mère, le patriarche tyrannique « pour le bien de toute la famille » naturellement.

J’ai travaillé un jour dans une famille où le patron et son épouse étaient surnommés « Tonton et Tatie » par le personnel, c’est tout dire… Tonton et Tatie avaient leurs enfants préférés – leurs chouchous – et aussi leur papa bien à eux, Monsieur M*** (non, ce n’était pas un bordel, je le jure …), qui possédait plusieurs magasins dont un seul était géré par Tonton et Tatie. Qui épiaient soigneusement les bourdes que ceux qui géraient les autres magasins pouvaient faire. Quand la petite dernière de notre famille a subi les avances de Monsieur M***, et s’en est ouverte, en larmes, à son cher Tonton, il lui a conseillé de ne pas ébruiter inutilement ce moment d’égarement, qu’il parlerait lui-même à Mr M***. Lequel s’en fichait, il partagerait son héritage avec qui était le plus gentil avec lui, pas vrai ? Une des employées, un jour qu’elle rêvassait devant la pluie qui tombait, a vu Tonton s’avancer vers elle et a voulu lui poser une question, qu’elle a commencée par « dis, papa… » suivi d’un fou-rire évidemment. C’est pour vous dire… une grande famille ! Il y avait la jolie paresseuse, à qui on ne demandait rien puisqu’elle se ferait une joie de le faire mal pour qu’on la laisse en paix la fois suivante. Il y avait la vieille bique – qui s’appelait, je vous le donne en mille : Moïse ! – genre Javotte, qui, moustache au vent et pieds enflés, dénonçait tout ce qu’elle découvrait à Tonton et Tatie, et aurait bien fait des croche-pieds à toutes ses sœurs quand le prince apparaissait.

Dans un autre lieu de travail, il y avait HPL notre patron, plutôt vu comme le grand-père un peu ramolli, lui-même sous la coupe de deux niveaux de tyrans dont il avait peur et léchait les bottes avec le sourire et bien des remerciements serviles. Il était secondé (enfin, il se croyait secondé mais était aussi sous la coupe de son « second ») par sa secrétaire, dite « Le croco ». Notre « mère » était la réincarnation d’Helga la louve des SS ou sa sœur, dont la seule explication à son sadisme était que son père avait désiré un fils et avait eu ce machin-là, une fille. Plus virile dans sa tyrannie abjecte qu’un de ces patriarches sournois dans les séries américaines, mais dotée du physique d’un délicat magnolia. Elle aussi avait ses adoratrices flagornant à mort (je me souviens d’A*** qui lui laissait des petits mots sur son bureau « Bonjour et bonne journée ! » « Bonne soirée chez toi, chère I*** »), les trouillardes qui la détestaient mais souriaient comme des chiens que l’on menace, babines retroussées et queue battant le sol.

J’ai aussi eu un « papa » abominable, qui tenait tout le service uni par la confrérie secrète de La dive bouteille. Douze hommes et deux femmes. (Je peux donc vous dire que les hommes sont aussi concierges que les femmes dans leurs cancans de bureau, sauf qu’eux, je ne vous ferai pas l’injure de vous préciser quel était leur sujet préféré, bien au chaud dans leurs braies…. ). Et Papa, d’une simplicité charmante avec ses petits, leur demandait fidèlement chaque soir qui venait prendre un verre après le travail. Et parfois… avant, ce qui était pire ! Il était clair que plus qu’une suggestion amicale ça avait la force d’un ordre. Toute la famille allait donc s’abreuver jusqu’à plus soif, et vivait dans le brouillard total et la dépendance de si tu le dis je le dis aussi… car le travail se faisait en zigzagant et bafouillant par la suite. Il m’est arrivé de les accompagner après, mais j’ai vite abandonné, parce que cet après s’éternisait longtemps longtemps longtemps après que les poètes ont disparu… J’ai été très mal vue suite à cette rébellion scandaleuse et l’ai payé assez cher…

Capture of the Galleon par Howard Pyle - 1887

Capture of the Galleon par Howard Pyle – 1887

Que dire de ce papa gérant d’un restaurant, qui avait peur de son propre papa, Papa V***,  qui n’hésiterait pas à faire rouler sa tête si le restaurant ne marchait pas. Papa S*** lui avait juré qu’il fallait être un imbécile pour ne pas pouvoir en faire le temple de la gastronomie, du chic et du charme. Mais voilà, Papa S*** n’aurait pas su unifier une troupe de scouts ou d’enfants de chœur, qui aurait viré aussitôt à la bande de gangsters car il pensait que seuls les aboiements et le mépris fonctionnaient. Notre petite famille fourmillait donc de complots, de rébellions, d’alliances louches. Le chouchou était surnommé Petty, et papa S*** lui avait promis la place enviable de bras droit, avec une main baguée (il devait aussi imaginer qu’on embrasserait sa bague, agenouillés, chaque matin…). Petty était bête et méchant comme il se doit, et dès qu’on a compris qu’il nous arrachait des confidences pour aller tout rapporter à son papa S*** chéri, on lui a fait de fausses confidences. Ce fut la chute de la maison Usher, ni plus ni moins. Dans la cuisine on s’entretuait (vraiment), on jetait les casseroles au mur, qui jouxtait l’entrée par laquelle les clients pénétraient sur un glorieux tapis rouge, accueillis par une musique d’orchestre (sur le Titanic aussi, il y avait un orchestre qui joua bravement jusqu’à la fin…), et le bruit de hurlements de pirates provenant de la cuisine. Petty risquait sa vie rien qu’en passant dans les salles, et se faisait insulter de plus en plus ouvertement. Papa Sal* songeait au suicide et filait par la porte arrière quand son papa V*** venait constater l’ampleur du drame. Les clients partaient sans payer à la faveur d’une prise de bec entre les uns et les autres… Un matin, sans avertissement, tout le monde trouva porte de bois. Papa S*** doit encore courir, ainsi que Petty et Papa V*** est, je suppose, encore en train de piquer des poupées vaudoues…

Des toutes ces grandes familles dont j’ai partagé au départ, avec prudence, les claques dans le dos et entendu les bienvenue, tu verras, c’est une vraie grande famille !, j’ai constaté que toujours, celle ou celui qui m’avait accueillie avec le plus de chaleur au début, moi la nouvelle arrivée, était aussi celle ou celui qui m’attendait au tournant : la raison de son empressement était la peur : qui c’est, celle-là ? Elle pensera quoi de telle ou telle chose que nous sommes habitués à faire en toute paix ? Elle a qui, comme alliés ? Peut-être se liguera-t-elle aussi contre Tonton, Tatie, Maman, ou la dauphine… Et ça n’étonnera personne de savoir qu’à l’heure des sabres au clair, ça geignait ferme « et dire que je lui ai tout expliqué, tout montré, que j’ai été sa première amie »… Des larmes de fureur déguisées en pathétique et sincère chagrin liquide…

Mais la différence entre ces « familles » ainsi baptisées pour mieux nous ficeler et la vraie famille, c’est que si on trouve les manipulateurs, les préférences, les intérêts, les coalitions peu nobles dans les deux, dans la vraie famille il y a, qu’on le veuille ou non, tout le bon côté, réel et spontané, qui habite certains des membres, et fait de la famille une tribu inégale mais avec son coin de chaleur. Les liens sont « pour toujours » et pas juste le temps que je monte en grade, que je devienne favori, mignon, dauphine, que j’aie écarté les autres candidats. La vraie famille, c’est mille fois mieux quand c’est bon, et mille fois pire sans doute quand ça ne l’est pas, puisque c’est « pour toujours »…

La messe, supplice préliminaire aux joies du dimanche

Mon père n’était pas catholique. Il était athée, en fait. Ma Lovely brunette de mère l’était (catholique) mais comme on lui tournait le dos depuis qu’elle était une abominable divorcée, elle tournait le sien avec un petit mouvement du postérieur assez irrespectueux.

Mon frère et moi allions donc à la messe seuls.

Agenouillés sur les spartiates chaises paillées nous regardions les poils oubliés par le rasoir sur les mollets de la dame devant nous. J’avais mon missel, objet de fierté et d’amour car il m’avait été offert pour ma communion par une amie de Lovely Brunette, l’éternellement bronzée Madeleine. Il avait une odeur de bénédiction et racontait la vie de Saint-Antoine de Padoue. Entre les pages j’avais des souvenirs de communion de mes amies et cousines, ainsi que du Petit Johnny, le neveu adoré de notre gouvernante Sibylla. Jésus avait toujours le pied nu pointant avec coquetterie de sous la robe et une chevelure fraîchement frisée au fer, torture odorante que j’endurais parfois moi-même sous la main ferme de Mademoiselle (Sibylla), la tante du Petit Johnny en question. Le visage de ce Jésus publicitaire avait une pâleur suspecte et émettait une lumière sainte restreinte dans un cercle parfait. Parfois des anges agitaient palmes et trompettes, leurs cheveux bouclant dans l’auréole circulaire. Regarder ces images et sentir l’odeur du missel faisait passer le temps.

(Au passage il n’est pas inutile de préciser que toute cette pâleur et langueur des saints et grands personnages de mon livre de catéchisme me dérangeait au point que tout le monde, Jésus, Gabriel, Marie, Sainte Anne, Moïse, Salomon… tout le monde avait été rehaussé par mes soins enthousiastes de bandeaux et plumes d’indiens dans les cheveux, d’un carquois rempli de flèches et d’un arc de belles dimensions… Un peu d’ambiance, pardi!)

Mais revenons à nos pieux fidèles du dimanche….

Dans l’église quelqu’un toussait. Les pieds des chaises hurlaient contre le carrelage centenaire et tristounet. Il faisait froid, le froid des pierres, du devoir, des radiateurs de fonte impuissants contre ce gouffre froid. J’aimais les cantiques qui flottaient dans l’air et caressaient les statues de saints de plâtre aux pieds de la même couleur que les cochonnets de massepain, dansaient autour de la belle chaire sculptée au bois luisant, s’élançaient vers les vitraux aux teintes de pierres précieuses, s’enroulaient autour des austères colonnes de la nef, rasant le goupillon, tournoyant dans les robustes bénitiers. C’était ennuyeux et répétitif, mais d’un ennui sensuel avec un zeste d’irréalité. La hauteur de la voûte, l’odeur de l’encens – qui m’a fait m’évanouir en tout cas à deux reprises -, les rituels, le latin, les habits sacerdotaux dont j’avais appris les mystères et le nom en classe … la force du temps se concentrait une fois par semaine dans cette heure et demie de familière austérité.

Communion de Suzanne (elle est devenue très anti-curés par la

Au sortir de l’église, le soleil ou la neige sur la dalle du parvis nous ramenait dans ce jour à la qualité particulière : Dimanche. Le jour des petits pains le matin. Du bon dîner. De la tarte. Des visites. Du cinéma l’après-midi. Je touchais mon chapelet dans ma poche, remontais mes chaussettes. On embrassait quelques joues poudrées de tantes qui nous rappelaient avec une feinte surprise hebdomadaire auquel de nos deux parents nous ressemblions. Les tantes de ma mère la reconnaissaient en nous, celles de mon père juraient que nous étions son portrait craché.

Et puis on se hâtait à la maison, l’estomac gémissant à l’idée des délices dominicaux qui feraient notre joie sur la table parée d’une nappe neuve qui serait changée le dimanche suivant. Gare à qui ferait la première tache !

 

Ce n’était pas prévu par mes prédictions…

Il y a de cela bien longtemps, dans un lointain royaume … non ! Il y avait dans le petit royaume de Belgique une petite fille qui plus tard deviendrait Edmée De Xhavée et qui se posait les habituelles questions sur la mort.

Et comme j’avais une imagination plus que féconde et colorée, il me fallait recourir à bien des stratagèmes pour ne plus avoir peur. Par exemple je conjurais l’idée qu’il y avait peut-être des fantômes dans la maison en décidant que dans ce cas, papa et mammy ne l’auraient pas achetée. Qui donc achèterait une maison hantée ? Et la mort, comme un peu d’astuce ne suffirait pas à l’écarter tout à fait, eh bien j’avais décidé que je mourrais à 63 ans, que jusque là je pouvais dormir tranquille avec le chat ou Poupette, ma poupée !

Ca me semblait suffisamment loin pour me détendre, et c’était le numéro de rue de la maison. J’avais, sans sourciller, affirmé à ma mère que c’était Saint Patrick en personne qui me l’avait dit en rêve. C’était, en somme, ma prédiction!

Bref, le truc a bien marché… jusqu’au jour où j’ai eu 63 ans !!! Et Saint Patrick n’était pas venu, peu avant ça, me donner une prolongation. J’étais un tantinet inquiète, parce que ce chiffre était tellement inscrit dans mes prédictions personnelles que je l’avais chargé d’un message sans appel.

Et puis je suis morte, oui, à la vie d’avant, pour entrer dans la vie d’après. Car étrangement ce fut aussi une année de grands changements.

Mais la mort ne signifie-t-elle pas justement le renouveau qui naît des choses mortes ? Un nouveau souffle, une renaissance, un parcours tout neuf, le phénix renaissant de ses cendres. Des cendres, j’en ai … et oui, cette année fut bien celle du phénix pour moi. Certes, une renaissance n’est pas plus aisée qu’une naissance, il faut couper des fils à la patte, tailler son chemin à la machette, et ne pas perdre sa boussole interne dans la jungle du doute.

Mais j’avance, j’avance, et la jungle s’éclaircissait de plus en plus. Et depuis cet anniversaire fatidique, les contours de ma nouvelle vie continuent de se dessiner jour après jour.

Et là, sept ans plus tard, sept ans qui ont passé comme un missile, traversant parfois le mur du son, je constate que toutes ces années qui meurent pour qu’une autre se déploie ont été parmi les plus riches. Bien sûr c’est l’enthousiasme de vivre qui me fait dire ça, parce que les chagrins n’ont pas manqué, mais l’adaptation aux manques, aux frustrations, aux impatience est bien plus présente quand les années qui restent se savourent d’un bon moment à l’autre, parce qu’on entend parfois le faible appel « terminus, tout le monde descend » et le voyage est pourtant tellement beau encore.

Et pour la première fois de ma vie depuis mon enfance j’ai eu une vraie fête d’anniversaire en famille, entourée de sourires, de regards joyeux, de bonnes histoires qui fendaient l’air, d’une humeur lumineuse. On m’a gâtée, on m’a célébrée, on a mis sur la table des mets pleins de saveur, des bulles dans mon verre, et on m’a tenu la main pour entrer dans cette nouvelle année de vie, vie qui aura aussi ses paquets surprise…

Oui, vive la treizième carte du tarot !

 

 

 

Snapshots, racontez-nous la vérité

Quelle chance nous avons d’avoir, au moins, des photos, pour deviner quelque peu l’essence de notre arbre généalogique. Bien entendu, la plupart des portraits officiels ne disent pas grand-chose de personnel : on sait qu’on a mis « ses beaux atours », qu’on est soigneusement coiffés et positionnés pour donner l’idée qu’on veut donner, justement :

Jeune fille bien mise et à marier, qu’en pensez-vous jeune homme ?

Famille déjà bien bénie par de nombreux enfants (sages, ça va sans dire), à l’intention d’un grand-père qui vit au loin ;

L’épouse, corsetée, coiffée en bandeaux, la jupe à cerceaux d’un tissu que l’on sait précieux et confié à une couturière irréprochable ;

Le couple cinquantenaire, encore beau ma foi, n’ayant pas de raison pour sourire bêtement sur un portrait destiné à toute la descendance et la parenté en général ;

Vieux monsieur ayant réussi comme nous en assure le monocle, la fière moustache, le port de tête distingué…

Mais il y a parfois ces trésors un peu plus sur le vif, exploits des premiers photographes amateurs qui mitraillaient la famille pour en montrer la vie. Sous les portraits officiels, bien dissimulés, les regards et les rires.

Je proviens d’une famille dont les membres étaient très souvent « au loin » et qui donc avaient le devoir de documenter leur existence pour les autres, ceux à qui ils manquaient – et qui leur manquaient. Et d’une famille qui, finalement, aimait la photo. Edmée, la terrible Edmée, avait toujours deux appareils en bandoulière, ce que Lovely et moi appelions « son cœur croisé » car elle en avait un de chaque côté. Elle avait toujours aimé la photo ainsi que de petits films impromptus. Mon autre grand-mère Suzanne a reçu un bel appareil pour ses 15 ans et a pris des « leçons » de développement avec une de ses tantes… Mon Papounet a eu son premier appareil à 13 ans et clic cliquait sur tout ce qui bougeait. Lovely Brunette ne partait nulle part sans « son troisième œil » comme on le qualifiait – on avait le goût des surnoms, je pense que tout le monde l’a désormais remarqué…

Mais grâce à ce hobby de toute ma famille, j’ai de petits trésors :

La grotte de Thiervaux

La grotte de Thiervaux

Ma mère (la petite à l’avant-plan) et ses deux frères devant « la grotte » à Thiervaux, grotte qui était au bord de l’étang. On y voit les deux petites bonnes, bien jeunes, qui venaient de la partie germanophone du pays. Plus rien de tout ça n’existe, ni gens ni grotte ni étang… juste cette photo. Ils existaient bel et bien, j’imagine qu’un jour les petites bonnes se sont mariées et ont eu une famille, ma mère et un de ses frères ont eu des enfants. L’étang a été asséché, la grotte artificielle démontée. Or, sur la photo… tous ont un avenir.

 

Ici, la cabine de bain le long de l’eau blanche à Nismes, Viroinval aujourd’hui. Mon arrière-grand-père Henri – quel bel homme il était ! – avec ses deux filles Yvonne et Suzanne, et tous ses petits-enfants, dont Papounet est à l’avant-plan, et mon futur parrain un peu derrière, devant sa petite soeur Françoise que, à cause de son goût pour l’économie, nous avions surnommée Franc Suisse. J’ai encore connu cette cabine de bain, ses odeurs, l’emplacement pour la barque, les nénuphars qui abondaient à cet endroit tout comme l’odeur de la menthe quand on courait dans l’herbe, et les sauterelles vertes que j’attrapais – pour les relâcher.

 

Lovely Brunette à 21 ans, à Spa (Creppe), avec son chien Yanni. Cette photo est dédicacée en anglais par elle à un soldat américain dont je ne sais rien, pas plus que je ne sais pourquoi… elle lui est revenue ! Une épouse acariâtre peut-être ? Laissez mon mari tranquille, frenchie, il est à moi et les fers sont solides… C’est l’époque où elle échangeait de courtes lettres avec Jean Marais, au sujet de leurs chiens, Moulouk et Yanni. Ce qui était bien est que Jean Marais, bien entendu, joignait des photos.

 

Edmée-la-terrible, toujours elle, encore ravie de faire quelque chose qu’il ne faut surtout pas faire. Elle semble sortir d’un puits, les mains répugnantes de je ne sais quoi, mais que diable, on ne fait pas la souillon tous les jours alors en avant Jules (sans doute lui, mon grand-père), c’est un instant Kodak, prends la photo qu’on en rie encore dans 100 ans. En tout cas, elle, elle ne cache pas son bonheur !

 

Et Suzanne – Zanne – en pension à Bonn, sur les toits ou presque. Photo d’amateuresse sans doute, une de ses compagnes de pension, elle a 16 ou 17 ans et un air mutin vraiment charmant (j’aime aussi son chemisier brodé…), tandis qu’une autre mime, dirait-on, un homme – ou une tyrannique gouvernante assez virile.

 

Quant à ces deux joyeux drilles qui galopent comme des mustangs sur des marches parées pour un mariage, je ne sais rien d’eux, j’ai leur photo je ne sais par quel mystère, mais le chapeau et leurs mines ravies vaut certainement le snapshot, et prouve que oui, derrière les portraits posés se trouvaient de gais lurons même en ce temps-là ! Peut-être les ai-je connus dans leur vieil âge, sous le nom d’oncle Machin et tante Chose, ou plutôt Cho-chose car je le rappelle… nous aimions les surnoms!